Introduction

L'avortement, enjeu de société majeur, suscite des mobilisations pro et anti-avortement dont les représentations sont construites et relayées par les médias. Cet article explore la complexité du journalisme anti-avortement, en analysant les discours, les stratégies de désinformation et l'instrumentalisation de divers enjeux sociétaux par les mouvements opposés au droit à l'IVG.

La construction des représentations pro et anti-avortement dans les médias

Les archives audiovisuelles, notamment celles de l'INA, sont une source précieuse pour étudier la médiatisation de l'avortement. Cependant, l'indexation de ces archives souffre d'un manque d'homogénéisation, reflétant souvent les discours des journalistes eux-mêmes. Il est donc crucial d'analyser la construction des représentations médiatiques et les différents niveaux d'interprétation avant toute analyse par les chercheurs.

Face à la complexité de l'archivage et de l'indexation des données audiovisuelles, il est essentiel de développer des outils, des discours et des pratiques adaptés pour écrire l'histoire des femmes et des mobilisations autour de l'avortement. Une solidarité de genre semble émerger entre militantes, journalistes et documentalistes, soucieuses de rendre compte de cet enjeu sociétal crucial.

L'activisme anti-IVG sur Internet et les réseaux sociaux

Un rapport récent souligne l'activité importante des mouvements anti-IVG sur les réseaux sociaux et Internet. Des sites comme ivg.net, avortement.net ou sosbebe.org proposent des cellules d'écoute et diffusent des témoignages souvent alarmistes de femmes ayant vécu un avortement.

Une journaliste de franceinfo a testé ces cellules d'écoute en se faisant passer pour une femme enceinte. L'interlocutrice a tenu un discours culpabilisant et a proposé un rendez-vous avec une autre personne de l'organisme, multipliant les arguments pour dissuader la journaliste d'avorter.

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Ces associations utilisent la désinformation médicale et jouent sur la peur des femmes, diffusant des contenus choquants et dissuasifs. En 2017, le délit d'entrave à l'avortement a été étendu aux sites Internet, rendant ces pratiques passibles de poursuites judiciaires. Cependant, ces sites bénéficient d'une forte visibilité sur Internet grâce à un bon référencement.

L'extrême droite et les luttes pour disposer de son corps

L'extrême droite s'oppose aux droits des personnes LGBTQIA+ et au droit à l'IVG. Des prises de pouvoir de l'extrême droite à l'international ont eu un impact concret sur les femmes et les personnes concernées par les lois appliquées par ces gouvernements.

L'extrême droite au pouvoir à l'international

Aux États-Unis, le renversement de la jurisprudence Roe v. Wade a rendu l'avortement inaccessible pour un tiers des personnes vivant sur le territoire. Des réseaux sociaux ont supprimé les messages liés à des informations sur l'avortement, et le Ministère de la Santé a supprimé ses pages web liées à l'avortement, aux personnes LGBTQIA+ et au VIH.

En Italie, bien que l'avortement soit légal, une majorité de gynécologues refusent de l'appliquer au nom de la clause de conscience. Les groupes anti-avortement ont été autorisés à entrer dans les établissements médicaux pour faire pression sur les médecins et les personnes souhaitant avorter. L'adoption d'enfants par des personnes homosexuelles a été interdite, et la GPA a été redéfinie comme un crime "universel".

En Hongrie, la pression politique contre l'avortement s'est intensifiée, avec des campagnes anti-avortement et l'ajout dans la constitution de la protection de la vie du fœtus dès sa conception. La personne souhaitant avorter doit désormais "écouter le cœur du fœtus" avant de pouvoir accéder à la procédure.

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L'extrême droite en France

En France, des personnalités politiques et des associations s'attaquent aux droits LGBTQIA+ et à l'IVG. Le "Syndicat de la Famille", anciennement "Manif pour Tous", s'oppose au mariage pour tous et à l'IVG, avec le collectif "Marche pour la Vie". Ces associations sont soutenues par des hommes politiques de droite et d'extrême droite.

D'autres associations se sont créées contre les droits des personnes trans, diffusant des rumeurs et des fausses informations pour décrédibiliser l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS). Cela a permis le passage d'une loi transphobe limitant l'accès aux bloqueurs de puberté pour les personnes trans mineures.

Constitutionnalisation de l'IVG en France

L'IVG a été inscrite dans la constitution française, garantissant la "liberté" d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. Cependant, cette formulation laisse des brèches, notamment en écartant de ce fait une partie de la population concernée.

Lors des débats parlementaires, des députés ont tenté de supprimer ou de conditionner cette liberté, tandis que d'autres ont tenté de la renforcer en remplaçant le mot "femme" par "personne".

L'instrumentalisation des luttes contre les violences sexistes et sexuelles (VSS)

L'extrême droite instrumentalise les droits des femmes et la lutte contre les VSS à des fins racistes et xénophobes.

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L'extrême droite est d'abord raciste

Les partis et collectifs d'extrême droite insistent sur les VSS commises par des hommes issus de l'immigration pour justifier l'arrêt de l'immigration, une idée fausse car les VSS touchent toutes les femmes, et dans la majorité des cas, l'agresseur est connu de la victime.

L'extrême droite considère que le sexisme et le patriarcat sont plus présents dans les cultures "non-européennes" ou "non-blanches", une croyance infondée qui stigmatise les hommes racisés et/ou considérés comme musulmans.

Les partis et collectifs d'extrême droite s'opposent au port du voile dans l'espace public, considérant qu'il s'agit d'une façon de dominer les femmes par la religion, ce qui est une simplification réductrice qui nie le choix personnel de certaines femmes de porter le voile par conviction religieuse.

Cette idéologie est du "fémonationalisme", qui instrumentalise la lutte contre les VSS au profit de l'idéologie nationaliste et xénophobe, en abandonnant les femmes racisées et en stigmatisant les hommes racisés.

L'extrême droite est contre les droits LGBTQIA+

Des associations comme le Syndicat de la Famille luttent contre l'IVG sous couvert de considérations sociales, arguant que l'avortement et la baisse de la natalité entraînent des problèmes de cotisations sociales, un argument fallacieux démenti par le Conseil d'Orientation des Retraites.

Des associations luttent contre les droits des personnes trans, considérant que les gens, en particulier les enfants, seraient poussés à transitionner par la communauté LGBTQIA+, une idée fausse démentie par des études scientifiques.

L'extrême droite met en avant le ROGD (Rapid Onset Gender Dysphoria) pour montrer que les enfants seraient influencés pour transitionner, une notion issue d'une étude biaisée questionnant uniquement les parents d'un site anti-trans.

Toutes ces attaques relèvent du patriarcat, car en s'opposant aux droits des personnes trans, l'extrême droite défend la famille patriarcale et genrée.

L'extrême droite soutient une position nataliste, promouvant la natalité pour des raisons nationalistes et identitaires.

La désinformation en ligne sur l'avortement

La désinformation autour de l'avortement prolifère sur les réseaux sociaux. Une étude révèle que des publicités anti-avortement ont été vues près de 9 millions de fois sur les plateformes de Meta. Ces publicités proviennent de groupes américains pro-life qui présentent l'avortement comme un business dangereux pour les femmes.

Meta autorise ces publicités tout en supprimant des publicités d'associations pro-choix qui donnent des conseils pour celles qui veulent avorter, arguant qu'il s'agit de "contenu sensible". Google n'autorise plus les publicités qui utilisent les termes "pregnancy option", ce qui met en danger les femmes.

Le droit à l'avortement est menacé dans de nombreux pays et États américains, où il est encore interdit ou soumis à des restrictions sévères. En Floride, l'IVG sera bientôt interdite après 6 semaines de grossesse.

Cette mouvance conservatrice se manifeste également à travers les "trad wives", des femmes qui prônent le retour aux traditions et à la soumission de la femme à l'homme, critiquant les avancées féministes.

Il est important que les réseaux sociaux luttent contre la désinformation et prennent au sérieux les discours anti-féministes, car ils sont tout aussi dangereux que les discours masculinistes.

L'avortement dans le discours des commentateurs conservateurs aux États-Unis

Paradoxalement, les questions relatives à la justice reproductive ont longtemps occupé une place marginale dans le discours des commentateurs conservateurs, malgré leur hostilité à l'avortement.

Les acteurs de l'establishment médiatique conservateur activent l'affectivité des publics pour réduire les débats sur l'avortement à un antagonisme identitaire et moral entre progressistes et conservateurs.

Rush Limbaugh, figure de proue des talkshows radiophoniques conservateurs, évoquait régulièrement la question de l'avortement à ses débuts, accusant les féministes d'imposer "l'avortement aux femmes" et de considérer l'avortement comme le "sacrement de leur religion féministe".

Limbaugh mettait en scène des "avortements d'appelant" à l'antenne, interrompant les conversations par un son d'aspirateur et un hurlement de femme, avant de déclarer que l'appelant avait été "avorté".

La question de l'avortement a réémergé au début des années 2000 avec la présidence de George W. Bush, moment où le secteur de la radio conservatrice est devenu plus concurrentiel.

Les animateurs et animatrices s'accordent sur l'illégitimité de la Cour suprême à intervenir dans le débat, considérant que le droit à la vie privée ne comprend pas la possibilité de poursuivre ou non une grossesse.

Planned Parenthood est continuellement la cible de l'acharnement de l'establishment médiatique conservateur, accusé de vendre des avortements à tout prix.

Le discours se focalise également sur la procédure de dilatation et évacuation, désignée par le terme "d'avortement par naissance partielle" et décrite dans les moindres détails, alors qu'elle représente moins d'1 % de tous les avortements pratiqués aux États-Unis.

Pendant la présidence de Donald Trump, Fox a poussé plus loin la logique de l'indignation tapageuse, en accréditant la thèse que des médecins pratiqueraient des "procédures d'avortement extrêmes" telles que "l'avortement post-naissance" ou l'avortement au "quatrième trimestre".

Fox a joué une fonction de mise à l'agenda intermédiale, en définissant les termes et les contenus du débat sur l'avortement pour l'ensemble de l'information câblée.

La place de l'avortement dans le discours des commentateurs conservateurs est fonction de son importance dans la stratégie électorale du Parti républicain.

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