Introduction
Le monde de la danse est un kaléidoscope de traditions, d'influences et d'évolutions. Parmi les danses les plus vibrantes et expressives, on trouve celles qui ont des racines profondes dans la culture cubaine et afro-caribéenne. Cet article explore le rôle de Cuba en tant que berceau de ces positions de danse, en se concentrant sur le Vodú cubain, l'évolution du tango et l'émergence de la salsa, tout en soulignant l'importance des influences africaines et les dynamiques sociales qui ont façonné ces formes d'art.
Le Vodú Cubain : Un Héritage Spirituel et Culturel
Origines et Adaptation
Le Vodú, également orthographié Vodou, Voudou, Vudú, Voodoo, Vudoo, Vodun, Vodoun ou Voudoun, est une tradition religieuse originaire d'Afrique, qui a été introduite en Amérique par le biais du commerce négrier. À Cuba, le Vodú a pris racine après la révolution de 1791 à Saint-Domingue, lorsque de nombreux exilés haïtiens ont apporté avec eux leur culture et leurs pratiques religieuses. Une seconde vague d'immigration au début du XXe siècle a renforcé cette présence. Le Vodú cubain est ainsi né de l'adaptation de ces traditions à de nouvelles conditions géographiques et sociales.
Étymologie et Signification
Le mot "Vodú" a des origines profondes dans les langues africaines. Selon Basile Goudabla, l'étymologie ajá révèle que "vodú" signifie "le monde de l'invisible", dérivé de "evo" (invisible, inconnaissable) et "edu" (le monde). Cette interprétation est soutenue par Basilio Segurola et Jean Rassinoux, qui y voient une "force incompréhensible". D'autres auteurs suggèrent que "vodú" vient des mots fon "vo" (sacrifice) et "dù" (sens, essence). En langue fon de l'ancien Dahomey, Carlos Esteban Deive précise qu'en dialecte fongbé de la culture fon, "vodun" désigne génériquement les esprits, les divinités. Dans la langue ewé, le mot "vodú" possède la même signification.
Le Vodú en Afrique : Un Socle Commun
Le Vodú s'enracine dans une région comprenant le Bénin, le Nigéria occidental, le Togo et une partie du Ghana. Cette zone est habitée par divers peuples tels que les Ajás (Fons, Ewés, Ouatchis, Gouns…) et les Yorubas, qui partagent des traditions culturelles communes liées au Vodú. Bien que fondées sur un socle commun, les pratiques religieuses varient d'une ethnie à l'autre, chacune vénérant ses propres déités. Le royaume du Dahomey est souvent considéré comme le berceau du Vodú, où des ministres étaient attachés au culte.
Le Commerce Triangulaire et la Dispersion du Vodú
Le commerce triangulaire a joué un rôle crucial dans la dispersion du Vodú à travers l'Atlantique. Dès le XVIe siècle, les Espagnols ont exploité les ressources d'Ayiti (Haïti), décimant la population indigène et recourant à la main-d'œuvre africaine. Les colons ont introduit des cultures comme le coton, l'indigo et la canne à sucre, nécessitant une main-d'œuvre abondante. La traite négrière a transporté des milliers d'Africains à Hispañola (Haïti), où ils ont cherché à reformer le Vodú qu'ils pratiquaient en Afrique.
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Le Vodú en Haïti : Résistance et Adaptation
En Haïti, le Vodú a servi de lien social entre les Africains déracinés et isolés par l'esclavage. Malgré l'interdiction de pratiquer leur religion, les Noirs ont perpétué leurs croyances en secret, mélangeant les pratiques religieuses africaines et les croyances taïnos pour former le Vodú haïtien. Des ordonnances ont été promulguées pour interdire les assemblées nocturnes, perçues comme des foyers de révolte.
Le Dahomey et la Traite Négrière
À partir du XVIIIe siècle, le Dahomey a développé le commerce avec les Européens, échangeant des esclaves contre des armes à feu. La côte du Dahomey est devenue une plaque tournante du commerce triangulaire, alimentant le trafic d'esclaves vers Saint-Domingue.
La Révolution Haïtienne et l'Évolution du Vodú
À la veille de la révolution haïtienne, la population était composée d'une majorité d'esclaves noirs et de mulâtres, dominée par une minorité de Blancs. La cérémonie Vodú du Bois-Caïman en 1791 a marqué le début de la révolte des Noirs, menant à l'abolition de l'esclavage en 1794 et à la proclamation de l'indépendance d'Haïti en 1804. Après l'indépendance, le Vodú a été toléré, puis persécuté, avant de connaître une période d'harmonie avec le catholicisme. Le Vodú a évolué en vase clos, intégrant des éléments du catholicisme.
Le Tango : Une Danse Entre Mythes et Réalités
Les Origines du Tango : Un Débat Identitaire
Le tango, danse, musique et poésie, est entouré de mythes et de qualificatifs qui témoignent des débats autour de son identité. L'histoire du tango est souvent présentée comme une évolution progressive, sociale, sexuée et raciale, un "triple blanchiment" qui s'accompagne d'une valorisation de ses "origines noires".
Une Vision Matricielle du Tango
L'histoire du tango est parfois réduite à quelques slogans : "il est né dans les bordels et dans les bas-fonds", "il se dansait entre hommes", "ça vient des Noirs". Cette vision matricielle oblitère toute possibilité de devenir autre que celle du blanchissement.
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L'Importance de l'Influence Noire
Un courant de l'historiographie du tango valorise l'importance de l'influence des Noirs, des bordels et de la misère urbaine parmi ses origines. Cependant, les moyens mobilisés sélectionnent les données permettant la construction d'un récit qui relève davantage du fantasme que de l'histoire, tout en organisant une confusion entre musique et danse.
Le Tango Argentin : Une Marque d'Authenticité
Depuis sa résurgence dans les années 1980, le tango est paré de l'attribut argentin et référencé à un peuple, un territoire et une identité nationale. Le fait d'être Argentin constitue une plus-value pour transmettre et danser le tango.
La Confusion Entre Musique et Danse
Dans l'historiographie du tango, il est difficile de distinguer des courants qui affirmeraient la prééminence ou au contraire l'absence du rôle des Noirs. Une des constantes est la confusion entre les différentes composantes du genre tango : musique, danse, poésie et chansons sont traitées comme un tout unifié.
L'Influence Caribéenne et l'Enlacement
Les partisans du tango noir utilisent l'argument de l'influence caribéenne, soutenant que le tango dansé tiendrait ses origines d'une danse cubaine, la habanera. Cependant, il est important de noter que l'enlacement, qui constitue l'une des propriétés formelles du tango, est un élément postural caractéristique de la culture occidentale.
L'Immigration et les Influences Croisées
La thèse du tango noir repose également sur une analyse des différentes vagues d'immigration qui auraient eu pour conséquence un jeu d'influences croisées entre les communautés Noires et Blanches. Cependant, il est peu probable que la majorité des immigrants aient massivement adopté les rythmes, sociabilités et manières de danser d'une minorité.
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La Disparition de la Communauté Noire
La thèse du tango noir coexiste avec l'idée selon laquelle la communauté noire de Buenos Aires qui l'a portée aurait disparu. Les causes avancées à cette disparition sont généralement une épidémie de fièvre jaune et la participation de l'Argentine à la guerre contre le Paraguay, deux explications qui demeurent insuffisantes.
La Salsa : Une Fusion de Rythmes et de Cultures
La Naissance du Cha-Cha-Cha et de la Salsa
Le cha-cha-cha est né au début des années 1950 à Cuba, grâce au musicien Enrique Jorrin. Cette danse, exécutée en miroir, permet des mouvements plus libres du haut du corps. La salsa, autre danse cubaine dite d'improvisation, respecte des pas de base déclinés sur 8 temps, avec des pauses.
La Salsa : Une Danse d'Improvisation et de Liberté
La salsa se danse seul, à deux ou en groupe, avec un leader pour caler les pas et le rythme. Elle s'exécute également à plusieurs couples, dans ce qu'on appelle "la rueda de casino".
Cuba : Berceau de la Salsa
Cuba est le berceau de la salsa, une danse sensuelle qui a connu son essor sur les docks de La Havane, inspirée par les rythmes africains des esclaves. Les mouvements de la salsa reproduisent les parades nuptiales de certains animaux, où la femme mène et séduit virtuellement l'homme.
La Musique Latine et la Renaissance de la Salsa
Dans les années 1960, la musique latine a connu une dépression majeure, remplacée par la Beatlesmania et le rock'n'roll. L'inspiration d'Izzy Sanabría a relancé le mouvement en rassemblant les rythmes cubains fusionnés au jazz sous le terme "salsa".
La Salsa : Un Symbole d'Identité Culturelle
Le mot "salsa" a été choisi pour rassembler les rythmes et les danses associées, devenant un symbole d'identité culturelle et de croyance politique. La salsa a été adoptée par des personnes de différents pays et cultures, qui l'ont redéfinie en l'adaptant à leurs besoins.
Autres Danses Latino-Américaines
Jive
C'est la cinquième danse latine, dérivée du boogie-woogie. Elle s'exécute sur un tempo très élevé : entre 128 et 176 battement par minute.
Paso Doble
C'est une danse venue d'Espagne mais popularisée en France. L'homme y joue le rôle du torero, et la femme celui de la muleta. Le tempo est une marche, et n'est donc pas très élevé (et sur 2 ou 3 temps), mais il faut néanmoins être précis techniquement.
Samba
La danse brésilienne par excellence, fusion des rythmes portugais et africains. Sur 2 ou 4 temps, les pas s'enchaînent avec le cavalier qui généralement mène le mouvement, avec sa main gauche dans le dos de sa partenaire.
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