L'allergie aux protéines de lait de vache (APLV) est l'une des allergies alimentaires les plus courantes chez les nourrissons. Elle se manifeste par une réaction du système immunitaire aux protéines présentes dans le lait de vache. Cet article a pour but d’informer les parents sur l’APLV chez les nourrissons allaités, en abordant les symptômes, le diagnostic, la prise en charge et les mesures de prévention possibles.

Prévalence de l'APLV

L’allergie aux protéines du lait de vache (APLV) est la première allergie alimentaire pouvant apparaître chez l’enfant. En France, selon les données de la cohorte Elfe, elle était de 3,4 % en 2022, un chiffre qui peut être soumis à des biais, car issu des réponses à un questionnaire. Les allergies alimentaires constituent un problème croissant car elles concernent actuellement une personne sur 10 et 1 à 4 % des enfants dans les pays occidentaux. L’allergie aux protéines de lait de vache (APLV) est l’allergie la plus fréquente chez l’enfant, dont la prévalence estimée est de 2 à 6 % pour les formes médicalement confirmées et de 0,5 à 2 % pour les formes IgE-médiées selon les pays [1].

Quand suspecter une APLV ?

Il est important de noter que les symptômes de l'APLV peuvent être variés et non spécifiques, ce qui peut rendre le diagnostic difficile. Quand faut-il évoquer une APLV ? Il s’agit souvent de nourrissons « régurgiteurs », avec un reflux gastro-œsophagien (RGO) étiqueté de pathologique, une prise de poids suboptimale, des selles liquides, un eczéma ou encore un refus alimentaire, des pleurs/coliques. Autant de signes non spécifiques qui peuvent conduire à méconnaître le diagnostic ou, à l’inverse, à le poser avec excès.

Symptômes possibles chez le nourrisson allaité :

  • Troubles digestifs : régurgitations, vomissements, diarrhée, constipation, coliques, douleurs abdominales.
  • Manifestations cutanées : eczéma, urticaire, éruptions cutanées.
  • Symptômes respiratoires : toux, respiration sifflante, congestion nasale.
  • Autres symptômes : irritabilité, pleurs excessifs, refus de s'alimenter, troubles du sommeil, stagnation pondérale.
  • Dans sa forme aiguë (bien plus fréquente et mieux caractérisée que la forme chronique), il se manifeste par des vomissements 1 à 4 heures après l’ingestion de lait, souvent accompagnés de pâleur et de léthargie et suivis de diarrhée.

Diagnostic de l'APLV chez le nourrisson allaité

En pratique de ville, le recours au score CoMiSS (Cow’s Milk Related Symptom Score). Le meilleur test reste l’éviction et la réintroduction. On propose alors à la maman de suivre un régime sans protéines de lait pendant 2 à 4 semaines. Si on constate une disparition des manifestations allergiques et leur récidive au moment de la réintroduction, le diagnostic est confirmé.

Examens complémentaires :

  • Prick-tests et dosage des IgE spécifiques : Ces tests peuvent aider à identifier une APLV IgE-médiée, mais leur fiabilité est limitée pour les APLV non IgE-médiées.
  • Test de provocation orale (TPO) : Il consiste à administrer des quantités croissantes de lait de vache sous surveillance médicale pour observer la réaction du nourrisson. Ce test est réalisé en milieu hospitalier en raison du risque de réactions sévères.
  • Le patch-test peut être utilisé, mais sa fiabilité reste mal précisée. On place une cupule en aluminium de 12 mm contenant du lait au contact de la peau pendant 48 h. La lecture se fait 24 h après le retrait, par comparaison avec un témoin. Il faut avoir arrêté tout traitement à base de stéroïdes et d’antihistaminiques, au moins 3 jours auparavant.

Prise en charge de l'APLV chez le nourrisson allaité

Chez le nourrisson allaité, l’APLV est rare. En cas de suspicion d’allergie ou même d’APLV confirmée par un test de réintroduction après 2 à 4 semaines d’exclusion, l’allaitement est poursuivi. La mère est soumise à un régime sans PLV et supplémentée en calcium et vitamine D : selon l’ESPGHAN, 1 g/j de calcium et 600 UI/j de vitamine D.

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Régime d'éviction pour la mère allaitante :

  • Éliminer tous les produits contenant du lait de vache de l'alimentation maternelle : lait, yaourts, fromages, beurre, crème, etc.
  • Lire attentivement les étiquettes des aliments pour repérer les sources cachées de protéines de lait de vache (par exemple, lactosérum, caséine).
  • Consulter un diététicien pour s'assurer d'avoir une alimentation équilibrée et adaptée aux besoins de la mère allaitante, tout en évitant les carences nutritionnelles.
  • Il faut compter un mois pour éliminer toutes les traces de protéines de lait dans l’organisme.

Allaitement et APLV :

  • Il est recommandé de poursuivre l'allaitement maternel même en cas d'APLV. Le lait maternel reste l'aliment le plus adapté aux besoins du nourrisson.
  • Dans certains cas, si les symptômes persistent malgré le régime d'éviction maternelle, l'arrêt temporaire de l'allaitement et le recours à une formule hypoallergénique peuvent être envisagés.

Diversification alimentaire :

  • La diversification obéit également aux mêmes règles qu’en l’absence d’allergie, mais les parents doivent être bien informés de la nécessité de lire attentivement les étiquettes et de « faire la chasse » aux PLV. Il est parallèlement essentiel de maintenir un apport de substitut de lait suffisant (au moins 500 mL par jour) pour s’adapter aux besoins nutritionnels de l’enfant, l’APLV et le régime d’éviction ayant un impact sur la croissance pondérale.
  • Il est recommandé de ne pas retarder la diversification alimentaire chez les nourrissons APLV.
  • Introduire les aliments un par un, en commençant par les moins allergènes (fruits, légumes, viandes).
  • Éviter les aliments contenant des protéines de lait de vache.
  • Consulter un professionnel de santé pour obtenir des conseils personnalisés sur la diversification alimentaire.
  • Chez les enfants allergiques, la diversification ne sera pas retardée, et débutera aux 6 mois de l’enfant.

Réintroduction des protéines de lait de vache :

  • En cas d’APLV IgE médiée, le moment de la réintroduction des PLV est guidé par le taux d’IgE et est effectuée en milieu hospitalier. La prudence s’impose particulièrement en cas de manifestation initiale sévère.
  • La réintroduction des protéines de lait de vache doit être effectuée sous surveillance médicale, généralement à partir de l'âge de 6 à 12 mois, en fonction de la sévérité de l'allergie.
  • Elle se fait progressivement, en commençant par de petites quantités de lait de vache cuit (par exemple, dans des gâteaux) avant de passer au lait de vache non cuit.
  • Le pédiatre sera celui qui prendra la décision de la réintroduction des PLV dans l’alimentation de la maman allaitante, on réintroduit habituellement les protéines de lait après 6 mois d’exclusion. Le mot d’ordre sera alors la mise en place d'une réintroduction progressive et douce, il faut faire des essais de réintroduction et il suffira des fois de seulement une cuillère de yaourt dans un premier temps, pour augmenter progressivement les quantités suivant la tolérance de l’enfant. Certains médecins peuvent dans certains cas préconiser une prise en charge des tests de réintroduction en milieu hospitalier.
  • Un suivi allergologique est nécessaire pour décider de la réintroduction du lait, analysant notamment la diminution de la papule et celle des IgE spécifiques. La guérison (tolérance) est spontanée et survient le plus souvent au cours des premières années.

Formules spécifiques pour les bébés APLV

Il existe plusieurs formules spécifiques adaptées aux bébés APLV. Ces formules sont spécialement conçues pour ne pas contenir de protéines entières de lait de vache que votre bébé ne tolère pas. Les protéines forment comme un collier de perles composé d’acides aminés. Certaines perles mises les unes à côté des autres ont un pouvoir allergisant qui provoque une réaction immunitaire chez votre bébé APLV. Dans les formules spécifiques aux bébés APLV, ces colliers de perles sont découpés en petits morceaux (c’est ce qu’on appelle l’hydrolyse), afin d’en réduire leur pouvoir allergisant. Dans ces formules, plus les protéines sont découpées, plus elles sont adaptées à des allergies sévères. Ces trois types de formules répondent aux mêmes exigences réglementaires en termes de qualité que les laits infantiles classiques. Elles couvrent, jusqu’à 6 mois, l’ensemble des besoins nutritionnels* de votre enfant, tels que le calcium, le fer ou encore les vitamines. *Conformément à la réglementation relative aux préparations infantiles.

Prévention de l'APLV

La prévention de ces allergies ne répond pas à des recommandations bien établies, contrairement à la prévention d’autres aliments comme l’œuf de poule ou l’arachide. Plusieurs hypothèses ont été émises pour prévenir une APLV : un allaitement maternel exclusif pendant au moins 4 mois, l’administration d’hydrolysats de PLV dès la naissance en l’absence d’allaitement maternel, une éviction complète des PLV ou au contraire en donner de petites quantités au cours d’un allaitement maternel.

Allaitement maternel exclusif :

  • L’allaitement maternel représente la solution idéale pour l’alimentation du nourrisson dans les premiers mois de vie.
  • Il est recommandé d'allaiter exclusivement pendant les 4 à 6 premiers mois de vie, si possible.
  • Le lait maternel contient des facteurs de protection immunitaire qui peuvent réduire le risque d'allergies.
  • Si une supplémentation par une préparation infantile à base de PLV est débutée, celle-ci doit être a minima poursuivie de façon régulière pour ne pas entraîner de rupture de tolérance. En cas de souhait d’allaitement maternel exclusif, il est par contre impératif d’éviter les compléments à base de PLV. Cette complémentation doit être limitée aux seules indications médicales (perte de poids > 10 %, hypoglycémie, signes de déshydratation) avec l’utilisation d’une préparation infantile sans PLV (hydrolysat poussé de PLV, hydrolysat de protéines de riz ou mélange d’acides aminés).
  • Si votre bébé est diagnostiqué allergique aux protéines de lait de vache et est allaité, il est recommandé de poursuivre l’allaitement tout en ajustant l’alimentation de la maman.

Introduction précoce des allergènes :

  • Si la plupart des recommandations proposent l’introduction précoce de l’arachide ou de l’œuf dès l’âge de 4 à 6 mois, l’impact de l’introduction des protéines de lait de vache sur la prévalence de l’APLV reste un sujet de débat.
  • Au vu des données disponibles, les auteurs soulignent le fait que le caractère préventif de l’introduction précoce des protéines de lait de vache sur l’APLV ne repose que sur un faible niveau de preuve. Ainsi, il n’y a pas assez d’arguments à ce jour pour proposer l’introduction précoce des PLV en cas de souhait d’allaitement maternel.

Est-ce que la protéine de lait de vache passe dans le lait maternel ?

Lorsqu'une mère allaite son bébé, elle se demande souvent si les aliments qu'elle consomme peuvent avoir des répercussions sur son enfant. L'un des aliments les plus controversés est le lait de vache. Si votre enfant souffre d'une allergie aux protéines de lait de vache (APLV), vous pourriez vous demander si la consommation de produits laitiers peut affecter votre bébé allaité. Malheureusement, la réponse est oui. Un bébé allaité exclusivement au lait maternel peut souffrir d’une APLV. En effet, si sa mère consomme des protéines de lait de vache, celles-ci se retrouvent à l’état de traces dans son lait. Les études montrent que donner quelques biberons de lait dans les premiers jours de l’enfant le temps que l’allaitement se mette en place augmente le risque d’allergie aux protéines de lait de vache.

  • Detection of b-lactoglobulin in human breast-milk 7 days after cow milk ingestion. Matangkasombut P et al. La bêta-lactoglobuline est un allergène majeur du lait de vache. Des études ont constaté qu’elle pouvait passer dans le lait humain si la mère consomme du lait de vache, et qu’elle peut induire une aggravation des symptômes si son enfant est allergique aux protéines du lait de vache.

Conseils supplémentaires

  • Consulter un professionnel de santé : Il est essentiel de consulter un médecin ou un allergologue pour obtenir un diagnostic précis et une prise en charge adaptée de l'APLV.
  • Être vigilant : Lire attentivement les étiquettes des aliments et éviter les produits contenant des protéines de lait de vache.
  • Soutenir l'allaitement maternel : L'allaitement maternel est bénéfique pour la santé du nourrisson et peut aider à prévenir les allergies.
  • Ne pas hésiter à demander de l'aide : Les parents d'enfants APLV peuvent se sentir isolés et dépassés. Il est important de ne pas hésiter à demander de l'aide à des professionnels de santé, à des associations de parents ou à des groupes de soutien.

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