Introduction
La série télévisée X-Files a marqué la culture populaire grâce à ses intrigues complexes, ses personnages attachants et son exploration des phénomènes paranormaux. Cet article se penche sur l'analyse de plusieurs épisodes clés de la série, en mettant en lumière leurs thèmes, leur réalisation et leur impact sur l'ensemble de l'œuvre.
Analyse des Épisodes
1. La Fin et le Nouveau Départ
L'épisode qui ouvre cette analyse marque une transition importante pour la série. Après les événements de X-Files : combattre le futur, Mulder et Scully sont dessaisis des X-Files, qui sont confiés à Jeffrey Spender et Diana Fowley. Skinner, cependant, informe Mulder d'une affaire impliquant un certain Sandy, lui offrant une chance de récupérer les X-Files s'il parvient à retrouver le « monstre ».
Cet épisode souffre des défauts inhérents aux épisodes de présentation, s'efforçant de planter le décor de la nouvelle saison tout en intégrant un changement de cap vis-à-vis de la situation présentée à l'issue de Fight The Future et en concluant l'arc Gibson. Fowley et Spender récupèrent les Affaires Non Classées d'une manière assez mécanique et brutale, et certaines facilités gênantes sont observées. On reste assez stupéfait de constater qu'après Fight The Future Scully ne croit toujours pas aux extraterrestres, d'autant que les explications fournies ne convainquent guère.
Scully apparaît d'ailleurs singulièrement transparente durant cette histoire où elle reste à la traîne, hormis la larmoyante scène hospitalière de rigueur. Il est d'ailleurs étonnant de la voir laisser Gibson sans surveillance, alors même qu'elle connaît les enjeux. On ignorera tout de ces mystérieux techniciens au look de représentants de commerce. De même, Fowley passe outre la paranoïa de Mulder avec une facilité confondante, même s'il est vrai que notre héros manifeste souvent une certaine « empathie » avec les Dames, et particulièrement ses ex ! Qu'il n'ait pas l'idée de demander à Gibson, alors présent, ce que Diana a en réalité dans sa jolie tête, représente cependant le plus beau contresens de l'épisode ! Enfin, pour une fois, on ne goûtera que modérément la prestation de notre ami amateur de tabac qui donne ici inutilement dans le grinçant et la rodomontade ; à croire qu'en passant aux USA, un méchant doit perdre en subtilité et gagner en roulage de mécanique.
L'épisode n'est pas dépourvu d'intérêt pour autant, on apprécie ainsi une mise en scène efficace qui, après une introduction sous un lumineux soleil californien annonçant explicitement les temps nouveaux (dixit Chris Carter), joue habilement des ténèbres et du confinement pour susciter une ambiance anxiogène à souhait, écrin idéal pour des scènes gores très réussies, notamment grâce au talent sans cesse renouvelé des artistes de la série et de Mark Snow. Le Monster of the week s'avère vraiment inquiétant, la scène finale dans la centrale nucléaire évoquant clairement les sombres coursives du Nostromo (avec des héros exceptionnellement résistants à la radio-activité). Toutefois, mais c'était assez inévitable, après l'épopée flamboyante et les grands espaces de Fight The Future, on ressent devant ce huis clos et ce retour au format de la série comme une impression de resserrement. L'intrigue, malgré ses nombreuses facilités et son aspect utilitaire, se suit sans ennui, d'autant qu'elle demeure limpide dans son développement.
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Cependant, et c'est bien compréhensible, Chris Carter a voulu continuer à capter les nouveaux venus ayant découvert la série lors de Fight The Future, ce qui nous vaut une nouvelle session d'explication de l'univers, encore une fois lors de la commission d'enquête dont la présidente est, en l'occurence, incarnée par la toujours très tonique Wendie Malick (Dream On, Frasier…). On s'amuse beaucoup avec la bonne vanne du technicien de centrale nucléaire fainéant et idiot prénommé Homer, un joli clin d'œil aux Simpsons qui ont d'ailleurs eu Mulder et Scully comme guests le temps d'un formidable épisode. Lors de l'intervention dans la centrale, l'épisode présente également comme mérite de nous offrir comme une fenêtre sur ce qu'auraient pu devenir les Affaires Non Classées si l'association de l'altière et martiale Fowley (superbe prestation de Mimi Rogers) et de Mulder s'était poursuivie. Relation d'un bien moindre intérêt, opérations commando cent fois vues ailleurs (notamment dans des téléfilms de série Z), ambiance stéréotypée… soit une série standard de plus. On s'ennuie, on déteste, et, grâce à cette glaçante vision, on célèbre d'autant plus la présence de Scully avec un solide frisson rétrospectif ! Mulder n’a jamais vu Men in black. Première apparition du Directeur adjoint Alvin Kersh, nouveau supérieur (pas commode) de Mulder et Scully. Il est interprété par James Pickens Jr. Son nom vient des deux personnages principaux (Dr.Kersh et Anton Kersh) du film Vampire circus (1971), un des films préférés de Chris Carter. Mulder fait référence au chanteur RuPaul. C’est une drag queen très populaire dans les années 90.
2. Drive : Vitesse et Fatalité
Cet épisode met en scène Patrick Crump, pourchassé par des policiers après avoir volé une voiture et y avoir mis sa femme, Vicky. Interpellé quelques heures après, sa femme meurt subitement par explosion d’un organe interne ! Mulder et Scully apprennent l’événement qui excite la curiosité de Mulder, qui délaisse les tâches subalternes où ils ont été affectés. Ayant attrapé la maladie de sa femme, Crump parvient à s’enfuir et prend en otage Mulder qu’il contraint à rouler sans s’arrêter, très vite, car c’est le seul moyen de retarder l’avancée du mal fatal.
Rétrospectivement, cet épisode a une qualité historique par la rencontre prophétique entre Vince Gilligan et Bryan Cranston. L'expérience avec l'acteur marquera durablement le scénariste qui n'hésitera pas une seconde au moment de choisir l'acteur qui portera sur ses épaules sa future série Breaking Bad, unanime succès critique et commercial aujourd'hui considérée comme une des plus grandes séries de tous les temps. Mais indépendemment de cela, cet épisode regorge des qualités narratives que l'on aime tant chez Gilligan. Le résultat apparaît d’ores et déjà spectaculaire avec un plongeon immédiat dans l’histoire joint à un effet décalé très réussi. Privé de ses repères coutumiers, le spectateur demeure aussi stupéfait que diverti. Ce brouillard donne un véritable intérêt à la partie enquête menée par Scully, à partir d'un postulat aussi insolite qu'intriguant, aux limites de la Quatrième Dimension, même si sa résolution se révèle par contre purement "X-Filienne" !
L'intrigue opère en fait un habile basculement, où cette partie backstage se révèle plus importante que l'épopée de Mulder, évitant ainsi une situation trop figée dans l'espace étroit d'une voiture. Dans cette même veine, l'histoire évite de tracer un portrait lénifiant ou éploré de la victime, pour au contraire nous offrir un redneck raciste et parano, interprété avec une rare conviction par l'excellent Bryan Cranston (Seinfeld, How I Met Your Mother, Malcolm…), mais qui finit par révéler son humanité (la patte de Vince Gilligan) et par sympathiser avec Mulder.
La mise en scène de Rob Bowman se montre à la hauteur de cette superbe histoire, avec une exploitation fort aboutie de ces légendaires autoroutes américaines traversant des immensités désertiques sous un soleil implacable. Chris Carter parvient ainsi à justifier la migration au sud, en apportant des atmosphères nouvelles et en renforçant l'identité américaine de la série. Scully bénéficie, elle, d'une de ces autopsies si particulières (on ne s'en lassera jamais) et d'une scène stupéfiante d'esthétisme et de maîtrise technique où elle se rend au domicile des victimes, dans une zone frappée par le fléau. Les ténèbres, le savant emploi des lumières et les habiles travellings arrières, ces tenues de protection évoquant celles des astronautes, font irrésistiblement penser à ces abordages de vaisseau spatial renfermant de terribles dangers, du genre Event Horizon. L'effet ressort très réussi et la scène se suit avec une grande intensité, d'autant que Gillian Anderson (très en beauté) nous régale toujours par son jeu très inspiré. Un épisode fort efficace, où l'on retrouve également Michael O'Neill (24h chrono, The Unit, À la Maison Blanche…) et Mindy Seeger, la terrible journaliste de West Wing.
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Après avoir rassuré dans Le Commencement sur le maintien du style et des fondamentaux de la série, Chris Carter n'hésite pas à user avec bonheur des nouvelles potentialités s'offrant à lui. L'écriture de la série reste bien toujours aussi maîtrisée ! Le projet de sonar évoqué existe réellement, sous le nom de… Project Sanguine ! Gilligan déclara à propos de Drive : "J’ai eu l’idée de cet épisode en m’inspirant du film Speed et d’un épisode de la série Homicide, dans laquelle on suit un homme qui s’apprête à mourir après être tombé d’un quai de métro. Les flics restent à ses côtés et on s’aperçoit que c’est un sale type. Un sale type qui sait qu’il va mourir. Le nom de la station essence est « Holly’s ». C’est le chanteur de country Junior Brown qui joue le fermier dans la première scène post-générique.
3. Triangle : Voyage Temporel et Univers Alternatifs
Dans cet épisode, Mulder se retrouve sur le Queen Ann, un vaisseau anglais qui a disparu en 1939 dans le triangle des Bermudes et qui n’avait jamais été retrouvé. À sa grande surprise, il est entré dans la faille spatio-temporelle du Triangle qui l’a projeté en 1939 alors que les nazis viennent de conquérir le navire ! Pire, il y découvre des personnes de son entourage (Scully, le Fumeur, Skinner…) dans la peau de personnes différentes ! Mulder, par sa présence, risque de changer l’Histoire de manière désastreuse !
Avec Triangle (cinquième épisode dirigé par Chris Carter en personne), la saison 6 nous régale d’un épisode décalé aussi novateur et impressionnant dans le fond que dans la forme. La mise en scène réalise en effet l’exploit de filmer l’ensemble de l’épisode en quatre immenses plans-séquences (comme dans La corde) où la caméra virevolte sans fin, avec une dextérité sans failles, le long des immenses coursives du bateau. Écouter le passionnant commentaire audio de Chris Carter permet de mesurer à quel point cet exercice de style virtuose a nécessité des trésors d’imagination et d'inventivité de la part de l’équipe de tournage. L’ensemble donne une impression de cauchemar éveillé vraiment prégnante, ne laissant pas un seul instant de répit à un spectateur ayant vraiment l’impression de passer à travers l’écran et de suivre physiquement Mulder durant cette étrange odyssée. L’effet se voit renforcé par une superbe photographie et la toujours envoûtante musique de Mark Snow, enrichie de grands classiques de l’époque.
Mais l’épisode ne se contente pas de constituer une démonstration de force, il nous raconte aussi une passionnante histoire d’univers parallèle, un thème de Science-Fiction toujours très riche et porteur (on songe à l’Univers Miroir de Star Trek ou au Miroir Quantique de Stargate SG1). En effet, Mulder ne se contente pas de voyager dans le temps mais semble bien pénétrer dans une Histoire alternative où les personnages de la série occupent les principaux rôles à bord du Queen Anne. Tiens, le Fumeur en SS, cela nous rappelle Le pré où je suis mort… Cela pourrait rester un gadget, mais contribue au contraire à développer une atmosphère d’étrangeté fort plaisante, d’autant que les acteurs s’amusent visiblement beaucoup, avec un entrain fort communicatif.
La sensation d’avoir pénétré dans un autre univers s’accentue par le ton frénétique des personnages (y compris Mulder), leurs déclarations et postures sans cesse outrées ou archi caricaturales, l’irréalisme des situations et des péripéties. Quelque chose ne colle pas du tout, impression sans cesse distillée par une intrigue n’hésitant pas à jouer la carte de l’humour, voire du burlesque. On se régale, d’autant que l’histoire se paie même le luxe de développer une thématique très X-Files, entre espions multiples et paranoïa généralisée. Trust no one !
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Pour éviter toute lassitude, l’action est interrompue par un passage également enthousiasmant, prenant place sans hésitation aucune dans le top 5 des meilleures scènes de Scully pour toute la série. Cela débute très fort avec l’arrivée tonitruante des Bandits Solitaires très en forme et tout frétillants de se retrouver dans l’antre de l’ennemi. L’annonce de la disparition de Mulder provoque une hilarante crise de nerfs chez Scully, magnifiquement rendue par une Gillian particulièrement en verve. Celle-ci sait vraiment tout jouer à la perfection ! L’accompagner dans ce tourbillon s’avère un inoubliable moment de comédie, d’autant que Scully multiplie les bourdes désopilantes et les mimiques irrésistibles. On a aussi droit à ses jolis coups de gueule habituels (la VF édulcore, hélas), heureusement qu’elle ne croise pas Fowley… (Mimi Rogers devait à l’origine jouer la chanteuse, finalement il s’agit de la secrétaire de Kersh, une vipère blonde). On partage le soulagement de Scully lors de l’intervention finale d’un Skinner justement récompensé pour ses efforts (décidément, ils lui auront tout fait !), et l’exubérance finale du personnage papier à la main (yeah !), tout en applaudissant franchement le superbe récital de l’actrice. Ce plan séquence constitue également un nouveau tour de force technique, car « l’ascenseur » ne monte évidemment pas, l’équipe de tournage doit alors s’adapter en quelques instants. Enfin, Triangle représente également un épisode à forte valeur ajoutée pour la relation Mulder/Scully.
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