L'avortement clandestin, une réalité sombre et dangereuse, a marqué l'histoire des droits des femmes. Avant la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), de nombreuses femmes étaient contraintes de recourir à des méthodes illégales et souvent désespérées pour mettre fin à une grossesse non désirée. Parmi ces méthodes, l'utilisation d'aiguilles à tricoter était particulièrement répandue, entraînant des conséquences dramatiques pour la santé et la vie des femmes. Cet article explore les risques liés à l'avortement clandestin avec des aiguilles, les témoignages poignants de celles qui l'ont vécu, et le contexte historique qui a conduit à la dépénalisation de l'IVG en France.

L'Avortement Clandestin : Un Danger Mortel

Avant la loi Veil du 17 janvier 1975, l'avortement était illégal en France, exposant les femmes à des pratiques dangereuses et non médicalisées. La chercheuse Xavière Gauthier, dans son ouvrage "Avortées clandestines", donne la parole à ces femmes qui ont avorté dans l'illégalité jusqu'en 1975, révélant les risques encourus et le soulagement de celles qui voulaient avoir le choix.

Les femmes les plus démunies utilisaient des objets du quotidien pour provoquer l'avortement, comme des aiguilles à tricoter, des baleines de parapluie ou de corset, des épingles à cheveux, des bigoudis, des scoubidous, des tuyaux d'aquarium, des piques, des tuyaux de perfusion, des ciseaux, des fourchettes, des branches d'arbres, des tiges de lierre ou de persil, des os de poulet, du fil de fer, du fil électrique, ou encore des bouts de bois. Les conséquences étaient souvent dramatiques : septicémie, embolie gazeuse, infections, perforation de l'utérus…

Le gynécologue obstétricien Jacques Oréfice, qui a mis au monde plus de 12 000 bébés et pratiqué plus de 2500 IVG, témoigne de son expérience : "J’ai été témoin des terribles conséquences d’un avortement clandestin. Une femme d'environ 35 ans, déjà mère de trois enfants, s’était fait avorter avec des aiguilles à tricoter par une "faiseuse d’anges". Elle a été admise aux urgences où elle est décédée d’une septicémie sous mes yeux. Ça a été un des moments les plus marquants de ma vie et cela a fait basculer mes hésitations et mes réticences. Depuis, je n’ai plus eu d’état de conscience."

Les Risques de l'Avortement à l'Aiguille

L'utilisation d'aiguilles à tricoter pour provoquer un avortement clandestin comportait de nombreux risques :

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  • Infections graves : L'introduction d'objets non stériles dans l'utérus pouvait entraîner des infections sévères, telles que la septicémie, qui pouvaient être mortelles.
  • Hémorragies : La perforation de l'utérus ou d'autres organes pouvait provoquer des hémorragies importantes, mettant en danger la vie de la femme.
  • Lésions de l'appareil reproducteur : L'utilisation d'objets contondants pouvait entraîner des lésions permanentes de l'utérus, des trompes de Fallope ou des ovaires, pouvant causer la stérilité.
  • Embolie gazeuse : Dans certains cas, l'introduction d'air dans l'utérus pouvait provoquer une embolie gazeuse, une complication rare mais potentiellement mortelle.
  • Décès : En raison de tous ces risques, l'avortement clandestin était une cause importante de mortalité maternelle avant la légalisation de l'IVG.

La photographe Laia Abril, dans sa série "On Abortion", met en lumière les dangers des avortements pratiqués hors du cadre légal, montrant des instruments ayant servi à pratiquer des avortements clandestins, tels que des forceps, des spéculums, des sondes urinaires et des cintres. Elle rappelle l'extrême dangerosité de tels outils "en raison du risque élevé de perforation d’autres organes, la vessie et l’intestin notamment".

Témoignages de Femmes Ayant Recours à l'Avortement Clandestin

De nombreux témoignages poignants de femmes ayant vécu l'avortement clandestin témoignent des souffrances physiques et psychologiques endurées.

Françoise, en 1973, se souvient : « Au secteur des femmes du Parti communiste, on se battait pour la reconnaissance de la contraception, de l’IVG. J’étais une militante déterminée et je n’ai pas du tout culpabilisé ». Elle a tenté d'avorter avec une sonde, mais sans succès.

Pascale Nolent, en octobre 1974, a eu recours à une faiseuse d'anges : "Elle utilisait des sortes d'aiguilles-épingles et elle les a enfoncées jusqu'à atteindre l'utérus. Quand ce fut fini, j'ai eu très mal durant deux jours, c'était vraiment douloureux. Au bout de la quatrième journée, une sorte d'hémorragie est sortie quand j'étais aux toilettes."

Madeleine, 82 ans, se souvient des avortements clandestins pratiqués par des femmes solidaires : "C’était atroce. Je vous rappelle que c’était la cause de mortalité la plus importante pour les femmes entre 18 et 50 ans. On avait peur de deux choses. On avait un peu peur des flics, c’est vrai. Et on avait aussi peur qu’il nous arrive quelque chose avec la femme qu’on avortait."

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Ces témoignages poignants illustrent la détresse des femmes contraintes de recourir à l'avortement clandestin et la nécessité de garantir l'accès à l'IVG dans des conditions sûres et légales.

La Lutte pour la Dépénalisation de l'IVG

La dépénalisation de l'IVG en France a été le fruit d'une longue lutte menée par des mouvements féministes et des personnalités politiques engagées.

En 1971, 343 femmes, dont des personnalités comme Gisèle Halimi et Jeanne Moreau, ont signé une tribune dans Le Nouvel Observateur, déclarant : "Je me suis fait avorter". Elles brisaient ainsi un tabou et dénonçaient l'hypocrisie de la société face à l'avortement clandestin.

Le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) a organisé des avortements sûrs et militants, contribuant à faire évoluer les mentalités et à faire pression sur les pouvoirs publics.

Simone Veil, ministre de la Santé sous Valéry Giscard d'Estaing, a porté le projet de loi visant à dépénaliser l’IVG, malgré une forte opposition. La loi Veil, adoptée le 17 janvier 1975, a marqué une étape décisive dans la reconnaissance des droits des femmes en France.

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L'IVG Aujourd'hui : Un Droit Toujours Menacé

Bien que l'IVG soit légale en France depuis 1975, ce droit reste fragile et menacé dans de nombreux pays. Aux États-Unis, la Cour suprême a permis aux États d'interdire l'avortement, remettant en cause un droit fondamental pour les femmes. En Pologne, l'accès à l'IVG est très restreint, et dans d'autres pays comme l'Irlande, Malte et Chypre, l'avortement reste illégal ou difficile d'accès.

Face à ces menaces, il est essentiel de rester vigilant et de défendre le droit à l'IVG comme un droit fondamental pour toutes les femmes. Comme le souligne Marie-Co, militante du mouvement Choisir : « Quarante ans après, le droit à l’IVG est encore à défendre, ce qui est acquis peut être perdu ».

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