Le deuil périnatal est une épreuve bouleversante, souvent vécue dans l’intimité et le silence. Chaque année, plus de 120 000 femmes et couples sont touchés par cette perte, qu’elle survienne en début de grossesse, plus tardivement, ou même à la naissance ou dans les jours qui suivent. Cet article vise à briser le tabou autour de ce deuil et à offrir des pistes d'accompagnement pour les personnes concernées.
Qu'est-ce que le deuil périnatal ?
Le deuil périnatal concerne les enfants morts entre 22 semaines de grossesse et jusqu’à 27 jours de vie. Cependant, il est important de noter que la difficulté à vivre cet événement est ce qui compte le plus, quel que soit le contexte. La mort périnatale peut survenir en cours de grossesse, à la naissance ou durant les sept premiers jours de vie. En fonction du terme de la grossesse, différents termes sont utilisés :
- La fausse couche précoce (avant 14SA) ou tardive (entre 14 et 22SA) correspond à un arrêt spontané de la grossesse (concerne environ 15% des grossesses).
- La mort fœtale in utero se définit par tout décès fœtal avant la mise en travail (survenant après la limite de la viabilité fœtale, à savoir 22 SA ou un poids de naissance de plus de 500 grammes). Elle représente environ 9 grossesses pour 1000 naissances en France.
- La mortinaissance correspond à la naissance d’un bébé né sans vie après 28 SA.
- L’IVG (Interruption Volontaire de grossesse) désigne le fait de mettre fin volontairement à une grossesse non désirée. Actuellement, le ratio est de 1 IVG pour 3 naissances.
- L’IMG (Interruption Médicale de Grossesse) est une interruption de grossesse pratiquée pour des raisons médicales concernant le fœtus ou la mère (10 à 20% des cas), sans restriction de délai. Sa réalisation nécessite une attestation médicale et l’accord de la femme enceinte.
- Bien qu’intervenant après les 7 premiers jours de vie, la mort subite du nourrisson est également à inclure dans le deuil périnatal. Elle se définit comme “le décès subit d’un enfant âgé de 1 mois à 1 an jusqu’alors bien portant, alors que rien dans ses antécédents connus ni dans l’histoire des faits ne pouvait le laisser prévoir”.
L'impact émotionnel du deuil périnatal
La perte d’un bébé, qu’elle survienne à quelques semaines de grossesse ou plus tard, est une épreuve bouleversante. C’est un deuil à part, souvent incompris et solitaire. La psychologue Françoise Gonnaud souligne qu'il est important de nommer ces enfants qui auraient dû naître afin de les faire exister et de ne pas les oublier. Pour les parents, la mort se vit souvent comme un échec, un raccourci temporel entre la naissance et la mort. Ce deuil est une » irruption violente de la réalité dans un temps de rêverie, on passe de l’espoir de la vie à son renoncement ».
Une tristesse inimaginable envahit certaines femmes, accompagnée bien souvent de culpabilité. Parfois, cette culpabilité remonte plus tard, lorsque tout est fini. La mère culpabilise d’avoir arrêté le coeur de son enfant. Des femmes, des mères témoignent de l’expérience du vide qu’elles ressentent, de leur solitude, de leur corps meurtri « il ne reste plus rien”, Elles disent » je n’y arriverai pas, je ne surmonterai pas cette perte« .
Le vécu entre le papa et la maman sera différent. Par exemple dans le cas d’une IMG, la mère ira au bloc opératoire seule pour faire le foeticide. Certaines femmes demeurent partagées car une partie d’elles veulent garder leur bébé, mais elles doivent faire face à la réalité. Ainsi le corps peut vouloir retenir le bébé sans vie dans le ventre afin de retarder l’acceptation que l’enfant est réellement décédé. Les papas sont plutôt dans une attente. Il faudra souvent travailler sur la culpabilité de ne pas avoir été présent pendant le foeticide et le sentiment d’impuissance de ne pouvoir aider. N’ayant pas porté l’enfant, certains papas pourront même avoir une certaine difficulté à comprendre l’ampleur de la peine de leur conjointe.
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Lorsqu’on traverse un deuil périnatal, il peut devenir impossible de côtoyer des femmes enceintes ou des parents. Tout rappelle l’enfant que l’on vient de perdre et ces moments que l’on ne pourra pas vivre. Les familles qui vivent ce drame peuvent avoir tendance à s’isoler afin d’éviter de s’exposer à ces scènes de vie leur rappelant ce qu’ils ont perdu.
L'importance de l'accompagnement
Malgré sa fréquence, le deuil périnatal reste un véritable tabou dans notre société. Il est encore difficile pour de nombreuses personnes de trouver un accompagnement adapté, car peu de professionnels sont formés pour comprendre et accompagner cette souffrance, qui a des répercussions profondes et durables.
C'est pourquoi il est crucial de chercher un espace d’écoute et de soutien, où les émotions et le vécu ont toute leur place. Cet accompagnement est conçu pour répondre aux besoins, au ressenti et à la manière de vivre cette épreuve. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire son deuil, seulement la sienne.
Les étapes clés de l'accompagnement
Un accompagnement adapté peut se décliner en trois étapes clés qui permettent d’avancer à son rythme, tout en respectant ses besoins et son histoire :
Échange et écoute : Cet espace est avant tout un lieu où l'on peut exprimer ses émotions, ses ressentis, sans jugement. Pleurer, crier, parler… Tout est permis ici. L’important est de pouvoir libérer ce qui est enfoui et de se sentir entendu(e). Lors des premières séances, l’objectif est avant tout de créer un espace d’écoute. C’est un moment où l'on peut déposer tout ce que l'on ressent, sans filtre, sans tabou et surtout sans jugement ! Cette étape permet de poser les mots sur sa souffrance, d’exprimer des émotions que l'on n’a pas pu ou voulu partager ailleurs. Le temps d’échange est aussi un moment où l'on est accompagné dans l’expression de ses besoins, de ses attentes, ou de ses incompréhensions. On prend le temps de faire un point sur ce que l'on vit actuellement, tout en respectant son rythme.
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Comprendre : Au-delà de l’écoute, comprendre ce que l'on est en train de vivre est une étape essentielle pour alléger la charge émotionnelle. Le deuil périnatal est souvent un tsunami émotionnel, et parfois, comprendre les mécanismes qui entrent en jeu permet de mieux accepter et faire face à cette épreuve. Ensemble, on travaille sur la compréhension de ses émotions, de ses réactions et du processus de deuil. On apporte des clés pour mieux appréhender chaque étape, sans jugement. On n'est pas seul à démêler ce que l'on traverse.
Alléger la charge émotionnelle : Le deuil périnatal ne se vit pas uniquement dans la tête, il se vit aussi dans le corps. Les émotions non exprimées ou non entendues s’accumulent souvent et se manifestent par des tensions physiques. C’est pourquoi on intègre dans l’accompagnement des techniques complémentaires pour alléger cette charge émotionnelle et physique. On peut explorer, selon ses besoins, des pratiques telles que le massage, la relaxation, la visualisation ou le rituel rebozo (qui inclus un serrage des différents points du corps). Ces méthodes visent à reconnecter le corps à ses émotions et à faciliter le processus de guérison.
Accompagnement spécifique selon la situation
Un accompagnement adapté prend en compte les différentes situations de deuil périnatal :
Après une fausse couche, une interruption médicale de grossesse (IMG) ou une interruption volontaire de grossesse (IVG) : Chaque interruption de grossesse, qu’elle soit spontanée (fausse couche), médicale (IMG) ou volontaire (IVG), peut laisser une empreinte profonde. Même lorsqu’une IVG est un choix conscient, elle peut s’accompagner d’émotions complexes : soulagement, tristesse, culpabilité, ambivalence… Il est parfois difficile d’en parler librement, par peur d’être jugée ou incomprise. L'accompagnement offre un espace où déposer ses émotions en toute sécurité, sans tabou ni jugement. Des rituels symboliques peuvent également être explorés si l'on ressent le besoin de donner une place à ce bébé dans son histoire, tout en avançant vers un apaisement émotionnel.
Après la naissance d’un bébé né sans vie : Porter la vie et devoir faire face à la perte de son bébé est une épreuve bouleversante. On l’a senti grandir en soi, et pourtant, il est parti avant d’avoir pu vivre dans ce monde. L'accompagnement offre un espace pour parler de son bébé, poser des mots sur son histoire et trouver des repères pour avancer dans son cheminement de deuil, tout en douceur.
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Cohabiter avec le deuil et la naissance d’un autre bébé : Lorsqu’un deuil périnatal survient dans une grossesse gémellaire ou que l’un des bébés ne survit pas, la douleur est double : celle de la perte et celle de la nécessité d’avancer malgré tout. Comment accueillir pleinement ce bébé vivant tout en faisant le deuil de l’autre ? Comment ne pas se sentir coupable de ressentir de la joie ? L'accompagnement aide à concilier ces deux réalités, à exprimer librement ses émotions et à trouver un équilibre entre hommage et présence pour son bébé vivant.
Construire une nouvelle maternité après un deuil périnatal : Après une perte, envisager une nouvelle grossesse peut être une source d’angoisse et de doutes. Comment ne pas vivre cette maternité dans la peur ? Comment accueillir pleinement ce bébé tout en respectant la place de l’enfant perdu ? L'accompagnement aide à traverser cette grossesse avec plus de sérénité, à faire de la place à chaque bébé et à accueillir toutes les émotions contradictoires sans culpabilité.
L’impact du deuil périnatal sur la fertilité : Parfois, après un deuil périnatal, la conception d’un nouvel enfant semble plus difficile, sans qu’aucune cause médicale ne l’explique.
L'hypnose comme outil d'accompagnement
L’hypnose peut être un outil précieux pour accompagner les parents dans ce moment si délicat. Lorsque la décision d'une IMG est prise et que le travail commence, l’hypnose peut être utile en salle des naissances. Par exemple, elle peut aider à calmer les personnes, autant la maman que le papa, mais elle peut aussi s’avérer efficace si la mère a des difficultés avec les contractions. Tout au long de ce processus, il faut être attentif aux mots utilisés par ces femmes, ces mots qui seront repris lors de la transe.
Afin que les femmes puissent trouver une paix intérieure, il est utile de les aider à libérer les tensions internes, les émotions bloquées à l’intérieur d’elles. La visualisation et la confusion hypnotique peuvent permettre d’apaiser le mental. Une visualisation telle qu’un bourgeon de fleur fermée, associé au col de l’utérus fermé, où chacune des contractions, peu importe leur intensité, ouvrira ce col, facilitera le travail.
Un exercice en PNL proposé par Robert Dilts : « Les Mentors » permet de voir la situation différemment en apportant un nouveau regard sur la situation. Bien souvent, à la fin de l’exercice, la mère s’aperçoit qu’elle a fait le bon choix, autant pour elle que pour son bébé. Finalement, dans les jours, semaines ou mois qui vont suivre, il y aura un travail sur le deuil, bien sûr, mais il y aura aussi une préparation pour plus tard, pour préparer une éventuelle grossesse si tel est le désir. La préparation pourra alors débuter avec, par exemple, la visualisation de la reconstruction de l’utérus qui suit. On pourrait aussi faire une métaphore avec l’oiseau qui prépare son nid.
Ressources et associations
De nombreuses associations et ressources sont disponibles pour accompagner les personnes et les familles touchées par le deuil périnatal :
- AGAPA (dans toute la France) : Écoute et accompagnement d’hommes et de femmes ayant vécu la perte d’un bébé pendant la grossesse ou juste après la naissance, quelle qu’en soit la cause : IVG, IMG, fausse couche, mort in utero, deuil périnatal.
- Fédération « Naître et Vivre » (dans toute la France) : Accompagne, soutient, informe les parents qui ont perdu un petit avant, au moment et/ou après la naissance, jusqu’à 3 ans.
- La Voie d’Isis : Née du partenariat entre l’association Souffle d’Étoiles (Europe) et BedonZen (Québec), La Voie d’Isis a pour vocation d’accompagner le deuil périnatal au niveau international francophone.
- Souffle d’Étoiles (Bruxelles - Belgique) : Association internationale sans but lucratif (AISBL), Souffle d’Étoiles a pour vision que le deuil donne un sens profond à la vie.
- Souvenange : Offre gratuitement aux parents qui le souhaitent un service infiniment précieux : le souvenir photographique doux et tendre de leur bébé décédé.
- Locomotive - Aurore (Grenoble) : Cette association accompagne les parents, fratries, la famille suite au deuil d’un enfant de tout âge et quelque soit la cause du décès.
- L’Enfant Sans Nom - Parents endeuillées (ESNPE) (3 antennes locales) : Accompagne les parents qui ont perdu un bébé pendant la grossesse ou autour de l’accouchement. L’association propose un soutien aux parents qui attendent un bébé après un deuil périnatal.
- Nos Tout Petits de Savoie (Isère) : Association de soutien aux familles touchées par le décès d’un bébé.
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