Chaque année, plus de 220 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont pratiquées en France. Malgré la dépénalisation de l'IVG en 1975 grâce à la loi Veil, de nombreuses idées reçues persistent, alimentant des craintes et des incompréhensions. Cet article vise à démystifier ces idées fausses en s'appuyant sur des données factuelles et des témoignages d'experts.

Prévalence de l'IVG : Un Phénomène Courant

Contrairement à une idée reçue selon laquelle l'IVG ne concernerait que peu de femmes, les chiffres montrent qu'une femme sur trois aura recours à une IVG au moins une fois dans sa vie. Ce chiffre souligne l'importance de l'accès à l'IVG et la nécessité d'une information claire et précise sur le sujet.

Les idées reçues sur l’avortement persistent

Il existe de nombreuses idées reçues sur l’avortement. Près d’un Français sur cinq est persuadé qu’une femme qui décide de subir un avortement doit absolument avoir l'autorisation de son conjoint. Ils sont à peu près aussi nombreux à affirmer qu’il faut avoir une bonne raison médicale ou professionnelle pour avoir recours à l’IVG. Et quand on interroge tout particulièrement les étudiants, on se rend compte que certains jeunes sont encore mal informés. "Pour moi, quand on est mineur, il faut demander à ses parents", affirme une jeune femme. "Si on est majeur, il faut demander à son compagnon", pense une autre. "En avortant, on peut avoir beaucoup moins de chances d’avoir des enfants par la suite", lance une troisième. Ces trois affirmations sont bien évidemment fausses ! Chaque femme mineure ou majeure peut décider d'avorter sans avoir à demander l'autorisation à quiconque, c'est un droit, et puis aucune justification ne doit être exigée.

Profil des Femmes Concernées : Diversité et Réalités

Une autre idée fausse est de penser que l'IVG ne concerne que les jeunes adolescentes. En réalité, l'IVG peut toucher n'importe quelle personne en âge de procréer. Aujourd'hui, la tranche d'âge la plus concernée par l'avortement est celle des 20-30 ans, suivie par les 30-35 ans. Il n'y a pas d'étiquette à mettre, cela peut concerner tout le monde et tous les milieux sociaux. On peut également être un couple avec des enfants et ne pas vouloir une autre grossesse.

Contraception et IVG : Une Question de Fiabilité

L'idée que l'IVG ne concerne que les femmes qui ne prennent pas de contraception est également fausse. Les chiffres montrent que trois quarts des avortements sont réalisés chez des femmes qui prenaient une contraception. Il est important de rappeler qu'aucune contraception n'est fiable à 100 %. Cela arrive également sous stérilet, sous implant. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en 2009 relève que 72 % des IVG sont réalisés sur des femmes qui étaient sous contraception, et dans 42 % des cas, « cette contraception reposait sur une méthode médicale théoriquement très efficace », telle que la pilule ou le stérilet.

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Sécurité de l'IVG : Un Acte Médical Encadré

L'IVG est un acte réglementé et sécurisé. C'est la dépénalisation de l'IVG en 1975 avec la loi Veil qui a rendu l'IVG sécuritaire. Le Docteur Michel Teboul, responsable du plus grand centre IVG d'Ile-de-France, à l'hôpital Cochin à Paris, explique que les complications médicales restent l’idée la plus persistante. "C’est une idée reçue qui date de l’époque de l’avortement clandestin qui était tellement mal fait", explique-t-il. "Du coup, oui, il y avait un risque de stérilité et il y avait même des décès. D’un point de vue strictement médical, c’est aujourd’hui un acte des plus banals. On a moins de risques à avorter qu’à faire une appendicite".

Fertilité et IVG : Pas de Lien Direct

Contrairement à une croyance répandue, l'IVG n'est pas une cause de stérilité. L'avortement (IVG), réalisé dans de bonnes conditions (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme cela est possible en France, n'a pas d'impact sur la fertilité de la femme. La fertilité revient rapidement après un avortement, c'est pour cette raison que l'utilisation d'une contraception doit être envisagée dès le premier jour de l'interruption de la grossesse, si besoin.

Impact Psychologique de l'IVG : Une Expérience Personnelle

L'avortement n'est pas forcément traumatisant. Pour beaucoup, c'est vécu comme un soulagement. Cela peut, effectivement, également être très mal vécu. Parfois, c'est l'avortement en lui-même, vraiment le fait d'avoir avorté, parfois c'est la manière dont cela s'est passé ou les personnes qu'on a rencontrées. Comme le précisent la Haute Autorité de santé, il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique au décours d'une IVG. Si l'on en ressent le besoin, avant ou après l'IVG, il est possible de demander à bénéficier de la consultation psycho-sociale proposée (et obligatoire pour les mineures). Il est également possible de se tourner vers les associations qui peuvent apporter un soutien important. A plus long terme, un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place.

IVG : Un Droit Fondamental

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) existe depuis maintenant 40 ans (Loi Veil ) en France et pourtant, les idées reçues sur le sujet ont encore la dent dure. Il est crucial de déconstruire ces idées fausses afin de garantir un accès à l'IVG éclairé et sans jugement.

Idées reçues persistantes sur l'IVG

Plusieurs idées reçues persistent concernant l'IVG, notamment :

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  • "L'IVG est utilisée comme un moyen de contraception à part entière": Cette idée est fausse. Seules 3 % des femmes de 15 à 49 ans, ni enceintes ni stériles, ayant des rapports hétérosexuels et ne voulant pas d’enfants n’utilisaient pas de moyens de contraception. Au contraire, dans un peu plus de deux cas sur trois, les femmes qui ont recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception qui n'a pas fonctionné (rupture de préservatif, oubli de pilule, etc.).
  • "L’IVG produit un dérèglement hormonal": L’IVG médicamenteuse repose sur deux médicaments, la mifépristone et le misoprostol. La mifépristone bloque la progestérone, une hormone essentielle à la poursuite de la grossesse, et le misoprostol déclenche des contractions pour expulser l'embryon. Ce processus modifie temporairement l'équilibre hormonal, mais le cycle menstruel reprend normalement après quelques semaines. L’IVG chirurgicale, qui consiste en une aspiration du contenu utérin, n'a pas d'impact direct sur les hormones. Toutefois, l'arrêt de la grossesse entraîne, de facto, une baisse des hormones de la grossesse (comme l'hCG et la progestérone), ce qui peut temporairement influencer le cycle menstruel. Le système hormonal se régule rapidement après une IVG, et les règles reviennent dans un délai de 4 à 6 semaines.
  • "Les mineures doivent demander l'accord de leurs parents": En France, une femme mineure, enceinte et qui souhaite interrompre sa grossesse, peut demander une IVG auprès d'un médecin ou d'une sage-femme. Aucune justification n'est nécessaire et aucun accord d'une autre personne (parent ou conjoint) que la femme elle-même n'est requis. La seule obligation pour les femmes mineures est d'être accompagnée d'une personne majeure de son choix.
  • "L'IVG médicamenteuse est une méthode plus simple que l'IVG instrumentale": Pas pour toutes les femmes. En effet, chacune des méthodes présente des avantages et des inconvénients qui seront à discuter avec le professionnel de santé. En l'absence de contre-indication médicale, les femmes doivent pouvoir choisir la méthode de l'IVG, en fonction du terme de la grossesse, et recevoir une information détaillée pour faire ce choix de manière éclairée.

Allongement du délai de l'IVG : Un débat éthique et technique

La proposition de loi d'allonger le délai de recours à l'IVG de 12 à 14 semaines de grossesse a été adoptée par les députés et doit être validée par le Sénat. Ce texte soulève beaucoup de questions et le gouvernement a demandé au Comité consultatif national d’éthique de se prononcer sur le sujet. Mais est-ce vraiment un problème éthique ? Le docteur Amina Yamgnane, gynécologue-obstétricienne, porte-parole du Collège national des gynécologues et obstétriciens français et cheffe de la maternité de l'Hôpital américain de Paris, estime que cet allongement ne pose pas de problème éthique. La réalité de la problématique est purement technique. C'est que si la France pouvait garantir à toutes les femmes qui ont le souhait de pratiquer une IVG d'avoir un accès rapide à cet accès, le débat sur l'allongement du délai de l'IVG ne serait plus un débat. Il n'y en aurait plus."

Les délais d'accès à l'IVG : un enjeu majeur

La moyenne de délai en France est à 11 jours d'accès à l’IVG, mais il y a des régions très tendues qui peuvent être des zones urbaines ou des zones rurales où en réalité, ce délai est plutôt à trois ou quatre semaines parce que les professionnels en charge d'exécuter les interruptions volontaires de grossesse sont rapidement complètement submergés de travail et les délais s'allongent. Effectivement, les femmes qui résident dans ces régions-là, pour le coup, elles ont un très haut risque de se retrouver hors délai.

On se retrouve très, très rapidement, au-delà du délai, puisqu'une femme ne peut se rendre compte qu'elle est enceinte que parce qu'elle a un retard de règles, on est déjà rendu à trois semaines de grossesse, le temps qu'elle prenne une décision de savoir si elle garde sa grossesse ou non, on peut bien lui accorder deux ou trois semaines de délai. Vous êtes déjà rendu à six ou sept semaines de grossesse. Si on vous rajoute là-dessus trois ou quatre semaines de délai, vous êtes très, très rapidement à la limite.

Pour réduire ce délai, il serait intéressant que la demande, l'interruption volontaire de grossesse formulée par une femme soit gérée comme une semi-urgence, que dans les cinq jours ouvrables, quoi qu'il arrive, elle se présente à un professionnel de santé qui peut être un médecin généraliste, un gynécologue ou une sage-femme, tous trois formés à ces problématiques, d'être accueillie et d'être orientée vers le centre de prise en charge en fonction d'une prise en charge médicamenteuse ou chirurgicale. Et à ce moment-ci, on verra ce nombre de femmes qui sont hors délai très drastiquement diminuer."

Les conséquences d'un allongement du délai pour les gynécologues

Le nombre de gynécologues qui seront d'accord de faire des interruptions de grossesse dans ces conditions va s'effondrer puisque nous savons techniquement que si on faisait ces interruptions de grossesse plus précocement, on le ferait à moindre risque pour les femmes, à moindre risque chirurgical pour nous. Parce que sur le plan médico-légal, à la fin, s'il y a une hémorragie, s'il y a un accident, c'est quand même nous qui sommes responsables. Et on le ferait aussi dans des conditions d'acceptation affectives et psychiques qui sont complètement différentes pour les équipes qui s'y collent que si vous faites une interruption de grossesse qui est précoce. On va décourager un grand nombre de gynécologues de continuer de les pratiquer. Du coup, on va être encore moins nombreux à faire ces IVG et on va d'autant plus rallonger le délai pour les femmes. Et donc, on sait que cette loi, bien qu'elle soit appuyée sur une idée qui est parfaitement intellectuellement recevable, elle va être contre-productive."

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