L'interruption volontaire de grossesse (IVG), à l'instar de la contraception, est une question complexe en Islam qui relève de la jurisprudence islamique. Si l'avortement est généralement considéré comme prohibé, la réalité est plus nuancée. Cet article vise à explorer les différents avis religieux sur l'IVG en Islam, en tenant compte des divers courants de pensée et des contextes sociopolitiques.

Définition de l'IVG

L'IVG, ou interruption volontaire de grossesse, est l'acte d'interrompre volontairement une grossesse. Elle doit être pratiquée dans un cadre médical par un professionnel de la santé afin d'éviter toute complication et tout risque pour la santé de la mère et de l'enfant. L'avortement peut se faire dès le début de la grossesse, mais ne peut généralement pas dépasser le délai de la 14ème semaine de grossesse.

La procréation en Islam

L'un des buts premiers du mariage en Islam est la procréation, afin d'assurer une descendance. Ceci est considéré comme une grâce d'Allah sur Ses créatures. Légaliser l'avortement sans conditions requises irait à l'encontre de ce principe.

Certaines femmes et couples choisissent l'IVG pour cause de pauvreté, estimant qu'ils sont trop pauvres pour subvenir aux besoins matériels de l'enfant à naître. Cependant, cet argument est combattu par l'Islam et ne doit pas être une excuse pour avorter. Le Coran dit : « Ne tuez pas vos enfants par peur de la pauvreté. C’est Nous qui pourvoyons à eux, et vous aussi. Les tuer est un grand péché. »

Les étapes de développement du fœtus

Le Coran décrit le développement du fœtus en trois étapes de quarante jours chacune : « Certes, chacun de vous, lorsqu'il est créé dans le sein de sa mère, est d'abord pendant quarante jours une goutte de sperme (Noutfa), puis devient une adhérence (‘Alaqa ) pendant une semblable durée de temps, puis enfin durant un même laps de temps, devient un embryon (Moudgha). »

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Ces phases suscitent une question essentielle : à quel moment précis commence la vie du fœtus ? Selon l'Imam ibn Jawzi, le but du mariage est la procréation, et le fœtus ne se formant que d'une partie du liquide, lorsque celui-ci est constitué, le but est atteint. Ainsi, avorter va à l'encontre du bien fondé et de la sagesse, sauf si ceci est effectué en début de grossesse, avant que l'âme ne soit insufflée au fœtus. Le péché est considéré comme plus grave si l'avortement est effectué après que l'âme soit insufflée.

Selon un hadith rapporté par Al-Bukhārī et Muslim, au bout de 120 jours, Allah envoie un ange pour insuffler l'âme au fœtus et inscrire dans son destin un certain nombre de choses. C'est pourquoi, selon certains avis, l'avortement est considéré comme un meurtre à partir du quatrième mois de grossesse, car l'âme est déjà insufflée.

Avis des savants de l'Islam

Le recours à l'avortement en Islam dépend de la santé et de la vie de la mère, ainsi que de facteurs personnels influencés par les enseignements religieux. Les savants de l'Islam et les médecins compétents musulmans évaluent la validité de ces raisons.

En règle générale, l'avortement en Islam est considéré comme haram (interdit), mais beaucoup de musulmans, y compris des avocats, des experts en Islam et des médecins, conviennent qu'il devrait être autorisé dans certains cas. Dans tous les pays musulmans, il est légal quand la vie de la mère est en danger.

Sami El Mushtawi, chef du département culture du Centre culturel islamique, a expliqué qu'il n'y a pas de paragraphe explicite dans le Coran qui parle d'avortement. Cependant, toutes les facultés de droit musulmanes acceptent que l'avortement soit pratiqué si la poursuite de la grossesse met en danger la vie de la mère.

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Les différentes écoles juridiques

Les attitudes religieuses envers l'avortement varient considérablement d'une école juridique à l'autre :

  • Malikite : Très stricte, interdit l'avortement sauf en cas de danger pour la mère. Certains juristes admettent une possibilité restreinte d'avortement avant 40 jours en cas de motif grave, mais pas pour confort ou convenance.
  • Chaféite : Avortement déconseillé mais toléré dans certains cas jusqu'à 40 jours, interdit sauf nécessité extrême ensuite.
  • Hanbalite : Position intermédiaire, tolère l'avortement avant 40 jours pour des raisons graves, interdit ensuite avec quelques exceptions.
  • Hanafite : Plus permissive, considère l'avortement comme mekrouh (indésirable) plutôt que haram (interdit) à moins de 120 jours de grossesse, étant donné que jusqu'alors le fœtus n'a pas d'âme.

L'avortement dans le monde musulman

Dans le monde musulman, l'avortement est souvent strictement réglementé. Environ 80 % des femmes du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord vivent dans des pays où l'avortement est limité, principalement autorisé pour sauver la vie de la mère ou préserver sa santé physique ou mentale. Seules la Turquie et la Tunisie permettent l'avortement volontaire, mais même là, les femmes font face à des jugements sociaux et à des pressions religieuses.

L'Islam insiste sur l'importance de consulter des médecins et des savants religieux avant de prendre une décision. L'intention (niyya) joue un rôle central : un avortement motivé par des raisons futiles est considéré comme un péché grave.

Les restrictions d'accès et leurs conséquences

Il est scientifiquement prouvé que restreindre l'accès à l'avortement ne fait pas disparaître cette pratique. Au contraire, elle devient clandestine et dangereuse. Chaque année, 47 000 femmes meurent de complications liées à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. De plus, les restrictions du droit d'accès à l'avortement affectent davantage les femmes les plus pauvres.

Malgré tout, grâce à l'avortement médicamenteux et à la télémédecine, des alternatives sûres se multiplient hors du cadre légal. Des études prouvent que l'avortement télémédicalisé est sûr et efficace en début de grossesse.

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Women on Web (WoW), l'un de ces services en ligne, aide environ 60 000 femmes chaque année. Ce site internet est un service de télémédecine qui aide les femmes à avorter sans danger dans des pays où le droit à l'avortement est limité. Néanmoins, dans certains pays comme l'Arabie saoudite et la Turquie, l'accès au site est prohibé.

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