L'interruption volontaire de grossesse (IVG), qu'elle soit médicamenteuse ou chirurgicale, est une procédure encadrée par la loi en France depuis 1975. Bien que généralement sûre, il est essentiel d'être informée des risques potentiels et des complications qui peuvent survenir, même plusieurs semaines après l'intervention. Cet article vise à fournir une information claire et précise sur les risques et les complications possibles jusqu'à 3 mois après une IVG, en mettant l'accent sur l'importance du suivi médical et du soutien psychologique.

Les Différentes Méthodes d'IVG

Il existe deux principales méthodes d'IVG :

  • IVG médicamenteuse : Elle peut être pratiquée jusqu'à la 7e semaine de grossesse (soit 9 semaines d'aménorrhée). Cette méthode consiste en la prise de deux médicaments : la mifépristone (pilule abortive) qui bloque l'action de la progestérone, une hormone essentielle au maintien de la grossesse, et le misoprostol, pris 36 à 48 heures plus tard, qui provoque des contractions utérines pour expulser le sac gestationnel. L'IVG médicamenteuse est efficace dans 95% des cas.

  • IVG chirurgicale (instrumentale) : Elle peut être réalisée jusqu'à 14 semaines de grossesse (soit 16 semaines d'aménorrhée). Cette méthode consiste en une aspiration du contenu utérin à l'aide d'une canule souple insérée dans l'utérus. Elle se déroule en établissement de santé, sous anesthésie locale ou générale.

Effets Indésirables et Complications Immédiates

IVG Médicamenteuse

Les effets indésirables les plus fréquents lors d'une IVG médicamenteuse sont :

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  • Douleurs : Elles sont souvent plus intenses que les douleurs menstruelles habituelles et sont dues aux contractions de l'utérus. Des antidouleurs sont systématiquement prescrits.
  • Troubles gastro-intestinaux : Nausées, vomissements, diarrhées peuvent survenir. Si des vomissements surviennent dans les 30 minutes suivant la prise du misoprostol, il est important de contacter le professionnel de santé.
  • Saignements (métrorragies) : Ils sont plus abondants que les règles et accompagnent l'expulsion de la grossesse. Ils peuvent persister jusqu'à 30 jours après la prise du premier médicament.

Bien que rares, des complications peuvent survenir :

  • Hémorragie : Pertes de sang très abondantes nécessitant un changement de serviette hygiénique toutes les 30 minutes pendant plus de deux heures.
  • Infection : Fièvre supérieure à 38°C qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol, douleurs différentes de celles des règles, pertes inhabituelles en couleur et odeur.
  • Échec de l'IVG : Dans 5% des cas, l'IVG médicamenteuse peut échouer et nécessiter une intervention chirurgicale.

IVG Chirurgicale

Les effets indésirables et complications immédiates incluent :

  • Douleurs : Des douleurs de règles peuvent survenir après l'intervention.
  • Saignements : Des saignements plus abondants que les règles habituelles peuvent survenir pendant quelques jours.
  • Lésions : Très rarement, des lésions du col de l'utérus ou de la paroi utérine peuvent survenir.
  • Complications liées à l'anesthésie : Allergies aux produits anesthésiants, bien que rares, sont possibles.

Les complications post-opératoires sont similaires à celles de l'IVG médicamenteuse : hémorragie, infection et douleurs persistantes.

Risques et Complications Tardives (Jusqu'à 3 Mois)

Même si la consultation de contrôle post-IVG est réalisée dans de bonnes conditions, des complications peuvent survenir jusqu’à un mois après l’IVG et potentiellement jusqu'à 3 mois. Il est crucial de rester vigilante et de consulter rapidement en cas de symptômes inquiétants.

Infection: Une infection utérine peut se développer si des résidus de grossesse restent dans l'utérus. Les symptômes incluent :

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  • Fièvre persistante (supérieure à 38°C).
  • Douleurs abdominales basses intenses.
  • Pertes vaginales malodorantes.

Hémorragie: Bien que les saignements soient normaux après une IVG, une hémorragie sévère peut survenir. Les signes d'alerte incluent :

  • Saturation de plus de deux serviettes hygiéniques maxi par heure pendant deux heures consécutives.
  • Sensation de faiblesse, vertiges.

Rétention de produits de conception: Des fragments de tissu placentaire ou embryonnaire peuvent rester dans l'utérus et provoquer :

  • Saignements irréguliers et prolongés.
  • Douleurs pelviennes.
  • Tests de grossesse positifs plusieurs semaines après l'IVG.

Troubles psychologiques: Bien que l'idée d'un "syndrome post-avortement" ne soit pas scientifiquement prouvée, certaines femmes peuvent éprouver :

  • Tristesse, anxiété, culpabilité.
  • Troubles du sommeil, de l'appétit.
  • Difficultés de concentration.
  • Il est essentiel de ne pas nier la tristesse que peuvent ressentir certaines femmes dont la situation peut être difficile. L’accompagnement par un professionnel est alors important.

Complications rares:

  • Grossesse ectopique non diagnostiquée: Si une grossesse extra-utérine n'a pas été détectée avant l'IVG médicamenteuse, elle peut continuer à se développer et provoquer des douleurs abdominales sévères et des saignements.
  • Syndrome de Sheehan: Très rare, cette complication peut survenir si une hémorragie importante pendant l'IVG entraîne une lésion de l'hypophyse, une glande essentielle à la production d'hormones. Les symptômes peuvent inclure une fatigue extrême, une perte de cheveux et une absence de menstruation.
  • Infertilité: Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues.

Quand Consulter ?

Il est impératif de consulter un médecin ou de se rendre aux urgences en cas de :

  • Fièvre supérieure à 38°C.
  • Saignements très abondants (saturation de plus de deux serviettes hygiéniques maxi par heure pendant deux heures consécutives).
  • Douleurs abdominales intenses et persistantes malgré la prise d'antalgiques.
  • Malaise, vertiges.
  • Pertes vaginales malodorantes.
  • Persistance des symptômes de grossesse plus de sept jours après l'IVG.
  • Doutes ou inquiétudes concernant votre état de santé physique ou psychologique.

Importance du Suivi Médical

La consultation de contrôle, prévue 14 à 21 jours après l'IVG, est essentielle pour :

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  • S'assurer que l'avortement a été complet.
  • Vérifier l'absence de complications (infection, hémorragie).
  • Discuter de la contraception.
  • Offrir un soutien psychologique si nécessaire.

Le protocole médical concernant l’IVG médicamenteuse inclut une visite de contrôle à la suite du traitement. La vérification du taux d’hormone béta HCG à travers un test urinaire ou une prise de sang. Durant cette échange, si vous en ressentez le besoin, vous pouvez confier vos ressentis à votre médecin ou sage-femme.

Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre. Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.

Il est important de noter que le test de grossesse permet de mesurer le taux HCG, ou hormone Chorionique Gonadotrope. Celle-ci diminue progressivement après une IVG. Un test de grossesse peut rester positif jusqu’à trois semaines après une IVG. C’est l’échographie réalisée lors de la consultation de contrôle qui permet de confirmer l’arrêt de la grossesse.

En cas de difficultés, il est important de contacter un professionnel qui pourra vous aider à choisir la méthode IVG efficace qui vous correspond le mieux.

Soutien Psychologique

L'IVG est une décision personnelle qui peut avoir des répercussions émotionnelles. Il est important de ne pas hésiter à rechercher un soutien psychologique si vous en ressentez le besoin. Plusieurs options sont disponibles :

  • Parler à un proche de confiance : Famille, ami(e)s.
  • Consulter un professionnel de santé : Médecin traitant, sage-femme, psychologue.
  • Contacter une association : Les antennes du Planning Familial, le numéro vert national "IVG, contraception, sexualité".
  • Se rendre dans un centre de santé sexuelle ou un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS).

Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.

Idées Reçues et Fausses Informations

Il est important de se méfier des fausses informations et des idées reçues concernant l'IVG. Voici quelques exemples :

  • L'IVG rend stérile : C'est faux. Une IVG réalisée dans de bonnes conditions n'a pas d'impact sur la fertilité.
  • L'IVG augmente le risque de cancer : C'est également faux. Les études scientifiques n'ont pas démontré de lien entre l'IVG et un risque accru de cancer.
  • Il existe des méthodes naturelles pour avorter (ail, gingembre) : C'est dangereux et inefficace. Ces méthodes peuvent provoquer des infections et retarder l'accès à une IVG médicalement sûre.
  • L’idée d’un syndrome post avortement n’existe pas. Les conséquences psychologiques, ou les traumatismes après un avortement varient d’une femme à l’autre et peuvent être liés à l’accompagnement de la femme.

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