L'allaitement maternel est une pratique naturelle et bénéfique, recommandée par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) jusqu'à l'âge de deux ans ou plus, en complément d'une alimentation diversifiée. Si les bienfaits de l'allaitement pour le développement du bébé font l'unanimité, l'allaitement prolongé quant à lui divise l'opinion. À partir de combien de temps parle-t-on d'allaitement prolongé ? Présente-t-il des avantages pour le bébé et pour la maman ? Et des inconvénients ? En France, cette durée suscite souvent des interrogations et des débats, oscillant entre les normes culturelles, les recommandations médicales et les besoins individuels de chaque famille. Cet article explore en profondeur les risques et les bénéfices de l'allaitement prolongé, en tenant compte des aspects physiologiques, psychologiques et sociaux.
Définition de l'Allaitement Prolongé
Il n’existe pas vraiment de définition de l’allaitement tardif (ou prolongé), ou encore allaitement long, car cela dépend de la perception qu’a une population par rapport à l’allaitement. L'allaitement prolongé ou allaitement long est en France un sujet parfois tabou. Selon l’organisation mondiale de la santé (OMS), un allaitement est prolongé dès lors qu’il dépasse les 6 mois de l’enfant. L’OMS recommande un allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois. La Société française de pédiatrie incite quant à elle les mamans à allaiter leur enfant jusqu'à l'âge d'un an.
En France, on considère comme tardif un allaitement qui dépasse 6 mois, alors que dans d’autres pays, cette notion n’apparaît qu’après plusieurs années. En Occident, on considère qu'un allaitement est long au-delà des 12 mois de l'enfant. Le sevrage naturel de l'enfant se fait en moyenne entre deux ans et quatre ans. Chaque enfant suit son propre rythme. Certains continuent les tétées jusqu’à 7 ans dans le monde. En France, la moyenne est de 15 semaines.
Les Bénéfices de l'Allaitement Prolongé pour l'Enfant
L’enfant continue à bénéficier de tous les facteurs anti-infectieux que contient le lait maternel. Il n’est donc pas étonnant de constater qu’il bénéficie d’une meilleure santé que s’il n’était plus allaité. Le lait maternel reste un aliment complet et idéal tant qu’un enfant en a besoin, c’est-à-dire pendant plusieurs années. Cela lui permet d’avoir une alimentation complète et équilibrée. Sans compter le rôle protecteur du lait maternel contre les virus et les allergies.
- Renforcement du système immunitaire : L’allaitement maternel après 12 mois présente alors de nombreux avantages pour le développement et la santé de l’enfant. Le lait maternel continue de s’adapter aux besoins changeants des tout-petits (colostrum, lait de transition, puis lait mature).
- Développement émotionnel : L’allaitement maternel prolongé crée un lien émotionnel fort entre la mère et l’enfant. Le contact peau à peau et le moment d’intimité qui en découlent offrent du réconfort, de la sécurité et une certaine proximité qui favorisent le développement émotionnel de l’enfant. Cela peut même aider la mère et l’enfant à développer davantage leur confiance en soi. En outre, l’allaitement maternel après 12 mois permet à la mère de continuer à offrir un soutien émotionnel à son enfant. C’est un moyen efficace pour soulager un enfant durant ses moments de stress et de peur.
- Réduction des risques d'allergies et de maladies chroniques : Le lait maternel protège contre le diabète de type 1. Il réduit les risques d’allergie. Il renforce le système immunitaire.
- Adaptation aux besoins individuels : L’apport calorique du lait maternel s’adapte naturellement aux besoins de l’enfant.
Les Bénéfices de l'Allaitement Prolongé pour la Mère
Et n’oublions pas l’impact de l’allaitement sur la santé de la mère, qui lui aussi est « dose-dépendant ».
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- Diminution des risques de cancers : La mère diminue son risque de cancer. Ainsi, dans une étude de 2010 [16], par rapport aux femmes qui n’avaient pas allaité ou avaient allaité moins de 12 mois (durée cumulée des différents allaitements), le risque de cancer du sein était plus bas de 66,3 % chez celles qui avaient allaité entre 12 et 23 mois, de 87,4 % chez celles qui avaient allaité entre 24 et 35 mois, et de 94 % chez celles qui avaient allaité entre 36 et 47 mois. L’allaitement protège les mamans de certains cancers, notamment celui du sein.
- Récupération post-partum : L’allaitement maternel prolongé favorise une récupération plus rapide après l’accouchement. L’allaitement stimule la contraction de l’utérus, ce qui peut l’aider à retrouver sa taille normale plus rapidement.
- Effets métaboliques positifs : Par exemple, chez les femmes ayant eu un diabète gestationnel - un diabète qui apparaît pendant la grossesse -, l’allaitement joue un rôle protecteur important. Une étude sérieuse (5) montre que les effets métaboliques du lait maternel aident à diminuer les risques de développer un diabète plus tard dans la vie. En d’autres termes, allaiter peut freiner la progression de cette maladie, qui représente un vrai danger pour la santé.
- Réduction du risque de maladies cardiovasculaires : La maman n'est pas en reste côté bénéfices d'un allaitement prolongé. Celui-ci diminue les risques de cancer du sein et des ovaires avant la ménopause, réduit les risques de mortalité cardiovasculaire et facilite la perte de poids post-accouchement de la maman.
- Espacement des naissances : L’allaitement prolongé engendre un retour tardif des règles chez la jeune maman, lui permettant d’espacer les naissances.
- Diminution du risque d’ostéoporose : De plus, permettant de constituer des réserves en fer, ce choix diminuerait les risques de cancers du sein, de l’utérus, des ovaires ou l’ostéoporose.
- Influence sur la ménopause : Les femmes ayant allaité 13 mois ou plus présentaient une réduction du risque de ménopause précoce (HR ajusté à 45 ans : 0,68). L’allaitement prolongé était associé à une réduction significative des risques de ménopause chirurgicale avant 55 ans (HR ajusté à 45 ans : 0,56 pour ≥ 13 mois) et de ménopause indéterminée avant 50 ans (HR ajusté à 45 ans : 0,75).
Les Défis et les Risques Potentiels de l'Allaitement Prolongé
Pourtant, il n’est pas si facile d’allaiter longtemps en France. On craint pour l’autonomie et le bon développement de l’enfant. On voit les mères qui allaitent longtemps comme abusives (le psychanalyste Jean-Pierre Winter disant qu’elles « mettent leurs enfants à leur service sexuel » [18] !) et/ou abusées, masochistes, dépressives ou « addicts » à l’allaitement. Faire quelque chose qui n’est pas dans la norme culturelle de la société où l’on vit n’est jamais confortable, car cela implique le risque d’être stigmatisé par toutes les autorités, qu’elles soient médicales, sociales ou psychologiques.
- Fatigue maternelle : L’allaitement long est éprouvant. L’allaitement prolongé n’est pas anodin sur le corps d’une femme. Il fatigue énormément et nécessite une adaptation de l‘emploi du temps.
- Difficultés de conciliation avec la vie professionnelle : En cas de reprise du travail, l’allaitement long peut, par ailleurs, s’avérer compliqué à mettre en place.
- Impact sur la vie de couple : L’allaitement prolongé peut avoir des conséquences sur le couple. L’allaitement prolongé peut par ailleurs entraver la relation entre la maman et son conjoint. L’allaitement prolongé interroge la place du père. Le père participe de façon moins intense au nourrissage de son tout petit. Un lien très fort se crée entre la maman et l’enfant. Dans le cadre d’un allaitement long, le papa doit réussir à trouver sa place au sein de ce binôme.
- Conséquences sur la santé et la sexualité de la mère : Des conséquences sur la santé et la sexualité. L’allaitement prolongé peut entraîner une sécheresse vaginale et une baisse de libido.
- Jugements sociaux et pressions : Si elle se plaint à son entourage ou à son médecin d’être fatiguée, que pensez-vous qu’elle va avoir comme réponse ? En effet, pour la société, il semblerait que l’allaitement prolongé constituerait un refus de la mère de voir son enfant grandir.
L'Importance du Soutien et de l'Information
Pour résister à cette PSS [21], il faut avoir une certaine force d’âme, être convaincue de « bien faire », avoir le soutien, ou au moins la neutralité bienveillante, du papa, et, si possible, ne pas écouter les commentaires négatifs. C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire, surtout lorsqu’il s’agit de sa meilleure amie ou de sa mère qu’on voit trois fois par semaine… Mais en ce domaine, il y a vraiment un cercle vicieux à renverser. Car plus on écoute les critiques, moins on se sent sûre de soi et de ce qu’on fait… et plus on attire ce genre de critiques ! Et très important : ne pas rester seule. Quand on allaite longtemps dans une société où c’est très loin d’être la norme, il est vital de pouvoir rencontrer d’autres mères dans ce cas, pour se sentir moins « extraterrestre », pouvoir discuter du quotidien avec les enfants, des problèmes comme des joies. Un bon endroit pour cela, ce sont les « réunions bambins » que proposent nombre de groupes de La Leche League.
- Recherche d'informations fiables : Il est essentiel de s'informer auprès de sources crédibles, telles que des professionnels de la santé, des associations de soutien à l'allaitement et des publications scientifiques.
- Soutien émotionnel : Le soutien du conjoint, de la famille et des amis est crucial pour surmonter les défis et les pressions sociales.
- Groupes de soutien : Participer à des groupes de soutien à l'allaitement permet de partager des expériences, de trouver des conseils et de se sentir moins isolée.
Allaitement Prolongé et Développement Psychologique de l'Enfant
Plusieurs études montrent également que l’allaitement prolongé pourrait nuire au développement psychologique de l’enfant et à son autonomie. Un enfant de plus d'un an et encore au sein de sa maman soulève bien souvent des remarques, des réflexions voire des jugements de la part de l'entourage. Certains suggèrent qu'un allaitement long pourrait nuire au développement psychologique du bébé, le rendre dépendant et même l'empêcher de grandir. "C'est totalement faux", affirme Carole Hervé, s'appuyant notamment sur le travail d'Agnès Vigouroux, psychologue et auteure du livre L'allaitement long expliqué à mon psy. La plupart des travaux scientifiques sur le sujet montrent au contraire que le développement psycho-cognitif était légèrement supérieur chez les enfants nourris au sein que chez les autres.
- Autonomie et attachement : L’allaitement prolongé crée un lien émotionnel fort entre la mère et l’enfant. Le contact peau à peau et le moment d’intimité qui en découlent offrent du réconfort, de la sécurité et une certaine proximité qui favorisent le développement émotionnel de l’enfant. Cela peut même aider la mère et l’enfant à développer davantage leur confiance en soi. En outre, l’allaitement maternel après 12 mois permet à la mère de continuer à offrir un soutien émotionnel à son enfant.
- Sevrage naturel : Les mères qui décident d’allaiter plus longtemps (jusqu’entre 2 et 7 ans) choisissent le sevrage naturel. Cette méthode respecte le rythme naturel de l’enfant. Le principe de l'allaitement prolongé est de le laisser se terminer tout seul, au rythme de l'enfant. Petit à petit, au fur et à mesure de l'introduction des aliments solides, celui-ci va espacer les tétées et abandonner progressivement le sein.
Diversification Alimentaire et Allaitement Prolongé
Les normes culturelles en France influencent souvent le choix des mamans. Après 6 mois, les parents peuvent commencer l’alimentation diversifiée. Les aliments solides complètent alors progressivement le lait maternel. Cette transition permet à bébé de découvrir de nouvelles saveurs.
- Complémentarité : L’allaitement au-delà de six mois s’accorde sans problème avec la diversification alimentaire et la reprise du travail. Il devient un moyen parmi tant d’autres de nourrir l’enfant et ne requiert donc plus la même disponibilité. Il peut aussi se résumer à une ou plusieurs tétées « câlin » qui réconfortent le matin et ou le soir, la nuit aussi.
- Adaptation : Il est tout à fait possible de faire évoluer l’allaitement selon l’âge de l’enfant et d’entamer sa diversification alimentaire.
Conseils Pratiques pour un Allaitement Prolongé Réussi
- Alimentation équilibrée pour la mère : Une alimentation équilibrée soutient votre production de lait. Buvez suffisamment d’eau. Prenez des compléments si nécessaire. Dormez quand possible. Pratiquez une activité physique douce. Écoutez votre corps.
- Gestion de la fatigue : La fatigue peut survenir pendant l’allaitement prolongé. Votre corps maintient une production de lait importante. Les réveils nocturnes peuvent continuer. Adoptez une alimentation équilibrée. Reposez-vous quand possible. Un coussin d’allaitement améliore votre confort. Le tire-lait devient votre meilleur allié. Organisez des pauses allaitement avec votre employeur. Stockez votre lait correctement.
- Flexibilité avec l'allaitement mixte : L’allaitement mixte offre plus de flexibilité. Maintenez les tétées matin et soir.
- Suivi médical : Consultez votre médecin pour un suivi adapté. Les changements hormonaux persistent durant l’allaitement long. La prolactine maintient la production de lait. L’ocytocine renforce le lien mère-enfant. Le retour de couche peut être retardé. La fertilité diminue temporairement.
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