Cet article explore la situation complexe de l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en Italie, un pays où l'avortement est légal depuis 1978 mais où son accès est entravé par divers obstacles, notamment l'objection de conscience des médecins et l'influence croissante de l'extrême droite. Nous examinerons comment ces facteurs interagissent, affectant la liberté des femmes à disposer de leur corps et soulevant des questions fondamentales sur les droits reproductifs.
L'IVG en Italie : Un Droit Légal, un Accès Difficile
L'Italie a légalisé l'avortement en 1978 grâce à la loi 194, une victoire pour le mouvement féministe après des décennies de lutte pour mettre fin aux avortements clandestins. Cependant, cette loi est assortie de restrictions, notamment la clause de conscience qui permet aux médecins et au personnel soignant de refuser de pratiquer des IVG pour des raisons morales ou religieuses.
Ce droit à l'objection de conscience, bien que légal, a créé des difficultés d'accès à l'IVG dans certaines régions, en particulier dans le Sud de l'Italie. En Sicile, par exemple, le taux de gynécologues objecteurs de conscience atteint 81,5 % en 2022, un chiffre alarmant qui compromet l'accès effectif à l'IVG pour les femmes de cette région.
Les Conséquences de l'Objection de Conscience
Le nombre élevé de médecins objecteurs de conscience entraîne une surcharge de travail pour les gynécologues non objecteurs, rendant difficile le respect des délais légaux pour l'IVG et compromettant parfois la sécurité des interventions. Des femmes peuvent se retrouver privées de la possibilité d'exercer leur droit à l'IVG en raison du manque de praticiens disponibles dans leur région.
Face à cette situation, la région Sicile a adopté une loi prévoyant des mesures pour garantir l'accès à l'IVG, notamment l'institution de services dédiés dans les hôpitaux et un nouveau règlement pour les embauches, stipulant que les contrats de travail pourraient être annulés si la personne souhaite pratiquer la clause de conscience après le concours. Cependant, cette loi a été contestée par le gouvernement italien devant la Cour constitutionnelle, arguant qu'elle empêche certains médecins de participer aux concours publics et empiète sur l'égalité des droits du personnel de santé.
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Le débat autour de l'objection de conscience met en lumière les tensions entre le droit à l'IVG et la liberté de conscience des médecins. Certains affirment que l'objection de conscience est un droit fondamental, tandis que d'autres soulignent qu'elle ne doit pas entraver l'accès aux soins et compromettre la santé des femmes.
L'Avortement Médicamenteux : Une Alternative Entravée
L'avortement médicamenteux, utilisant la pilule RU486, est une alternative à l'avortement chirurgical. Bien que son utilisation ait augmenté en Italie, elle reste moins répandue qu'en France, où elle représente 75 % des IVG. Plusieurs facteurs expliquent cette différence, notamment un scepticisme généralisé quant à la sécurité de cette méthode, des campagnes de désinformation et une autorisation de mise sur le marché plus tardive.
De plus, la grande majorité des régions italiennes n'ont pas veillé à la bonne disponibilité de la pilule RU486, et seules trois régions autorisent l'avortement médicamenteux dans les centres de consultation. Au Piémont, le gouvernement régional a interdit l'utilisation de la pilule RU486 dans les centres publics de consultation. Ces restrictions limitent l'accès à l'avortement médicamenteux et obligent les femmes à subir un processus plus invasif et potentiellement traumatisant.
L'Éducation Sexuelle : Un Angle Mort
L'Italie est l'un des seuls pays de l'UE où l'éducation sexuelle n'est pas obligatoire. Bien que des propositions parlementaires aient été faites depuis 1977 pour introduire l'éducation sexuelle dans les écoles, elles n'ont jamais abouti. Un décret prévoit 30 heures de cours d'éducation sexuelle, mais ces cours sont facultatifs et se tiennent en dehors du temps scolaire régulier.
Ce manque d'éducation sexuelle contribue à la désinformation et aux idées fausses sur l'avortement et la contraception, ce qui entraîne une discrimination sociale et des obstacles supplémentaires à l'accès aux soins. Une éducation sexuelle complète et objective est essentielle pour permettre aux jeunes de prendre des décisions éclairées sur leur santé reproductive et sexuelle.
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L'Extrême Droite et les Droits Reproductifs : Une Menace Croissante
L'extrême droite en Italie, comme dans d'autres pays, s'oppose aux droits des personnes LGBTQIA+ et aux droits à l'IVG. L'arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni et de son parti Fratelli d'Italia a suscité des inquiétudes quant à l'avenir des droits reproductifs en Italie.
Bien que Giorgia Meloni ait assuré qu'elle n'avait pas l'intention de modifier la loi sur l'avortement, ses actions et ses affiliations politiques suscitent des doutes. Elle entretient des relations étroites avec des mouvements "pro-vie" et a déclaré vouloir créer des solutions alternatives pour que "les femmes ne soient pas obligées d'avorter pour des raisons financières". Sa décision de retirer le volet sur l'avortement du document du G7 a également provoqué un tollé international.
L'Instrumentalisation des Luttes Féministes par l'Extrême Droite
L'extrême droite instrumentalise les droits des femmes et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles à des fins racistes et xénophobes. Elle insiste sur les VSS commises par des hommes issus de l'immigration pour faire croire que la solution serait de stopper l'immigration. Cette approche est fallacieuse car les VSS touchent toutes les femmes, indépendamment de leur origine ou de leur religion.
L'extrême droite considère également que le sexisme et le patriarcat sont plus particulièrement présents dans les cultures qu'elle juge "non-européennes" ou "non-blanches". Cette croyance est infondée et stigmatise les hommes racisés et/ou considérés comme musulmans.
En réalité, cette idéologie relève du "fémonationalisme", qui utilise la lutte contre les VSS au profit de l'idéologie nationaliste et xénophobe. Les fémonationalistes ne défendent pas les femmes racisées, stigmatisent les hommes racisés et ne produisent aucune analyse sur les VSS, mettant de côté les violences intra-familiales et conjugales.
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L'Attaque contre les Droits des Personnes Trans
L'extrême droite s'oppose également aux droits des personnes trans, considérant que les gens, en particulier les enfants, seraient poussés à transitionner par la communauté LGBTQIA+, mais que cela ne serait pas un vrai désir de leur part. Cette affirmation est contredite par les études scientifiques, qui montrent que la grande majorité des enfants trans s'identifient toujours comme trans après plusieurs années de transition.
L'extrême droite met en avant le ROGD (Rapid Onset Gender Dysphoria) pour montrer que les enfants seraient influencé·es pour transitionner. Cependant, le ROGD est issu d'un article questionnant uniquement les parents d'un site anti-trans, ce qui biaise totalement l'étude.
En s'opposant aux droits des personnes trans, soi-disant pour protéger les enfants, l'extrême droite défend la famille patriarcale et genrée.
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