La reproduction efficace des vaches dans les élevages allaitants représente un défi constant, particulièrement dans des régions aux conditions climatiques spécifiques, comme la Guyane. Face à ce défi, l'insémination artificielle (IA) et le croisement avec la race Brahman émergent comme des solutions prometteuses pour améliorer la productivité et l'adaptation des bovins aux environnements tropicaux. Cet article explore en profondeur l'intérêt de ces pratiques, en s'appuyant sur les spécificités de l'élevage en Guyane et en Martinique, ainsi que sur les expériences menées dans d'autres régions du monde.

La Race Brahman : Un Atout pour l'Élevage Tropical

La race Brahman, appartenant à la sous-espèce Bos taurus indicus, ou zébu, est facilement reconnaissable à sa bosse graisseuse, particulièrement développée chez les mâles. Selon le site Races de France, la rusticité de la race Brahman et son adaptation aux zones chaudes et humides en font l’animal d’élevage de prédilection en Guyane et Martinique. En Guyane, la principale race de bovins est le zébu (race brahman). Ces animaux robustes ont adapté leur résistance aux conditions environnementales locales.

La domestication des zébus remonte à 8000 ans av. J.-C. au Moyen-Orient et en Inde, avant de s’étendre en Afrique et sur le reste de l’Asie. Dès 1849, quelques spécimens de trois races des zébus répertoriées en Inde (Gir, Guzera, Nelore) furent importés et croisés au Texas (USA) pour constituer l’American Brahman. La sélection pratiquée a abouti, pour cette race synthétique, à une amélioration des performances à l’herbe associée au maintien de la rusticité.

Au milieu du 20ème siècle, en Martinique, une mauvaise conjoncture de l’industrie cannière et la suppression des bœufs de traction ont poussé certaines grandes exploitations à s’orienter vers l’élevage de bovins à viande. Les premiers brahman américains sont importés dans les années 1950 et la production se diffuse sur l’île. Les importations se poursuivent régulièrement jusqu’en 1992, date à laquelle l’importation de bovins provenant des Etats-Unis est interdite, pour raisons sanitaires règlementaires de la Communauté européenne.

La race Brahman est en effet mondialement utilisée comme support à des croisements bouchers. Dans les élevages martiniquais et guyanais, la vache brahman a double vocation : élevage en race pure et en croisement industriel avec des taureaux de race européenne (Blonde d’Aquitaine, Charolaise, Gascon, Limousin, Parthenais, …). Ce croisement entre Bos taurus taurus et Bos taurus indicus, par effet d’hétérosis, apporte une vigueur hybride très intéressante pour les performances d’élevage. Les individus sont cornus mais on peut trouver des animaux porteurs du gène sans corne. La robe présente une vaste gamme de couleur : blanc, gris, noir, rouge. En Martinique, le phénotype gris a été sélectionné : sont acceptées les robes blanches, grises et avec des portions de noir.

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Le Croisement : Une Stratégie d'Amélioration de la Productivité

Le croisement du Zébu en Guyane avec des races françaises telles que la Gasconne, la Limousine, l'Aubrac etc…présente plusieurs avantages conduisant à améliorer la productivité et l'efficacité de l'élevage. Ainsi , « les premiers animaux introduits étaient d’origine ibérique dans la zone caraïbes Amérique. Elles ont ainsi donné naissance à un grand nombre de races, regroupées au sein du rameau des races Créoles, présentes dans toute la région Amérique-Caraïbe (FAO, 2008). Ces races Créoles se sont différenciées sous l’influence de facteurs divers : métissage avec des races d’origine diverse, sélection naturelle influencée par le milieu ambiant, et orientation dictée par l’homme en fonction des usages. Un des facteurs déterminants pour la Caraïbe et certains pays d’Amérique Latine est le « commerce triangulaire » avec les comptoirs d’Afrique de l’Ouest, simultanément à la « traite ». On retrouve ainsi une forte composante génétique d’origine africaine dans les races ovines à poils de la Caraïbe (Black Belly, Pelibuey), chez les chèvres Créoles des Antilles (Pépin, 1994), et chez le bovin Créole de Guadeloupe (Naves et al., 2001a ; Miretti et al., 2004), et jusque chez les races locales du Brésil (Liron et al., 2006 ; Mariante et Cavalcante, 2006 ; Ginja et al., 2010).

Des échanges ont également eu lieu entre les îles de la Caraïbe et avec le continent Américain, au Nord comme au Sud. A partir du XIX° siècle, des introductions de zébus indiens et plus récemment de races européennes sont venues modifier le cheptel bovin de la région Amérique - Caraïbe, avec la mise en œuvre de croisements plus ou moins organisés. On dénombre ainsi dans la région des races zébus développées localement (Brahman, Nelore, Gyr,…), et des races composites issues de croisements entre races Créoles, taurins européens ou africains et zébus (Jamaica Hope, Santa Gertrudis, Siboney,…), qui occupent une place importante dans les différents pays (Mariante et Cavalcante, 2006 ; Naves et al., 2001a). En revanche, les introductions d’animaux de races pures spécialisées d’origine tempérée ont généralement peu de succès, du fait des contraintes de l’environnement tropical (Mirkena et al., 2010). Les conditions naturelles du milieu tropical ont en effet un impact important, lié à l’influence directe du climat (température et humidité), mais aussi à travers les ressources alimentaires disponibles, le parasitisme ou les maladies présentes.

L'Insémination Artificielle : Un Outil Clé pour l'Amélioration Génétique

L'insémination artificielle (IA) joue un rôle crucial dans l'amélioration génétique des troupeaux bovins, en particulier dans les régions tropicales. Elle permet de diffuser rapidement les gènes d'animaux sélectionnés pour leur résistance aux conditions locales, leur productivité et la qualité de leur viande. Dans le cadre du programme de sélection de l’UEBB, la gestion de la race Brahman des départements français d’Amérique représente un défi majeur. La taille limitée du territoire et du marché dans ces zones tropicales européennes nécessite une gestion rigoureuse de la diversité génétique, afin de contrôler la consanguinité au sein des élevages.

L’apport de nouvelles lignées génétiques se fait principalement par les moyens suivants :

  • Achat de semences de taureaux Brahman pour insémination artificielle (IA) de certaines femelles du programme génétique.
  • Transfert d’embryons (TE) produits à l’étranger, notamment aux États-Unis, en Argentine et en Australie. L’UEBB a réalisé trois campagnes de transplantation embryonnaire entre 2008 et 2013 avec certains de ses adhérents. Certains éleveurs ont également fait naître des veaux en France continentale, qui ont ensuite été transportés en Martinique une fois sevrés.
  • Importation de reproducteurs. En 2021, l’UEBB a importé six taurillons nés en Allemagne et provenant de lignées américaines qualifiées par l’ABBA (American Brahman Breeder Association).

Cependant, l’UEBB se heurte à des barrières sanitaires et réglementaires concernant l’importation de génétique bovine en provenance de zones hors de l’Union européenne. Les importations de bovins vivants en provenance des États-Unis, d’Amérique du Sud et d’Australie sont interdites. Les importations de semences et d’embryons, qu’ils soient conçus in vivo ou in vitro, sont soumises à des mesures sanitaires strictes et coûteuses. Cela ne pourra se réaliser qu’au travers de l’obtention d’une dérogation pour l’import de semences de taureaux Brahman, Nélore, Gir.

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L'Expérience Brésilienne : Un Modèle de Réussite

Avec seulement 17 ans d'élevage au Brésil, la race Brahman s'est imposée comme l'une des meilleures options pour les bovins de boucherie brésiliens. Proche du cap des 200 17 animaux enregistrés au Brésil par l'ABCZ (Association brésilienne des éleveurs de zébus), la race est l'une des principales attractions de la 234e Feicorte (Foire internationale de la filière bovine), le plus grand événement indoor d'Amérique latine, qui se déroule cette semaine au Parc des expositions Imigrantes de São Paulo (SP). Parmi les zébus, la Brahman est la race la plus représentée cette année, avec un total de 234 animaux enregistrés.

« La présence massive d'éleveurs et d'animaux de la race à Feicorte prouve une fois de plus que nous sommes sur la bonne voie. L'intérêt pour la race est grand, non seulement en tant que race pure, mais aussi en matière de croisement. Nous avons déjà plusieurs exemples d'éleveurs qui utilisent avec succès la race Brahman en croisement. Le jugement des Brahmans à Feicorte sera présidé par le juge João Marcos Cruvinel Machado Borges, du 15 au 17 juin, dans l'arène numéro 4 du parc des expositions. Comme en 2010, le stand de l'APCB (Association des éleveurs de Brahmans de São Paulo), présidé par l'éleveur César Tomé Garetti, se trouve à côté de l'arène. Les investisseurs pourront également acquérir des génétiques de premier ordre auprès des meilleurs éleveurs du Brésil lors de la vente aux enchères Território Brahman, qui se tiendra le 17 juin à partir de 14 heures.

La race Brahman connaît une croissance fulgurante au Brésil depuis quelques années, tant en quantité qu'en qualité. En 2010, la race a connu plusieurs évolutions. La première concerne le nombre d'animaux enregistrés. Le Brahman a terminé l'année 2010 avec un cheptel enregistré de près de 186 117.658 animaux, dont 68.147 9,3 femelles et 6,3 XNUMX mâles. Au cours des six dernières années, le nombre d'enregistrements a augmenté de XNUMX %. Un autre record important pour la race Brahman a été enregistré lors des ventes aux enchères. En 2010, les 66 ventes organisées ont totalisé 30,5 millions de réaux. Ce chiffre est supérieur à celui de 2009, où 63 ventes avaient été organisées, pour un total de 26.195.568,00 3.420 2.544 réaux. Le nombre de lots a également augmenté : 2009 2010 lots ont été proposés, contre 8.931,00 XNUMX en XNUMX. Les taureaux Brahman ont continué de s'apprécier en 2010. 1876 6.387,00 lots ont été proposés à un prix moyen de 20 2009 R$. Ce prix moyen a augmenté de 10.847 % par rapport à XNUMX.

Selon un rapport publié par l'ASBIA (Association brésilienne d'insémination artificielle), la race Brahman a également conservé son excellente position sur le marché brésilien de la semence en 2010. Elle demeure le deuxième choix le plus populaire auprès des éleveurs brésiliens de zébus de boucherie, juste derrière la race Nelore. Selon le rapport, en 2010, la race Brahman a vendu 255.752 2009 doses de semence. Ce chiffre est supérieur aux 245.219 24.596 doses vendues en XNUMX. Un autre fait important mis en évidence par le rapport de l'ASBIA est que le Brésil, avec moins de deux décennies d'élevage de Brahman, commence à s'imposer comme un exportateur de la génétique de cette race, ayant exporté 8.500 13 doses de semence vers des pays comme le Canada, l'Équateur et le Paraguay l'année dernière. En 2 ans de production de semence au Brésil, la race Brahman est sur le point d'atteindre le cap des XNUMX millions de doses de semence vendues.

Les Défis et les Solutions pour l'Amélioration de la Reproduction

Malgré le potentiel de l'IA et du croisement, plusieurs défis entravent l'amélioration de la reproduction bovine en Guyane et en Martinique. Le résultat moyen des élevages de bovins en Guyane est de moins de 1 veau né tous les deux ans par vache mise à la reproduction. L'objectif serait plutôt d'un veau né par an et par vache !

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Un axe technique, d’amélioration de l’équipement et des compétences de nos élevages est donc primordial. Sans corral fonctionnel, sans équipement de contention, sans animaux en état, les inséminations artificielles ne peuvent réussir. Nous essayons donc d’accompagner nos éleveurs adhérents et sympathisants sur cette voie.

L'Union des Éleveurs de Bovins Brahman (UEBB) s’engage à promouvoir une sélection rigoureuse visant à améliorer la race bovine Brahman. Maintien de la rusticité : Nous sélectionnons des animaux capables de résister aux conditions d'élevage tropicales, aux sécheresses et de valoriser les fourrages grossiers. En poursuivant ces objectifs de sélection, nous visons à élever des bovins Brahman d’excellence, adaptés aux conditions d’élevage spécifiques et répondant aux attentes des éleveurs. L’Union des Éleveurs de Bovins Brahman met à disposition des éleveurs une gamme d’outils de sélection avancés pour garantir la qualité et la traçabilité des bovins Brahman.

  • Certification des parentés bovines (CPB) : Les éleveurs doivent s'engager dans le dispositif de CPB et enregistrer les informations généalogiques des veaux et leurs conditions de naissance dans un délai de 7 jours après la naissance.
  • Pesées et pointage : Nous effectuons des pesées régulières pour enregistrer les performances en termes de poids des veaux depuis leur naissance jusqu'au sevrage.
  • Livre généalogique Brahman : Le LG enregistre les généalogies et les performances des bovins Brahman. Seuls les bovins avec le code race 81 peuvent être inscrits dans le LG. Les animaux accèdent à des classes de mérite en fonction de leur pedigree et de leurs performances.
  • Traçabilité et vérification de compatibilité génétique (VCG) : Les élevages participant au programme de sélection utilisent principalement la monte naturelle. Les taureaux reproducteurs sélectionnés font l'objet d'une analyse génétique d'identification SNP effectuée par le laboratoire LABOGENA.

Grâce à ces outils de sélection avancés, nous garantissons la traçabilité, la qualité génétique et les performances des bovins Brahman élevés par nos membres.

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