L'insémination artificielle, une technique d'assistance médicale à la procréation (AMP), a une histoire riche et complexe, marquée par des avancées scientifiques, des controverses éthiques et des évolutions sociétales. Des premières expérimentations animales aux débats contemporains sur l'accès à l'AMP, cet article explore les étapes clés de cette pratique médicale.
Les prémices de l'insémination artificielle : expérimentations et découvertes (XVIIIe siècle)
L'histoire de l'insémination artificielle remonte au dernier tiers du XVIIIe siècle, une époque où les naturalistes européens s'intéressaient aux mécanismes de la reproduction. Appelée « fécondation artificielle » jusqu’aux années 1940, l'insémination artificielle remonte au dernier tiers du XVIIIe siècle.
Lazzaro Spallanzani et la reproduction des grenouilles
Le biologiste italien Lazzaro Spallanzani (1729-1799) a joué un rôle crucial dans la compréhension du processus de fécondation. Dans les années 1770, il a mené des expériences sur des grenouilles, démontrant que le contact physique entre le sperme et les œufs était nécessaire à la reproduction. L'abbé Spallanzani, au début du 18e siècle, mène une expérience avec des grenouilles : il met des culottes aux grenouilles et démontre ainsi l’indispensable contact organique entre le sperme et l’ovule pour qu’il y ait conception. Quelques années auparavant le savant Jacobi avait tenté la même expérience avec succès sur des œufs de truites et de saumon. Ces travaux ont réfuté la théorie de la génération spontanée, qui postulait l'existence d'une "force vitale" à l'origine de la vie.
John Hunter et la première insémination artificielle humaine
Dans les années 1790, le chirurgien britannique John Hunter (1728-1793) a réalisé la première insémination artificielle humaine documentée. William Hunter, médecin anglais toujours au 18e siècle, reconnaît avoir utilisé le sperme du mari impuissant d’une de ses patientes pour réaliser une insémination artificielle… Il a recueilli le sperme d'un homme et l'a injecté dans le vagin de son épouse, contournant ainsi l'incapacité du couple à concevoir naturellement. Cette intervention, bien que rudimentaire, a ouvert la voie à de nouvelles perspectives thérapeutiques.
L'insémination artificielle au XIXe siècle : applications médicales et controverses morales
Au XIXe siècle, l'insémination artificielle a progressivement intégré la pratique médicale, suscitant à la fois l'espoir et la controverse.
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Les premières applications thérapeutiques
À partir des années 1830, puis 1860, quelques médecins européens utilisent ces résultats expérimentaux dans une perspective thérapeutique. Des médecins européens ont commencé à utiliser l'insémination artificielle pour traiter la stérilité de certains couples. À l'aide d'une seringue, ils cherchaient à contourner la stérilité de certains couples dont l’homme ou la femme souffre d’une malformation empêchant la mise en contact du sperme et de l’ovule. Dans les années 1880, la fécondation artificielle intègre les manuels de médecine : réservée aux couples qui ne présentent pas de maladie héréditaire, elle constitue l’une des façons de soigner certaines formes de stérilité, même si ce n’est encore qu’à toute petite échelle.
Les premières inséminations avec sperme de donneur et les réactions morales
Paolo Mantegazza au 19e siècle utilise le premier le sperme d’un donneur amenant une contestation morale puissante. En 1884, William Pancoast, médecin de Philadelphie, a pratiqué avec succès, la première insémination artificielle avec le sperme d’un donneur (un de ses étudiants) pour résoudre l’infertilité d’un de ses patients. Le recours au sperme d'un donneur a soulevé d'importantes questions morales et éthiques. Le « ghost father » ou l’enfant synthétique sont honnis. En 1897, la Sacrée Congrégation du Saint-Office a émis un décret de condamnation de la fécondation artificielle humaine, la considérant comme un adultère de l'épouse et une violation de la loi morale naturelle. Peu à peu on sépare plaisir, sexualité et reproduction, mais le Saint-Office condamne en 1897 une telle dissociation car le recours à la masturbation n’est pas accepté.
L'eugénisme et l'insémination artificielle
Les Eugénistes qui ont le vent en poupe tentent de démontrer que cette technique permettrait d’améliorer la race humaine. Au début du XXe siècle et jusque dans l’entre-deux-guerres, les techniques d’insémination artificielle animale et humaine se perfectionnent, notamment sous l’influence de biologistes britanniques et russes qui les appliquent avec succès à l’élevage équin et bovin, et ce à grande échelle. L’insémination artificielle est alors utilisée dans les pays occidentaux non seulement pour traiter les problèmes de stérilité de certains couples, mais aussi - veut-on croire - dans le but de lutter contre la baisse de la natalité (objectif quantitatif) et contre la dégénérescence de l’espèce humaine (objectif qualitatif et eugénique). Au début du XXe siècle, en 1926 en Guinée française le biologiste russe Ilya Ivanov prévoyait de croiser des humains et des singes !!!
L'essor de l'insémination artificielle au XXe siècle : progrès scientifiques et enjeux éthiques
Le XXe siècle a été marqué par des avancées significatives dans les techniques d'insémination artificielle, ainsi que par des débats éthiques croissants.
Le développement de la congélation du sperme
Les premières expériences cherchant à congeler des spermatozoïdes humains datent de 1938 mais la technique n’était pas très efficace. Après la seconde guerre mondiale, une évolution technologique a joué un grand rôle, en Angleterre Ernest John Christopher Polge et ses collaborateurs ont découvert en 1949, que le glycérol possédait des propriétés cryoprotectrices très intéressantes pour préserver la fonction des spermatozoïdes congelés [5]. La technique fut rapidement appliquée de manière extensive en médecine vétérinaire pour organiser la reproduction d’animaux d’élevage comme les bovins. Elle fut ensuite utilisée dans l’espèce humaine et la première naissance consécutive à une insémination avec spermatozoïdes préalablement congelés fut rapportée par RG Bunge et JK Sherman en 1953 [6]. En 1954, l'insémination avec sperme conservé par congélation est réalisée aux États-Unis. La congélation du sperme a permis de rationaliser la pratique des inséminations artificielles avec sperme de donneur. Elle facilite l’organisation de l’accueil des donneurs, le traitement de leur sperme et la réalisation des actes médicaux et de sécurité sanitaire imposés par le don.
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La naissance de Louise Brown et l'essor de la FIV
L’amélioration des connaissances biologiques et des techniques médicales permit en 1978 la première naissance viable d’unenfant conçu par FIV. Il s’agit de Louise Brown, née en Grande‐Bretagne, «fruit» du travail de Robert Edwards et du gynécologue Patrick Steptoe. La première naissance humaine issue de FIV est survenue au Royaume-Uni en 1978. J’étais allé voir Bob Edwards, avant même la naissance de Louise Brown, donc quand il y a eu cette grossesse cela m’a beaucoup stimulé. La naissance de Louise Brown, le premier bébé conçu par fécondation in vitro (FIV) en 1978, a marqué une étape décisive dans l'histoire de l'AMP.
La naissance d'Amandine en France
Amandine est née à 3 h 20 le 24 février 1982. La première naissance humaine issue de FIV est survenue au Royaume-Uni en 1978, avant la naissance d’Amandine en France en 1982. L’accouchement eut lieu dans le plus grand secret : « Un véritable scénario policier avait donc été monté afin de tromper les paparazzi et autres présences gênantes ou indiscrètes. Y-avait-t-il une compétition en France pour être la première équipe à réaliser une F.I.V. Oui, il y avait une compétition amicale, mais une compétition quand même. Il y avait une autre équipe à Sèvres dirigée par Jean Cohen. À un moment où on faisait des fécondations en cycle naturel, de manière très sporadique, pas comme aujourd’hui, cette équipe avait un problème. Ils n’arrivaient pas à avoir de fécondation. Nous on avait des fécondations, mais pas de grossesses. Donc on a décidé de faire un partenariat, on recevait les ovocytes et dons de sperme de l’équipe de Sèvres, on faisait la fécondation en laboratoire ici et j’allais faire le transfert avec Jean Cohen. La patiente est enceinte, mais elle avorte, du coup cela a créé un lien entre les deux équipes.
Les défis éthiques et sociétaux
Pour nous, cela va marquer la naissance de l’éthique, non seulement le président Mitterrand va créer le Comité National d’Éthique mais c’est la première fois que de façon aussi organisée, il va y avoir la nécessité d’avoir une réflexion éthique, peut-être dans le domaine des greffes aussi, mais c’est à peu près à la même période, et ensuite on va passer de l’éthique au droit. L’essor de la FIV en France fut. C’est le Groupe d’étude de la fécondation in vitro en France), qui centralise les informations provenant des divers centres, et. L’état d’esprit était plutôt mitigé, parce qu’il y avait beaucoup de gens qui étaient opposés. Pas beaucoup de gens savaient que l’on travaillait dessus, mais il y avait déjà eu la naissance de Louise Brown en Angleterre, donc il y avait déjà des réactions et beaucoup de gens trouvaient que c’était une vraie transgression que d’avoir un embryon in vitro sous les yeux, de pouvoir le voir, le toucher, le manipuler, choses qui étaient impossibles jusqu’à présent. Même des gens très connus dans le milieu scientifique y étaient opposés disant qu’il fallait plus travailler sur l’animal etc. D’ailleurs les essais sur animaux sont venus près de 10 ans plus tard, par exemple chez le singe, ce n’est pas si facile que ça la fécondation in vitro, parce qu’il y a incontestablement des inconnues liées aux espèces, et chez le singe notamment ça fonctionne très mal. Chez la lapine, c’était en 1960, chez la vache ça a été après, très vite. C’était extrêmement enthousiasmant, parce qu’il y avait ce sentiment qu’il y avait là une possibilité qui allait résoudre beaucoup de problèmes sur lesquels on passait des heures et des heures en chirurgie, où on voyait bien que les couples étaient détruits. C’était un espoir. Evidemment dès que ça s’est réalisé, même la première fois, ça a été un “boost” important tant sur le plan scientifique qu’humain.
L'insémination artificielle aujourd'hui : accès, évolutions et perspectives d'avenir
Aujourd'hui, l'insémination artificielle est une pratique courante dans de nombreux pays, mais son accès et son encadrement juridique varient considérablement.
L'accès à l'AMP en France et dans le monde
De nos jours, 2 à 5 % des naissances dans les pays occidentaux (3 % en France) sont issues de l’assistance médicale à la procréation. Aujourd’hui, en France, l’accès à l’assistance médicale à la procréation est réservé aux couples stables, formés d’une femme et d’un homme en âge de procréer, et dont l’infertilité est médicalement constatée. Dans ce contexte devrait s’ouvrir en 2018 et 2019 un débat sur l’opportunité d’ouvrir l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes et aux femmes seules. Si les nouvelles possibilités techniques augmentent la variété et la complexité des options offertes aux couples infertiles, elles sont quelquefois aussi utilisées pour répondre à des indications sociales, par exemple l’aide à la procréation de femmes seules ou de couples homosexuels, comme c’est le cas dans certains pays alors que d’autres restent réservés sur cette extension du champ de l’AMP.
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Les nouvelles techniques d'AMP
Dans la période la plus récente, la convergence des innovations en Biologie de la Reproduction et en Génétique humaine a permis de dépister des anomalies chromosomiques ou géniques sur l’embryon avant la nidation. L’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) n’a plus alors pour seul but de se substituer à une infertilité mais permet d’éviter la naissance d’un enfant atteint d’une pathologie.
Les débats éthiques contemporains
La condamnation de l’insémination artificielle par l’Église catholique s’est largement fondée sur un « sophisme naturaliste » [1], cette erreur de raisonnement qui consiste à inférer ce qui doit être à partir de seuls faits. Pour l’Église, l’insémination artificielle doit être interdite, car elle n’est pas naturelle. Toutefois, de nos jours, les conservateurs ne sont pas les seuls à chercher à exploiter ce type d’erreur de raisonnement logique. Certains progressistes sont tentés de faire usage d’une autre erreur, appelée « sophisme moraliste », qui consiste à inférer des faits à partir de ce qui doit être. Si l’on admet que, dans ces débats, il convient d’autoriser toutes les pratiques qui ne nuisent pas aux enfants, mais seulement celles-là, alors ces débats doivent se recentrer sur des questions empiriques : quelles sont les pratiques d’assistance médicale à la procréation qui, de fait, promeuvent l’intérêt des enfants ou, tout au moins, ne leur nuisent pas ? S’il semble établi qu’être élevé par un couple de femmes (plutôt qu’un couple formé d’une femme et d’un homme) n’est aucunement pénalisant pour un enfant, en va-t-il de même du fait d’être élevé en famille monoparentale, par une femme seule ?
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