La maîtrise de la reproduction est un élément clé de la rentabilité des élevages ovins. En agriculture biologique (AB), où l'utilisation d'hormones est restreinte, il est crucial d'explorer des alternatives pour optimiser la reproduction. Cet article détaille le protocole d'insémination artificielle (IA) ovine, notamment le protocole de 55 heures, et examine les alternatives disponibles, en particulier dans le contexte de l'élevage biologique.
Synchronisation des Chaleurs chez la Brebis : Le Protocole à l'Éponge Vaginale
Principe du Protocole
La synchronisation des chaleurs chez les brebis est une technique couramment utilisée pour optimiser l'insémination artificielle. Elle permet de regrouper les ovulations des brebis, facilitant ainsi l'IA à un moment précis. Le protocole classique repose sur l'utilisation d'éponges vaginales imprégnées d'un progestagène de synthèse, l'acétate de flugestone.
Les éponges vaginales ont été mises au point en Australie dans les années 1960. Le dérivé de progestérone dont elles sont imbibées bloque l’activité ovarienne, supprimant ainsi les chaleurs. La levée de cette inhibition entraîne le redémarrage du cycle et donc l’induction des chaleurs. Chez les brebis et les agnelles, on utilise des éponges vaginales imprégnées d’un progestagène de synthèse, l’acétate de flugestone.
Étapes du Protocole
- Insertion de l'éponge vaginale : Une éponge vaginale est insérée dans le vagin de la brebis à l'aide d'un applicateur. L’éponge est placée au fond du vagin à l’aide d’un applicateur prévu à cet effet. Introduire l’éponge par l’extrémité biseautée de l’applicateur, ficelle en premier. Nettoyer la vulve, écarter les lèvres et introduire doucement l’applicateur jusqu’au fond du vagin. Libérer l’éponge en faisant coulisser l’applicateur sur le piston qui est maintenu immobile. L’applicateur doit être soigneusement nettoyé et désinfecté entre chaque application avec une solution désinfectante non irritante (ammonium quaternaire).
- Durée de pose : L'éponge est laissée en place pendant 14 jours.
- Retrait de l'éponge et injection de PMSG : Après 14 jours, l'éponge est retirée en tirant doucement sur la ficelle. Au moment du retrait de l'éponge, une injection de PMSG (Pregnant Mare Serum Gonadotropin) est administrée par voie intramusculaire. La dose de PMSG varie de 300 à 600 UI en fonction de la race, de l'état physiologique des femelles et de la saison de traitement. Après le retrait de l’éponge et l’injection de PMSG, les premières chaleurs apparaissent au bout de 24 heures.
- Insémination artificielle : Les brebis sont inséminées à un moment fixe après le retrait de l'éponge.
Protocole de 55 Heures
Dans le protocole de 55 heures, les brebis sont inséminées 55 heures après le retrait de l'éponge. Pour les agnelles, l'insémination est réalisée 52 heures après le retrait de l'éponge. Ce timing précis vise à optimiser la fécondation en tenant compte du moment de l'ovulation.
Alternative : Lutte Naturelle
En lutte naturelle, le bélier est placé deux fois en présence des femelles, 48 et 60 heures après le retrait de l'éponge.
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Précautions et Effets Indésirables
Il est important de noter que le médicament vétérinaire n'est pas un traitement des troubles de la fertilité. Il est donc déconseillé de l'administrer aux femelles présentant de tels troubles.
Des précautions doivent être prises lors de la manipulation des éponges vaginales. Tout contact direct avec la peau doit être évité, et le port de gants à usage unique est recommandé. En cas de contact accidentel, la zone atteinte doit être lavée avec de l'eau et du savon.
Des effets indésirables peuvent survenir, tels qu'un écoulement mucopurulent au site d'application. Cet écoulement peut être observé au retrait de l'éponge, mais il n'est généralement pas associé à d'autres signes cliniques et n'altère pas la fertilité.
Alternatives à la Synchronisation Hormonale en Agriculture Biologique
En agriculture biologique, l'utilisation d'hormones pour la synchronisation des chaleurs est interdite. Par conséquent, les éleveurs doivent recourir à des méthodes alternatives pour maîtriser la reproduction de leurs troupeaux.
L'Effet Mâle
L'effet mâle est une technique naturelle qui consiste à introduire un mâle sexuellement actif au sein d'un groupe de femelles anovulatoires. Les signaux sensoriels émis par le mâle, notamment olfactifs, vont activer l'axe hypothalamo-hypophyso-gonadique des femelles et induire l'œstrus et l'ovulation de façon synchronisée. Les chaleurs fertiles induites par le mâle apparaissent, chez la brebis, à partir du 14e jour après l’exposition aux béliers et s’étalent sur deux semaines. Chez la chèvre, elles ont lieu entre le 6e et 9e jour après l’exposition aux boucs.
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L'effet mâle permet de déclencher et synchroniser la puberté des jeunes femelles, stimuler la reproduction à contre-saison et grouper les mises bas. Toutefois, il ne permet pas la synchronisation des ovulations chez des femelles cyclées (en saison sexuelle), contrairement aux traitements hormonaux. L’efficacité de l’effet mâle dépend de différents facteurs comme l’âge ou l’état nutritionnel (Debus et al., 2022), et en particulier de la saisonnalité de la race.
Traitements Lumineux
Les traitements lumineux sont basés sur le contrôle de la photopériode perçue par les animaux. Il s’agit de soumettre les animaux à une alternance de périodes de « jours longs » (JL : inhibiteurs de la reproduction, équivalents à 16 heures de lumière par jour) puis de « jours courts » (JC : stimulateurs de la reproduction, 8-12 heures de lumière par jour) à des moments de l’année précis. Pour une reproduction au printemps (avril-mai), les JL sont appliqués pendant l’hiver dans les bâtiments d’élevage ouverts, en éclairant les animaux avec de la lumière artificielle pour mimer une photopériode de 16 heures (la lumière naturelle pouvant remplacer l’éclairage artificiel pendant le jour), puis les animaux sont soumis aux JC « naturels » de la fin d’hiver. Pour une reproduction en été, les animaux sont traités avec des JL dès la fin de l’hiver.
Importance de la Détection des Chaleurs
En l'absence de synchronisation hormonale, la détection des chaleurs est essentielle pour l'IA. L'IA peut être appliquée soit en saison sexuelle sur chaleurs dites « naturelles » (chez des femelles cyclées et non synchronisées), soit à contre-saison sur chaleurs induites et synchronisées par effet mâle. La détection des chaleurs chez les petits ruminants est réalisée visuellement par l’éleveur à l’aide de boucs ou béliers sexuellement actifs. La détection repose sur l’observation des chevauchements des femelles par les mâles ou des marques de chevauchements faites sur les femelles par des mâles équipés de harnais munis de crayons marqueurs. Des changements comportementaux chez les chèvres (agitation, frétillement de la queue, bêlements, comportements de proceptivité) peuvent être aussi utilisés pour faciliter la détection des chaleurs. Toutefois, le comportement d’œstrus chez les brebis est extrêmement discret et, à ce jour, les seules méthodes de détection en élevage impliquent l’utilisation de béliers (Fréret et al., 2018b).
Races Désaisonalisées
En AB, pour une reproduction à contre-saison, le choix de races « qui désaisonnent naturellement » (i. e. capables de se reproduire à contre-saison) serait le plus adapté. Ces races sont caractérisées par une saison sexuelle plus longue, une proportion élevée de femelles (> 30 %) qui ovulent spontanément hors saison sexuelle et/ou une réponse efficace à l’effet mâle tout au long de l’anœstrus saisonnier (Chanvallon et al., 2011).
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