L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit en France, quel que soit l'âge, la nationalité, la situation sociale et financière ou le statut sur le territoire français. Cependant, l'accès à l'IVG et la prévention des grossesses non désirées chez les adolescentes restent des enjeux majeurs de santé publique. Cet article explore la situation de l'IVG chez les jeunes en France, les facteurs qui y contribuent, les mesures mises en place pour améliorer l'accès à la contraception et à l'information, ainsi que les perspectives d'avenir.
Prévalence de l'IVG chez les adolescentes
Le nombre des interruptions volontaires de grossesse (IVG) demeure encore globalement important, et ce sont les tranches d'âges les plus jeunes qui ont connu au cours de la dernière décennie la progression la plus sensible du phénomène. En 2007, 13 500 IVG ont concerné des personnes mineures. Les mineures représentaient 5 % des femmes ayant eu une IVG en 2001 et 6 % en 2005, 2006 et 2007. Toutefois, la hausse ne s'est pas poursuivie au cours des toutes dernières années pour cette population spécifique. En 2010, quinze femmes de moins de 20 ans sur 1 000 étaient concernées par une IVG, soit près de 29 000 femmes.
En 2022, 234 300 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été enregistrées en France, soit 17 000 de plus qu’en 2021 et environ 7000 de plus qu’en 2019.
Il est indispensable de permettre aux adolescentes de disposer d'une meilleure prévention afin d'éviter qu'elles soient confrontées à une grossesse non désirée et à une décision, particulièrement difficile à un âge précoce, sur son issue.
Facteurs contribuant aux grossesses non désirées et aux IVG chez les jeunes
Plusieurs facteurs peuvent expliquer la persistance d'un nombre important d'IVG chez les adolescentes :
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- Manque d'information et d'éducation à la sexualité : Les adolescents connaissent les différents moyens contraceptifs qui sont à leur disposition, même les plus récents, mais ils ne connaissent pas leur méthode d’utilisation. Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d'au moins trois séances annuelles et par groupes d'âges homogènes. Les actions mises en oeuvre doivent renforcer chez les élèves une véritable culture de la responsabilité individuelle et collective. Cette éducation doit intégrer une réflexion sur les dimensions psychologique, affective, sociale, culturelle et éthique de la sexualité. Ainsi, l'apprentissage du respect de soi et des autres, l'égalité entre les garçons et les filles et l'acceptation des différences doivent y trouver, en particulier, toute leur place. Cette éducation à la sexualité doit permettre, enfin, d'apporter toutes les informations concrètes répondant aux questions liées à l'accès à la contraception, à la problématique des grossesses non désirées et à la prévention des IST et du VIH-sida, en cohérence avec la campagne nationale annuelle d'information sur la contraception et le plan de lutte contre le VIH et les IST coordonné par le ministère chargé de la santé.
- Difficultés d'accès à la contraception : Le coût et la non-accessibilité à la contraception sont parmi les premières causes invoquées de la recrudescence des IVG. Les dispositifs actuellement en place ne permettent pas à chaque adolescente qui en éprouve le besoin mais se trouve éloignée d'un centre de planification, un accès anonyme et gratuit à une contraception régulière.
- Échecs contraceptifs : Deux tiers des IVG sont le résultat d'échecs contraceptifs, largement attribuables aux erreurs d'utilisation des méthodes contraceptives (oubli de prise de pilule par exemple). Chez les mineures, ces échecs se rapportent essentiellement à des problèmes d'utilisation de préservatifs.
- Absence de contraception : Un tiers des femmes sont sans contraception au moment d'une IVG. L'absence d'utilisation de contraception correspond souvent à une non-reconnaissance du risque de grossesse, qui fait obstacle à toute démarche contraceptive.
Mesures mises en place pour améliorer la prévention et l'accès à l'IVG
Face à ces constats, plusieurs mesures ont été mises en place pour améliorer la prévention des grossesses non désirées et faciliter l'accès à l'IVG pour les adolescentes :
- Renforcement de l'information et de l'éducation à la sexualité : Suite à la publication du rapport de l'inspection générale des affaires sociales (IGAS) en février 2010, la politique de prévention des grossesses non désirées a été renforcée. Ainsi, de nouvelles recommandations ont été adressées à l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) pour la conduite de ses prochaines campagnes d'information (messages de prévention spécifiques en faveur des jeunes, meilleure articulation des messages concernant la prévention des IST-VIH et la contraception, amélioration de l'information des professionnels…). La dernière campagne, lancée le 22 juin 2012, a visé à améliorer l'information des femmes et notamment des adolescentes sur la contraception d'urgence, ses délais d'efficacité, son accessibilité et les modes d'utilisation des médicaments disponibles.
- Amélioration de l'accès à la contraception pour les mineures : Un meilleur accès des mineures à la contraception a été favorisé. Les centres de planification ne pouvant pas répondre aux besoins de toutes les personnes mineures, notamment celles vivant dans des zones éloignées de toute implantation (zones rurales notamment), une instruction du ministère chargé de la santé, diffusée le 21 octobre 2010, a demandé aux agences régionales de santé (ARS) de favoriser, dans ces zones particulières, la signature de conventions entre des professionnels de santé libéraux et des conseils généraux ou des caisses primaires d'assurance maladie (CPAM) pour permettre l'accès anonyme et gratuit de ce public à la contraception. Cette mesure permettra d'étendre, sur le plan national, des dispositifs mis en place, à titre expérimental, dans certains départements. Ainsi, les expériences menées en Alsace ont permis la signature de conventions entre, d'une part, des professionnels de santé libéraux et le conseil général du Haut-Rhin et, d'autre part, des professionnels de santé et une CPAM (Sélestat) dans le Bas-Rhin.
- Facilitation du renouvellement de la dispensation de contraceptifs oraux : Le décret n° 2012-883 du 17 juillet 2012 facilite le renouvellement de la dispensation de contraceptifs oraux. Ce décret prévoit la possibilité, pour les pharmaciens, de dispenser, pour une durée supplémentaire non renouvelable de six mois, sur présentation d'une ordonnance datant de moins d'un an et dont la durée de validité est expirée, les contraceptifs oraux nécessaires à la poursuite du traitement. Il complète, en matière de renouvellement de contraceptifs oraux, le décret n° 2012-35 du 10 janvier 2012 qui prévoit les modalités pratiques du renouvellement par les infirmières et infirmiers (notamment les infirmières des établissements scolaires et des centres de planification) des prescriptions, datant de moins d'un an, de médicaments contraceptifs oraux pour une durée de six mois maximum.
- Accès gratuit à la contraception d'urgence pour les étudiantes : Le décret n° 2012-910 du 24 juillet 2012 définit les modalités d'un accès gratuit des étudiantes à la contraception d'urgence. Il permet aux services universitaires et interuniversitaires de médecine préventive et de promotion de la santé de délivrer aux étudiantes une contraception d'urgence, à titre gratuit.
- Dispositifs spécifiques d'accès anonyme et gratuit à la contraception pour les femmes connaissant des difficultés particulières : Les personnes mineures et les personnes non assurées sociales bénéficient d'un accès anonyme et gratuit à la contraception dans les 1 200 centres de planification ou d'éducation familiale répartis sur le territoire. Ces centres permettent, également, à toutes les femmes assurées sociales, de bénéficier de consultations gynécologiques dans le cadre des tarifs conventionnels.
- Amélioration de l'accès à l'IVG : Les personnes mineures souhaitant recourir à une IVG et désirant garder le secret, disposent d'un accès anonyme et gratuit à cet acte et aux actes médicaux qui lui sont liés.
Déroulement d'une IVG
En France, il existe deux façons de pratiquer l’IVG :
- La méthode médicamenteuse : Elle se pratique jusqu’à la 7ème semaine de grossesse soit 9 semaines d’aménorrhée (absence de règle). Elle consiste à prendre deux types de médicaments. Le 1er interrompt la grossesse. Il est pris par voie orale au cours d’une consultation en présence d’un médecin ou d’une sage-femme. Des saignements après la prise de ce médicament sont possibles. Cela ne veut pas dire que l’interruption de grossesse a eu lieu. Il est indispensable de prendre le deuxième médicament. Le 2ème médicament se prend 36 à 48 heures plus tard soit par voie orale (à prendre lors d’une consultation ou à domicile) soit par voie vaginal. Il provoque des contractions et l’expulsion de la grossesse. Tu saigneras beaucoup dans les 3 à 4 heures suivant la prise de ce second médicament, mais cela peut parfois se produire dans les 24 à 72 heures. Une consultation de contrôle te sera proposée 15 jours après pour voir si tout s’est bien passé. Cette consultation sera aussi le moment de faire le point sur ta contraception. Attention : si tu as un groupe sanguin Rhésus négatif, une injection de gamma-globulines anti-D est effectuée pour éviter des complications dues à l’incompatibilité rhésus lors d’une prochaine grossesse.
- La méthode chirurgicale ou instrumentale : Elle se pratique jusqu’à la 14ème semaine de grossesse soit 16 semaines d’aménorrhée. Cette intervention, nécessite une anesthésie locale ou générale, selon ta situation médicale et ton choix. Tu resteras donc quelques heures (une demie journée environ) à l’hôpital ou à la clinique. Une consultation de contrôle te sera proposée 15 jours après pour voir si tout s’est bien passé. Cette consultation sera aussi le moment de faire le point sur ta contraception.
Les frais relatifs à l’IVG sont pris en charge à 100% par l’assurance maladie sur la base d’un tarif forfaitaire. Ta complémentaire santé (mutuelle) peut éventuellement prendre à sa charge la totalité ou une partie des frais qui dépasserait ce forfait. L’IVG est prise en charge à 100 % dans le cadre d’un tarif forfaitaire avec une dispense totale d’avance de frais pour : les jeunes filles mineures non émancipées sans consentement parental, les femmes bénéficiaires de la CMU complémentaire et les femmes bénéficiaires de l’aide médicale de l’État (AME).
La confidentialité est garantie pour les IVG pratiquées dans un établissement de santé, cabinet de ville, dans un centre de planification ou dans un centre de santé. Un véritable anonymat est garanti pour les jeunes femmes mineures qui le demandent et cela quel que soit le lieu de réalisation de l’IVG.
Rôle des organismes de planification, d'éducation et de conseil familial
Un enjeu majeur s'attache aux actions d'information et d'éducation en direction du public adolescent. Afin d'assurer au dispositif dédié à ce rôle, les conditions d'un meilleur fonctionnement, un bilan de la situation de l'ensemble des organismes de planification, d'éducation et de conseil familial qui ont un rôle essentiel dans ce domaine, a été demandé à l'IGAS afin que soient mieux appréhendées les forces et les faiblesses du dispositif en place. Il se trouve pourtant que ces espaces de prévention et d'information sont essentiels pour les femmes.
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Impact psychologique de l'IVG
Le recours à une IVG constitue, pour la plupart des femmes, une démarche difficile. La mesure de l'impact psychologique de l'IVG par le biais d'une enquête menée auprès de femmes ayant eu recours à cet acte rencontre des obstacles qui semblent difficiles à surmonter. Il apparaît, en effet, indispensable d'éviter un mode d'interrogation des intéressées, susceptible de mettre en cause la confidentialité de leur démarche vis-à-vis de leur entourage.
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