La péridurale est devenue la technique la plus courante pour atténuer la douleur pendant l'accouchement. Plus de 8 femmes sur 10 y ont recours lors de leur accouchement en France (82,7 % des femmes l’ont utilisée en 2021). Cependant, le choix d'y recourir ou non reste une décision personnelle, influencée par divers facteurs. Cet article vise à explorer en profondeur les avantages et les inconvénients de la péridurale, afin de vous fournir une information claire et loyale pour prendre une décision éclairée.
Qu'est-ce que la péridurale ?
L’analgésie péridurale consiste à injecter un anesthésique local, parfois associé à un dérivé de la morphine, directement au contact des membranes qui entourent la moelle épinière, dans la partie la plus basse de la colonne vertébrale. Cette injection se fait au moyen d’un tube de très petit diamètre, un cathéter, implanté entre deux vertèbres. L'anesthésie péridurale est souvent conseillée aux femmes qui désirent éviter d'avoir trop mal au moment de l'accouchement.
Parfois, au cours d’un accouchement sans péridurale, si le médecin souhaite une anesthésie rapide, l’anesthésiste va pratiquer une rachianesthésie. À la différence de la péridurale, l’anesthésique est alors injecté au contact de la moelle épinière, dans le liquide dans lequel elle baigne.
Comment se déroule la pose ?
La pose du cathéter de péridurale se fait en deux temps, quand le travail a commencé et avant que la dilatation du col soit trop avancée. Tout d’abord, le médecin anesthésiste désinfecte la peau, puis injecte un anesthésique local pour insensibiliser la peau de la zone où sera inséré le cathéter. La pose de la péridurale est une étape souvent aussi attendue que méconnue. Le médecin anesthésiste est disponible pour répondre à toutes vos questions. Une aiguille est ensuite insérée entre deux vertèbres. Elle va permettre de placer le cathéter souple. Celui-ci va pénétrer dans la colonne vertébrale et se glisser le long des membranes qui enveloppent la moelle épinière. L’aiguille est ensuite retirée en laissant le cathéter en place. Le médecin anesthésiste injecte ensuite l’anesthésique via le cathéter. Pour poser une péridurale, l’anesthésiste-réanimateur va d’abord identifier l’espace péridural, juste à l’extérieur de la membrane qui entoure les nerfs rachidiens. Il réalise ensuite une anesthésie locale, qui ne provoque généralement qu’un léger picotement et une sensation de chaleur. Puis il insère l’aiguille jusqu’à l’espace péridural, et un cathéter très fin est vissé par l’aiguille dans cet espace. C’est par ce cathéter que le produit anesthésiant est injecté à intervalles réguliers au moyen d’une pompe.
Le cathéter de péridurale est posé dans une zone située en dessous de l’extrémité de la moelle épinière. Pendant l’accouchement, l’équipe médicale s’assure que le bassin de la mère est situé plus bas que sa tête, de manière à ce que l’anesthésique reste dans la partie basse de la colonne vertébrale. Après l’accouchement, le cathéter est retiré et le produit anesthésique n’a plus d’effet au bout d’une heure.
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Pour que le médecin puisse avoir accès au point d’injection, la patiente doit s’assoir en faisant le dos rond ou se coucher en chien de fusil.
Quand demander la péridurale ?
Si vous souhaitez avoir une péridurale le jour de l'accouchement, vous devrez en discuter lors des consultations prénatales ou des séances de préparation à l'accouchement afin de préciser votre choix. Vers 7 mois de grossesse, la consultation chez l'anesthésiste est obligatoire même si, a priori, vous ne souhaitez pas accoucher sous péridurale. En effet, vous pouvez changer d'avis jusqu'au dernier moment. La décision revient au médecin anesthésiste, qui prend connaissance de votre dossier et de l’avancée de votre travail, afin de proposer une stratégie adaptée de prise en charge de la douleur.Généralement, la péridurale est peut être posée dès lors que le travail est correctement lancé, et même jusqu’à dilatation complète dans certains cas. En revanche, elle n’est plus possible lorsque l’accouchement est imminent. Il n’y a pas de dilatation minimale du col utérin requise pour poser une péridurale. Vous pourrez donc en bénéficier à n’importe quel moment du travail selon l’intensité de la douleur ressentie. Nous ferons notre possible pour réaliser le geste le plus rapidement possible.
Contre-indications
Il existe certaines situations où la péridurale n’est plus uniquement une question de confort mais aussi de sécurité. En cas d’antécédent de césarienne, de bébé en siège ou de jumeaux, la péridurale est fortement recommandée. Néanmoins, il serait aussi faux de dire que la péridurale est sans danger. La réalisation d’une anesthésie péridurale est un acte médical.
Même si elles sont rares, cette visite sera également l'occasion de vérifier que vous n'avez pas de contre-indications à la péridurale. Les contre-indications à la péridurale sont des situations où le risque de la péridurale est supérieur au bénéfice qu’elle pourrait apporter. Lors cette consultation, vous remplirez un formulaire médical : groupe sanguin, antécédents d'interventions chirurgicales et antécédents familiaux, informations sur vos précédentes grossesses, allergies éventuelles, maladies et traitements en cours, hygiène de vie, etc.
Les contre-indications peuvent être :
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- une allergie aux anesthésiques locaux
- un trouble de la coagulation sanguine
- une infection de la peau du dos
- La prise de médicaments tel que l’aspirine, les anti-vitamine K ou tout autre médicament fluidifiant le sang doit être signalée à votre médecin.
- Le risque est le même que celui des maladies de la coagulation.
- Le saignement important et les infections bactériennes sévères sont des situations à risque d’hypotension artérielle.
- Le risque est que la péridurale majore l’hypotension.
- Certaines affections de la peau empêchent de trouver l’espace suffisant pour poser la péridurale, surtout en cas de surinfection des lésions.
- Le risque est de contaminer le système nerveux lorsque l’on traverse la peau jusqu’à l’espace péridural.
- Les allergies aux anesthésiques locaux sont rares.
- Le risque est la survenue d’une manifestation allergique grave allant de la chute de tension aux difficultés respiratoires. Les allergies aux médicaments sont toujours possibles.
- Ces maladies cardiaques sont pour la plupart connues des patientes, et celles-ci sont suivies par un spécialiste.
- Ces situations sont rarissimes. Elles sont pour la plupart, la conséquence de désordres de la coagulation certains pouvant survenir brutalement.
- Ces situations font partie des indications à la césarienne sous anesthésie générale.
- Le risque est de devoir recourir à une anesthésie générale dans une situation d’instabilité due à l’hémorragie.
Il est important de rappeler qu’en raison des risques que comporte tout geste d’anesthésie, un certain nombre d’éléments cliniques et biologiques doivent être vérifiés avant de commencer.
Avantages de la péridurale
- Soulagement de la douleur: L’avantage principal de la péridurale est de permettre à la future maman de vivre son accouchement en pleine conscience, avec un meilleur confort. Environ 20 minutes après la pose, la douleur s’atténue jusqu’à disparaître complètement, dans 90 % des cas. Elle permet de supprimer efficacement les sensations douloureuses afin d’offrir un certain confort à la future maman. Ainsi, le bébé peut venir au monde dans une atmosphère plus détendue.
- Réduction de la fatigue: En réduisant la douleur, la péridurale limite aussi la dépense d’énergie. C’est précieux pour les mamans (et les bébés) qui ont besoin de préserver leurs forces. Moins souffrir durant le travail aide à accueillir l’enfant plus sereinement. En effet, l’intensité de la douleur engendre, non seulement beaucoup de fatigue. Mais aussi parfois une sorte d’état second, qui permet de supporter l’intensité des contractions.
- Éviter l'anesthésie générale en cas de césarienne: En cas de césarienne en urgence, on pourra utiliser le cathéter pour délivrer de l’anesthésiant et éviter une anesthésie générale.
- Gestion de l'analgésie: Certaines maternités proposent une pompe d’injection, qui permet de gérer soi-même l’intensité de l’analgésique. La future maman peut adapter le soulagement à ses sensations, en toute sécurité. Vous êtes la plus à même d’estimer votre douleur et de définir ce qui est supportable pour vous et ce qui ne l’est pas. Vous gérerez donc vous-même le nombre et la fréquence des injections d’anesthésiques locaux que vous recevrez dans la péridurale. En appuyant sur un bouton si la douleur est trop importante, vous déclencherez une injection d’anesthésiques locaux. Le but est de vous administrer la « juste » dose, c’est-à-dire ce qui est nécessaire et suffisant pour vous soulager, cette dose variant forcément d’une patiente à une autre.
- Pas de risque pour le bébé: Le recours à la péridurale ne comporte pas plus de risque pour le fœtus qu’un accouchement sans péridurale. C’est une méthode bien encadrée. Les anesthésiques locaux sont injectés dans un espace anatomique ne communiquant pas avec le fœtus. La péridurale est reconnue comme la méthode d’analgésie du travail la plus efficace, et comme méthode d’anesthésie à but de soulagement ayant le moins d’effets sur le bébé.
- Accouchement avec sérénité: Elle permet d'être moins angoissée et d'accueillir son bébé avec plus de sérénité le jour de sa naissance.
Inconvénients et risques de la péridurale
- Ralentissement de l'accouchement: L’effet indésirable principal de la péridurale est sa tendance à prolonger l’accouchement, voire à réduire les contractions de l’utérus (selon le mélange anesthésique utilisé). Au-delà du risque d’inefficacité, le risque principal de la péridurale est le ralentissement de l’accouchement. Bien que cette question fasse encore débat dans le milieu médical, la littérature scientifique tend à montrer que le recours à la péridurale est synonyme d’un accouchement plus long. Pour cause, cette technique d’anesthésie peut freiner la dilatation du col de l’utérus ainsi que la progression du bébé dans le bassin.
- Effets secondaires courants: Les autres effets indésirables sont mineurs et temporaires : sensation de chaleur dans la partie basse du corps, difficultés à bouger les jambes, tremblements, difficultés à uriner nécessitant la pose d’une sonde urinaire, baisse de la pression artérielle voire sensations de vertige, maux de tête après l’accouchement, etc. Comme tout acte médical, la péridurale peut entraîner quelques désagréments temporaires : difficulté à bouger les jambes, tremblements ou sensation de froid, besoin d’une sonde urinaire, maux de tête. Tout ceci est censé disparaître dans les heures qui suivent l’accouchement.
- Médicalisation de la grossesse: De plus en plus de femmes souhaitent accoucher de façon physiologique, avec un minimum d’interventions médicales. Un accouchement avec péridurale est nécessairement plus médicalisé qu’un accouchement naturel. Lorsque l’on pose une anesthésie, on modifie les conditions de la naissance, les positions, la perception du bébé. Et souvent, la péridurale entraîne une cascade d’interventions : Rupture artificielle de la poche des eaux, Perfusion d’ocytocine pour relancer ou intensifier les contractions, parfois ralenties par la péridurale, Utilisation d’instruments (forceps ou ventouse) si la poussée est moins efficace.
- Contraintes physiques: La pose d’une péridurale empêche la future maman de se lever et de marcher, ce qui peut ralentir l’accouchement. Une fois la péridurale posée, il faut généralement rester allongée. La mobilité étant limitée, cela peut ralentir la descente du bébé dans le bassin.
- Efficacité variable: Contrairement aux idées reçues, la péridurale ne marche pas à tous les coups. Il arrive, pour des raisons difficilement identifiables, qu’elle ne fonctionne que partiellement ou sur une durée limitée. De même, pour certaines femmes, le travail est si rapide que la péridurale n’a pas le temps d’être posée. Près d’un quart des femmes qui ont souhaité et eu une péridurale ont été finalement déçues, rapporte l’enquête du Ciane.
- Risques rares mais graves: Bien souvent, la question d’une paralysie secondaire à une péridurale est évoquée… La paralysie complète secondaire à une lésion de la moelle épinière lors d’une péridurale est rarissime. Les cas historiques étaient dus à la réalisation de péridurales chez des sujets ayant des troubles de la coagulation non connus. Depuis, un dépistage systématique est de rigueur avant toute anesthésie centrale. Ce dépistage justifie la réalisation d’une prise de sang et d’une consultation permettant, entre autre, la recherche d’éléments évocateurs.
Effets indésirables et complications
L’évolution du savoir-faire médical au cours de ces dernières années a permis une réduction importante des complications dues à une pose de péridurale. Les effets indésirables sont des conséquences sans gravité de la péridurale. Ils sont transitoires et disparaissent en général complètement en quelques jours.
- Céphalées post-ponction durale: Ils sont une complication assez fréquente des péridurales. Ils peuvent survenir si, lors de la pose, une brèche est réalisée dans plan postérieur de l’espace péridural. L’importance de la céphalée est fonction de la taille de la brèche et du matériel en cause. Ces maux de tête sont modérés à intenses, pouvant vous gêner dans les heures suivant l’accouchement. Le traitement peut être médicamenteux dans un premier temps. En cas d’échec, un colmatage de cette brèche peut être réalisé par l’équipe d’anesthésie. Cette technique particulière est appelée blood-patch. Elle associe une prise de sang et une nouvelle ponction dans l’espace péridural afin d’y injecter de quoi obstruer la brèche responsable de vos douleurs. Ce « blood patch » se réalise au bloc opératoire et a un taux de succès proche de 2 sur 3.
- Neuropathies: Ce sont des atteintes des nerfs responsables de différentes manifestations allant des paresthésies (« fourmis ») à la perte de force dans un territoire des jambes ou des cuisses. La lésion peut être secondaire à des techniques au cours du geste ou être complètement indépendante de la péridurale. En effet, ces complications nerveuses peuvent être dues à des phénomènes de compression lors du passage du bébé ou lors de la position prolongée des jambes dans les étriers lors d’un accouchement difficile. Ces complications sont dites effets indésirables car elles disparaissent généralement dans les 6 mois.
- Douleurs lombaires: Les douleurs lombaires sont courantes après la grossesse. Une très faible proportion est secondaire à la pose de péridurale. Certaines complications rarissimes mais graves de la péridurale (hématomes, abcès) se manifestent entre autre par une douleur lombaire, mais cette douleur n’est alors pas le seul symptôme.
- Hypotension: Ceux-ci sont fréquents lors de césariennes sous péridurale. La plupart sont dues à une chute de tension secondaire à l’anesthésie et aux manœuvres nécessaires à l’extraction du bébé. La majeure partie du temps ils sont transitoires et cèdent rapidement après l’accouchement. Parfois, les nausées sont dues à la morphine, mais son utilisation reste exceptionnelle de manière prolongée après une césarienne.
- Complications graves: Les complications graves de la péridurale sont les plus rares. Les crises convulsives au cours de la grossesse sont un motif de prise en charge en urgence car elles peuvent être le symptôme d’une pathologie sous-jacente grave, et peuvent nuire à votre bébé. Lorsqu’elles surviennent après une pose d’une péridurale, les crises convulsives peuvent être la manifestation d’une toxicité des anesthésiques locaux. Oui, il existe un risque minime mais non nul d’arrêt cardiaque dans les suites d’une péridurale. Ceci reste exceptionnel mais possible. Les seuls cas décrit ne sont pas des femmes enceintes mais des sujets opéré sous péridurale pour des interventions lourdes.
- Bloc étendu: Malheureusement, l’effet escompté est parfois trop important. On parle alors de bloc étendu. Leur survenue peut nécessiter une anesthésie générale le temps que l’effet de l’anesthésique s’estompe. Ces blocs étendus sont la conséquence d’une diffusion des produits de l’anesthésie dans un espace « virtuel » proche du site d’injection classique. La diffusion dans cet espace est rare : seulement 2 cas sur 10 000 péridurales.
Alternatives à la péridurale
Bien que moins efficaces que la péridurale, pendant un accouchement, il existe plusieurs possibilités pour agir contre la douleur. Elles reposent principalement sur la relaxation, l’acupuncture et la respiration profonde. Un certain nombre de ces méthodes sont abordées durant les séances de préparation à l’accouchement. Lorsque la péridurale est contre-indiquée, les médecins peuvent opter pour une anesthésie générale. Enfin, l’usage du gaz hilarant, le protoxyde d’azote par exemple, peut être proposé.
- Rachi-anesthésie: elle insensibilise la moitié inférieure du corps. Son effet est plus rapide que celui de la péridurale mais les risques d’accidents d’hypotension seraient plus importants.
- Anesthésie locale: consiste en une injection d’analgésique dans les muscles du périnée qui permet d’atténuer la douleur due à une épisiotomie ou à l’emploi des forceps, mais elle ne supprime pas les douleurs des contractions.
- Méthodes non médicalisées: L’acupuncture, la sophrologie, l’haptonomie ou les massages sont autant de méthodes de préparation à l’accouchement qui aident, en principe, à mieux tolérer la douleur.
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