Les troubles du rythme cardiaque sont une réalité à tous les âges de la vie. Chez les enfants, ils peuvent se manifester de différentes manières et nécessitent une attention particulière. Cet article explore les indications de l'ECG en pédiatrie, les particularités de l'interprétation chez l'enfant et les principales arythmies rencontrées.
Prévalence des Troubles du Rythme chez l'Enfant
Avant l’âge adulte, des arythmies sont rencontrées chez 2% des fœtus, chez 1/250 à 1/1000 enfants avec des symptômes associés responsables de 5% des admissions aux urgences pédiatriques. Les tachycardies sinusales réactionnelles sont les plus fréquentes, associées à des symptômes et à un retentissement familial très varié rendant leur diagnostic parfois difficile.
Intérêt de l'ECG en Pédiatrie
Dans le cadre des pathologies pédiatriques, la réalisation d’un électrocardiogramme s’inscrit dans la pratique quotidienne, en milieu cardiologique, mais également en médecine d’urgence, en anesthésie et réanimation, en médecine du sport et dans bien d’autres situations de soins. L’électrocardiogramme est un examen facilement réalisable et source de nombreuses informations dans la pratique quotidienne. Son utilisation en pédiatrie est informative et essentielle dans de nombreuses indications cliniques, non seulement dans le cadre de cardiopathies congénitales mais aussi dans la prise en charge d’enfants symptomatiques avec, par exemple, une gêne respiratoire inexpliquée, des « malaises » ou des palpitations.
Son interprétation nécessite une bonne connaissance théorique de l’activité électrique cardiaque normale en fonction de l’âge de l’enfant et de savoir repérer les éléments évocateurs de tracés pathologiques.
Quand suspecter un trouble du rythme chez l'enfant ?
La fréquence des troubles du rythme de l’enfant est mal connue car on pense qu’un certain nombre de troubles du rythme paroxystiques passent inaperçus. On estime à 1 sur 1000 à 2500 le nombre d’enfant faisant des troubles du rythme. L’enfant peut faire des troubles du rythme à tout âge. On distingue cependant 3 périodes dites « à risque » pendant lesquels les troubles du rythme sont le plus souvent diagnostiqués. Il s’agit des premiers mois de vie. Les troubles du rythme peuvent débuter pendant les derniers mois de grossesse, récidiver ou persister après la naissance ou enfin être découvert durant la période néonatale. Les troubles du rythme persistants, diagnostiqués pendant la grossesse, peuvent faire l’objet d’un traitement par voie trans-placentaire. Cela consiste à donner des antiarythmiques qui passe la barrière placentaire, et vont ainsi avoir une action sur le rythme cardiaque du fœtus. Chez les enfants n’ayant pas de cardiopathie la seconde période à risque est l’âge scolaire à partir de 5-6 ans. Enfin, à tous âges, les enfants avec une malformation cardiaque congénitale sont plus à risque de faire des troubles du rythme, particulièrement dans la période post-opératoire. Les arythmies de l’enfant sans cardiopathies sont presque essentiellement des troubles du rythme supraventriculaires. Le mécanisme principal est la réentrée sur une voie accessoire visible à l’ECG de base (syndrome de Wolff Parkinson White) ou non (Voie accessoire cachée de conduction rétrograde exclusive) qui explique jusqu’à 80% des troubles du rythme dans les premières années de vie. Cette proportion diminue avec l’âge au profit des réentrées intra-nodales qui s’observent, chez l’enfant, essentiellement après l’âge de 6 ans. Les flutters, par macro réentrée intra atrial, sont beaucoup plus rare que chez l’adulte et surviennent essentiellement dans la période périnatale chez les enfants n’ayant pas de cardiopathie congénitale ou, plus tard dans la vie, après une chirurgie de cardiopathie congénitale. Il est courant de constater des extrasystoles supra-ventriculaires (hyperexcitabilité supra ventriculaire) ou ventriculaire sur les derniers monitorings avant l’accouchement ou lors des examens de maternité du nouveau-né. Les ESV sont parfois en salves soutenues, on parle de RIVA ou Rythme Idio Ventriculaire Accéléré, quand la fréquence en QRS larges n’excède pas 10 à 15% de la fréquence attendue en rythme sinusal. Les tachycardies ventriculaires (TV) peuvent être méconnues chez l’enfant quand le QRS n’est pas très élargies. Les TV sont très peu fréquentes et peuvent être confondus avec une tachycardie supra ventriculaire avec aberration de conduction. C’est le cas de la tachycardie fasciculaire gauche qui concernent les enfants dès l’âge de 3 ans. Cette tachycardie est volontiers déclenchée par l’effort ou la fièvre et se caractérise par une tachycardie dont les QRS sont peu élargis avec un aspect de retard droit, axe ascendant. Les troubles du rythme ventriculaire survenant après une chirurgie cardiaque sont moins fréquents à l’âge pédiatrique qu’à l’âge adulte.
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Indications de l'ECG en Pédiatrie
L'ECG est un outil essentiel dans l'évaluation des troubles cardiaques chez l'enfant. Voici les principales indications :
Indications Obligatoires
- Malaise/Syncope: Les malaises ou les syncopes sont des événements fréquents chez l’enfant et l’adolescent. L’ECG doit être fait de façon systématique afin de dépister certaines pathologies, éventuellement visibles sur un ECG de repos, qui peuvent être à l’origine du malaise. En cas de malaise vagal, il y a souvent une arythmie respiratoire marquée sur l’ECG. Si l’anamnèse est typique et l’ECG normal, aucune autre exploration complémentaire n’est nécessaire, sauf si les symptômes sont survenus à l’effort.
- Douleur Thoracique:
- Palpitations:
Autres Indications
- La maladie de Kawasaki
- L’intoxication médicamenteuse
- Les troubles hydroélectriques
- Cardiopathie congénitale
Particularités de l'ECG Pédiatrique
L’interprétation de l’ECG pédiatrique et néonatal suit les mêmes principes électrophysiologiques fondamentaux que l’interprétation de l’ECG chez l’adulte, mais il existe des différences cliniques majeures. Ces distinctions s’expliquent en grande partie par les changements physiologiques et anatomiques profonds qui se produisent pendant la période néonatale, la petite enfance et l’adolescence. Les modifications les plus marquées surviennent au cours de la première année de vie, reflétant l’adaptation cardio-circulatoire à la vie extra-utérine.
L’électrocardiogramme (ECG) évolue donc parallèlement aux changements anatomiques, hémodynamiques et physiologiques du cœur. Les amplitudes, les axes, les intervalles et la morphologie des ondes de l’ECG sont substantiellement différents chez les enfants par rapport aux adultes, avec des variations continues en fonction de l’âge (nomogrammes).
Réalisation Technique
La réalisation technique de l’ECG chez le nourrisson et le petit enfant requiert une attention particulière. La surface corporelle réduite impose un placement précis des électrodes pour éviter le chevauchement des signaux. Il est souvent nécessaire d’enregistrer des dérivations supplémentaires. Étant donné la prédominance du ventricule droit chez le nouveau-né et le nourrisson, l’utilisation des dérivations droites (V3R et V4R) est fréquemment indiquée pour mieux explorer le myocarde ventriculaire droit.
Dominance Ventriculaire
Chez l’adulte sain, le ventricule gauche est considérablement plus massif que le ventricule droit. C’est le résultat de l’adaptation ventriculaire aux résistances vasculaires respectives. Le ventricule gauche doit surmonter la pression systémique (post-charge), générant une pression systolique d’environ 120 mmHg. Le ventricule droit, quant à lui, éjecte contre la circulation pulmonaire à basse pression (environ 15-25 mmHg de pression systolique).
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La résistance vasculaire systémique étant plusieurs fois supérieure à la résistance vasculaire pulmonaire, la masse musculaire du ventricule gauche devient prépondérante avec l’âge. Pendant la vie intra-utérine et le premier mois de vie postnatale, la physiologie est inversée : le ventricule droit est dominant et sa paroi est plus épaisse que celle du ventricule gauche. L’évolution ECG suit cette remodelage : à l’âge d’un mois, le ventricule gauche commence à prédominer.
Fréquence Cardiaque
La fréquence cardiaque au repos est nettement plus élevée chez le nouveau-né (110-150 bpm) et diminue progressivement avec l’âge pour atteindre les valeurs adultes à l’adolescence.
Durée du Complexe QRS
Reflète le temps de dépolarisation ventriculaire. Il est très court chez le prématuré et le nouveau-né (environ 50-70 ms) et augmente progressivement (atteignant 80-100 ms chez l’adolescent) à mesure que la masse myocardique augmente.
Intervalle QT
Il doit toujours être corrigé en fonction de la fréquence cardiaque (QTc). Parallèlement, dans les dérivations précordiales, on observe une régression de l’onde R en V1 (reflet du VD) et une croissance de l’onde R en V6 (reflet du VG).
Ondes T
- J3 - J7 : L’onde T s’inverse en V1 (devient négative).
- Enfance : L’onde T reste négative de V1 à V3 (parfois V4).
Principales Arythmies en Pédiatrie
La majorité des arythmies organiques seront représentées par des tachycardies. Elles seront le plus souvent supraventriculaires, avec des particularités en fonction de l’âge.
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Tachycardies Supraventriculaires (TSV)
Les voies accessoires de conduction auriculoventriculaires sont responsables de la majorité de ces tachycardies, surtout chez le petit enfant. Elles peuvent être rarement associées à une cardiopathie qu’il faudra dépister. Les plus fréquemment retrouvées sont l’anomalie d’Ebstein et les doubles discordances (ou transpositions corrigées des gros vaisseaux). La voie accessoire de conduction et la voie nodohisienne forment le circuit de réentrée de la tachycardie.
Comme chez l’adulte, la voie accessoire peut être empruntée dans le sens rétrograde (tachycardie orthodromique les plus fréquentes à QRS fins), plus rarement dans le sens antérograde (tachycardie antidromique, QRS larges préexcités). L’ECG en tachycardie enregistrera un intervalle entre le début du QRS et l’onde P’ rétrograde, lorsqu’elle est visible, de plus de 70ms. Elles sont le plus souvent paroxystiques et bien supportées. Les manœuvres vagales seront le plus souvent efficaces en favorisant les manœuvres de Valsalva ou équivalents (manoeuvre du poirier, application de glace sur le visage). L’adénosine intraveineuse pourra être utilisée en cas d’échec (dose adaptée entre 0.1 et 0.3 mg/kg en bolus).
Tachycardies Jonctionnelles
Ces tachycardies sont rares avant l‘âge de 10 ans, nécessitant le développement d’un circuit de réentrée avec des propriétés électriques suffisantes. Ce circuit est situé dans le triangle de Koch près du noeud auriculo-ventriculaire avec individualisation d’une voie lente et d’une voie rapide de conduction nodale. L’ECG en rythme sinusal sera sans particularités. Des aspects 2/1 ne sont pas rares chez l’enfant (jusqu’à 15% des cas). Le traitement de la crise sera identique aux tachycardies sur voies accessoires.
Tachycardie Jonctionnelle Ectopique (TJE)
C’est une forme rare et grave de tachycardie jonctionnelle de l’enfant. Le mécanisme est ici focal et automatique proche du faisceau de His. Cette tachycardie est le plus souvent post opératoire transitoire après une chirurgie proche de la zone nodohisienne (valvulopathie aortique, communication interventriculaire notamment). Plus rarement elle peut survenir en période néonatale ou anténatale avec un possible caractère familial. Les fréquences peuvent être très rapides jusqu’à 370/min chez le nouveau-né. La cardiopathie rythmique est alors fréquente et grave avec jusqu’à 4% de mortalité actuellement. L’aspect de l’ECG sera souvent celui d’ une tachycardie à QRS fins avec dissociation AV (le plus souvent plus d’oreillette que de ventricules comme dans une tachycardie ventriculaire). Un traitement ralentisseur sera proposé à base d’amiodarone souvent associée à un bétabloquant, de la flécaïne ou plus rarement de la digoxine. Le traitement est prolongé plusieurs mois à années avec souvent une guérison spontanée.
Tachycardies Atriales Focales (TAF)
Elles sont le plus souvent monofocales, automatiques, issues indifféremment des oreillettes droite ou gauche. Elles sont peu fréquentes (jusqu’à 5% des tachycardies supraventriculaires de l’enfant), le plus souvent chez le petit enfant. Les fréquences sont très variables chez un même patient, avec le plus souvent débuts et fins progressifs des accès. Elles surviennent le plus souvent sur des cardiopathies et sont bien tolérées mais des cardiopathies rythmiques ne sont pas rares. L’aspect ECG est celui d’une onde P non sinusale (parfois de distinction difficile si le foyer est proche du noeud sinusal) avec le plus souvent une conduction 1/1 au ventricule. Les manoeuvres vagales peuvent permettre de démasquer l’activité auriculaire sans arrêter la tachycardie en ralentissant la conduction auriculoventriculaire. La guérison spontanée est fréquente chez l’enfant avant 3 ans (jusqu’à 78%), toujours possible chez l’enfant plus grand jusqu’à la majorité (16%). Une forme particulière est la tachycardie multifocale ou chaotique survenant exclusivement chez le nouveau-né et le nourrisson sans cardiopathie sous-jacente. L’activité atriale est polymorphe avec au moins 3 morphologies différentes d’onde P et une conduction ventriculaire plus ou moins rapides avec de fréquentes aberrations de conduction.
Flutter Atrial
Il est majoritairement néonatal, représentant 15% des tachycardies supraventriculaires à cet âge, sans cardiopathie sous-jacente mais possible mauvaise tolérance avec cardiopathie rythmique. L’aspect ECG sera comparable à l’adulte avec un aspect commun, en « toit d’usine » ou « dents de scie » dans les dérivations inférieures. La fréquence atriale sera vers 500/min avec conduction auriculo-ventriculaire variable le plus souvent 2/1. Une réduction rapide est nécessaire le plus souvent par choc électrique (possible stimulation oesophagienne pour certaines équipes). Un traitement anti-arythmique, le plus souvent par amiodarone, sera proposé pour quelques mois seulement.
Tachycardies Atriales Post-chirurgicales
Ils surviennent sur cardiopathie congénitale opérée, rarement avant l’âge de 11-12 ans, le plus souvent à l’âge adulte. Ils sont secondaires aux cicatrices chirurgicales que ce soit des atriotomies ou de simples canulations. L’évolution spontanée est la récidive à plus ou moins long terme. La tolérance est fonction de la cardiopathie sous-jacente et de la fréquence ventriculaire en tachycardie. Des fréquences très rapides avec mauvaise tolérance hémodynamique ne sont pas exceptionnelles.
Tachycardie Ventriculaire
Elle est exceptionnelle chez l’enfant. Elle est le plus souvent associée à des tachycardies jonctionnelles récidivantes chez le grand enfant et régresse après le traitement de celles-ci.
Extrasystoles Ventriculaires
Elles sont le plus souvent issues de l’infundubulum droit, sans cardiopathie sous-jacente. L’ECG enregistre soit des extrasystoles monomorphes isolées ou en salves avec un aspect de retard gauche axe inférieur. Elles sont le plus souvent asymptomatiques et disparaissent à l’effort. Une dysplasie arythmogène du ventricule droit devra être écartée.
Tachycardie Ventriculaire Fasciculaire Gauche
Elles surviennent sur cœur sain et sont le plus souvent bien tolérées voire asymptomatiques. L’aspect est typiquement un QRS élargi avec bloc de branche droit avec axe gauche ou droit. Un traitement par vérapamil (sauf chez les nourrissons) arrêtera le plus souvent la tachycardie avec un ralentissement progressif. La guérison spontanée est exceptionnelle.
Troubles du Rythme Ventriculaire et Risque de Mort Subite
Le mécanisme est le plus souvent une réentrée avec un risque vital associé à la tolérance et à la cardiopathie.
Syndrome du QT Long
Les QT longs peuvent se révéler en période néonatale voire foetale par des torsades de pointe responsables d’absences/convulsions/syncopes/mort subite chez l’enfant. L’ECG intercritique sera très évocateur avec un intervalle QT allongé (plus de 490 ms chez le nouveau-né) ou un bloc 2/1 associé (en faveur d’un syndrome de QT long de type 2). Un typage génétique sera nécessaire associé à un traitement bétabloqueur par propranolol chez le nouveau-né en 3 prises puis par nadolol en 2 prises dès que possible. Une stimulation cardiaque définitive voire une sympathectomie thoracique pourra être proposée.
Tachycardie Ventriculaire Polymorphe Catécholaminergique (TVPC)
Ce trouble électrique primaire, dû à un trouble de l’homéostasie calcique du réticulum sarcoplasmique, est rare (1/10 000) mais potentiellement grave avec morts subites associées. Il survient sans prédominance de sexe, le plus souvent après 5 ans et avant 20 ans. Des épisodes de syncopes ou d’absences lors d’efforts physiques ou émotions sont typiquement retrouvés. Un diagnostic d’épilepsie peut parfois être porté à tort. L’ECG ou le holter ECG sont typiques lors des efforts avec apparition lors de l’augmentation de la fréquence cardiaque d’ESV souvent polymorphes puis d’une tachycardie ventriculaire bidirectionnelle (on rappellera que cet aspect de tachycardie ventriculaire est aussi rencontré dans l’intoxication digitalique). La poursuite de l’effort peut se solder par une fibrillation ventriculaire. Un traitement bétabloquant par nadolol en 2 prises, à forte dose (jusqu’à 1.8 mg/kg) sera nécessaire, parfois associé à de la flécaïne voire à une sympathectomie thoracique avec une grande efficacité.
Syndrome de Brugada
Les symptômes associés à cette anomalie électrique sont rares chez l’enfant (100 fois inférieurs à l’adulte). Les critères ECG diagnostiques sont identiques à ceux de l’adulte à savoir un sus-décalage du segment ST descendant (« coved-type » ou type 1) de plus de 2 mm dans au moins une dérivation précordiale droite. Les troubles rythmiques auriculaires sont plus fréquents chez l’enfant à type de dysfonction sinusale, salves de tachycardies atriales, flutters voire fibrillation auriculaire. Ils doivent faire penser au syndrome de Brugada en cas d’ECG de repos normal. Un test à l’ajmaline pour démasquer un aspect de type 1 pourra être proposé, plutôt vers la puberté afin d’éviter de potentiels faux négatifs. Il sera toujours réalisé dans un environnement pouvant prendre en charge un évènement rythmique sévère potentiellement induit par le test. La réalisation d’un ECG chez les parents pourra parfois orienter le diagnostic avant. Les troubles rythmiques ventriculaires seront exceptionnels, le plus souvent à l’occasion d’un épisode fébrile. L’exceptionnelle mort subite du nourrisson imputée à ce syndrome dans 10 à 15% des cas actuellement rapportés. La prise en charge sera le plus souvent une simple surveillance avec liste des traitements contre-indiqués et traitement antipyrétique de tout épisode fébrile.
Trois Pathologies à Dépister sur un ECG de Repos
- Syndrome de Wolff-Parkinson-White (WPW)
- Syndrome du QT long (SQTL)
- Cardiomyopathie hypertrophique (CMH)
Présentation Clinique des Tachycardies de l'Enfant
La présentation clinique des tachycardies de l’enfant dépend de son âge et de sa capacité à exprimer ces symptômes. Dans les premiers mois et premières années de vie, avant le développement du langage, les signes cliniques de tachycardie sont frustres et rendent le diagnostic difficile. Les parents rapportent parfois des difficultés alimentaires, un changement de teint, une apathie inhabituelle qui traduit un début d’insuffisance cardiaque. Lorsqu’il est en âge de s’exprimer et toujours selon son âge, la plainte fonctionnelle est plus ou moins précise. Enfin, chez l’enfant plus grand, la description d’un « cœur qui tape fort et/ou vite » n’est pas toujours lié à un authentique trouble du rythme paroxystique. L’interrogatoire doit alors préciser les circonstances de déclenchement, le contexte psychologique et familial ainsi que le mode de début et de fin des accès. Si certaines anamnèses évoquent clairement un éréthisme cardiaque ou des symptômes de désadaptation cardiaque, c’est l’ECG per critique qui permet de préciser le diagnostic. L’Holter ECG peut être utile en cas de symptôme quotidien.
Évolution des Troubles du Rythme de l'Enfant
L’évolution des troubles du rythme de l’enfant est différente de celle des adultes. Après un premier accès de tachycardie par réentrée sur une voie accessoire dans la période néonatale, un enfant à une chance sur 2 de refaire un nouvel accès dans la première année de vie. Ce risque diminue passé cette période avec une « lune de miel » de plusieurs années sans récidive de tachycardie chez 90% des enfants. A l’entrée dans l’adolescence, les tachycardies vont de nouveau se manifester chez certains d’entre eux. Le pourcentage de patients qui refont une tachycardie augmente avec la durée du suivie. L’hyperexcitabilité atriale et ventriculaire néonatale a, elle aussi, une évolution spontanée le plus souvent favorable. Les troubles du rythme qui débute après les premières années de vie ont plus de risque de durer dans le temps.
Prise en Charge Thérapeutique
Chez l’enfant de moins de 1 an, ne décrivant pas ses symptômes, et dont le risque de récidive de TSV par réentrée sur une voie accessoire est de 50%, le consensus est de proposer un traitement antiarythmique préventif. Les molécules les plus utilisées à cet âge sont les bétabloquants, l’amiodarone et la flécaïnide pour certaines équipes. La prescription sera fonction du poids de l’enfant. Il est alors nécessaire de faire des préparations en pharmacie et d’adapter régulièrement la posologie à la prise de poids. Le traitement est proposé pour une durée de 6 à 12 mois qui couvre la période la plus à risque de récidive. Passé cette période, le traitement peut-être interrompu.
Pour les TSV de l’enfant plus grand, qui décrit des accès des tachycardies bien toléré sur le plan hémodynamique, la prise en charge peut se résumer à l’enseignement des manœuvres vagales lorsque que les crises ne sont pas trop fréquentes. Les manœuvres vagales réalisables par un enfant ou un adolescent sont : la manœuvre de Valsalva, le fait d’expirer contre un obstacle, l’ingestion d’un grand verre d’eau glacé ou encore le fait de se mettre en position du poirier. Si ces techniques ne sont pas efficaces, on peut proposer de prescrire un « traitement minute » qui consiste à prendre, en automédication, un comprimé de bétabloquant ou d’un autre anti arythmique afin de faire cesser la crise.
Ablation Endocavitaire
L’ablation endocavitaire est techniquement possible à tout âge. Des cas d’ablations chez des nouveaux nés de moins de 2 kg ont même été rapportés dans la littérature. Cependant les indications d’ablation chez les petits enfants sont tout à fait exceptionnelles et uniquement retenues en cas d’échec du traitement médical d’une tachycardie mettant en jeu le pronostic vital ou lorsque le contrôle de la tachycardie se fait au prix d’effets secondaires graves du traitement antiarythmique. En effet le rapport bénéfice/risque n’est pas en faveur de l’ablation chez le petit enfant car l’évolution spontanée est souvent favorable et le risque de complications de l’ablation plus important que chez le grand enfant ou l’adulte. Chez le petit enfant, les indications d’ablation concerne donc exclusivement les troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou les substrats qui ne seront plus accessibles par voie endocavitaire après une chirurgie cardiaque (palliation de ventricule unique par dérivation cavo-pulmonaire totale ou annuloplastie risquant d’exclure une voie accessoire).
En cas de syndrome de Wolff-Parkinson-White, l’exploration endocavitaire avec option d’ablation est indiquée, que l’enfant fasse des accès de tachycardie ou non, avant l’entrée au collègue. Cette exploration complète l’épreuve d’effort qui est rarement contributive, et renseigne sur la période réfractaire antérograde de la voie accessoire et le risque potentiel de mort subite par transmission d’une fibrillation atriale en fibrillation ventriculaire. Le risque de fibrillation atriale chez l’enfant est exceptionnel avant cet âge et c’est pourquoi la limite de 8-10 ans est retenue par la plupart des électrophysiologistes pédiatriques pour réaliser l’exploration. Au terme de l’exploration, la période réfractaire antérograde de la voie accessoire de base et sous Isuprel est renseignée, de même que sa localisation et l’inductibilité ou non de rythme réciproque. L’exploration peut-être alors complété par une ablation de la voie accessoire si la voie accessoire n’a pas une localisation à risque de complication, si elle est potentiellement dangereuse et/ou responsable de tachycardie. A l’opposé, une voie accessoire non dangereuse, dont la localisation est à risque ou qui n’est pas responsable d’accès de rythme réciproque sera respectée. En cas de voie accessoire « mal placée », potentiellement dangereuse et/ou responsable d’accès de tachycardie, l’ablation pourra être temporisée. Dans ce cas l’enfant est placé sous traitement par flécaïnide jusqu’à qu’il ait atteint un gabarit permettant d’envisager l’ablation et que les risque de celle-ci ait été expliqué et compris par le patient et sa famille.
ECG et Sport
En cas de syndrome de Wolff Parkinson White, la pratique du sport de compétition est déconseillée à partir de l’âge de 8-10 ans ou temps que l’exploration électrophysiologique n’a pas été effectuée. Depuis 2022 les règles relatives aux certificats de non contre-indication ont été assouplies pour inciter les enfants et adolescents à pratiquer différents sports et leur en faciliter l’accès. Mais au-delà de la question des certificats, se pose la question du dépistage des enfants et des adolescents sans pathologie connue mais potentiellement à risque de mort subite, notamment lors des activités sportives et des compétitions. Certaines cardiopathies arythmogènes sont très difficiles à détecter car elles n’impactent pas les performances sportives et l’examen clinique est sans anomalie. L’ECG permet d’augmenter la performance de la consultation de non-contre-indication avant la survenue des signes cliniques.
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