L'expulsion de l'imam Mahjoub Mahjoubi vers la Tunisie a suscité de vives réactions et a mis en lumière des enjeux complexes liés à la liberté d'expression, à la sécurité nationale et à la vie familiale. Cette affaire, marquée par des accusations de radicalisation et d'apologie du terrorisme, a eu des répercussions considérables tant sur le plan politique que social, affectant directement la famille de l'imam et les personnes liées à ses activités professionnelles.
Contexte de l'Expulsion
Mahjoub Mahjoubi, imam de Bagnols-sur-Cèze (Gard), s'est retrouvé au centre d'une polémique après la diffusion d'une vidéo sur les réseaux sociaux où il qualifiait le « drapeau tricolore » de « drapeau satanique ». Bien qu'il ait évoqué un « lapsus », ses propos ont suscité l'indignation et ont conduit le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, à demander le retrait de son titre de séjour en vue de son expulsion.
L'arrêté ministériel d'expulsion reprochait à Mahjoub Mahjoubi de véhiculer « une conception littérale, rétrograde, intolérante et violente de l’islam, de nature à encourager des comportements contraires aux valeurs de la République, la discrimination à l’égard des femmes, le repli identitaire, les tensions avec la communauté juive et la radicalisation djihadiste ». Ses prêches étaient notamment accusés de présenter les femmes comme inférieures, de tenir des propos haineux contre la société française et les non-musulmans, et d'inciter à la haine envers les Juifs.
Interpellé le 22 février, Mahjoub Mahjoubi a été expulsé vers la Tunisie le jour même, moins de 12 heures après son arrestation. Cette expulsion a été validée par le tribunal administratif et le Conseil d'État, qui ont évoqué « des actes de provocation à la haine ou à la violence contre des groupes de personnes » et des propos « remettant en cause les valeurs de la République ».
Réactions et Conséquences Politiques
L'expulsion de l'imam Mahjoub Mahjoubi a engendré des réactions contrastées. Jean-Yves Chapelet, le maire de Bagnols-sur-Cèze, a déclaré avoir reçu de nombreuses insultes et menaces depuis l'expulsion de l'imam, sa famille ayant même été indirectement menacée. L'édile a bénéficié d'une surveillance accrue et porte un bracelet d'alerte en cas de danger.
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Mahjoub Mahjoubi a appelé au calme depuis la Tunisie, demandant le respect des règles et des institutions de la République française. Il a souligné que le maire de Bagnols-sur-Cèze n'était pas responsable de son expulsion et qu'il ne fallait pas le menacer.
L'affaire a également ravivé le débat sur la politique d'expulsion des imams radicalisés. Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat Unité SGP police, a souligné que le code des étrangers empêche en principe l'expulsion d'une personne étrangère ayant des enfants mineurs français, mais qu'il existe des dérogations en cas de « nécessité impérieuse pour la sûreté de l'État ».
Impact sur la Famille de Mahjoub Mahjoubi
L'expulsion de Mahjoub Mahjoubi a eu un impact considérable sur sa famille. Installé en France depuis 1986, il est marié à une Tunisienne vivant en France avec laquelle il a eu six enfants. Bien que le Conseil d'État ait estimé que Mahjoub Mahjoubi n'était pas dépourvu de toute attache en Tunisie, l'imam a exprimé son souhait de revenir en France, insistant sur le fait que ses enfants sont français et qu'il est hors de question que sa famille le rejoigne en Tunisie.
L'avocat de Mahjoub Mahjoubi a souligné que l'expulsion portait atteinte à sa liberté d'aller et de venir ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par la Convention européenne des droits de l'homme.
Fermeture de la Mosquée Attawba
Dans la foulée de l'expulsion de Mahjoub Mahjoubi, la municipalité de Bagnols-sur-Cèze a demandé la résiliation du bail liant la mairie à l'association des musulmans du Gard rhodanien pour la location des locaux abritant la mosquée Attawba et le centre cultuel. Cette décision a été confirmée par la justice en appel, actant la fermeture de la mosquée.
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La municipalité a justifié sa décision en arguant que le bail signé en 2022 était illégal, car il avait été consenti à une association non cultuelle. Un délai de 12 mois a été accordé à l'association pour rendre le bâtiment à son propriétaire.
Répercussions sur les Activités Professionnelles
L'affaire Mahjoub Mahjoubi a également eu des répercussions sur les activités professionnelles de l'imam. Avec son épouse, il détenait la société de construction Provence Villas. Son expulsion a entraîné l'arrêt des travaux et une situation compliquée pour ses clients.
Plusieurs propriétaires immobiliers ayant signé un contrat avec Provence Villas se sont retrouvés avec des maisons en construction inachevées. Ils ont déploré des pertes financières importantes et ont lancé une cagnotte en ligne pour tenter d'obtenir de l'aide pour terminer leurs travaux.
Mahjoub Mahjoubi a assuré avoir payé tous les fournisseurs et les artisans, à l'exception d'un électricien, et a nié avoir détourné des fonds. Il a annoncé son intention de demander le dépôt de bilan de la société.
Les Accusations Portées Contre Mahjoub Mahjoubi
Les accusations portées contre Mahjoub Mahjoubi reposent principalement sur ses prêches, dans lesquels il aurait tenu des propos controversés sur plusieurs sujets.
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Critique du Drapeau Tricolore
Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Mahjoub Mahjoubi qualifie le « drapeau tricolore » de « drapeau satanique » qui n'a « aucune valeur auprès d'Allah ». Ces propos ont suscité de vives réactions et ont été interprétés comme un manque de respect envers les symboles de la République française.
Mahjoub Mahjoubi a évoqué un « lapsus » et a assuré qu'il ne parlait pas du drapeau français, mais qu'il dénonçait les rivalités entre supporters des pays du Maghreb lors de la Coupe d'Afrique des Nations de football.
Propos sur les Femmes
Selon l'arrêté ministériel d'expulsion, Mahjoub Mahjoubi aurait « présenté de manière réitérée les femmes comme étant inférieures, faibles et vénales, devant être guidées et contrôlées par les hommes et pouvant être séquestrées au nom de la religion ». Ces propos ont été considérés comme constituant une provocation à la discrimination et comme étant de nature à encourager le repli identitaire chez son auditoire.
Critique de la Société Française
Mahjoub Mahjoubi aurait également tenu des propos haineux contre la société française et les non-musulmans, déclarant notamment : « Il va falloir qu’on bouscule cette société, cette société belliqueuse et pourrie ». Il aurait aussi critiqué la mixité et l'école publique, accusée de dispenser des cours sur la reproduction humaine aux enfants.
Incitations à la Haine des Juifs
L'avis d'expulsion considère que Mahjoub Mahjoubi a tenu des propos incitant à la haine envers les Juifs, présentés comme « le mal absolu » et Israël. Il aurait désigné les Juifs comme étant les ennemis historiques des musulmans et des alliés de l'Antéchrist.
Apologie du Djihad
Dans son prêche du 2 février, Mahjoub Mahjoubi aurait tenu des propos « susceptibles d’être interprétés comme faisant l’apologie du djihad ». Il aurait ainsi déploré « que les mosquées ne produisent plus de combattants comme au temps du prophète ».
La Défense de Mahjoub Mahjoubi
Mahjoub Mahjoubi a contesté les accusations portées contre lui et a affirmé qu'il allait se défendre et tout faire pour revenir en France. Il a dénoncé une décision administrative injuste et a souligné son attachement à sa famille et à la France.
Son avocat a contesté son expulsion devant la justice administrative, arguant qu'elle portait atteinte à ses droits fondamentaux et qu'elle était disproportionnée compte tenu de sa situation familiale et de sa longue résidence en France.
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