Introduction
L'expression "il a ombragé mon berceau" est une métaphore riche et complexe qui évoque l'influence précoce et souvent néfaste d'événements ou de personnes sur la vie d'un individu. Elle suggère que les premières expériences, celles qui se déroulent au tout début de l'existence, peuvent projeter une ombre durable, modifiant la trajectoire et la perception du monde. Cet article se propose d'explorer cette thématique à travers diverses perspectives littéraires et existentielles, en analysant comment cette "ombre" se manifeste et quelles en sont les conséquences.
Le Rythme Originel et l'Empreinte Subjective
Le rythme, souvent lié aux battements cardiaques et aux mouvements respiratoires, est considéré comme intrinsèquement lié au corps. Un phonéticien avance que « Tout rythme, il semble probable, est en fin de compte un rythme de mouvement corporel ». Mais le rythme engage aussi l'âme, l'être dans sa totalité. L'abbé Pierre-Jean Rousselot affirme que « Le rythme est l’image, gravée dans la parole, de l’homme tout entier, corps et âme, muscles et esprit ». Les œuvres littéraires puisent leurs racines dans le corps et l'esprit de l'auteur, émanant des structures rythmiques fondamentales de son être, de son rythme interne. La signifiance des textes repose sur la particularité de leur rythme, unique mais partageant des traits communs au sein de l'œuvre d'un auteur, définissant son style.
La Marche et la Musique des Pensées
Wordsworth souligne que la caractéristique principale du mètre est « sa régularité et son uniformité ». La marche, par son mouvement régulier, incarne cet isochronisme du mètre. Scander un vers, selon Marcel Jousse, c’est « le “marcher” rythmiquement en frappant du pied le temps fort de chaque pied suivant la disposition des “longues” et des “brèves” de ce pied ». La régularité des pas peut figurer la régularité du mètre, mais celle-ci n’est jamais parfaitement réalisée dans les vers, dont le rythme dépend également du rythme particulier du discours. Rythme du discours et mètre entrent ainsi parfois en tension et provoquent des distorsions qui, lorsqu’elles ne relèvent pas de la poetic diction, sont généralement signifiantes car elles font ressortir l’émotion ou la passion animant le poète.
La marche dessine moins une cadence qu'un rythme, car si les pas se réitèrent, ils ne sont jamais parfaitement identiques. La manière dont les pieds foulent le sol et l’intensité de la pression qu’ils y exercent diffèrent à chaque fois et introduisent un élément de variation plus ou moins important dans un phénomène globalement placé sous le signe de la répétition. Tout homme marche, et comme il marche sur deux jambes et qu’il frappe alternativement le sol de ses pieds, qu’il ne peut avancer qu’en faisant chaque fois ce même mouvement des pieds, il se produit, intentionnellement ou non, un bruit rythmique. Les deux pieds ne se posent jamais avec la même force. La différence peut être plus ou moins grande entre eux, selon les dispositions ou l’humeur personnelles. Les mouvements du corps sont liés à ceux du cœur et de l’esprit, et le rythme des pas influence celui des pensées, et inversement. Wordsworth met en avant l’idée d’une musique des pas sur laquelle se règlent les pensées : « And now the music of my own sad steps, / With many a short-lived thought that passed between, / And disappeared ». Le rythme du vers reflète et réalise l’harmonisation du rythme de la marche et des pensées.
Énergie, Émotion et Expression Poétique
Les activités physiques et mentales se réglaient sur un même rythme, animant la personne tout entière. Cette interaction s’explique en termes d’énergie, où tous les mouvements de l’être reposent sur une mobilisation et une dépense plus ou moins grandes d’énergie chimique. L’organisme se présente comme un tout cohérent et harmonieux, et ses différentes parties s’associent pour répondre de manière unifiée. À chaque circonstance particulière doivent ainsi correspondre des conditions d’énergie propres impliquant un rythme distinctif où phases de relâchement et de dépense alternent.
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La phonation et la parole reposent également sur des phénomènes de dépense énergétique. Le rythme du discours parvient à suggérer tel ou tel type de sentiment, car l’un et l’autre s’ancrent dans des conditions d’énergie communes. Harding formule l’idée en ces termes : « Plutôt que de s’accorder directement avec des états émotionnels particuliers, le rythme reflète les conditions d’énergie accompagnant l’émotion - ou, plus justement, en relève lui-même ». La difficile tâche du poète consiste précisément à saisir finement le rythme des passions pour le restituer au mieux dans ses vers, en utilisant habilement toutes les ressources du langage poétique. Le poète s’efforce de susciter les émotions qu’il souhaite incarner dans ses vers. Selon la préface des Ballades lyriques, cette faculté d’évoquer des passions indépendamment de tout stimulus extérieur, par un simple jeu de l’esprit, constitue précisément l’une des qualités du poète.
L'Ombre du Deuil et la Méditation Romantique
Ah ! Lamartine est plongé dans un état de mélancolie entre la vie et la mort depuis que Julie Charles est décédée. La jeune femme, que Lamartine considérait comme sa muse, est morte de la phtisie en décembre 1817, elle avait 33 ans. Le poète s'exprime à la première personne : « mon cœur … prêtez-moi … mon enfance » pour mieux décrire sa douleur : « lassé de tout … attendre la mort ». Le discours est mélodieux et s'apparente à un chant, avec les allitérations en S et en R qui entrent en écho avec les rimes en « -ance » et en « -ort ». Le poète nous donne à voir un paysage vivant, en mouvement. Il utilise des démonstratifs : « Voici … ces coteaux … Là … » La plupart des éléments naturels sont personnifiés grâce à des verbes d'action : « les bois courbent leur ombre et couvrent de silence … les ruisseaux tracent les contours et murmurent ». Ces éléments sont à la fois visuels et sonores, regardez : l'ombre et les contours appartiennent au vocabulaire de la peinture, on peut aussi mentionner la verdure… tandis que le silence et le murmure se rapprochent plutôt de la musique. Les éléments naturels sont comme des artistes, peintres et musiciens. Lamartine joue beaucoup avec les effets de lumière : le front est ombragé, l'onde est limpide, le jour est clair. Ces jeux de contraste sont symboliques et représentent les mouvements de l'âme du poète. L'ombre représente les pensées mélancoliques, le trouble de l'âme s'oppose à la limpidité de l'eau. La représentation de la Nature illustre une réflexion sur le passage du temps.
Ce passage décrit la félicité du poète à travers la Nature. On retrouve toutes les marques de subjectivité qui mettent le poète au centre de toutes les perceptions : la fraîcheur, l'ombre, le bercement. Le poète est entouré, l'horizon borne son regard, ses oreilles n'entendent que l'écoulement de l'eau, avec la répétition des structures restrictive. Ainsi, le lecteur n'a accès qu'aux sensations du poète isolé dans la Nature. C'est un parti-pris novateur dans cette poésie du début du XIXe siècle en France. Le poète assume désormais sa subjectivité, il ne s'efface plus devant l'art. L'isolement dans la Nature est associée à un arrêt du temps. Les sensations n'évoluent pas : le chant est monotone, le l'horizon est délimité, cet état s'inscrit dans la durée « tout le jour ». Le poète se compare à un enfant, et en effet, il est comme allongé dans un berceau. Son âme s'assoupit, il voit le ciel, protégé par des remparts de verdure. Mais c'est un passage en demi-teinte, on est loin des instants de bonheur vécus auprès d'Elvie. Ce séjour dans la nature est un état entre le sommeil, l'insouciance enfantine et certainement… la mort. En effet, par certains aspects, ce berceau est comparable à un tombeau. Le poète est enchaîné, c'est-à-dire qu'il ne peut plus bouger. La solitude, la fraîcheur et l'ombre laissent entendre que le poète trouve cette paix de l'âme dans un état proche de la mort.
Dans ce poème, Lamartine prolonge le moment d’arrivée de la mort, et développe un entre-deux où il n'est plus tout à fait vivant, mais pas encore mort. Cet état d'entre-deux est révélé par un mot très important : le mot « oubli » qui est utilisé coup sur coup en fin de vers, et au début du vers suivant. C'est ce qu'on appelle une anadiplose : le dernier mot d'une proposition est repris au début de la proposition suivante. Dans la mythologie antique, le Léthé est un affluent du Styx, c'est à dire qu'il borde les enfers, le monde des morts. Il est dit que ceux qui boivent l'eau du fleuve Léthé perdent la mémoire. Il symbolise parfaitement cet entre-deux entre la vie et la mort, une frontière entre les deux mondes.
L'Art comme Reflet de l'Âme et de la Société
Poème maintes fois commenté, à la symbolique obstinément obscure ! La première lettre de Vincent à son frère Théo, datée d’août 1872, est envoyée de La Haye. Il a dix-neuf ans. Il ne sait pas qu’il va peindre. La dernière lettre, inachevée, Théo la trouve dans la poche de Vincent qui s’est tiré une balle dans la poitrine à 37 ans, le 27 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise. Des dizaines de toiles encombrent sa chambre. Presque quotidiennement, Vincent écrit à Théo à propos de tout. Il lui envoie toutes ses toiles - Théo est marchand d’art. Il lui montre ce qu’il peint comme ce qu’il est. Ces lettres - récits, aveux, appels, professions de foi au double sens du mot - donnent à voir le vrai Van Gogh… Il n’est pas fou. Mais solitaire, déchiré, malade, affamé, il ne cesse d’écrire. Extralucide, il traque la lumière. Et il est vraiment fou de couleurs. Né aux Pays-Bas, il les a découvertes à Arles et Saint-Rémy de Provence - Monet et Renoir, Cézanne et Pissarro, la plupart des impressionnistes s’inspirèrent des tons délicats de Normandie.
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L'Afrique de Flaubert : Au-delà des Clichés
En renonçant au « Saint Antoine » pour se tourner vers l’Afrique, Flaubert paraît se plier au mouvement général de l’orientalisme en France. Qu’est-ce, en effet, que l’Orient, dans les années 50 ? Celui des Romantiques tend à disparaître. On se lasse des bords lointains de la Méditerranée. La prise d’Alger, la conquête de l’Algérie ont attiré l’attention des artistes sur une terre qui, à moins de deux journées de la France, offre autant d’étrangeté que les pays de Ruth ou de Schéhérazade. Désormais, les pasteurs bibliques, les Rebecca et autres belles Sémites désertent les rives du Jourdain. L’Algérie donna, au milieu du XIXe siècle, un regain d’activité à l’orientalisme français. Depuis la conquête, c’est là que les littérateurs ou les artistes allaient volontiers chercher les motifs orientaux, et que les profanes eux-mêmes ou les snobs croyaient découvrir des modèles… Fiers cavaliers drapés dans le burnous, sloughis et faucons, almées languissantes fumant leur narghilé en des palais mauresques, à la fraîcheur de l’ombre et du jet d’eau qui anime le patio, ou jouant avec leur miroir et leurs colliers de jasmin tout en mangeant des confitures à la rose…. c’était là des visions orientales assez en faveur dans les milieux d’art et de littérature sous le Second Empire. Si, en 1857, il songe à l’Afrique, ce n’est pas comme les autres, par attrait du nouveau, par snobisme, quitte à s’en lasser ensuite quand la veine aura été suffisamment exploitée. Son Orient, remarque Louis Bertrand, a-t-il jamais été autre chose que l’Afrique ? Seul « l’Orient cuit du Bédouin », le touche. Il voue à l’Afrique une tendresse extrême qui le fait attendre de « ses profondeurs vermeilles » toujours quelque chose de nouveau - selon le mot repris à Rabelais ; une tendresse naturelle. Il veut écrire une grande œuvre sur l’Afrique, mais il s’y cherche un domaine d’où personne ne le délogera : non pas l’Algérie, mais l’antique Numidie ; non pas Alger la barbaresque, mais Carthage. Qui se soucie des Phéniciens ? Son sujet, il est sûr que pas un auteur n’en voudrait. D’autres préféreront le cliché de l’Arabe, tantôt galopant sur son blanc coursier, tous voiles envolés, tantôt drapé dans sa majesté, pareil aux statues antiques. Ce que lui, Flaubert, entreprend, il sera seul à l’avoir osé. De son propre aveu, il faut être fou.
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