L'infanticide, un crime qui défie l'entendement, continue de hanter les sociétés. Cet article explore ce phénomène tragique à travers l'analyse de faits divers récents et de « causes célèbres » du XIXe siècle, en s'appuyant sur les discours moraux, juridiques et scientifiques qui l'entourent.

L'infanticide dans l'actualité

Les faits divers relatent régulièrement des cas d'infanticide, témoignant de la persistance de ce crime. En novembre 2025, plusieurs affaires ont ébranlé la France :

  • En Normandie, une mère avoue avoir noyé son nouveau-né.
  • Une mère est condamnée à 18 ans de prison pour avoir tué ses deux jumelles en Gironde.
  • Dans l'Eure, la psychologue scolaire est mise en examen après le meurtre d'une petite fille.
  • Dans le Vaucluse, la mère des jumeaux retrouvés morts est mise en examen pour meurtres.
  • En Haute-Savoie, les corps de trois enfants sont découverts, leur mère est retrouvée morte en Suisse.

Ces événements tragiques ne sont pas isolés. Des affaires similaires ont marqué les années précédentes :

  • En 2022, un homme est jugé pour violence ayant entraîné la mort de son bébé d'un mois près de Vierzon.
  • En 2020, une mère est mise en examen pour avoir tué ses trois enfants en bas âge par asphyxie entre 2012 et 2020 à Celon.
  • En 2016, une mère est condamnée en appel pour le meurtre de ses deux filles handicapées dans le Lot-et-Garonne.

Ces faits divers mettent en lumière la complexité de l'infanticide et la nécessité de comprendre les facteurs qui peuvent conduire une mère à commettre un tel acte.

Les « causes célèbres » : une plongée dans le passé

Au XIXe siècle, le genre des « causes célèbres » s'est emparé de ces affaires criminelles, les transformant en récits captivants pour le grand public. Ces récits, mêlant enquête judiciaire, expertises médico-légales et procès, offraient une base optimale d'explication et de différenciation des concepts de bien et de mal, de moral et d'immoral, de normal et de pathologique.

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Deux exemples emblématiques sont :

  • « Accusation d’infanticide » de Maurice Méjan (1808), qui relate l'affaire de Louise Perthuy, accusée d'avoir tué son nouveau-né à Dijon.
  • « Mme Lemoine et sa fille (1859) » d’Armand Fouquier (1865-1867).

Ces « causes célèbres » ne se contentent pas de relater les faits. Elles mettent en scène les cas d’infanticide, doublées de savoirs anthropologiques et juridiques, (re)créent et popularisent l’évidence d’une causalité du crime d’infanticide. Elles stigmatisent la figure de la mère infanticide, dont le geste inconcevable semble, de manière ambiguë, appartenir qu’à elle.

Le contexte juridique et moral

Le traitement juridique de l'infanticide a évolué au fil du temps. Sous l'Ancien Régime, l'infanticide était considéré comme un crime particulièrement grave, puni de mort. La Révolution française a abrogé l'édit de 1556 qui rendait obligatoire les déclarations de grossesse et d'accouchement, et punissait de mort les coupables. Le Code pénal de 1791 considérait l’infanticide comme un simple meurtre.

Le Code pénal de 1810, en revanche, se distancie du Code de 1791 et durcit la répression. L’infanticide étant considéré comme un assassinat, il redevient donc passible de la peine de mort. A partir de 1832, des circonstances atténuantes peuvent être reconnues, la condamnation à mort peut être commuée en une peine de travaux forcés à temps.

Cette évolution juridique reflète les changements dans les mentalités et les valeurs de la société.

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Facteurs et causes potentielles

Les raisons qui poussent une mère à commettre un infanticide sont multiples et complexes. Parmi les facteurs souvent évoqués, on retrouve :

  • Le déni de grossesse : La femme peut nier sa grossesse jusqu'à l'accouchement, se retrouvant désemparée et incapable de prendre soin de l'enfant.
  • La détresse socio-économique : La pauvreté, l'isolement social et le manque de soutien peuvent conduire une mère à désespérer et à commettre l'irréparable.
  • Les troubles psychologiques : La dépression post-partum, la psychose puerpérale et d'autres troubles mentaux peuvent altérer le jugement d'une mère et la pousser à tuer son enfant.
  • La pression sociale : Le rejet de la famille, la honte d'une grossesse hors mariage et la peur du jugement social peuvent conduire une mère à commettre un infanticide pour cacher sa situation.
  • Les violences conjugales : Les femmes victimes de violences conjugales peuvent être plus susceptibles de commettre un infanticide, soit pour se protéger elles-mêmes, soit pour protéger leur enfant.

Il est important de noter que ces facteurs ne sont pas exclusifs et peuvent se combiner pour créer une situation de crise qui conduit à l'infanticide.

Représentations et préjugés

La figure de la mère infanticide est souvent stigmatisée et diabolisée. Elle est perçue comme une femme monstrueuse, qui a transgressé les lois de la nature et de la société. Cette représentation est alimentée par les discours moraux, religieux et juridiques qui entourent l'infanticide.

Les « causes célèbres » ont contribué à populariser cette image de la mère infanticide, en mettant en scène des femmes présentées comme des êtres dangereux et immoraux. Il est important de déconstruire ces préjugés et de comprendre la complexité des situations qui conduisent à l'infanticide.

Prévention et accompagnement

La prévention de l'infanticide passe par une meilleure prise en charge des femmes enceintes et des jeunes mères, en particulier celles qui se trouvent en situation de vulnérabilité. Il est essentiel de :

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  • Dépister et traiter la dépression post-partum et les autres troubles mentaux.
  • Offrir un soutien psychologique et social aux femmes enceintes et aux jeunes mères.
  • Lutter contre l'isolement social et la précarité.
  • Informer et sensibiliser le public sur les causes et les conséquences de l'infanticide.
  • Améliorer l'accès à la contraception et à l'avortement.

En agissant sur ces différents leviers, il est possible de réduire le nombre d'infanticides et de protéger les enfants les plus vulnérables.

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