L’assistance médicale à la procréation (AMP), également appelée procréation médicalement assistée (PMA), est un ensemble de techniques visant à manipuler un ovule et/ou un spermatozoïde afin de favoriser une grossesse. Elle offre une solution aux couples confrontés à des difficultés de conception, sans nécessairement traiter la cause sous-jacente de l'infertilité. En France, en 2015, 3,1 % des enfants sont nés grâce à l’AMP, ce qui représente environ une naissance sur 32. La recherche dans ce domaine s’efforce d’améliorer les techniques utilisées, augmentant ainsi les chances de succès.
Comprendre l'Assistance Médicale à la Procréation (AMP)
Si les premières inséminations artificielles remontent au 19e siècle, le premier enfant conçu par fécondation in vitro (FIV) en France est né en 1982. Depuis lors, les techniques d’AMP n’ont cessé de s’améliorer, avec une augmentation constante des taux de succès. En vertu de la loi de bioéthique française, les pratiques d’AMP sont suivies de près par l’Agence de la biomédecine.
L’AMP s’adresse aux couples en âge de procréer chez lesquels l’infertilité a été diagnostiquée par un professionnel de santé. Le médecin peut avoir identifié une cause spécifique d’infertilité ou simplement constaté l’absence de conception malgré des tentatives répétées sans contraception. Seuls les couples hétérosexuels peuvent actuellement avoir recours à l’AMP en France, mais cette situation pourrait évoluer.
L'Infertilité : Un Problème Courant
Un couple est considéré comme infertile s’il n’a pas réussi à concevoir un enfant après 12 à 24 mois de tentatives régulières sans contraception. Selon l’Observatoire épidémiologique de la fertilité en France (Obseff), après un an de tentatives, 18 % à 24 % des couples restent sans enfant. Après deux ans, ce chiffre se situe entre 8 % et 11 %.
Dans environ 15 % des cas, l’infertilité reste inexpliquée. Dans d’autres cas, elle peut être liée à une altération de la qualité du sperme chez l’homme (nombre et/ou mobilité des spermatozoïdes), à un trouble de l’ovulation chez la femme, ou encore à un problème au niveau des trompes de Fallope. Il arrive également fréquemment que l’infertilité soit due à des problèmes mixtes, affectant les deux membres du couple.
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L'ICSI : Une Solution pour l'Infertilité Masculine
La Fécondation In Vitro avec ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïde) est une technique d’AMP qui a révolutionné le traitement de l’infertilité masculine. L'ICSI représente désormais 67% des FIV. Cette technique consiste à injecter directement un seul spermatozoïde dans un ovocyte mature. Elle est particulièrement efficace pour les hommes présentant des anomalies spermatiques sévères, telles qu'une faible concentration de spermatozoïdes (oligospermie sévère), une mobilité réduite des spermatozoïdes ou un nombre important d'anomalies morphologiques (tératospermie sévère).
L'ICSI a permis de résoudre la grande majorité des problèmes d’infertilité masculine, car seuls quelques spermatozoïdes mobiles sont nécessaires pour obtenir des embryons. La micro-injection est réalisée par un biologiste spécialisé, sous contrôle d’un microscope. Elle est répétée pour chaque ovocyte mature fécondable.
Indications de l'ICSI
L'ICSI est particulièrement indiquée dans les situations suivantes :
- Oligospermie sévère : Lorsque le nombre de spermatozoïdes recueillis est très faible (moins de 1 million de spermatozoïdes par millilitre de sperme).
- Asthénospermie sévère : Lorsque la mobilité des spermatozoïdes est fortement réduite.
- Tératospermie sévère : Lorsque le sperme présente un nombre important d'anomalies morphologiques des spermatozoïdes.
- Échecs de fécondation antérieurs : En cas d'échec de fécondation lors d'une FIV conventionnelle.
- Maladies infectieuses : Si le partenaire masculin est atteint d’une maladie infectieuse (VIH, hépatite B ou hépatite C), la FIV ICSI permet de limiter le risque de transmission de l’infection à la femme.
- Azoospermie : Si le sperme ne contient pas de spermatozoïdes (azoospermie) et selon la cause de l’azoospermie, des spermatozoïdes peuvent être prélevés chirurgicalement dans les voies génitales masculines ou dans le testicule.
Déroulement de l'ICSI
Hormis le processus de fécondation in vitro qui diffère, le parcours de FIV ICSI est similaire à celui d’une FIV classique. Il comprend les étapes suivantes :
- Consultation et examens préliminaires : Avant de commencer un cycle d’ICSI, le couple doit effectuer une série d’examens pour évaluer leur fertilité et s’assurer qu’ils sont de bons candidats pour cette technique. Vous avez envoyé au centre de fertilité votre « DEMANDE avant assistance médicale à la procréation » et vous avez reçu en retour un courrier de bonne réception de votre demande.Vous devez prendre RENDEZ-VOUS en couple pour un entretien obligatoire avec un biologiste spécialisé du centre d’Assistance Médicale à la Procréation.
- Stimulation ovarienne : La femme reçoit un traitement hormonal pour stimuler la croissance de plusieurs follicules dans ses ovaires. Le but du traitement est de stimuler les ovaires pour faire grossir plusieurs follicules sur chaque ovaire (pour obtenir plusieurs ovocytes) tout en empêchant que les ovocytes s’échappent de l’ovaire (ovulation prématurée).Stimulation des ovaires :Injections sous-cutanées quotidiennes de FSH naturelle ou recombinante (Menopur®, Fostimon®, Gonal F®, Puregon®, …), le soir à heure régulière, par une infirmière à domicile ou par vous-même.ou Injection initiale sous cutanée de FSH recombinante (Elonva®) un mardi soirLa dose quotidienne de départ est variable, adaptée aux éléments de votre dossierDébut de la stimulation des ovaires un mercredi soir ou un jeudi soir (sauf pour Elonva un mardi soir) (S1 = premier jour de stimulation)Surveillance de la stimulation ovarienne pour adaptations du traitement la semaine qui suit par échographies + prises de sang
- Surveillance de la stimulation ovarienne : pour adaptations du traitement la semaine qui suit par échographies + prises de sang.
- Déclenchement de l'ovulation : Lorsque les follicules ont atteint une taille suffisante, une injection d’hormone HCG est administrée pour déclencher l’ovulation.
- Ponction ovocytaire : Environ 36 heures après l’injection d’HCG, les ovocytes sont prélevés par ponction folliculaire, sous anesthésie locale ou générale. Madame est convoquée à jeun pour une hospitalisation en ambulatoire le surlendemain du déclenchement.
- Recueil du sperme : Parallèlement à la ponction ovocytaire, le sperme est recueilli.
- Préparation des gamètes : Les ovocytes sont débarrassés des cellules qui les entourent (décoronisation) pour évaluer leur maturité. Seuls les ovocytes matures seront micro-injectés. Le sperme est préparé afin de sélectionner les spermatozoïdes les plus mobiles et morphologiquement normaux.
- Micro-injection : Sous contrôle d’un microscope, le biologiste sélectionne un spermatozoïde et l’injecte directement dans le cytoplasme de l’ovocyte à l’aide d’une micropipette. La couronne de cellules qui entoure l’ovocyte est enlevée pour visualiser l’endroit où va se faire la micro-injection. La capacité des ovocytes à être fécondés est évaluée de manière plus précise. Seuls les ovocytes matures seront micro-injectés. Pour chacun des ovocytes, un spermatozoïdeCellule reproductrice masculine (gamète), qui possède une tête et une queue (le flagelle)…. Sous contrôle d’un microscope, le biologiste maintient l’ovocyte avec une micropipette et, avec une autre micropipette, aspire le spermatozoïdeCellule reproductrice masculine (gamète), qui possède une tête et une queue (le flagelle)…. sélectionné puis l’injecte à l’intérieur de l’ovocyte. Cette micro-injection est renouvelée pour chaque ovocyte fécondable.
- Culture embryonnaire : Les ovocytes fécondés sont placés dans un incubateur à 37°C pour permettre le développement des embryons. Les ovocytes sont ensuite remis dans une boîte de culture dans l’incubateur à 37° C pour les étapes suivantes.
- Transfert embryonnaire : Deux à cinq jours après la fécondation, un ou deux embryons sont transférés dans l’utérus de la femme à l’aide d’un cathéter fin. Il a lieu en général 2 à 3 jours après la ponction, parfois 5 jours après (transfert de blastocystes), sur les indications du biologiste.Le nombre d’embryon(s) transféré(s) proposé dépend de l’âge de la conjointe, de la qualité des embryons avec présence ou non d’embryon(s) surnuméraire(s), du rang de la tentative, du déroulement du traitement. On peut transférer 1 ou 2 embryons, exceptionnellement 3 embryons.Le transfert embryonnaire est un geste habituellement simple et indolore. Un repos de 10 min est préconisé après le transfert.
- Soutien de la phase lutéale : Après le transfert, la femme reçoit un traitement hormonal pour soutenir la phase lutéale et favoriser l’implantation de l’embryon.
- Test de grossesse : Un test de grossesse est effectué environ deux semaines après le transfert embryonnaire.
En Pratique : Les Étapes Clés
- Étape 1 : Début des traitements. Contacter les infirmières au premier jour des règles et commencer le traitement selon les indications fournies.
- Étape 2 : Monitorage. Le premier rendez-vous de monitorage a lieu environ 8 jours après le début du traitement. Les informations concernant la suite des traitements et le jour du déclenchement sont communiquées lors de la surveillance ou par téléphone. La date du recueil de spermatozoïdes et de la ponction est précisée au moment du déclenchement.
- Étape 3 : Ponction d'ovocytes. La ponction ovocytaire a lieu au 1er étage du bâtiment Le Lorier. Les démarches administratives et l'heure d'arrivée sont communiquées au cours du monitorage. Il est obligatoire d'avoir un accompagnant pour la sortie le jour de la ponction. La suite de la prise en charge (nécessité de congélation totale des embryons "freeze-all" ou transfert embryonnaire frais) est communiquée à la sortie, ainsi que le nombre d'ovocytes recueillis. Le laboratoire appelle les jours suivants la ponction pour donner les informations de l'évolution en culture des embryons.
- Étape 4 : Transfert embryonnaire. En cas de nécessité de "freeze-all" (congélation totale des embryons), la patiente est recontactée pour la programmation de son transfert embryonnaire. En cas de transfert frais, elle doit prendre les traitements indiqués à commencer le soir de la ponction. Le rendez-vous pour le transfert embryonnaire est communiqué par les médecins biologistes (le plus souvent 5 jours après la ponction ovocytaire). Il faut alors se rendre au laboratoire, muni(e)s de sa pièce d'identité.
- Étape 5 : Suivi de grossesse. Un premier test de grossesse est à réaliser 13 jours après le transfert embryonnaire. En cas de résultat positif, il faut continuer les traitements prescrits, et réaliser un nouveau test à 48h puis à une semaine, afin de vérifier la bonne évolution de la grossesse. Une première échographie est à réaliser environ 6 semaines après le transfert. En cas de résultat négatif, les traitements peuvent être arrêtés.
Risques et Effets Secondaires
Comme toute procédure médicale, l’ICSI comporte certains risques et effets secondaires potentiels :
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- Hyperstimulation ovarienne : Une réponse excessive à la stimulation ovarienne peut entraîner un gonflement et des douleurs abdominales, une prise de poids brutale, des troubles digestifs et parfois une gêne respiratoire.
- Grossesses multiples : Le transfert de plusieurs embryons augmente le risque de grossesses gémellaires ou multiples, qui sont associées à des complications maternelles et fœtales accrues.
- Complications liées à la ponction ovocytaire : Bien que rares, des complications telles que des hémorragies, des infections ou des problèmes anesthésiques peuvent survenir lors de la ponction ovocytaire.
- Effets indésirables des médicaments : Les médicaments utilisés pour la stimulation ovarienne peuvent entraîner des effets secondaires tels que des maux de tête, des nausées, des bouffées de chaleur et des troubles de l’humeur.
- Risques à long terme : Concernant les risques de cancer, aucune donnée ne permet aujourd’hui de mettre en cause les traitements liés à l’Assistance Médicale à la Procréation.
On observe généralement un taux légèrement plus élevé de poids de naissance inférieur à la normale et de naissances prématurées chez les enfants conçus par FIV.
Taux de Succès de l'ICSI
En 2017, selon le rapport médical et scientifique de l’Agence de Biomédecine, 7 863 accouchements ont été réalisés suite à 43 254 tentatives de fécondation in vitro ICSI.
Les taux de succès de l’ICSI varient en fonction de plusieurs facteurs, notamment l’âge de la femme, la qualité des gamètes, le nombre d’embryons transférés et les caractéristiques du centre de PMA. En général, les taux de grossesse par tentative se situent entre 30 % et 50 %.
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