L'hypoglycémie, définie comme un taux de sucre dans le sang inférieur ou égal à 0,7 g/l, peut représenter un danger potentiel pendant la grossesse. Cet article vise à informer sur les causes, les symptômes, les traitements et la prévention de l'hypoglycémie chez la femme enceinte. Nous aborderons également le diabète gestationnel, une condition hyperglycémique spécifique à la grossesse.

Qu'est-ce que l'hypoglycémie ?

L'hypoglycémie est une condition caractérisée par une baisse anormale du taux de sucre (glucose) dans le sang. Le glucose est la principale source d'énergie de l'organisme, et le cerveau en particulier dépend de cet élément nutritif. On parle d'hypoglycémie lorsque le taux de glucose est inférieur à 0,50 g par litre de sang.

Causes de l'hypoglycémie pendant la grossesse

Plusieurs facteurs peuvent entraîner une hypoglycémie pendant la grossesse :

  • Diabète et traitements antidiabétiques: Les femmes diabétiques, traitées ou non par insuline, peuvent présenter des épisodes d'hypoglycémie, surtout si le traitement est mal ajusté. Les médicaments hypoglycémiants, conçus pour réduire le taux de sucre dans le sang, peuvent parfois entraîner une baisse excessive de la glycémie.
  • Grossesse elle-même: La grossesse peut augmenter la sensibilité à l'insuline, l'hormone qui régule le taux de glucose dans le sang. Cette augmentation de la sensibilité peut entraîner une hypoglycémie, surtout au premier trimestre, en raison du développement rapide du fœtus.
  • Facteurs alimentaires: Un régime alimentaire carencé ou déséquilibré, le fait de sauter des repas, ou une alimentation irrégulière peuvent provoquer une hypoglycémie.
  • Alcool: La consommation d'alcool peut déséquilibrer la glycémie.
  • Activité physique: L'exercice physique peut entraîner une baisse rapide du taux de glucose dans le sang.
  • Autres causes: Dans de rares cas, l'hypoglycémie peut être due à une pathologie sous-jacente (hypoglycémie organique), comme une insuffisance surrénalienne ou une hypothyroïdie. Le stress peut également impacter la quantité de sucre dans l’organisme.

Symptômes de l'hypoglycémie

Les symptômes de l'hypoglycémie peuvent varier d'une personne à l'autre, mais ils sont souvent constants pour une même personne. Il est important de reconnaître ces signes avant-coureurs pour agir rapidement. Les symptômes courants incluent :

  • Migraine, céphalées
  • Malaise
  • Fatigue importante
  • Pâleur
  • Vertiges
  • Troubles de la concentration
  • Sensation de faim
  • Anxiété
  • Irritabilité
  • Manque de coordination des mouvements
  • Tremblements
  • Sueurs
  • Nausées

L'hypoglycémie peut également survenir pendant le sommeil, provoquant des cauchemars, une transpiration excessive (draps ou vêtements humides) et une sensation de fatigue, d'impatience ou de confusion au réveil.

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Dans les cas sévères, l'hypoglycémie peut entraîner un ralentissement de la respiration, une faiblesse musculaire, des convulsions, une somnolence, voire un coma.

Diagnostic de l'hypoglycémie

Le diagnostic de l'hypoglycémie repose sur la présence de symptômes et la mesure du taux de sucre dans le sang à l'aide d'un lecteur de glycémie. Cet appareil permet de prélever facilement une goutte de sang et de mesurer le taux de sucre dans le sang.

Traitement de l'hypoglycémie

Le traitement de l'hypoglycémie consiste à augmenter rapidement le taux de sucre dans le sang en ingérant des sucres rapides. La méthode d'administration dépend de l'état de la personne :

  • En cas d'hypoglycémie légère (glycémie entre 59 et 78 mg/dL): Mangez 15 grammes de glucides à action rapide (par exemple, 3 morceaux de sucre, 150 ml de jus de fruits, une cuillère à soupe de miel). Après 15 minutes, vérifiez votre glycémie. Si elle reste inférieure à 70 mg/dL, répétez la prise de glucides. Une fois que votre glycémie se situe dans la plage normale (entre 80 et 130 mg/dL), prenez une petite collation pour éviter une nouvelle baisse. Évitez les aliments contenant du chocolat, des noix ou des produits laitiers riches en matières grasses, car ils ralentissent l'absorption des glucides.
  • En cas d'hypoglycémie sévère (somnolence, inconscience): Administrez des solutions de glucose par voie intraveineuse ou, à défaut, faites une injection de glucagon. Le glucagon est une hormone qui augmente le taux de glucose dans le sang en incitant le foie à transformer le glycogène stocké en glucose. Après l'injection de glucagon, il est indispensable de prendre au moins 15 g de sucre et de surveiller régulièrement votre glycémie.

Si vous êtes traité par insuline et si vous faites un malaise ne vous permettant pas de vous re-sucrer (déglutition impossible) ou parce que vous avez perdu connaissance, votre entourage doit intervenir en vous injectant du glucagon. L’injection du glucagon se fait en sous-cutané comme une injection d’insuline. Le produit agit en cinq à dix minutes, après quoi il est indispensable de prendre au moins 15 g de sucre et de surveiller régulièrement votre glycémie. Pensez à toujours avoir du glucagon dans le bas d’un réfrigérateur, à la maison et sur votre lieu de travail. Autre option, il existe depuis peu du glucagon à administrer par voie nasale et qui se conserve à température ambiante.

En cas de "signes d’alerte", prenez 3 morceaux de sucre ou équivalent ou commencez votre repas. Puis, vérifiez votre glycémie vingt minutes plus tard et les heures suivantes car l’hypoglycémie peut récidiver de façon rapprochée.

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Prévention de l'hypoglycémie

Il existe des moyens simples de prévenir une crise d’hypoglycémie :

  • Vérifiez votre taux de glycémie régulièrement.
  • Prenez vos repas et vos collations à intervalles réguliers.
  • Prenez vos médicaments tels qu'ils vous ont été prescrits.
  • Si vous prenez de l'insuline ou un médicament connu pour provoquer une hypoglycémie, vous devez vérifier régulièrement votre taux de glycémie.
  • Vérifiez votre taux de glycémie avant et après un exercice physique intense.
  • Adaptez la quantité des repas ou le traitement avant de pratiquer un sport.
  • Pour prévenir l'hypoglycémie, il est nécessaire d'avoir une alimentation régulière et bien répartie sur la journée ; éviter de manger beaucoup une seule fois par jour.

Quand consulter ?

Si vous présentez certains symptômes qui pourraient être causés par une hypoglycémie, vous devez consulter un médecin. Le médecin procédera à une anamnèse approfondie et demandera des examens complémentaires pour exclure certaines maladies comme le diabète.

Diabète gestationnel : un cas particulier d'hyperglycémie pendant la grossesse

Il est important de distinguer l'hypoglycémie du diabète gestationnel, qui est une condition caractérisée par une hyperglycémie (taux de sucre élevé dans le sang) qui apparaît pendant la grossesse et disparaît généralement après l'accouchement. Le diabète gestationnel a un impact sur la santé de la mère et de l’enfant. Il faut bien le différencier d’une grossesse se déroulant dans le contexte d’un diagnostic de diabète de type 1 ou de type 2 déjà posé chez la mère avant sa grossesse.

Prévalence et dépistage du diabète gestationnel

En France métropolitaine, la prévalence du diabète gestationnel a tendance à augmenter. Elle était de 16,4 % en 2021 contre 10,8 en 2016. Dans la majorité des cas, le diabète gestationnel disparaît après la grossesse mais il peut aussi installer un diabète de type 2 quelques années plus tard.

Lors des consultations mensuelles de suivi de la grossesse, une recherche du sucre dans les urines est prévue pour toutes les femmes. Si du sucre est présent dans les urines, ou lorsque la femme présente des facteurs de risques, un dépistage du diabète gestationnel est lancé.

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Pour les femmes qui présentent un de ces facteurs de risque, un premier test de glycémie à jeun au premier trimestre (idéalement avant la conception, dès l’intention d’avoir un enfant) est recommandé pour détecter un diabète de type 2 antérieur à la grossesse et passé inaperçu jusqu’ici. Puis, en laboratoire d’analyses médicales une glycémie à jeun est réalisée, puis un second test appelé HGPO (hyperglycémie provoquée par voir orale) à 75 g de glucose sont réalisés, entre la 24 e et la 28 e semaine d’aménorrhée (absence des règles), période où la détection du diabète gestationnel est la plus propice. Des contrôles de la glycémie sont effectués à intervalle régulier. Une seule valeur de glycémie au-delà des seuils définis (0,92 g/L à jeun ; ou 1,80 g/L 1h après la charge orale en glucose ; ou 1,53 g/L 2 h après) suffit à diagnostiquer un diabète gestationnel. Il est à noter que la notion d’intolérance au sucre n’existe plus : on a soit une glycémie « normale », soit un diabète gestationnel .

Causes du diabète gestationnel

Comme pour le diabète de type 1 et le diabète de type 2, le diabète gestationnel est une intolérance aux glucides, c’est-à-dire un trouble de la régulation du glucose (glycémie) entraînant un excès de sucre dans le sang ou hyperglycémie chronique. S’il y a un risque accru de diabète pendant la grossesse, c’est que la grossesse est par nature diabétogène car il existe physiologiquement pendant cette période un état d’insulinorésistance qui va s’aggraver progressivement au cours de la grossesse.

Facteurs de risques du diabète gestationnel

Depuis 2010, en France, le dépistage du diabète gestationnel se concentre en priorité sur les femmes présentant des facteurs de risques.

  • L’âge de la mère au moment de sa grossesse: On constate une plus forte incidence chez les mères âgées de 35 ans et plus lors de leur grossesse. En 2021, près de 25 % des femmes enceintes avaient plus de 35 ans, soit 4% de plus qu’en 2016.
  • Le poids de la femme avant sa grossesse: Les femmes ayant un IMC de plus de 25, valeur à laquelle commence le surpoids, ont plus de risques de développer un diabète gestationnel.
  • La préexistence de personnes atteintes de diabète dans la famille de la femme enceinte: Si une personne a développé un diabète de type 2 dans la famille proche de la femme enceinte, elle a également plus de risques de déclencher un diabète gestationnel.
  • Le développement d’un diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse: Les femmes ayant déjà développé un diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse ont un risque élevé de déclencher le même type de diabète lors des grossesses suivantes.
  • La naissance d’un bébé de 4 kilos ou plus: Enfin, les femmes ayant donné naissance à un enfant de 4 kilos ou plus ont également plus de risques de développer un diabète gestationnel lors d’une grossesse ultérieure.

Si la femme enceinte ne présente pas au moins un de ces facteurs de risques, on recherchera un diabète gestationnel seulement en cas d’hydramnios, qui désigne une quantité trop importante de liquide amniotique, ou de biométries fœtales (mesures de la dimension du fœtus) supérieures ou égales au 97e percentile. Il est à noter qu’une jeune femme qui n’est ni en situation d’obésité ni en surpoids et avec une bonne hygiène de vie peut développer un diabète gestationnel. Il peut s’agir d’un dérèglement hormonal favorisé par certains facteurs et parfois inévitable.

Risques et complications du diabète gestationnel

Les risques pour la mère et pour l’enfant se situent essentiellement dans la période périnatale, c’est-à-dire pendant la grossesse et après l’accouchement.

Pour la mère :

  • La complication la plus grave est la survenue d’une pré-éclampsie (ou toxémie gravidique). Il s’agit d’un dysfonctionnement du placenta qui associe une hypertension artérielle, une prise de poids, des œdèmes et la présence de protéines dans les urines.
  • Accouchement par césarienne.
  • Accouchement prématuré.
  • Risque de développer un diabète de type 2 après la grossesse, même des années plus tard. Une mère ayant développé un diabète gestationnel a en effet 7 fois plus de risques de développer un diabète de type 2.
  • Risque accru de maladies cardiovasculaires.

Pour l’enfant :

  • Le glucose en excès chez la mère est transmis au fœtus en surplus. Cette réserve calorique excédentaire est stockée dans les organes de l’enfant. Le poids et la croissance de l’enfant à naître sont alors excessifs.
  • La macrosomie, qui désigne un poids à la naissance supérieur à 4 kg, peut entraîner un accouchement difficile, et des complications pour l’enfant comme :
    • Une détresse respiratoire.
    • Une dystocie des épaules, liée à un poids trop élevé du bébé : l’épaule du fœtus se loge contre l’os pubien ou le sacrum de la mère, le bloque dans le canal vaginal.
    • Une hypoglycémie néonatale.
    • Un risque de développer plus tard un diabète de type 2.

Traitements du diabète gestationnel

Les clefs d'un traitement réussi s'appuient sur un dispositif qui comprend :

  • La motivation de la femme enceinte.
  • Son autosurveillance glycémique régulière.
  • Des mesures hygiéno-diététiques.
  • Le suivi de l’évolution de la grossesse et du diabète gestationnel par un professionnel de santé.

Il est recommandé pour la femme enceinte de pratiquer l’autosurveillance glycémique, 4 à 6 fois par jour. L’objectif est de garder une glycémie à un taux acceptable, soit inférieur ou égal à 0.95g/L à jeun et inférieur à 1,20 g/L deux heures après le début du repas. Lorsque ces résultats cibles sont dépassés de façon répétées, une prescription pour un traitement par insuline est effectuée sans tarder par le professionnel de santé qui suit la future maman afin de réguler au mieux la glycémie.

Le premier traitement est la prise en charge diététique avec la mise en place d’une alimentation adaptée et le contrôle du poids :

  • Équilibre alimentaire : par rapport à une grossesse habituelle, les besoins nutritionnels, qui sont déterminés en fonction du poids, de la taille et de l’activité physique de la maman, ne nécessitent pas de modifications. Les objectifs de prise de poids sont également contrôlés dans les mêmes conditions qu’une grossesse classique.
  • Repas fractionnés : répartition de la prise des glucides au cours de la journée (3 repas, 2 collations).
  • Calcul de la ration calorique adaptée à chaque femme.
  • Privilégier les fibres qui ralentissent l’absorption des glucides et donc le pic d’hyperglycémie post-prandiale en mangeant suffisamment de légumes et de fruits.

En dehors de contre-indications médicales, l’activité physique régulière et adaptée au profil de la femme enceinte est recommandée dans le cas d’un diabète gestationnel ou d’une grossesse avec un diabète.

L'insuline est réservée aux femmes pour qui les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas pour atteindre l’équilibre glycémique. Les antidiabétiques oraux sont contre-indiqués pour la femme enceinte. Des injections d’insuline rapide de type “analogues rapides” peuvent être prescrites, de même que des insulines lentes, si nécessaire. Une éducation nutritionnelle thérapeutiques peut être proposée.

Prévention du diabète gestationnel

La grande majorité des diabètes gestationnels ne vont pas se compliquer car ils vont très bien répondre à l’association de modifications nutritionnelles et d’une activité physique adaptée.

Hypoglycémie et diabète de type 1 pendant la grossesse

Spécifiquement chez la femme atteinte d’un diabète de type 1, les déséquilibres glycémiques en cours de grossesse et les modifications hormonales qui l’accompagnent peuvent être responsables d’aggravation des complications classiques du diabète, et en premier lieu des complications oculaires, d’où une surveillance indispensable par fond d’œil tout au long de la grossesse. Autre risque plus important chez la femme avec un DT1 : la pré-éclampsie.

Lorsqu’on vit avec un diabète type 1, la grossesse exerce une influence sur le niveau glycémique. Une fois que la grossesse a démarré, il est tout aussi indispensable de maintenir un bon équilibre glycémique dès les premières semaines, qui correspondent à la période de formation des organes du fœtus. Passée la période de la formation des organes, l’hyperglycémie chronique va exposer le bébé au risque de macrosomie, l’hyperinsulinisme augmentant le développement de façon anormale. Cette macrosomie peut être responsable de troubles de la délivrance, avec un risque de césarienne ou de prématurité plus important.

Le risque de transmission du diabète de type 1 au fœtus est faible : de l’ordre de 3 à 4 %. La transmission du DT1 implique plusieurs gènes.

Il est important de maintenir une hémoglobine glyquée (HbA1C) sous la barre du 7,0 % (et même inférieur à 6,5 % lorsque cela est possible) pour réduire les risques de complications et de malformations du fœtus. En termes d’alimentation, privilégier les aliments riches en acide folique : vitamine très importante pour la prévention des malformations au niveau du cerveau et de la colonne vertébrale du bébé (spina bifida).

Même s’il n’y a pas de contre-indications particulières à avoir un bébé pour les femmes vivant avec un diabète de type 1, une grossesse nécessite des précautions avant et pendant la grossesse, et ce jusqu’à l’accouchement. Il est donc très important de prévenir toute patiente atteinte de diabète de type 1 et suivie pour une grossesse qu’elle doit penser à baisser de façon drastique ses doses d’insuline après l’accouchement, pour qu’elle reprenne les doses qu’elle avait avant la grossesse.

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