Stéphanie Hochet, romancière, essayiste et journaliste culturelle née à Paris en 1975, s'est imposée comme une voix singulière dans le paysage littéraire contemporain. Son œuvre, marquée par une exploration des thèmes de l'identité, de la mémoire et du rapport au monde, se distingue par une écriture précise, subtile et poétique. Son roman "Un roman anglais" offre une plongée captivante dans l'Angleterre de 1917, à travers le prisme d'une famille bourgeoise confrontée aux bouleversements de la Première Guerre mondiale et à l'irruption d'un jeune homme énigmatique dans leur quotidien. Cet article propose une analyse approfondie de ce roman, en explorant ses thèmes majeurs, ses personnages complexes et son style d'écriture distinctif.
Un Contexte Historique Fort : L'Angleterre en Guerre
L'histoire se déroule en 1917, en pleine Première Guerre mondiale. L'Angleterre est en proie à l'inquiétude, aux restrictions et à l'exode loin de Londres, sous la menace des bombardements. Les hommes sont au front, dans les tranchées, et les femmes jouent un rôle essentiel dans l'économie pour les remplacer. Stéphanie Hochet restitue avec justesse l'atmosphère de cette époque, en évoquant les salons littéraires, les codes de la bourgeoisie et les préoccupations quotidiennes des civils. La guerre en fond sonore ajoute à la tension qui se noue dans le théâtre domestique, avec l'incertitude qui entoure la survie du cousin John et l'horreur qui arrive par bribes de France.
Anna Whig : Une Femme en Quête d'Émancipation
Au cœur du roman se trouve Anna Whig, une jeune femme mariée à Edward, un horloger minutieux. Anna est une bourgeoise lettrée, habituée des salons littéraires, mais dont la curiosité a été bridée depuis son enfance. Elle aspire à reprendre ses travaux de traduction, tout en offrant à son fils Jack les meilleurs soins possibles. L'arrivée de George, un jeune homme qui répond à son annonce pour un garde d'enfant, va bouleverser sa vie. Anna est charmée par ce prénom qu'elle associe à l'écrivaine George Eliot. Surprise, ce n'est pas une femme, mais un jeune homme qui descend du train.
La présence de George, son influence auprès de Jack et le sentiment de sécurité qu'il inspire à Anna vont servir de révélateur et la sortir de la torpeur qui avait peu à peu englouti sa vie. Anna prend conscience de tout ce à quoi elle a dû renoncer, de la façon dont sa personnalité a été étouffée. Elle remet en question son rôle de mère, d'épouse et de femme, ainsi que ce qu'on attend d'elle.
Stéphanie Hochet propose un remarquable portrait de femme : Anna, déchirée par l'accouchement, doit recomposer sa féminité en y ajoutant la maternité. Face à George, Anna se redécouvre et change, jetant aux orties une pelisse qu'elle ne savait pas avoir endossée et qu'elle ne savait pas si inconfortable. Elle est à la fois une lionne aimante en colère, et sa nature demeurée secrète est d'une sauvagerie sanglante.
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George : Un Personnage Énigmatique et Révélateur
George est un personnage énigmatique, au cœur fragile, qui sait si bien s'occuper de Jack. Il est pour "le sphinx de trois ans" un "pôle d'attraction et de merveilles". Il aura su apprivoiser le fils et la mère, fascinée par sa voix, au "débit mélodieux", "sa douceur", son magnétisme et sa fibre maternelle rare. George, avec son miracle magique pour calmer Jack, jouit de son ascendance sur Edward, le père du "faon curieux", ce qui crée de la tension au sein du couple.
George revisite son enfance, évoque le sort des "enfants des pauvres", envoyés travailler dans les mines. Il montre l'importance d'accéder à l'instruction. Il se déleste d'un incident qui le taraude, se sentant coupable.
Edward : Un Mari Jaloux et Dépassé
Edward, horloger minutieux aux ambitions réduites, est jaloux de cet inconnu qui lui vole l'affection de son fils et l'attention de sa femme, qui le place en intrus dans sa propre maison, qui fait de lui le bouffon d'un drame intime. Il ne comprend pas la peur d'Anna qui voit planer en permanence le danger sur son cousin John.
Une Exploration des Relations Familiales et Sociales
"Un roman anglais" est une analyse sans fard des rapports sociaux et des liens conjugaux. Stéphanie Hochet aborde le séisme que fut l'accouchement pour Anna : "l'atroce souffrance", le baby blues post-natal. De quel amour, Anna pourra-t-elle draper son fils, elle, qui n'a pas connu les étreintes maternelles ? Puis, elle décrypte la relation triangulaire, une fois George entré à leur service, en tant que baby-sitter.
L'auteure met en évidence la société britannique de l'époque, avec ses petites maisons identiques, alignées, en briques, de ces villes du nord qui rappellent le décor du film "Billy Eliott". Décor contrastant avec les universités, "endroits coupés du reste du monde" ou avec les paysages des "falaises blanchâtres" des côtes du Sussex. Avec l'avènement des "voitures motorisées", que seuls des happy few peuvent s'offrir, comme L'Albion, Edward promet à son fils une sortie automobile.
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Un Style d'Écriture Finesse et Évocateur
L'écriture de Stéphanie Hochet est fine, précise et très évocatrice. Il y a des images dans ce roman. Les chapitres sont courts et présentent une réflexion ininterrompue qui relève de l'intime, sans jamais tomber dans l'écueil - éculé - du journal. Le lecteur est pris dans une manifestation du stream of consciousness : ce que l'on lit, ce n'est pas le personnage narrateur qui s'exprime consciemment, c'est plutôt le flot coupablement débridé de ses pensées.
Stéphanie Hochet balaye les grandes étapes de la vie de ses protagonistes de la naissance à la mort, pratiquant la litote, "l'understatement". Elle s'intéresse à la façon dont Anna s'accommode de l'absence, du manque, exsude "la pulsion maternelle" et fait face au deuil. Trouvera-t-elle la force de la résilience, au cours de ses marches dans la campagne anglaise ? Réussira-t-elle à "forcer son corps à oublier" ?
Le temps est décliné sous toutes ses formes (time, tempo, tic-tac, "L'heure approchait. Son heure.", "les minutes passent, m'écrasent), le temps qui efface, panse les plaies, enseigne la patience. La violence (les pulsions meurtrières d'Anna, le cataclysme du Blitz) et la poésie ("Observer les gouttes de pluie sur les vitres".) cohabitent de façon inégale.
Références Littéraires et Intertextualité
Les références de la littérature anglaise sont pléthore. Des titres : Wuthering heights, Le portrait de Dorian Gray. Des auteurs : Dickens, Shakespeare, Conrad, Defoe, D.H. Lawrence…), mais qui s'en étonnerait puisque Stéphanie Hochet, alias Pétronille, en est une spécialiste en littérature élisabéthaine, comme Amélie Nothomb le révèle dans son roman éponyme. Le récit est placé sous l'égide de Virginia Woolf et d'Emily Dickinson, que George a beaucoup lu, visant à montrer le rôle lénifiant de la poésie, en particulier en période de guerre. La poésie ne permet-elle pas "de dire ce qui pèse dans la poitrine", "une façon de s'enfuir" ?
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