Introduction

L'histoire des jouets dans l'Antiquité, et plus particulièrement celle du hochet gréco-romain, nous offre un aperçu fascinant sur l'enfance, la culture et les pratiques sociales de ces civilisations. Longtemps négligés ou mal interprétés comme de simples objets rituels, les jouets anciens, grâce aux travaux de chercheuses passionnées, retrouvent aujourd'hui leur juste place dans l'étude de l'histoire et de la société. Cet article explore l'histoire du hochet dans le monde gréco-romain, en s'appuyant sur des découvertes archéologiques et des sources littéraires, pour comprendre son rôle et sa signification pour les enfants et les adultes de cette époque.

Le Contexte Culturel Gréco-Romain

La culture grecque se caractérise par un haut degré de raffinement dans l'art, la science, l'éducation et l'organisation des loisirs. L'individu, enfant ou adulte, était l'élément central. On se distancia du monde des dieux et bon nombre de traditions et rites religieux perdirent leur signification initiale. Peu à peu, on profana également le symbolisme sacral du jouet. Après la destruction de Corinthe en 146 av. J.-C., la Grèce entière se trouva sous la domination romaine.

Les Romains étaient les vainqueurs sur le terrain militaire et politique. Cependant, la civilisation grecque influença si profondément les Romains, que l'on peut dire à juste titre que la culture grecque conquit Rome. Les Romains furent charmés par la philosophie, l'art et le mode de vie grecs. Un grand nombre de produits, parmi lesquels les jouets, reçurent de cette manière une place importante dans les maisons et villas romaines. Grâce aux Romains, la culture grecque ainsi que les jouets se répandirent dans tout le domaine méditerranéen.

Sources et Découvertes Archéologiques

On dispose d'innombrables sources datant de cette période. A côté de scènes religieuses et profanes, de nombreux vases grecs ainsi que des sculptures représentent des scènes en rapport avec le jeu, le jouet et les jeux de société. Dans des tombes d'enfants, on trouva de véritables jouets, c'est-à-dire des témoins matériels de cette période. De nombreux matériaux sont originaires des villes de garnison situées aux frontières du royaume, telles que Cologne et Trèves. On y déterra maints jouets ainsi que des jetons et des dés. Grâce à ces sources, on peut établir qu'à cette époque, les enfants connaissaient un grand nombre de jeux auxquels nos enfants jouent encore toujours. Le hochet, la poupée, la toupie, la balançoire, jouer aux osselets et à cache-cache n'en sont que quelques exemples.

Le Hochet : Un Objet Universel

Le hochet, en tant qu'objet, est un jouet universellement répandu à travers les cultures et les époques. Aristote attribue à Archytas de Tarente l’invention du hochet. La découverte ne concerne cependant pas l’objet, mais le concept qui détermine son usage. Elle prend tout son sens à la lumière de la dimension éducative de la musique prônée par le pythagoricien et ses contemporains. Loin d’être un simple objet ludique, « le hochet d’Archytas » participe pleinement au processus de « fabrication de l’humain » qui transforme par étapes le tout-petit en être social en Grèce ancienne. Le rythme et la musique structurent l’âme de l’enfant, en le détournant d’activités désordonnées qui font prendre de mauvaises habitudes. Son usage témoigne du souci d’entourer le tout petit de soins adaptés à son âge dès la naissance. Il s’inscrit aussi dans une gamme de soins qui inclut les berceuses et visent à assurer une croissance en bonne santé.

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Le hochet n'était pas seulement un simple jouet, mais un instrument aux multiples fonctions, allant de la stimulation sensorielle à la protection contre les mauvais esprits.

Fonctions et Symbolisme du Hochet

Stimulation Sensorielle et Développement de l'Enfant

Le hochet, par le son qu'il produit et les couleurs qu'il arbore, stimule les sens de l'enfant. Il favorise le développement de la coordination motrice et de la perception auditive. Les hochets étaient conçus pour être facilement préhensibles par les petites mains des enfants, les encourageant à explorer et à interagir avec leur environnement.

Rôle Apotropaïque et Magique

Dans l'Antiquité, le hochet avait également une fonction apotropaïque, c'est-à-dire qu'il était censé protéger l'enfant contre les mauvais esprits et les maladies. Le bruit produit par le hochet était considéré comme effrayant pour les forces maléfiques, les éloignant ainsi du bébé. Certains hochets étaient ornés de symboles protecteurs, tels que des amulettes ou des représentations de divinités bienveillantes.

Instrument de Rituel et de Culte

Bien que moins fréquente, l'utilisation du hochet dans des contextes rituels et religieux est également attestée. Certains hochets ont été retrouvés dans des tombes d'enfants, suggérant qu'ils pouvaient avoir une signification symbolique liée à la mort et à l'au-delà.

Exemples de Hochets Gréco-Romains

Les hochets gréco-romains se présentaient sous différentes formes et étaient fabriqués à partir de divers matériaux, tels que l'argile, le bronze, l'os ou le bois.

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  • Hochets en terre cuite : Ce sont les hochets les plus fréquemment retrouvés. Ils étaient souvent décorés de motifs géométriques, d'animaux ou de scènes mythologiques.

  • Hochets en bronze : Plus rares et plus coûteux, les hochets en bronze étaient parfois ornés de clochettes ou de petites figurines.

  • Hochets en os : Les hochets en os étaient souvent sculptés en forme d'animaux ou de personnages.

  • Le "hochet d'Archytas" : Aristote attribue à Archytas de Tarente l'invention d'un type particulier de hochet, dont la fonction était non seulement ludique, mais aussi éducative. Ce hochet était censé aider à structurer l'âme de l'enfant grâce au rythme et à la musique.

Des dents et défenses animales enfilées sur un bracelet avec divers éléments sonores (monnaie percée, clochette).

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Jeux et Divertissements Complémentaires

A côté des hochets, les enfants grecs et romains avaient accès à une variété de jeux et de jouets. Lorsqu'Ulysse arriva sur une des nombreuses îles grecques, il vit la princesse Nausicaa jouant à la balle avec quelques servantes. Plus tard, le jeu de balle devint un jeu typiquement masculin. Les osselets, ‘astragalos’ chez les Grecs, ’talus’ chez les Romains, sont les petits os provenant du carpe du mouton. Au départ, on employait les osselets pour prédire l'avenir. Plus tard, le jeu des osselets devint un jeu d'adresse qui était surtout pratiqué par les filles. Les garçons jouaient en premier lieu comme jeu de hasard: les osselets étaient alors employés comme des dés. Les quatre côtés de l'osselet qui étaient nettement différents valaient chacun un nombre de points bien déterminé.

Le yo-yo existait déjà chez les Grecs. On en voit une représentation sur un vase datant de 440 av. J.-C. Ensuite, on a perdu toute trace du yo-yo jusqu'à ce qu'il réapparaisse en Europe vers la fin du XVIIIe siècle, via la Chine. Entre les ruines du Forum romain, on peut encore voir aujourd'hui une marelle datant de cette période (5e siècle av. J.-C.). Le jeu de la marelle était une représentation ludique des récits sur le labyrinthe, le dédale mythologique dont personne ne pouvait s'échapper. Les toupies étaient généralement en bois ou en argile et parfois en bronze. On les faisait tourner au fouet (sabot). Sur les vases grecs, on voit à maintes reprises, jouer à la toupie. Les Romains connaissaient également ce jeu universel. Caton, homme d'état romain, partisan d'une éducation sévère pour les enfants afin d'en faire des citoyens romains valables, plaidait en faveur des toupies et s'opposait aux jeux d'argent et de hasard.

Durant l'épanouissement de la culture grecque, la poupée devint un véritable jouet, alors qu'auparavant, elle était une idole ou une statuette de fécondité. On retrouva un assez grand nombre de poupées aux membres articulés. Ceci est dû en premier lieu au fait que la plupart des poupées étaient exécutées en terre cuite, une matière se conservant évidemment mieux que le bois ou l'étoffe. La plupart des connaisseurs sont d'accord pour dire que les membres articulés sont le critère le plus important pour qualifier une poupée de jouet. Les poupées grecques les plus anciennes datent du VIIe siècle. Elles avaient un corps en forme de cloche (‘daidala’) et avaient des membres articulés, ce qui était l'élément le plus important. Ces poupées avaient encore une valeur sacrale. Les symboles religieux qui y sont représentés en sont la preuve. Des exemplaires similaires datant d'env. 700 av. J.-C. furent également découverts en Egypte (25e dynastie). L'élément sacral disparut peu à peu. La production de poupées augmente constamment à partir du 6e siècle av. J.-C. Différents centres de fabrication se développèrent. Au 5e siècle av. J.-C., ces centres étaient: Corinthe, Attique et Cyrène où naquit progressivement le nouveau métier de fabricant de poupées ou ‘coroplaste’. Avec l'expansion de la culture grecque, les poupées se répandirent dans toutes les régions méditerranéennes. Elles possédaient toutes sortes d'accessoires tels que bijoux, meubles et poterie. A l'occasion de leur mariage, les jeunes filles offraient aux dieux leur robe ainsi que leur poupée, afin d'obtenir pureté et fécondité.

Les plus belles poupées de l'Antiquité datent de la période romaine. On retrouva quelques exemplaires magnifiques à Rome même. Dans le sarcophage de Tryphaina Crepereia, âgée de treize ans, on trouva une merveilleuse poupée en ivoire avec divers accessoires tels que peignes, miroirs, bracelets et un coffret à bijoux. La bague qui est également la clé du coffret à bijoux est vraiment fascinante. En tenant compte de la coiffure, la poupée peut être située entre 150 et 170 apr. J.-C. De telles poupées en ivoire étaient produites dans les grands centres culturels comme Rome et Alexandrie. Pour ceux qui ne pouvaient pas se permettre les poupées en ivoire, il y avait des versions moins coûteuses en os. Après la chute de l’Empire romain, la fabrication de la poupée se perpétua dans l’Empire byzantin. Alexandrie en resta le centre.

En tant que soldats-nés, les Romains avaient également des soldats en miniature. A côté de tels soldats, on découvrit également à Pompéi, d’autres jouets parmi lesquels des marionnettes et des tirelires. Ces dernières étaient en forme de poire et contenaient encore souvent quelques pièces de monnaie. Les enfants grecs et romains recevaient souvent comme cadeau une véritable curiosité: un cheval de Troie, c’est-à-dire un cheval miniature en bois ou en argile dans le ventre duquel on pouvait ranger des figurines miniatures. Chez les Egyptiens, les jeux de société avaient comme but principal de parcourir un circuit. A cet effet, le hasard ou les dés jouaient le rôle le plus important. Chez les Grecs et les Romains, les jeux étaient en premier lieu des jeux stratégiques. ‘Le jeu de polis’ (de la ville), un jeu de siège, et ‘le jeu des cinq lignes’ étaient les jeux de société les plus populaires chez les Grecs. Dans ce deuxième jeu, la ligne médiane ou ‘ligne sacrée’ avait une signification particulière. Les règles de jeu précises ne sont pas connues mais on suppose qu’il s’agit d’une combinaison du jeu de dames et du jeu du moulin. Le succès de ce jeu s’explique par le fait qu’il est représenté sur septante vases. Le jeu romain ‘latroncules’ était un jeu stratégique dans lequel l’origine militaire apparaît dans le nom des pions, par exemple: ‘soldats’ et ‘mercenaires’. Le ‘jeu des douze caractères’ ou ‘Ludos duodecim scriptorum’ doit son nom aux trois lignes de douze lettres. Le nom de ce jeu fait penser à un jeu de mots. Il s’agit cependant d’un jeu de la catégorie des jeux de trictrac. "Alea iacta est" - les dés sont jetés. Lorsque César traversa le Rubicon, il comprit que cet acte déterminerait l’avenir de Rome. Le jeu de dés était d’ailleurs très populaire dans toutes les couches de la population romaine. On le jouait beaucoup dans les villes de garnison, où l’on retrouva de ce fait un grand nombre de dés. Certains empereurs illustres donnèrent l’exemple. Dans leurs grands palais, ils pouvaient même disposer de salles spécialement aménagées pour les jeux de hasard. Néron jouait parfois pour 400.000 sesterces le coup, une somme qui était l’équivalent de la solde de 400 soldats. D’autre part, Caligula, l’empereur tristement célèbre, ne reculait devant aucune fourberie pour gagner au jeu de dés. A cette époque, tout comme de nos jours, le jeu de hasard et la tricherie allaient souvent de paire.

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