Chanter des berceuses à un bébé dès la naissance, et même avant, est grandement bénéfique à son développement. Mais pourquoi ? Une berceuse est bien plus qu’une simple chansonnette qui endort les enfants. Il s’agit d’un héritage culturel qui existe dans le monde entier. Les berceuses sont des chansons destinées à l’endormissement des enfants. Elles peuvent être des comptines, de la musique classique, de la variété ou de la musique populaire. Si ces chansons douces peuvent paraître anodines, elles détiennent en vérité de nombreux pouvoirs. En effet, chanter dès le plus jeune âge d’un enfant, et même lorsqu’il est encore dans le ventre de sa mère, permet de créer un lien affectif entre l’enfant et ses parents, tout en l’habituant aux sons de sa langue maternelle. Racontant de belles histoires, les berceuses permettent aussi d’apprendre du vocabulaire dans les premières années d’un enfant.

Qu'est-ce qu'une Berceuse ? Définition et Fonctions

Une berceuse est une chanson douce et mélodieuse, traditionnellement chantée aux enfants pour les aider à s'endormir. Ces chansons, souvent simples et répétitives, ont une longue histoire et sont présentes dans toutes les cultures du monde. Au-delà de leur fonction première d'endormissement, les berceuses jouent un rôle important dans le développement de l'enfant, en favorisant le lien affectif avec les parents, en stimulant l'apprentissage du langage et en transmettant des valeurs culturelles.

Les Berceuses : Un Héritage Culturel Universel

L’intérêt de la berceuse japonaise réside dans ce qu’elle révèle d’anciennes pratiques socio-culturelles de l’époque féodale qui se sont poursuivies dans le Japon moderne et dont les témoignages sont inscrits dans les paroles de ces chansons, au moment de leurs premières collectes ethnographiques et ethnomusicologiques au début du XXe siècle. Les berceuses japonaises, les komori uta, sont un cas particulier de chansons de l’enfance qu’il est difficile de classer de manière absolue dans l’une ou l’autre des catégories qui composent ce répertoire. Parfois chants d’endormissement, parfois chants de labeur, elles furent tour à tour récupérées par la chanson populaire et la musique classique, selon des processus compositionnels qui estompèrent peu à peu l’origine de leur création : les gardes d’enfants.

Les Komori Uta : Berceuses Japonaises et Gardes d'Enfants

Dans la rue, aux abords des champs et sur les chemins, parfois au sein d’un groupe, parfois seule, se dessine la silhouette menue de la garde d’enfant, un bébé endormi ou geignard sur le dos, le front ceint d’un hachimaki sur lequel elle a attaché des jeux pour amuser le nourrisson. Ainsi apparaît la garde d’enfant dans les quelques clichés d’elle qui nous sont parvenus de l’ère Meiji (1868-1912). C’est d’elle dont les berceuses japonaises tiennent leur nom. Car il s’agit bien là de l’origine étymologique de komori uta : une chanson (uta) des gardes d’enfants (komori).

Il existait un métier, aujourd’hui complètement disparu, mais très courant au Japon jusqu’à la Seconde Guerre mondiale : celui de komori hôkô. Hôkô, ou hôkônin, est un terme qui désigne de manière générale une personne attachée au service d’un maître, depuis l’époque d’Edo (1603-1868). Dans la classe guerrière comme dans les campagnes, les contrats qui liaient l’employé à son patron étaient d’ordres divers (on pouvait être au service d’une maison de génération en génération, employé à vie ou pour quelques années seulement). L’employé était logé et nourri par son patron mais ne recevait aucune rémunération pour son travail. Dans la plupart des familles qui pouvaient se permettre d’avoir des employés de maison, et ce déjà à l’époque pré-moderne, il n’était pas rare que l’éducation des enfants soit confiée à la charge des domestiques de la maison (jochû). Parfois, cette tâche incombait à une employée particulièrement jeune, dont le métier était désigné par ce terme : komori hôkô.

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Malgré son jeune âge (entre sept et quatorze ou quinze ans), la garde d’enfant jouait un rôle médiateur dans cet espace laissé vacant : une grande sœur pour l’enfant gardé, une jeune employée du point de vue des parents. Souvent d’origine sociale très modeste, les komori quittaient leur foyer pour se rendre dans une famille plus aisée de la région, mais il pouvait arriver qu’elles soient employées dans des villes beaucoup plus lointaines, entraînant leur déracinement social, mais aussi culturel et linguistique, comme cela s’observe dans les paroles de leurs chansons. Ces dernières pouvaient avoir la fonction d’endormir ou amuser l’enfant qu’elles gardent, mais se révélaient surtout être un exutoire à la pénibilité de leur métier et à leurs chagrins quotidiens.

Diversité et Classification des Komori Uta

Selon la définition donnée par le dictionnaire de la musique, il existe deux catégories principales dans le grand ensemble des komori uta : les nemurase uta (« les chansons pour endormir ») et les asobase uta (« les chansons pour jouer »). Les nemurase uta sont adressés aux enfants mais ont en réalité une utilité pour l’interprète de la chanson : son rythme lent, son ambitus faible se limitant à la tierce ou à la quarte, apaisent aussi la mère ou la garde d’enfant irritée par les pleurs, et provoquent sur elle un effet bénéfique et calmant. Les berceuses japonaises présentent d’autres traits que l’on pourrait qualifier d’universels : une syntaxe simple, des phrases courtes, une abondance des onomatopées, et une poétique adaptée aux échanges entre l’adulte et l’enfant. S’il existe des komori uta aux mélodies simples, proches des comptines enfantines (warabe uta), d’autres sont plus sophistiquées et se rapprochent davantage des chansons régionales des adultes (min'yô). On retrouve dans les komori uta des caractéristiques dans l’emploi de dialectes et dans celui d’un registre enfantin et familier propre aux chansons du genre.

Quant aux chansons pour jouer, les asobase uta, elles présentent des paroles riches en expressions humoristiques et plus élaborées que dans les chansons pour endormir. Ce type de chansons à but divertissant est repris à terme par l’enfant et lui permet de s’amuser tout seul, ce qui inclut certains komori uta au répertoire des comptines dans leur mode de transmission et d’appropriation par les enfants. La distinction entre ces deux catégories n’est pourtant pas toujours explicite. Dans le cas japonais, le terme même de komori uta désigne ainsi en premier lieu l’activité de garde d’enfant, et non la visée attendue de la chanson interprétée (endormir ou amuser). On s’éloigne donc de la définition stricto sensu de la berceuse telle que la principale acception française la désigne, soit une chanson douce dont le but principal est d’endormir l’enfant.

Collecte et Étude des Berceuses Japonaises

Des traces écrites de comptines japonaises datant d’avant l’époque féodale japonaise sont rares. Les sources des XIXe et XXe siècles concernent essentiellement la collecte des paroles, et on ne trouve des « partitions » indiquant une forme d’expression musicale que tardivement, en raison d’une absence de mode de notation. On retrouve des ouvrages de compilation des comptines enfantines warabe uta (« chansons d’enfants », l’équivalent de nos comptines ou des nursery rhymes) à partir du XIXe siècle. D’autres collectes complétèrent ces ouvrages dans le courant du XXe siècle, dans un intérêt général pour la culture et le folklore populaire. Parmi les comptines pour jouer, danser ou se moquer, quelques chansons qualifiées de komori uta sont présentées dans ces recueils. Même si l’absence de notation musicale ne nous permet pas de confirmer que ces chansons présentent les mêmes caractéristiques musicales que les berceuses dans le monde, leur dénomination atteste bien de leur circonscription à une fonction particulière : endormir un bébé.

Impact des Transformations Socio-Économiques sur les Berceuses

L’avènement de la restauration Meiji (1868) et le processus d’occidentalisation de la plupart des institutions publiques et privées contribuèrent en quelques décennies à transformer le paysage socio-économique japonais et conduisirent à l’avènement d’une culture résolument moderne dans les années 1920-1930. Néanmoins, et en dépit du développement important d’une nouvelle classe moyenne urbaine, seul un cinquième de la population japonaise était citadine dans les années 1920. Les komori uta de tradition orale, très ancrées localement, proviennent donc des campagnes et ont été créées au sein d’une population rurale pour qui les changements sociaux et économiques n’eurent d’impact sur leur mode de vie quotidien que plus tardivement.

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Selon un procédé classique, promettant à l’enfant qui s’endort sagement de rêver dans son sommeil de mets délicieux et de préparer au mieux la séparation, les paroles de ce type de berceuse révèlent ainsi le souhait irréalisable d’une population dont l’alimentation était essentiellement composée de bouillie de riz ou de blé, souffrant parfois de malnutrition et ce jusque dans les années 1930. À l’inverse, un autre ensemble de berceuses présente un caractère menaçant en mettant en scène tout le bestiaire folklorique le plus effrayant : tigre, chat sauvage, rat, démon, monstre, devenant un vecteur de transmission de l’héritage culturel familial et local. Selon les régions, on retrouve dans les berceuses l’évocation du folklore local et de ses entités les plus maléfiques. Ainsi, au nord du Japon, on mentionnera Yuki onna, cette femme fantôme au souffle glaçant et mortel, ou encore Namahage, une festivité originaire de la péninsule d’Oga, dans la région du Tôhoku, lors de laquelle les enfants paresseux sont menacés d’être emportés par des démons.

Plus terrible encore, les komori uta sont les témoins d’une pratique courante surtout dans les campagnes les plus pauvres : les infanticides (mabiki), et notamment ceux des filles. On trouve des traces de cette pratique, qui présentait moins de risques pour la mère qu’un avortement, depuis l’époque de Nara (710-794) et jusqu’à la fin de l’époque d’Edo dans la classe paysanne, même si l’on constate des disparités selon les régions. Les infanticides sont d’ailleurs une thématique récurrente révélant la porosité entre les berceuses et les comptines. Ces paroles sont révélatrices d’une mentalité phallocrate (dansonjohi, « respect des hommes et mépris des femmes ») très ancrée dans les campagnes, également liée à la pensée du système féodal (hôkenshisô) qui prônait la soumission des plus faibles aux plus forts, comme le révèle également la pratique des parricides et matricides.

Exemples de Berceuses Célèbres et Leurs Origines

Les berceuses pour dormir sont nombreuses et variées. Voici quelques exemples de berceuses célèbres et leurs origines :

  • "Au clair de la lune": Cette chansonnette très célèbre est l’une des comptines les plus chantées par les enfants. Son origine reste inconnue aujourd’hui, mais elle remonterait au XVIIIe siècle. Elle a été enregistrée en 1860 par Édouard-Léon Scott de Martinville, ce qui en fait le plus ancien enregistrement sonore connu. Elle reprend de grands personnages de la commedia dell’arte, notamment Pierrot, et Arlequin qui est présent dans les couplets les moins connus de la berceuse.
  • "Fais dodo, Colas mon petit frère": Cette berceuse est l’une des plus célèbres en France et au Québec. Son origine n’est pas certaine, mais elle remonterait au XVe siècle, en s’inspirant d’un poème de cette même époque. La comptine est d’ailleurs écrite comme un poème, avec des vers, des rimes et une structure en hexasyllabes.
  • "Berceuse de Brahms": La berceuse la plus célèbre à l’international est bien celle-ci. On la doit à Johannes Brahms, compositeur allemand qui l’a publiée en 1868. Cette berceuse est tant connue, qu’elle est régulièrement utilisée par des entreprises de jouets, ou encore dans la culture populaire ; Céline Dion a également chanté sur cette mélodie !
  • "Ah ! vous dirai-je, maman": Cette berceuse est l’une des plus célèbres dans le monde. Comme beaucoup de berceuses, son origine est incertaine, mais sa mélodie date certainement du XVIIIe siècle ; quant aux paroles enfantines, elles remontent possiblement au XIXe, lorsque l’école primaire devint obligatoire. Mozart a tant popularisé la mélodie, qu’elle lui est souvent attribuée, à tort. Avec sa mélodie simple et répétitive, les enfants apprécient cette berceuse.
  • "Frère Jacques": Cette comptine française du XVIIIe siècle est si célèbre qu’elle fut traduite dans de nombreuses langues. Longtemps d’un compositeur inconnu, il semblerait qu’on la doive à Jean-Philippe Rameau. Elle peut aussi bien endormir vos jeunes enfants que leur apprendre à parler. En participant aux « Ding, Ding, Dong » cette chansonnette permet de renforcer le lien affectif des parents et de l’enfant.
  • "Une souris verte": Une souris verte est certainement la plus connue des comptines! Apprise dès le plus jeune âge, elle peut aussi être utilisée comme berceuses avant l’entrée à l’école. En maternelle, les enfants apprennent cette chanson qui leur permet de travailler leur motricité et coordination. Cette comptine remonterait au XVIIe ou XVIIIe siècle, et son origine est toujours incertaine, ce qui rend son interprétation très complexe et pleine d’hypothèses.
  • "Twinkle, Twinkle, Little Star": Pour finir, cette berceuse, plus connue sous son nom anglais Twinkle, Twinkle, Little Star est la plus populaire des berceuses et comptines anglophones. Les paroles sont tirées du poème The Star de Jane Taylor, publié en 1806 ; et vous avez certainement reconnue la mélodie! C’est en effet celle de la berceuse « Ah! Vous dirai-je, maman ».

Berceuses et Comptines : Un Monde de Découvertes et d'Éveil

Outre les berceuses traditionnelles, il existe de nombreuses comptines qui peuvent être utilisées pour l'éveil de bébé. Voici quelques idées incontournables :

  • "Doucement s’en va le jour": Cette jolie berceuse est idéale pour expliquer à bébé que le soleil se couche et qu’il est l’heure de dormir, à l’instar des animaux cités dans la comptine. On aime : le rythme calme de la comptine chantée à bébé en baissant le ton de sa voix, à mesure qu’on l’accompagne vers le doux pays des rêves.
  • Utiliser une guitare: Accompagner une chanson avec un instrument de musique peut être très agréable pour les enfants. Peu importe la mélodie que vous choisissez, ce qui compte, c'est le rythme qui va bercer bébé et le conduire vers le sommeil.
  • Boîte à musique: Idéale comme cadeau de naissance pour bébé, la boîte à musique est un objet emblématique de l’enfance. Tournez la clé qui actionne la mélodie et laissez votre enfant s’endormir paisiblement. Parmi les musiques phares des boîtes à musique : Rock a bye Baby.

Les Bienfaits Insoupçonnés des Berceuses

Chanter des berceuses à son bébé dès la naissance, et même avant, est grandement bénéfique à son développement. Mais pourquoi ? Une berceuse est bien plus qu’une simple chansonnette qui endort les enfants. Il s’agit d’un héritage culturel qui existe dans le monde entier. Les berceuses sont des chansons destinées à l’endormissement des enfants. Elles peuvent être des comptines, de la musique classique, de la variété ou de la musique populaire. Si ces chansons douces peuvent paraître anodines, elles détiennent en vérité de nombreux pouvoirs. En effet, chanter dès le plus jeune âge d’un enfant, et même lorsqu’il est encore dans le ventre de sa mère, permet de créer un lien affectif entre l’enfant et ses parents, tout en l’habituant aux sons de sa langue maternelle. Racontant de belles histoires, les berceuses permettent aussi d’apprendre du vocabulaire dans les premières années d’un enfant.

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