Dans l'obscurité de la nuit, un homme Bora, invité à un rituel par le chef de sa maloca, entame un chant pour honorer le tabac qui lui a été offert. Cet acte se déroule au sein de la maloca, la grande maison communale, où les participants, hommes, femmes et enfants, se rassemblent pour une cérémonie empreinte de mystère. Plusieurs hommes tiennent à la main un hochet, un instrument rituel d'une grande importance culturelle. Cet article explore en profondeur l'utilisation et la signification du hochet chamanique chez les Bora d'Amazonie colombienne, en s'appuyant sur des données ethnographiques et des analyses symboliques.

Description et fabrication du hochet

Le hochet, appelé "chéhkého" en langue Bora, est un objet méticuleusement fabriqué à partir d'une petite gourde perforée. Cette gourde, remplie de graines, est traversée par un bâton en bois et ornée de motifs géométriques gravés par les femmes à l'aide d'outils en métal. Une "mèche" de niji ou cumare (fibre du palmier Astrocaryum chambira Burre) est fixée au sommet de l'objet, se distinguant par sa couleur blanche dans la pénombre de la maloca.

Le hochet dans le rituel Méémeba

Le hochet est principalement utilisé lors du rituel Méémeba, une cérémonie délicate et peu fréquente. Ce rituel porte le même nom que la boisson non fermentée du parépou, le fruit du palmier Bactris gasipaes. Selon les récits Bora, le parépou a été volé à l'Anaconda, le chef des animaux, par le héros mythique Llijchuri.

Pendant le rituel Méémeba, des hommes portant des masques d'animaux exécutent des chorégraphies qui imitent les comportements caractéristiques de ces animaux. Le son et la cadence du hochet accompagnent ces danses, jouant un rôle essentiel dans la création d'une atmosphère rituelle. Le hochet est joué avec un geste rapide et fort lorsque le pied touche le sol, suivi d'un mouvement plus lent et durable.

Bien que le hochet n'ait pas de lien direct avec le mythe du parépou, il est exclusivement utilisé lors des rituels Méémeba et conservé précieusement dans les malocas. Jouer du hochet en dehors de ces contextes rituels est considéré comme dangereux et malfaisant.

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Le hochet et la relation entre les humains et les animaux

Les Bora croient que les animaux ont des "points de vue" moins crédibles que les leurs et s'efforcent de se protéger de leurs attaques. Le rituel Méémeba est souvent organisé pour apaiser la colère des animaux, considérée comme une cause de maladies et de malheurs.

Les instruments rituels bora, y compris le hochet, sont donc perçus comme des indices d'une relation spécifique entre les humains et les animaux, où les premiers se défendent contre les seconds. La présence matérielle de ces objets dans les malocas témoigne de cette relation et la projette dans le temps et dans la vie quotidienne.

Comparaison avec d'autres instruments rituels

Outre le hochet, les Bora utilisent d'autres instruments rituels, tels que les tambours à fente (ou "trocanos"). Le plus célèbre de ces tambours, le manguaré, est fabriqué à partir d'un bois durable et joué avec des baguettes en caoutchouc et en bois. Il est utilisé pour communiquer entre les malocas et pour annoncer des événements importants. L'autre "trocano" Bora, le llaaríwa, est joué avec les pieds lors des rituels de nomination des chefs.

Comme le hochet, ces tambours ne doivent pas être utilisés en dehors des situations rituelles ou de l'émission de messages importants. Selon les Bora, jouer de ces instruments réactive potentiellement les conflits du temps mythique.

La musique rituelle et la transmission des savoirs

La musique rituelle occupe une place centrale dans la vie des Bora. Les chants rituels, transmis aux humains par le Jaguar-des-Chants-de-l'Aval, évoquent les relations complexes entre les humains et les animaux, souvent marquées par le conflit, le vol et la guerre.

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Les occasions d'utiliser les instruments rituels sont également des moments privilégiés de transmission des savoirs sur leur fabrication et leur exécution. Ainsi, la musique rituelle bora est à la fois un moyen d'expression culturelle et un vecteur de transmission des connaissances ancestrales.

La fumigation comme pratique rituelle complémentaire

La fumigation est une autre pratique rituelle importante chez les Bora, utilisée pour marquer le passage du profane au sacré et pour invoquer l'Esprit. Différentes plantes sont utilisées pour la fumigation, chacune ayant des propriétés spécifiques.

  • La sauge officinale est utilisée pour guérir les plaies et les blessures, tant physiques qu'émotionnelles.
  • La lavande possède de puissantes propriétés antimicrobiennes et antiseptiques.
  • L'ortie redonne de l'énergie et augmente l'oxygénation du sang.

La préparation du bâton de fumigation est également un acte symbolique, où les plantes féminines sont placées au centre et protégées par les plantes plus yang.

La conception de la maladie chez les Wayãpi

Bien que l'article se concentre sur les Bora, il est intéressant de noter que d'autres groupes indigènes d'Amazonie, tels que les Wayãpi, ont des conceptions similaires de la maladie et de sa relation avec le monde spirituel.

Chez les Wayãpi, la maladie n'est jamais naturelle, mais toujours provoquée par une intervention volontaire, souvent due à un dérèglement du comportement du futur malade. Les causes de la maladie peuvent être la vengeance des esprits, la malveillance des esprits, la manipulation des esprits par les chamanes ou la manipulation de plantes magiques par des humains malfaisants.

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Le traitement de la maladie implique à la fois l'utilisation de phytoremèdes et l'intervention du chamane, qui cherche à identifier et à traiter la cause profonde du mal.

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