Hannah Arendt, née Johanna Arendt le 14 octobre 1906 à Linden (Allemagne), et décédée le 4 décembre 1975 à New York (États-Unis), fut une intellectuelle allemande naturalisée américaine, reconnue pour ses travaux sur l'activité politique, le totalitarisme et la modernité, abordés d'un point de vue philosophique et historique. Près de cinquante ans après sa disparition, sa pensée continue d'influencer la réflexion contemporaine.

Bien que souvent qualifiée de « philosophe », elle récusait cette appellation, préférant se définir comme professeur de théorie politique, ou « political theorist ». Elle soulignait que sa vocation n'était pas la philosophie mais la théorie politique (« Mein Beruf ist politische Theorie »). C'est pourquoi elle se disait « politologue » (« political scientist ») plutôt que philosophe. Son refus de la philosophie est notamment évoqué dans Condition de l'homme moderne où elle considère que « la majeure partie de la philosophie politique depuis Platon s'interpréterait aisément comme une série d'essais en vue de découvrir les fondements théoriques et les moyens pratiques d'une évasion définitive de la politique ».

Ses ouvrages sur le phénomène totalitaire sont étudiés dans le monde entier et sa pensée politique et philosophique occupe une place importante, de par ses livres majeurs, Les Origines du totalitarisme (1951) et Condition de l'homme moderne (1958). Ses livres les plus célèbres sont Les Origines du totalitarisme (1951 ; titre original : The Origins of Totalitarianism), Condition de l'homme moderne (1958) et La Crise de la culture (1961).

Jeunesse et formation intellectuelle

Hannah Arendt naît à Hanovre en 1906, dans une famille juive laïque. Son père, Paul Arendt, est ingénieur de formation. Sa mère, Martha Arendt (née Cohn), pratique le français et la musique, ayant étudié trois ans à Paris. Elle grandit à Königsberg, où sa famille est installée depuis plusieurs générations. Son grand-père, Max Arendt, est un des principaux hommes d'affaires de la ville, homme politique et un des chefs de la communauté juive de la ville. Sa tante, Henriette Arendt (en), est une des premières policières d'Europe. Sa famille maternelle, les Cohn, sont des importateurs de thé : l'entreprise familiale J. N. Cohn & compagnie est la plus importante fabrique de la ville. Tant sa famille paternelle que maternelle sont des Juifs laïcs assimilés, issus de l'empire russe. Arendt passe ses premières années de vie à Linden (aujourd'hui Hanovre) où Paul Arendt travaille comme ingénieur dans une société d'électricité. Son père meurt en 1913 de la syphilis. En 1924, après avoir passé son Abitur - équivalent du baccalauréat en Allemagne - en candidate libre avec un an d'avance, elle étudie la philosophie, la théologie et la philologie classique aux universités de Marbourg, Fribourg-en-Brisgau et Heidelberg.

Dès l'âge de 15 ans, elle lit l'ouvrage de Karl Jaspers intitulé "Psychologie des conceptions du monde". Elle assiste aux cours de Romano Guardini, de Martin Heidegger, d'Edmund Husserl puis de Jaspers.

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Rencontre avec Heidegger et autres influences

En 1925, sa rencontre avec Heidegger sera un évènement majeur de sa vie, tant sur le plan intellectuel que sentimental. Cet événement a toutefois souvent fait ombrage à la contribution originale de Arendt et occupe une place importante dans la compréhension de sa trajectoire intellectuelle. Elle est très jeune et voue une admiration sans bornes à son maître, de quinze ans son aîné. Celui-ci, pourtant habitué à conquérir ses étudiantes, tombe sous le charme. C'est le début d'une relation secrète (Heidegger est marié et père de deux enfants), passionnée et irraisonnée, qui laissera des traces chez Hannah toute sa vie, bien que Karl Jaspers ait été sa véritable figure d'influence intellectuelle. Mais si la pensée du maître l'impressionne, la position ambigüe de Heidegger à l'égard du judaïsme l'amène bientôt à interrompre leur relation. Elle déménagera à Fribourg-en-Brisgau pour devenir l'élève de Husserl, mais probablement aussi pour s'éloigner de son ancien amant. Puis elle suivra l'enseignement de Karl Jaspers à Heidelberg sous la direction duquel elle rédige sa thèse sur le Concept d'amour chez saint Augustin.

Quelle que soit la position ambiguë de Heidegger à l'égard du judaïsme et du nazisme, elle reste fidèle à leur relation et au souvenir du rôle de la pensée de Heidegger dans son propre parcours.

Thèse et mariage

En 1929, elle épouse Günther Stern (nommé plus tard Günther Anders), un jeune philosophe allemand rencontré en 1925 dans le milieu universitaire et devenu son compagnon en 1927. La même année, elle obtient une bourse d'études qui lui permet de travailler jusqu'en 1933 à une biographie de Rahel Varnhagen, une juive allemande de l'époque du romantisme, qui ne paraîtra qu'en 1958.

L'exil et la prise de conscience de l'identité juive

Avec la montée de l'antisémitisme et l'arrivée des nazis au pouvoir, elle s'intéresse de plus près à ses origines juives. Sous l'influence de Kurt Blumenfeld, président de l'organisation sioniste, elle prend conscience de son identité juive, alors que Jaspers prétendait la faire adhérer à « l'essence allemande » de Max Weber. Elle se rapproche dès 1926 de Kurt Blumenfeld, ancien président de l'Organisation sioniste mondiale, vitrine du mouvement sioniste, président de l'Union sioniste allemande depuis 1924 et ami de la famille. Chargée par Blumenfeld de recueillir les témoignages de la propagande antisémite, elle est arrêtée en 1933 par la Gestapo et relâchée faute de preuve.

Réfugiée en France

En 1933, elle quitte l'Allemagne pour la France où elle participe à l'accueil des réfugiés fuyant le nazisme. Arrivée en France en 1933, elle devient la secrétaire particulière de la baronne Germaine de Rothschild. Elle facilite l'immigration des jeunes juifs vers la Palestine. Elle milite pour la création d'une entité judéo-arabe en Palestine, participe à l'accueil des juifs, pour la plupart communistes, qui fuient le nazisme et contribue à faciliter leur émigration vers la Palestine. Divorcée en 1937, elle se remarie avec Heinrich Blücher, un réfugié allemand, ancien spartakiste.

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En mai 1940, en raison de l'avancée éclair de l'Armée allemande en France, elle se retrouve internée par le Gouvernement français avec d'autres apatrides au camp de Gurs (Basses-Pyrénées). Au début de la Seconde Guerre mondiale et suite à la victoire éclair de l'Allemagne sur la France, elle fuit au sud de ce pays, à Montauban. Dans la confusion qui suit la signature de l'armistice en juin 1940, elle est libérée et parvient à s'enfuir à Montauban, où elle retrouve son mari.

L'arrivée aux États-Unis

Puis elle effectue divers voyages à Marseille pour y obtenir un visa pour le Portugal grâce au Centre américain d'Urgence de Varian Fry. Elle part en train pour ce pays et vit quelques temps à Lisbonne dans l'espoir d'un bateau pour l'Amérique. Elle gagne Marseille où elle obtient, grâce au Centre américain d'Urgence de Varian Fry, un visa pour le Portugal qu'elle rejoint en train. Elle vit alors quelque temps à Lisbonne dans l'espoir d'embarquer pour l'Amérique, ce qui est rendu possible en mai 1941, par l'intervention du diplomate américain Hiram Bingham IV, qui lui délivre illégalement un visa d'entrée aux États-Unis, en même temps qu'à environ 2 500 autres réfugiés juifs. À l'issue d'une traversée éprouvante, elle gagne les États-Unis en 1941. À l'issue d'une traversée éprouvante, elle s'installe à New York.

Dans une situation de dénuement total, devant absolument gagner de l'argent, elle trouve un emploi d'aide à domicile dans le Massachusetts et envisage de devenir assistante sociale. En situation de dénuement matériel, elle doit gagner sa vie et trouve un emploi d'aide à domicile dans le Massachusetts. Elle envisage un temps de devenir assistante sociale. Mais elle décide finalement de regagner New York et y devient billettiste dans plusieurs journaux.

Carrière intellectuelle et universitaire aux États-Unis

Elle sera ensuite professeur de philosophie politique. Après la Seconde Guerre mondiale, elle retourne en Allemagne, où elle travaille pour une association d'aide aux rescapés juifs. Elle reprend contact avec Heidegger, témoignant en faveur du philosophe lors de son procès en dénazification. Elle renoue également avec le couple Jaspers dont elle devient une amie intime.

En 1951, elle publie son livre Des Origines du totalitarisme. En 1951, naturalisée citoyenne des États-Unis, elle entame une carrière universitaire comme conférencière et professeur invité en sciences politiques dans différentes universités : Berkeley, Princeton (où elle devient la première femme nommée professeur titulaire en 1959), Columbia, Brooklyn College, Aberdeen, Wesleyan. La même année, elle publie son ouvrage majeur, "Les origines du totalitarisme", en trois volumes. Dans cet ouvrage, elle compare et met sur le même plan le stalinisme et le nazisme. Son analyse lui permet d'offrir une systématisation du concept de totalitarisme.

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Après ces trois livres fondamentaux, elle couvre à Jérusalem le procès du responsable nazi Adolf Eichmann, en qui elle voit l'incarnation de la « banalité du mal ».

Eichmann à Jérusalem et la "banalité du mal"

En 1961, lors du procès du chef nazi Adolf Eichmann, elle voit en lui l'expression de la « banalité du mal ». Dans les années 1960, lorsqu'elle apprend qu'Adolf Eichmann, haut dignitaire nazi, va être jugé pour ses crimes en Israël, Hannah Arendt sollicite le New Yorker afin de couvrir le procès sur place. Elle couvre le procès à Jérusalem, et ses articles vont nourrir une polémique. Les articles qu'elle écrit alors, réunis dans Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal, publié en 1963, nourrissent une importante polémique. Cette expérience donne naissance à l'ouvrage "Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal".

Elle y développe le concept philosophique selon lequel le mal ne réside pas dans l'extraordinaire, mais dans les petites choses. Selon elle, "l'être humain ne doit jamais cesser de penser. C'est le seul rempart contre la barbarie. Action et parole sont les deux vecteurs de la liberté. S'il cesse de penser, chaque être humain peut agir en barbare". Et "c'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal". Elle qualifie Adolf Eichmann d'être insignifiant, médiocre, ayant abandonné son pouvoir de penser, tout comme Himmler. Dans son livre Eichmann à Jérusalem, publié après le procès d'Adolf Eichmann qu'elle a suivi comme envoyée spéciale de The New Yorker, Hannah Arendt développe le concept très controversé de la "banalité du mal". Elle défend l'idée que le criminel de guerre nazi, n'était qu'un homme banal, un fonctionnaire ambitieux et zélé, incapable de distinguer le bien du mal et entièrement soumis à l'autorité. Pour elle, Eichmann croit accomplir son devoir et suit les consignes en cessant de penser, ce qui ne le disculpe nullement de ses crimes. Dans un régime totalitaire, l'idéologie, la propagande et la répression, conduisent des hommes peu différents des hommes ordinaires, à accomplir des actes monstrueux, plus préoccupés à "faire carrière" que par les conséquences de leurs agissements.

Elle devient en 1963 professeure titulaire à l'université de Chicago, puis à la New School for Social Research de New York en 1967. À partir de 1963, elle devient titulaire de la chaire de sciences politiques à l'université de Chicago, avant d'être nommée professeure à la New School for Social Research (New York) en 1967, où elle restera jusqu'à sa mort.

Soutien à Rolf Hochhuth et derniers travaux

En 1966, elle apporta son soutien à la pièce de théâtre de l'allemand Rolf Hochhuth, « le Vicaire », oeuvre qui déclencha une violente controverse en critiquant l'action du pape Pie XII face à l'holocauste.

Son dernier ouvrage, "La Vie de l'esprit", est publié de manière posthume en 1978.

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