Introduction
La petite enfance est une période cruciale pour le développement psychologique et émotionnel. Le mode de garde choisi pour un enfant durant ses premières années peut avoir un impact significatif sur son développement futur. Cet article explore le rôle de la crèche dans le développement psychologique du bébé, en mettant en évidence les avantages potentiels de ce mode de garde, ainsi que les facteurs importants à considérer pour assurer une expérience positive et sécurisante pour l'enfant.
La sécurité affective : un besoin fondamental
La sécurité affective est un besoin fondamental pour les enfants. Les relations sécurisantes qu’il construit dans la petite enfance influencent son équilibre futur. Mieux comprendre l’attachement, c’est mieux accompagner l’enfant, dès ses premiers mois. Les pouvoirs publics intègrent de plus en plus l’importance de l’attachement dans les politiques de soutien à la parentalité et à la protection de l’enfance.
- L'importance des routines et de l'environnement structuré : « Les routines offrent un ancrage quotidien nécessaire, elles favorisent la confiance et la sérénité chez l’enfant »(C. « L’environnement bien structuré est à l’enfant ce qu’un phare est au marin : une source de guidance et de sécurité » (M.
- Le rôle des professionnels : Les professionnels jouent un rôle clé dans la sécurité affective des enfants accueillis. Chez Culture et Formation, la formation en ligne de préparation au CAP Accompagnant Éducatif Petite Enfance (AEPE) propose un accompagnement complet. Conforme au référentiel officiel du diplôme, elle allie vidéos pédagogiques, supports papier, classes virtuelles, espace élève accessible 24h/24, et une équipe pédagogique dédiée à votre réussite.
L'attachement : le socle affectif du développement
L’attachement constitue le socle affectif du développement. Les comportements liés à l’attachement n’apparaissent pas tous en même temps.
- De 0 à 2 mois : l’enfant réagit à tous les adultes de la même manière.
- De 2 à 6 mois : il reconnaît les personnes familières et préfère leur présence.
- De 6 mois à 2 ans : la figure d’attachement devient primordiale. La figure d’attachement n’est pas seulement un refuge : elle est aussi un tremplin. Lorsqu’il se sent sécurisé, l’enfant ose s’éloigner, explorer, tester, apprendre. Un enfant qui revient souvent vers l’adulte en cours de jeu ne manque pas d’autonomie.
Les styles d'attachement
- Sécure : l’enfant pleure à la séparation, se réconforte au retour. Les enfants sécures développent en général une bonne régulation émotionnelle, un sentiment de compétence et une facilité à interagir avec les autres.
- Évitant : il semble indifférent, mais masque une angoisse profonde.
Ces styles ne sont pas figés. La compréhension de l’attachement est un outil essentiel pour les professionnels de la petite enfance.
Les avantages cognitifs et sociaux de la crèche
Des recherches scientifiques ont démontré que, lorsque les crèches fonctionnent correctement, la garde des jeunes enfants en dehors du foyer est associée à une amélioration de leurs capacités cognitives et à des interactions positives avec leurs pairs. Des études montrent également que les crèches aident les enfants à développer des compétences cognitives et linguistiques, à se préparer pour la réussite scolaire, et à diminuer les difficultés émotionnelles. Ces établissements offrent des opportunités d'apprentissage souvent absentes à domicile.
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Amélioration des compétences cognitives et linguistiques
Faire garder les enfants pour améliorer leurs capacités cognitives. Les bébés apprennent les caractéristiques physiques des objets et des matières. En les manipulant dans tous les sens et avec tous leurs sens, en les transportant, en les appariant ou en les assemblant, ils en déduisent les grands concepts de solidité, de forme, de taille, de différence, etc. Tous ces apprentissages concrets sont utiles pour préparer le terrain aux futurs savoirs bien plus abstraits et scolaires, comme les mathématiques, la physique ou la conjugaison. Les bébés apprennent à parler bien avant de prononcer leurs premiers mots. Pendant tout le temps où ils ne parlent pas encore ils apprennent le langage. Ils sélectionnent alors les phonèmes, apprennent la syntaxe des phrases et la grammaire. Ils engrangent nombre de mots de vocabulaire. Puis ils essaient les sons et les mots, puis les phrases.
Développement de la socialisation et de l'empathie
Les bébés apprennent principalement en essayant. Ils tentent différentes modalités d’approches et d’établissements de contact avec les autres, ils créent des jeux d’imitation, et poursuivent ensembles des idées communes. A partir des probabilités qu’un comportement ou une réaction se reproduise, ils identifient alors la raison ou la cause les ayant produites. Les crèches sont des environnements dans lesquels ces nombreuses expériences sont facilitées par les opportunités liées au nombre d’enfants accueillis.
La crèche collective : un mode de garde efficace ?
La crèche collective s'avère être un mode de garde efficace pour prévenir les difficultés émotionnelles et comportementales chez les enfants. Cette conclusion résulte d'une analyse approfondie réalisée dans cinq pays européens, dont la France. Ainsi, il est crucial que les pouvoirs publics soutiennent et subventionnent ce type d’accueil pour les jeunes enfants. En France, environ un tiers (36 % en 2022) des jeunes enfants sont accueillis dans des établissements collectifs, principalement dans des structures municipales (37 %) et associatives (21 %).
Une protection contre les difficultés émotionnelles et comportementales
Nos analyses révèlent que les enfants ayant fréquenté une crèche entre 0 et 4 ans présentent moins de difficultés émotionnelles que ceux gardés uniquement par leurs parents. À l'inverse, la garde « informelle » (par un proche) est associée à des niveaux plus élevés de difficultés émotionnelles et comportementales entre 7 et 13 ans. En outre, la probabilité de développer ces symptômes est plus élevée chez les enfants dont la mère a un niveau de diplôme moins élevé. Ces résultats suggèrent que la fréquentation d'une crèche à un jeune âge peut offrir une protection contre les difficultés cognitives et émotionnelles. Toutefois, nous notons que ce type de garde ne compense pas les inégalités socio-économiques qui influencent le développement des enfants dès le plus jeune âge.
L'importance de la qualité de l'accueil
Les crèches collectives, où les enfants sont accueillis en groupe, offrent des avantages significatifs, à condition qu'elles soient dirigées par des professionnels de la petite enfance qualifiés et en nombre suffisant. Comparées à d'autres modes de garde, les crèches collectives proposent un accueil standardisé de qualité. Nous avons également tenu compte de divers paramètres, tels que la qualité de la formation des professionnels, le nombre d'encadrants, les conditions de travail, l’accueil, le programme éducatif et le suivi des activités pour le développement des enfants. Si la crèche est aujourd’hui plus valorisée en tant qu’environnement d’apprentissage pour les tout-petits, c’est aussi parce que les équipes professionnelles orientent leurs objectifs et leurs compétences vers des projets pédagogiques qui visent à favoriser le développement des enfants et pas uniquement à répondre aux mieux à leurs besoins primaires.
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La période sensori-motrice et la motricité libre
Les enfants que nous accueillons en crèche sont dans une période de développement appelée période sensori motrice. En effet, c’est à partir de ses expériences motrices et sensorielles que l’enfant va développer ses capacités d’attention, de compréhension et de raisonnement. Cette période située entre 0 et 2 ans sera un soubassement à son développement. Grâce à ses expériences sensori-motrices, le bébé va découvrir son corps, se situer dans l’espace, repérer les objets et comprendre son environnement physique et humain. C’est pourquoi nous attachons une attention particulière dans nos crèches à permettre la motricité libre c’est-à-dire à proposer un environnement riche en exploration sensorielle et motrice dans lequel l’enfant expérimente seul sans action de l’adulte et sans contrainte physique.
Le développement moteur et sensoriel
« L’enfant avec son équipement de base, moteur et sensoriel, peut franchir seul toutes ces étapes s’il évolue dans un environnement cohérent avec un portage affectif sécurisant. In utero, le fœtus baigne dans un milieu aquatique. À la naissance, le nouveau-né se retrouve dans un milieu aérien et doit faire face à la force de la pesanteur. Ainsi durant la période sensori-motrice, le bébé va devoir comprendre ses appuis posturaux, le sens de la verticalité pour arriver à se redresser et se mettre debout. Le dialogue tonico émotionnel (communication qui passe par le corps) qui s’installe entre l’adulte et l’enfant va permettre un ajustement tonique et émotionnel.
Les étapes du développement moteur
- La motricité spontanée : mouvements variés involontaires puis volontaires qui permettent à l’enfant de découvrir son corps et ses potentialités au fur et à mesure de son développement. Il n’y a pas d’âge précis pour les étapes seulement une période de la naissance à 2 ans.
- Retournement : déplacement induisant différentes prises d’appuis corporels. Modification du tonus permettant une meilleure tenue de la tête.
- Babillage : moyen d’expression du nouveau-né.
- Espace oral : jonction des mains à la bouche qui a une fonction de rassemblement du corps. Cette découverte tactile permet aussi de repérer les différents segments corporels et les objets mis à la bouche.
- Position ventrale : position qui induit de nouveaux appuis notamment sur les avant-bras et les genoux. Découverte de l’espace avant et d’un autre champ de vision. De nouveaux modes de déplacements vont être possibles comme pivoter sur les côtés, ramper, puis le quatre pattes.
- Angoisse du 8éme mois : l’enfant distingue les personnes familières et étrangères.
- Espace du buste : l’enfant acquiert un équilibre entre flexion et extension ce qui lui donne un appui arrière stable et confortable.
- Espace du torse : la bouche joue un rôle de relai et permet de coordonner les espaces droit et gauche.
- La marche : l’enfant se met seul debout et contrôle son équilibre. Les premiers pas sont incertains mais nécessaires à un ajustement tonique.
- Pointage : l’enfant pointe du doigt ce qui l’intéresse et recherche l’attention de l’adulte.
- Le « NON » : l’enfant en accédant à la marche rentre dans une phase d’affirmation. Il s’affirme et s’impose par le « NON ».
- Espace du corps : l’enfant coordonne le haut et le bas de son corps. Il se redresse et accède à la marche.
L'adaptation à la crèche : un défi pour le bébé
Pouvons-nous imaginer ce que ressent un nourrisson lorsqu’il entre en crèche ? Probablement pas. Cependant, les soins ou gestes que nous lui procurons et qui l’apaise nous montrent ce dont il avait besoin ou envie. L’amélioration de l’accueil des jeunes enfants pendant cette période est-elle possible ? Certainement.
Le monde du bébé avant la crèche
Pour une meilleure compréhension de l’adaptation du nourrisson, un petit voyage dans la période in utéro pourrait être nécessaire. Pendant plusieurs mois, la plupart des fœtus ont connu le paradis : ni sensation de faim car le cordon ombilical les alimente non-stop, ni de sensation de froid car le liquide amniotique varie peu en température mais, également, en goût et en odeur. Il est à l’écoute du corps et du cœur de sa maman et du bruit filtré de son environnement. Puis vient l’accouchement, la découverte du monde. Il rencontre ses parents dans la plupart des circonstances mais c’est aussi les nouvelles perceptions de son corps : faim, froid et les émotions (pleurs, colère). De l’accouchement à l’entrée en crèche, le bébé apprend, avec l’aide de ses parents, le monde, un monde qui tourne autour de lui… C’est le fameux « dévouement » que Winnicott a décrit dans sa théorie de la « mère suffisamment bonne » qui fait croire à l’enfant qu’il contrôle son univers familier. Les parents, dès les premiers signes ou bruits, agissent pour apaiser le jeune enfant. Naturellement, les humains (homme, femme et enfant) réagissent biologiquement à la détresse des nourrissons. Les parents et le bébé se sont rencontrés et ont ajusté leurs comportements lors de ses trois premiers mois. Ils lui parlent et le nourrisson découvre son environnement sonore mais aussi physique. Très tôt, le nourrisson ressent le tonus musculaire, l’odeur, la voix de ses parents lors des soins quotidiens et différencie les gens par ces indices. Plus le bébé grandit, plus il prend conscience de son action sur son entourage. Il sait que lorsqu’il pleure, sa maman ou son papa viendra le calmer.
La séparation et l'acquisition de nouveaux repères
Pour être précis, le mot « séparation » ne convient pas totalement. Pour être au plus près du vécu du bébé, nous devrions plutôt dire « absence » qui indique la perte des perceptions sensorielles mémorisées, repères pour le nourrisson. Nous les avons déjà nommé : le son de la voix, l’odeur, le toucher si particulier de chaque parent (holding, handling) et sa façon d’être au monde. Lors de ce premier temps sans sa maman, il ressentira des perceptions nouvelles. Il découvrira une nouvelle façon de porter, de parler et d’agir. Le nourrisson sentira la différence sensorielle mais aussi d’investissements auprès de lui.
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Lors des premiers temps à la crèche, le jeune enfant est souvent accompagné de sa maman ou de son papa. Les locaux ne sont pas déstabilisants pour les enfants car ils sont curieux de voir et d’observer le monde qui les entoure. Ce qui préoccupe le jeune enfant, c’est la proximité, voire la promiscuité avec ses inconnu(e)s qui sont assises sur le sol. Le bébé est un être social génétiquement programmé pour le contact humain. Nous le savons depuis les années 80 et grâce aussi à de nombreuses recherches sur les jeunes enfants. Les parents racontent le début de vie de leur bébé et ses habitudes de vie puis on lui présente souvent la professionnelle qui s’occupera de lui et on lui explique le « concept » de la crèche. Cette rencontre n’indique pas pour l’enfant l’inévitable : la séparation sur un temps plus ou moins long sans ses parents. L’enfant est social mais avec ses figures d’attachements et non avec toutes les personnes. Pour les bébés, les mots se lient avec la perception du corps pour qu’ils prennent sens dans son existence. Le mot « faim » a pris sens lors des premières heures de vie quand il a commencé à pleurer et sa maman lui a dit : « bah c’est l’heure, tu dois avoir faim ». La répétition du mot et de la sensation ont ensuite pu être associés dans sa mémoire. L’enfant apprend par la répétition de son expérience (corporel et intellectuel) et si on prend le temps de lui expliquer les événements qui lui arrivent. Les mots « crèche » ou « séparation » n’existent donc pas jusqu’à ce que plusieurs séparations s’effectuent dans le lieu. Le bébé qui a mis des jours à comprendre et découvrir ses parents se retrouve face à un langage corporel et verbal différent propre à un des membres de l’équipe. Il devra le décrypter et accepter cette aide nouvelle. Si nous voulons comprendre le ressenti d’un bébé, prenons comme exemple, il faudrait imaginer que du jour au lendemain, les panneaux du code de la route changent de signification. C’est-à-dire, celui qui indique le « stop » devient celui de l’« autoroute » et ce changement est valable pour tous les panneaux. De plus, vous avez été prévenu de ce changement dans une langue qui n’a pas de sens, pas de symbolique. Bien évidement, il vous faudra du temps pour vous adapter car il faudra assimiler et comprendre les changements mais surtout que cela ne change rien à votre capacité de conduire votre voiture car elle n’a pas été modifiée. Seulement, tous les changements de repères demandent un effort d’acceptation et d’assimilation. Lorsque le bébé pleure, il s’attend à voir, entendre et se sentir porter d’une certaine façon. La professionnelle, malgré tous ses efforts, ne répondra pas à toutes les conditions physiques. Vous demanderez donc à des bébés de comprendre, d’accepter d’autres repères.
Tisser de nouveaux liens
Certains jeunes enfants trouveront facilement de nouveaux repères mais, pour d’autres, il faudra plus de temps. Ces enfants-là interrogeront les équipes. On parlera d’enfant « insécure » selon les termes de la théorie de l’attachement. Mais, il faut comprendre que cette théorie doit être prise en relation avec l’accueillant. Il arrive souvent que des enfants « sécures » avec leurs parents ne le soient pas ou plus à la crèche car l’institution n’a pas permis à l’équipe de mettre des repères et une stabilité dans les soins pour les aider se sentir en sécurité dans la section. De plus en plus de jeunes parents sont très alertes sur les soins du bébé et montrent de très bonnes capacités dans la relation avec leur enfant. Or, quand ce bébé arrivera en section, il sera parfois dans une équipe débordée en période d’adaptation ou avec des problèmes de changement de personnel ou avec des intérimaires qui sont de passage. Pour ce bébé, les panneaux du code de la route changeront parfois plusieurs fois par jour.
Le rôle des professionnels de la petite enfance
Il est bien connu maintenant que le langage aide les bébés mais il est important de se « re »-présenter avant les soins, de redire ce que l’on va faire car l’enfant apprend dans la répétition. Les équipes sont souvent surprises de voir comment du jour au lendemain un bébé qui était en pleurs toute la journée se met à jouer ou à s’endormir facilement. On ne peut pas quantifier le nombre de fois où le nourrisson doit faire l’expérience d’un mot ou d’un soin pour se l’approprier mais nous savons que c’est la répétition dans un contexte de bienveillance qui accompagnera l’enfant sur ce chemin. La bienveillance sera d’accepter, sur une période, d’être plus présent pour certains enfants qui, de toute façon, le demanderont par leurs cris et pleurs. Les bébés ont besoin d’explications sur les pleurs des autres enfants car le nourrisson ne connaît qu’un pleur, le sien. Il sera nécessaire de raconter les différences entre sa maison et la section, voire même entre les professionnelles. Si vous observez les bébés, ils vous montrent souvent ce dont ils ont besoin mais, pour cela, il faut regarder. De même, il faut permettre à certains adultes d’être moins dans le mouvement pour laisser le temps aux enfants de se séparer d’eux-mêmes en explorant leur section à l’inverse de les poser puis de partir et de donner l’impression à un enfant de revivre une « séparation ». Pour se « dés-attacher », il faut déjà avoir créé un lien avec quelqu’un. La notion de la « bonne distance » avec les jeunes enfants a longtemps pesé sur la pratique des professionnels : « il ne faut pas trop s’investir », « s’attacher », « prendre du recul ». Lors des premières absences, le bébé revient à des comportements plus immatures, il régresse. Il cherchera donc le contact avec un adulte qui l’écoutera et le sécurisera comme aux premières heures de vie.
Développer un lien avec l'enfant
Si je devais donner un conseil aux accueillants pour les adaptations, ce serait de développer un « lien » avec l’enfant, c’est-à-dire que, pendant cette période, le jeune enfant ne devrait pas quitter vos pensées ou votre regard plus de 5 minutes. Pour le bébé, le regard et les pensées sont les signes qu’on s’occupe de lui et donc qu’il n’est pas seul au monde. Dans les premiers temps à la crèche, lorsqu’il pleure et il découvre l’absence de sa maman ou de son papa, il se sent seul au monde, perdu. Il faudra beaucoup d’énergie physique et psychique pour palier cette absence. La crainte d’avoir des enfants qui soient trop demandeurs de l’adulte est le signe d’un environnement peu attrayant. Les signes de bonne santé chez le bébé sont l’exploration visuelle et motrice de son environnement. Un geste simple à connaître est, dans les premiers temps, l’enfant doit être porté vers soi, puis à mesure du temps qu’il grandit, le tourner vers le monde, vers l’avant. En institution petite enfance, le repère n’est pas seulement le ou la référent(e) mais aussi le lieu (jouets, aménagement). Sinon, nous leurrons le nourrisson. Les enfants voient défiler, pendant les trois ans de crèche, un nombre important de têtes (turn-over, mutation, congé maternité, changement de section, stagiaires) mais les éléments qui ne changent pas sont souvent l’institution et le matériel. Un enfant sain ira de lui-même explorer le monde car son développement moteur et intellectuel le réclame et cette pulsion est plus forte que lui.
Études sur l'impact de la crèche sur le développement
Des chercheurs de l’Inserm, de Sorbonne Université et de l’Université de Bordeaux ont publié une étude basée sur des données de 1428 enfants montrant que l’accès à un mode de garde collectif entre 0 et 3 ans est lié à moins de difficultés émotionnelles ou relationnelles ultérieurement comparé aux autres modes de garde. Ces résultats sont publiés le 1 octobre 2018 dans la revue Journal of Epidemiology and Community Health.
Une étude française sur le développement émotionnel et comportemental
Des chercheurs de l’Inserm, de Sorbonne Université et de l’Université de Bordeaux (Bordeaux population Health pour l’unité 1219) ont étudié en France l’influence du mode de garde pendant les trois premières années de vie sur développement comportemental et émotionnel des enfants. Cette étude est basée sur 1428 enfants de la cohorte EDEN (Etude sur les Déterminants pré- et post-natals précoces du développement psychomoteur et de la santé de l’Enfant), basée à Nancy et Poitiers qui a suivi des mères pendant leur grossesse ainsi que leurs enfants jusqu’à 8 ans. Les mères ont rapporté le mode de garde principal utilisé pour leur enfant à 4 mois, 8 mois, 1 an, 2 ans et 3 ans : mode de garde informel (principalement les parents et parfois les grands-parents, voisins…), assistante maternelle ou mode de garde collectif (garderie, crèche). Puis à 3 ans, 5 ans et demi, et 8 ans, elles ont rempli le « Strengths and Difficultés Questionnaire » qui mesure les symptômes comportementaux et émotionnels à travers 5 échelles (symptômes émotionnels, problèmes relationnels, hyperactivité-inattention, problèmes de comportement, et comportement prosocial).
Résultats de l'étude
Après ajustement sur des nombreuses caractéristiques sociodémographiques, l’étude montre que comparés aux enfants qui restent à la maison avant l’entrée à l’école maternelle, ceux qui ont fréquenté un mode de garde collectif sont moins susceptibles d’éprouver ensuite (entre 3 et 8 ans) des problèmes émotionnels ou de rencontrer des difficultés relationnelles (environ 3 fois moins). Ils ont aussi un comportement plus prosocial, c’est-à-dire plus empathique (par exemple, partager, être gentil avec les enfants plus jeunes). “L’accès à un mode de garde collectif entre 0 et 3 ans représente une opportunité pour les enfants qui en bénéficient puisqu’il est associé à un meilleur développement psychologique et émotionnel par la suite.” explique Maria Melchior, chercheuse à Inserm.
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