Le monde équestre, souvent perçu comme un univers de performance et de maîtrise, révèle parfois des histoires de vulnérabilité et de résilience. Gwendolen Fer, figure emblématique du concours complet français, incarne cette dualité. De ses succès sportifs à ses épreuves personnelles, son parcours témoigne d'une force intérieure et d'une volonté de se reconstruire. Cet article explore le parcours de Gwendolen Fer, de ses débuts prometteurs à ses défis les plus récents, en mettant en lumière son rapport aux chevaux, son expérience de la maternité et sa capacité à surmonter les obstacles.
Une ascension fulgurante dans le monde du concours complet
Issue d'une famille sportive mais non cavalière, Gwendolen Fer a découvert l'équitation à l'âge de cinq ans, débutant la compétition dès l'âge de huit ans. Son talent et sa détermination l'ont rapidement propulsée vers le concours complet, une discipline exigeante qui combine dressage, saut d'obstacles et cross-country.
Au fil des années, Gwendolen a gravi les échelons, remportant des titres de championne de France dans toutes les catégories jeunes : Poneys, Juniors et Jeunes cavaliers (puis Elite). À seulement 20 ans, elle a décidé de se lancer dans le « grand bain » en créant l'Ecurie des Houarn près de Toulouse, un établissement qui comprend aujourd'hui une écurie de propriétaires et un pôle compétition.
La consécration au plus haut niveau
À partir de 2008, Gwendolen Fer a participé à ses premiers CCI 4* puis a découvert les prestigieux CCI 5* avec Leria du Ter, une jument achetée à 4 ans par ses parents. Le couple termine 6e à Pau (64) en 2010. En 2011, elle intègre le groupe France. Entre 2015 et 2023, Gwendolen s'illustre avec deux chevaux : Romantic Love puis Traumprinz. En 2015, elle remporte la coupe des nations lors du CCIO 4-S de Fontainebleau (77) avec l'équipe de France, termine 2ème en individuel puis s'adjuge plusieurs CCI 4-S. Avec Romantic, elle termine 16e du mythique CCI 5L de Badminton (GBR) avec un maxi sur le cross en 2016. Elle est sélectionnée pour les championnats d'Europe Seniors à Blair Castle (GBR) en 2015 avec Romantic et à Strzegom (POL) en 2017 avec Traumprinz. Gwendolen et Romantic remportent le CCI 5-L à Pau fin 2017 puis le CCI 4-L de Pratoni del Vivaro (ITA) en novembre 2019. Par équipe, elle remporte le classement général du circuit Grand National avec son coéquipier Karim Laghouag en 2017 et 2018. En 2020, malgré le peu de compétitions en raison de la crise sanitaire, la Toulousaine se classe 3e du CCIO 4-S du Haras du Pin (61) avec Traumprinz. Le couple remporte cette épreuve l'année suivante, et Gwendolen prend également le 4e rang avec Romantic Love, tandis que la France s'impose par équipes. Quelques semaines plus tard, Gwendolen et Romantic prennent part aux Européens d'Avenches (SUI) et ils s'adjugent en 2022 le titre de champions de France Pro Élite au Master Pro de Vittel (88). En 2022, Traumprinz prend sa retraite, puis deux ans plus tard, Romantic Love fait ses adieux à la compétition lors des 5 étoiles de Pau. Gwendolen s'attèle à la formation de la relève, comme Fashion Fonroy et Herun Dujo qui ont déjà obtenu des podiums internationaux au niveau 2* et 3*.
En 2017, elle a remporté le CCI* de Pau, devenant ainsi la seule Française à avoir gagné une épreuve de ce calibre. Cette victoire a marqué l'apogée de sa carrière et l'a propulsée au rang de figure emblématique du concours complet français.
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L'annonce du décès de son enfant sur les réseaux sociaux
En janvier 2023, Gwendolen Fer a vécu une épreuve tragique : la perte de sa petite Charlie à la naissance. Un an plus tard, elle a ressenti le besoin de témoigner, pour elle et pour les autres.
Elle explique : « J'ai reçu de nombreux témoignages et ces témoignages m'ont aidée. Des personnes sont venues me demander comment j'avais remonté la pente. Je suis sûre que des sportifs connaissent des problèmes, peut-être pas à l'extrême comme nous en perdant Charlie, mais des parcours de PMA ou d'autres difficultés. Je me dis qu'on ne parle pas assez de ces difficultés et de ce qu'est la maternité en cours de carrière sportive. On a toujours envie de ne montrer que le positif d'une carrière sportive et on ne montre jamais ce qui est le plus difficile et qui nous construit aussi. Il faut arriver à montrer ça. La carrière sportive n'est pas un long fleuve tranquille. Nous les sportifs, on n'est pas des surhommes, on se construit aussi grâce aux difficultés. Il y a des moments où on est au fond du trou. Si mon témoignage peut aider, si des femmes se disent qu'elles ne sont pas toute seules, voilà. »
Gwendolen a choisi d'annoncer le décès de son enfant sur les réseaux sociaux, car elle était une personne connue dans le monde du concours complet et que tout le monde l'avait vue enceinte. Elle explique que ce qui a été le plus dur, c'est que les gens venaient la voir pour savoir si c'était un garçon ou une fille, s'il ou elle grandissait bien… Elle ajoute : « On ne peut pas en vouloir aux gens, ça part d'une bonne intention. Tout le monde n'est pas sur les réseaux sociaux. On se blinde mais… La dernière fois c'était en novembre, mais ça s'est arrêté. »
Le rôle des chevaux dans son processus de deuil
Gwendolen Fer a souligné l'importance de son rapport aux chevaux dans son processus de deuil. Elle explique : « Mon rapport aux chevaux m'a fortement aidée. On communique avec eux. Je leur parle beaucoup. »
Elle a également confié qu'être sportive de haut niveau l'avait aidée à surmonter cette épreuve. Elle explique : « Autant Max que moi, on s'est dit tout de suite : « Il faut qu'on avance. » On ne peut pas revenir en arrière. On a décidé de ne pas la voir, ce qui implique beaucoup de culpabilité. Comme on a demandé une autopsie, elle est née, elle a un état civil. Dix jours après, on n'a pas souhaité assister à la crémation, nos familles y sont allées et nous ont beaucoup aidés. Pendant ces dix jours à la maison, je faisais des grosses crises de culpabilité de ne pas pouvoir la voir. Max m'a beaucoup soutenue mais il avait aussi sa peine. Il fallait qu'on se protège. On ne l'a pas ramenée à la maison avec nous, on n'a pas eu de souvenirs, ça n'empêche pas qu'on se les imagine. Dès que je voyais un bébé, je m'imaginais comment elle pouvait être, comment j'aurais fait. Je pouvais toujours avoir des enfants, on avait quand même cette chance-là. »
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L'utilisation de méthodes de sportifs pour atténuer les angoisses
Gwendolen Fer a révélé qu'elle avait utilisé des méthodes de sportifs, comme la sophrologie ou la méditation, pour essayer d'atténuer les angoisses. Elle explique : « Sur le moment, je n'ai pas pensé à tout ça. Mais je voulais avancer. Une semaine après, je donnais des cours, ça me permettait de ne pas y penser. Il fallait que je bouge, que je pense à autre chose. En donnant des cours, je ne ressassais pas. Cette douleur nous prend et on a envie de s'en débarrasser, mais on apprend qu'il y a des étapes dans le deuil, il faut les respecter. Ça a été dur parce qu'on a envie d'avancer. On a les deux côtés en nous qui se font face. Trois semaines après, je suis remontée à cheval avec mes objectifs de l'année, avec plus ou moins de succès. Il fallait repartir. On a envie d'avancer mais on se rend compte que notre cerveau ne réagit pas comme ça. »
Elle a également confié qu'elle s'était fait suivre par une hypnothérapeute spécialisée dans le deuil périnatal, qui l'a énormément aidée. Elle explique : « Elle m'a énormément aidée, elle a pu poser des mots sur certains de mes actes. À un moment, j'ai ressenti beaucoup de colère. Elle m'a aidée à comprendre que même si j'avais envie d'avancer, le cerveau était en train de faire son deuil. Il fallait respecter certaines règles. On ne peut évidemment pas oublier, mais comment avance-t-on ? La seule chose était de performer en concours, d'arriver à remonter, continuer de montrer qu'il fallait avancer. En fait, je n'y arrivais pas comme je voulais. J'ai connu un gros passage à vide fin mai 2023. J'étais plutôt en phase ascendante jusque-là et, fin mai, j'ai fait un gros retour en arrière. C'est à ce moment-là que je me suis fait suivre. Même dans mon équitation, je n'étais pas la même sans le vouloir. Il y avait des choses que je ne comprenais pas, des fautes bêtes que je ne faisais pas habituellement, notamment sur le cross, un de mes points forts. L'hypnothérapeute m'a expliqué que mon cerveau était toujours en train de me dire que je devais avoir un enfant et que je n'en avais pas. Mon cerveau était en train de se reconstruire et il ne pouvait pas être focalisé sur les compétitions. Mentalement, c'est dur à admettre. »
La maternité et la carrière sportive : un questionnement constant
Gwendolen Fer a souligné que la maternité est un questionnement constant pour une sportive. Elle explique : « Je me suis longtemps posé la question de savoir si je voulais avoir des enfants. Quand j'ai décidé d'en avoir un, c'était aussi parce que je voyais l'horloge biologique tourner. Je ne me voyais pas sans enfant. J'avais repoussé, il fallait y aller et mettre un peu de côté ses objectifs sportifs alors que toute ma vie tourne autour du sport depuis que je suis petite. Quand on a eu Charlie, j'ai compris que je voulais être maman, c'était sûr, c'était ma priorité. Dans notre malheur, ça a été une révélation. »
L'annonce de sa grossesse et le renoncement aux Jeux de Paris
Aujourd'hui, Gwendolen Fer est enceinte. Elle explique que c'est ce qui l'a aidée à surmonter les épreuves qu'elle a traversées. Elle ajoute : « On pouvait continuer à essayer. »
Elle a également confié qu'il était dur d'admettre le renoncement aux Jeux de Paris, mais qu'elle avait compris que sa tête était complètement sur la maternité. Elle explique : « La personne qui m'a suivie m'a expliqué qu'on ne pouvait pas avoir deux gros objectifs. Ma tête est complètement sur la maternité. Je trouvais que j'avais moins de motivation qu'avant alors que j'étais une grosse bosseuse. Le lendemain de mon avortement, j'étais avec ma thérapeute. Je pleurais et lui disais que ça m'énervait, que je ne comprenais pas. Elle m'a dit : « Vous ne vous rendez pas compte, plein de gens dans votre situation ne seraient pas venus au rendez-vous. » Ce que j'aimerais, ce n'est pas oublier parce qu'on n'oublie pas, mais avancer. »
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L'investissement au sein de la Fédération Française d'Équitation
Investie au sein de la FFE, membre du comité fédéral 2021-2024, Gwendolen Fer intègre le staff fédéral en 2025 en tant que sélectionneuse nationale et cheffe d'équipe pour les Juniors et Jeunes cavaliers de concours complet. “Je suis très honorée d’avoir été nommée au poste de sélectionneuse des équipes de France Juniors et Jeunes cavaliers de concours complet. C’est une chance énorme de pouvoir faire partie de cette nouvelle aventure au sein d’un staff en partie renouvelé. C’est aussi l’occasion de remercier Thierry Touzaint et l’ensemble du staff pour ces nombreuses années passées ensemble au sein du groupe France. Je vais essayer de m’en inspirer et de partager mon expérience avec la relève qui a bénéficié des précieux conseils de Pascal Forabosco dont il faut souligner le travail.
L'importance de l'équitation éthologique
Gwendolen Fer s'intéresse depuis un certain temps à l'équitation éthologique. Elle explique : « Cela fait un moment que je m’intéresse à l’équitation éthologique. J’y ai été sensibilisée par Anaïs (ndlr : salariée de Gwen depuis 1 an) qui a ses brevets fédéraux d’éthologie. Ma grossesse est l’occasion de me former là-dessus, puisque l’on est toujours pris par le temps dans mon métier. J’ai demandé à Maxime (ndlr : le compagnon de Gwendolen), qui connaît Andy par l’intermédiaire de l’équipe de France d’endurance, de le joindre afin que l’on puisse organiser un stage. J’avais vraiment envie d’évoluer et d’apprendre. »
Elle ajoute : « J’ai pensé à l’éthologie à partir du moment où j’ai rencontré des difficultés avec certains chevaux qui montraient toutes les qualités pour faire du haut niveau, mais qui avaient un caractère particulier. Malgré mes efforts, j’arrivais au bout de ce que je pouvais leur apprendre. Ou en tout cas, à la limite des solutions que je pouvais avoir. Et j’entends par cela des solutions autres que techniques. Telles que de santé… Bien que j’ai de l’expérience avec des chevaux jugés parfois « difficiles », je me suis dit qu’il y avait une solution différente pour mieux travailler. C’est vrai que l’équitation éthologique était quelque chose que je ne connaissais pas. Et cela peut vraiment apporter des solutions complémentaires. Évidemment, il y a la partie « sport » avec toutes les difficultés techniques. Je ne peux pas dérouler une reprise en cordelette pour faire de la compétition. Mais ce que je veux dire par là, c’est que c’est complémentaire, ne serait-ce que pour le travail à pied, que je ne connaissais pas du tout. À l’époque où je passais mes galops et examens fédéraux, cela n’était pas proposé. Donc tout cela était inconnu pour moi. »
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