À la fin du XVIe siècle, Jeanne d'Albret (1528-1572), reine de Navarre, occupa une place centrale dans l'histoire régionale et nationale, dans une société en pleine crise de conscience. Son histoire est intimement liée à celle de la Réforme calviniste et à l'essor des lettres. Jeanne était un personnage romanesque, dotée d'un caractère fort.

Une Jeunesse Marquée par la Politique et un Mariage Forcé

Jeanne d'Albret voit le jour le 16 novembre 1528 au château de Saint-Germain-en-Laye. Elle est la fille unique de Marguerite d'Angoulême, sœur du roi de France François Ier, et d'Henri d'Albret, roi de Navarre. Elle est donc la nièce de François Ier.

Dès son plus jeune âge, Jeanne fut confrontée aux enjeux politiques de son époque. À 12 ou 13 ans, elle refusa d'épouser le duc de Clèves, Guillaume de La Marck, un prince allemand que son oncle François Ier lui destinait. François Ier souhaitait avoir la main sur son mariage, afin que celui-ci serve ses intérêts. Ce mariage, célébré au château de Châtellerault le 13 juin 1541, visait à consolider l'alliance du roi de France avec le duc de Clèves contre Charles Quint.

L'union ne fut jamais consommée, en raison du jeune âge de Jeanne et de son opposition. Finalement, le mariage fut annulé par le pape Paul III le 12 octobre 1545. Guillaume de Clèves était repassé du côté de Charles Quint, le mariage n’avait plus d’intérêt pour le souverain français.

Un Mariage d'Amour et la Succession au Trône de Navarre

Jeanne de Navarre a presque 20 ans lorsqu’elle convole pour la seconde fois. Le 20 octobre 1548, elle épousa Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, un « premier prince de sang » et lointain descendant de Saint-Louis. Contrairement à son premier mariage forcé, cette union fut un mariage d'amour. De cette union naîtront cinq enfants, dont seuls deux atteindront l'âge adulte : Henri, le futur Henri IV, né le 13 décembre 1553, et Catherine, née le 7 février 1559.

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En 1555, à la mort de son père, Henri II d'Albret, Jeanne devint reine de Navarre. Son époux, Antoine de Bourbon, devint roi consort. Jeanne régna alors sur le Béarn et la Basse-Navarre, notamment depuis ses châteaux de Pau et de Nérac. Comme au temps de ses parents, sa Cour est brillante et n’a rien à envier à celle de France.

La Conversion au Protestantisme et la Réforme du Béarn

Très tôt intéressée par les nouvelles idées religieuses, Jeanne abjura le catholicisme le jour de Noël 1560 à Pau. Tandis que son mari reste fidèle au catholicisme, la souveraine choisit de se convertir au protestantisme. Elle va jusqu’à faire du calvinisme la religion d’État de son royaume. Tout désormais oppose les deux époux et cette question religieuse signe leur rupture définitive au début de l’année 1562. Jeanne d'Albret entend faire valoir ses droits de souveraine et fait progressivement du calvinisme - à partir de 1560 - la religion d’État en Béarn, lequel constitue un laboratoire du protestantisme en Europe. Elle se heurtera aux Valois, en particulier à Charles IX, fils de son cousin Henri II, et à la veuve de ce dernier, Catherine de Médicis (1519-1589), femme de pouvoir et fine politique.

Antoine de Bourbon, qui avait complètement rompu avec son épouse, mourut en 1562 au siège de Rouen, alors qu'il commandait l'armée royale. Le 16 octobre de cette année-là, alors qu’il est à la tête de l’armée royale catholique du roi de France qui affronte les Réformés lors du siège de Rouen, Antoine est blessé par un tir d’arquebuse. Il meurt un mois plus tard, au lendemain du 34e anniversaire de Jeanne qui est devenue, en ce milieu du XVIe siècle, une figure majeure du protestantisme.

Après avoir tenté d'accorder à ses sujets du Béarn une sorte de liberté de conscience religieuse, Jeanne d'Albret radicalisa ses positions après l'invasion de son état par les troupes royales. En 1571, elle promulgua un ensemble de lois religieuses, les Ordonnances ecclésiastiques, qui firent du Béarn un état calviniste, ce qu'il resta jusqu'en 1599.

Un Rôle Clé dans les Guerres de Religion

Jeanne d'Albret est l'héritière, par son père, du royaume de Navarre et de nombreuses autres possessions en royaume de France - point de loi salique en Navarre : Albret, comtés de Foix, d’Armagnac, de Bigorre, de Rodez, vicomté de Limoges, Périgord, Marsan, Lomagne, Nébouzan, mais aussi le Béarn, considéré comme Etat indépendant.

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En 1568, Jeanne d'Albret, alors reine de Navarre, prend la tête du mouvement protestant et se rend à La Rochelle, accompagnée du prince Henri de Navarre, son fils âgé de 15 ans, futur roi Henri IV. La ville de Bergerac est l’une des étapes de ce voyage à haut risque. Tout simplement parce que la ville est la place forte du protestantisme à cette époque. La cité a rallié la cause, notamment avec l’élection de son premier maire protestant, mais aussi, le parti Huguenot, protestant, y est très implanté. La Rochelle est la capitale politique et militaire du protestantisme, et c’est pour cela que Jeanne d’Albret vient ici.

Elle fonde une académie à La Rochelle dans le but de former les futurs pasteurs, et en 1571, elle réunit les personnages importants du protestantisme dans la ville pour définir le nouveau texte doctrinal de la religion, un texte majeur qui a pris le nom de confession de foi “dite de La Rochelle”.

Le Mariage d'Henri et la Mort de Jeanne d'Albret

Dans un souci d’apaisement religieux, la reine Jeanne III de Navarre et la reine-mère Catherine de Médicis, régente du roi de France Charles IX, orchestrent le mariage d’Henri, le fils de la première, avec Marguerite, la troisième fille de la seconde. En 1572, Jeanne d'Albret se rendit elle-même à Paris pour négocier avec Catherine de Médicis les termes du mariage de son fils Henri avec Marguerite de Valois. Ce mariage, auquel elle ne consentit qu'avec beaucoup de réticences, devait ramener la paix entre les partisans des deux partis religieux.

Mais elle n’assistera pas à ces noces royales qui unissent un protestant à une catholique, le 18 août 1572, en la cathédrale Notre-Dame de Paris. Et pas plus au terrible massacre de la Saint-Barthélémy qui suit. En effet le 9 juin, alors qu’elle se trouve à Paris pour les préparatifs de cet événement, Jeanne meurt à 43 ans. Henri devient aussitôt roi de Navarre. Mais un autre destin l’attend. Celui de régner sur la France 17 ans plus tard, après l’assassinat du roi Henri III, son beau-frère qui, comme ses frères, les rois François II et Charles IX et le duc François d’Anjou, n’a pas eu de fils pour coiffer la couronne.

La mort soudaine et inexpliquée de la reine Jeanne suscite immédiatement des interrogations. En cette période troublée, les Huguenots pensent qu’elle ne peut être naturelle. Le poète protestant Agrippa d’Aubigné accuse carrément René Bianchi, le parfumeur italien de Catherine de Médicis, d’avoir, à la demande de celle-ci, donné des gants empoisonnés à la reine de Navarre. Les historiens dédouanent aujourd’hui la mère du roi de France.

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