Introduction
Geneviève Haag, psychiatre et psychanalyste, a marqué le champ de la psychanalyse infantile et de l'autisme par sa contribution originale et sa recherche infatigable. Décédée le 5 juillet 2022, dans sa 89ème année, elle laisse derrière elle une œuvre riche et des perspectives novatrices qui continuent d'inspirer les cliniciens et les chercheurs. Ses travaux, situés au carrefour de plusieurs disciplines, ont permis de renouveler de nombreux concepts cliniques et d'approfondir notre compréhension des processus corporels précoces chez les personnes autistes.
Parcours et influences
Ancienne interne des hôpitaux psychiatriques de la Seine, Geneviève Haag a croisé le chemin de figures pionnières de la psychanalyse, telles que Frances Tustin et Esther Bick, dont elle fut l'élève. Elle a également entretenu un dialogue fécond avec André Green, Piera Aulagnier, Didier Anzieu, Michel Soulé, Florence Guignard, Didier Houzel, Bernard Golse, Maria Rhode et David Rosenfeld. En 1964, elle est appelée par le Pr Didier Duché pour rejoindre l’équipe de L’Institut Médico Educatif Marie-Auxiliatrice à Champrosay (Essonne). Dans les années 60, elle rejoint le Dr Henri Sauguet à L’Institut Claparède à Neuilly sur Seine. Elle y rencontre James Gammill qui devient un de ses superviseurs. Elle a activement contribué en 1973 à la création du GERPEN, Groupe d’études et de recherches psychanalytiques pour le développement de l’enfant et du nourrisson. C’est autour de Donald Meltzer et Marta Harris et de leur venue régulière en France que fut créé en 1973 le Gerpen auquel Geneviève participa activement. A l’institut Claparede, elle a occupé les fonctions de médecin consultant et de psychothérapeute auprès des enfants qui présentaient, pour certains, des états autistiques. Elle les recevait avec leur famille, avec leurs frères et sœurs, s’intéressait de plus en plus au développement du bébé en ayant bénéficié des transmissions de Frances Tustin et de Esther Bick, dont elle fut l’élève. Son parcours a été marqué par une ouverture d'esprit et une volonté constante de tisser des liens entre les disciplines, regrettant les attaques contre les psychanalystes dans le monde de l’autisme.
L'œuvre de Geneviève Haag : Le Moi corporel et l'autisme
L'œuvre de Geneviève Haag se concentre sur l'exploration de la préhistoire de la construction du Moi, en particulier la place centrale de l'inscription corporelle dans la construction de la psyché. Infatigable chercheuse, Geneviève Haag a publié de nombreux articles depuis 1977 où elle a présenté avec Cesar et Sara Botella au Congrès des psychanalystes de langues romanes une conférence princeps : « En deçà du suçotement » ; elle a ouvert la voie à de nombreuses recherches et à la publication de 300 articles, traduits en différentes langues. Ses travaux se situent au carrefour de plusieurs chemins, où elle a croisé des pionniers de la psychanalyse et des espaces psychiques primitifs, qui ont, eux aussi, défriché les voies empruntées par le négatif. Elle avait installé un dialogue avec plusieurs psychanalystes dont André Green, Piera Aulagnier, Didier Anzieu, Michel Soulé, Florence Guignard, Didier Houzel, Bernard Golse, Maria Rhode et David Rosenfeld. On retrouve également dans ses travaux un prolongement du travail winicottien de défrichage des relations entre soma, psyché, création des espaces psychiques, avec lesquels elle faisait des liens avec ses propres découvertes relatives au moi corporel et à l’image du corps.
Son ouvrage "Le moi corporel. Autisme et développement", paru aux Puf en 2018 et récompensé par le 56ème Prix Maurice Bouvet, constitue un véritable manuel de référence sur l'autisme et le développement précoce. A partir d’un recueil d’articles et de conférences allant de 1985 à 2005, ce travail retrace le cheminement de la pensée de l’auteur, une pensée clinique à la fois vivante et actuelle. Bernard Golse, soutenant la richesse scientifique de l’œuvre de Geneviève Haag, préface cet ouvrage. Il souligne le coté innovant de l’ensemble de ces travaux, ayant permis de renouveler de nombreux concepts cliniques. A la suite des travaux des analystes post kleiniens, et à l’appui de nombreux travaux récents, dans le champ de la psychanalyse, mais aussi en dehors, en particulier celui des neurosciences, on assiste à l’élaboration pas à pas, de concepts fondamentaux, inscrits dans une expérience clinique très riche et bien documentée.
Concepts clés et apports théoriques
De nombreux concepts essentiels sont développés dans cet ouvrage. Ils offrent tour à tour une place pour penser la sensorialité, la trace, le non verbal, les images mentales, les boucles de relation, en lien avec l’ancrage corporel précoce. L’importance de l’axe, de l’hémicorps, de la peau, du regard, de l’espace et du groupe, sont tout aussi essentiels. Les processus premiers d’identifications en jeu dans le moi corporel sont détaillés à la loupe. Chemin faisant, l’importance de la contenance, des combinaisons d’une perspective à l’autre, sont également mis en évidence. De même, au cours du développement, la place de la temporalité, du rythme, du geste, du mouvement, y compris pulsionnel, est tout à fait capitale. L’écoute du corps, dans ces contextes de désorganisation extrêmes, offre la possibilité de penser le symptôme, le geste, comme pourvu de sens.
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Lorsque les processus pathologiques sont installés, mais aussi au moment où l’issue se profile, la finesse des observations cliniques justifie la nécessité d’une présence attentive et soutenante dans les pathologies les plus graves. La clairvoyance de ces observations débouche sur des progrès conceptuels indéniables, notamment sur le rôle de l’objet dans les processus autistiques. A partir de là sont possibles des ajustements féconds.
Héritage et transmission
Humble, d’une écoute exceptionnelle alliée à sa voix douce et à son regard bienveillant, elle a supervisé et accompagné des générations de cliniciens qui ont découvert la profonde originalité de sa contribution, notamment sur les processus corporels précoces chez les personnes autistes. Geneviève Haag aimait les liens avec l’esthétique, elle nous laisse une œuvre riche de découvertes et de nouvelles perspectives de recherches à venir. Comme elle aimait souvent dire : « Nous n’avons pas fait le tour de cette question ou de ce problème ». Ainsi elle cherchait toujours à découvrir de nouveaux chemins empruntés par les processus et leurs mises en sens pour penser les intégrations du rythme et de ses fantaisies. En 2004, elle créa la CIPPA en demandant à M.D.
Sa vitalité, sa curiosité intellectuelle et son intérêt profond pour la psychanalyse et la psychanalyse avec l’enfant, son appétit pour la transmission nous manqueront.
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