Félicitations pour votre grossesse ! Il est crucial de comprendre les risques associés au tabagisme pendant cette période et de connaître les ressources disponibles pour vous aider à arrêter. Fumer enceinte présente des dangers considérables pour vous et votre bébé, même avec une consommation réduite de moins de 5 cigarettes par jour. L'idéal est d'arrêter de fumer avant la grossesse, mais il est toujours bénéfique d'arrêter à n'importe quel moment pendant la grossesse, tant pour la future maman que pour le fœtus.

Impacts du Tabagisme sur la Grossesse et le Placenta

Le tabagisme est une accoutumance à des produits dérivés des feuilles de tabac, la nicotine étant l'élément le plus addictif. La fumée de cigarette contient environ 4 000 substances chimiques, dont une soixantaine sont classées comme cancérigènes. Ces substances, incluant les goudrons, les substances irritantes, le monoxyde de carbone, l'acétaldéhyde, l'anabasine, l'ammoniac, le benzène et le plomb, ont des effets néfastes reconnus sur la femme enceinte et son fœtus.

Risques Accrus pour la Mère

  • Grossesse extra-utérine : Les femmes fumeuses ont deux fois plus de risque de faire une grossesse extra-utérine.
  • Fausse couche spontanée : Le risque de fausse couche spontanée est en moyenne triplé, et peut être multiplié par cinq pour les femmes fumant plus de trente cigarettes par jour en début de grossesse. Le risque de fausse couche est multiplié par 1,5 à 3, proportionnellement au nombre de cigarettes fumées chaque jour. De 10 % chez les femmes qui ne fument pas, ce risque peut atteindre 20 % voire 35 % chez celles qui fument plus d’un paquet et demi par jour.
  • Problèmes placentaires : Le placenta risque de se fixer trop bas dans l’utérus, ce qui peut provoquer un hématome rétro placentaire et entraîner des saignements lors du troisième trimestre de la grossesse. Les saignements de l’utérus et l’hématome rétro-placentaire (une accumulation de sang qui décolle le placenta de la paroi de l’utérus) sont plus fréquents chez les femmes qui fument. La nicotine a un effet vasoconstricteur sur les artères du placenta et sur l’artère ombilicale, ce qui rend la circulation du sang moins bonne.
  • Rupture prématurée des membranes : Le risque de rupture des membranes avant trente-quatre semaines d’aménorrhée est multiplié par trois, ce qui en fait la première cause d’accouchement prématuré chez la femme enceinte fumeuse. Enfin, l’accouchement prématuré (avant la 34e semaine d’aménorrhée) est trois fois plus fréquent chez les fumeuses.

Risques pour le Fœtus et le Nouveau-né

  • Retard de croissance : Le fœtus peut souffrir de retard de croissance, de petit poids de naissance et de diminution du périmètre crânien. Fumer pendant la grossesse réduit l’apport d’oxygène au fœtus. Sur le long terme, ce manque d’oxygène chronique provoque un retard de croissance de l’enfant à naître, avec une diminution du poids et de la taille à la naissance : on estime que les nouveau-nés de mères fumeuses pèsent en moyenne 200 grammes de moins que ceux de non fumeuses.
  • Complications à la naissance : La survenue de complications à la naissance est augmentée.
  • Mort subite du nourrisson : Le tabac est la première cause de mort subite du nourrisson. Les nourrissons qui ont été exposés au tabac pendant la grossesse ou après l’accouchement (tabagisme passif) présentent un risque deux fois plus élevé de mort subite du nourrisson. Ces nourrissons sont plus enclins à faire des apnées pendant leur sommeil, apnées qui sont impliquées dans le syndrome de mort subite du nourrisson.
  • Malformations congénitales: Le tabac peut augmenter le risque de malformations congénitales, telles que des malformations faciales, cardiaques et pulmonaires.
  • Infections respiratoires et otites : Augmentation des infections respiratoires basses et des otites chez le futur enfant.
  • Risque de surpoids à l’adolescence.

Impact sur le Placenta

Des études récentes ont montré que la consommation de tabac, même lorsqu’elle est stoppée avant la grossesse, peut avoir des conséquences sur le placenta. L'étude de l’ADN placentaire révèle que fumer pendant, mais aussi avant la grossesse, entraîne des modifications épigénétiques (méthylation de l’ADN) qui pourraient affecter le déroulement de la grossesse.

Une équipe de l’Inserm, du CNRS et de l’Université Grenoble Alpes a mesuré et comparé l’impact de la consommation de tabac dans les 3 mois précédant la grossesse et/ou pendant la grossesse sur la méthylation de l’ADN placentaire. Les chercheurs ont étudié l’ADN d’échantillons de placenta, prélevés au moment de l’accouchement chez 568 femmes réparties en trois catégories : non-fumeuses, anciennes fumeuses (arrêt de la consommation dans les trois mois précédant la grossesse) et fumeuses (consommation dans les trois mois précédant la grossesse et pendant toute la durée de la grossesse).

Les scientifiques ont observé que, chez les fumeuses, 178 régions du génome placentaire présentaient des altérations de la méthylation de l’ADN. Chez les anciennes fumeuses, les chercheurs ont identifié 26 de ces 178 régions dont la méthylation de l’ADN était encore altérée. La méthylation des 152 autres régions n’était altérée que chez les femmes ayant fumé pendant leur grossesse.

Lire aussi: Cigarette électronique et grossesse : ce qu'il faut savoir

Ces altérations se trouvaient souvent dans des zones enhancers, qui contrôlent l’activation ou la répression de gènes, et sur des gènes importants pour le développement du fœtus.

Ces résultats suggèrent qu’il existe une « mémoire épigénétique » de l’exposition au tabac, même après l’arrêt de la consommation avant la grossesse. Ces modifications de la méthylation de l’ADN placentaire pourraient expliquer les effets du tabagisme observés sur le fœtus et la santé ultérieure de l’enfant.

Stratégies pour Arrêter de Fumer

Il n'est jamais trop tard pour arrêter de fumer pendant la grossesse. Même un arrêt de courte durée peut améliorer considérablement la santé de la mère et du bébé.

Méthodes Naturelles et Changement d'Habitudes

Commencez par des méthodes naturelles, en changeant vos habitudes, vos idées sur la cigarette et votre manière de gérer vos émotions.

Voici un exemple avec la cigarette du matin :

Lire aussi: Les dangers du tabac pour la femme enceinte

  1. Aspect physique : Expliquez à votre cerveau qu'à partir de maintenant, vous faites sans nicotine. L'envie durera maximum 5 minutes et vous êtes capable de résister. Plus vous résistez, plus ce sera facile la prochaine fois.
  2. Aspect psychologique : Trouvez une autre action qui va vous réveiller, comme un passage par la salle de bain avant même le petit-déjeuner. Enchaînez avec coiffure et maquillage.
  3. Aspect rituel : Changez le menu de votre petit-déjeuner, prenez-le dans une autre pièce, concluez ce repas par un brossage de dents.

Substituts Nicotiniques

Si ces modifications ne suffisent pas après 8 jours, passez à la phase 2 avec des substituts nicotiniques, autorisés pour les femmes enceintes. C'est une nicotine propre, sans produits toxiques, qui n'agresse ni votre système cardiovasculaire ni celui du fœtus. Vous pouvez utiliser des patchs ou des pastilles à la nicotine pour gérer les moments de manque.

Bilan Préalable

La prise en charge commence par un interrogatoire sur :

  • Vos antécédents de santé.
  • Vos antécédents personnels et familiaux.
  • Votre milieu socio-professionnel.
  • Votre histoire tabagique.
  • Vos éventuelles co-addictions (alcool, cannabis, etc.).

Ce bilan est généralement suivi :

  • D’un examen clinique complet.
  • D’une évaluation de la dépendance par le test de Fagerström.
  • D’une évaluation du comportement tabagique par le test de Horn.
  • D’une évaluation de la motivation de la fumeuse à arrêter, via divers tests au choix (test de Richmond, test de Demaria, Grimaldi et Lagrue).

Autres Méthodes de Sevrage

  • Prise en charge psychologique : Assurée par un psychologue ou un psychiatre.
  • Thérapies comportementales et cognitives (TCC) : Ces thérapies peuvent aider à identifier et modifier les pensées et les comportements qui contribuent au tabagisme.
  • Consultation avec un tabacologue : Il peut fournir un soutien individualisé et des conseils pour arrêter de fumer.

Note : Le bupropion LP et la varénicline sont contre-indiqués chez la femme enceinte.

Ressources et Soutien

  • Consultations spécialisées d’aide au sevrage : Renseignez-vous auprès de votre caisse d’Assurance Maladie.
  • Ligne d'écoute Tabac info service (3989).
  • Site web de Tabac Info Service.
  • Application web Tabac info service : Offre un coaching 100 % personnalisé.
  • Associations locales de lutte contre le tabagisme.
  • Professionnels de santé : Médecin, sage-femme, PMI.
  • Défi #MoisSansTabac : Participez en novembre pour arrêter de fumer en groupe.

Le Rôle des Professionnels de Santé

La grossesse est une période de suivi médical régulier, offrant aux professionnels de santé une opportunité d’informer sur les conséquences du tabagisme chez les femmes enceintes et sur le tabagisme passif. Il est primordial de soutenir les femmes dans leur sevrage sans les juger.

Lire aussi: Arrêter de fumer enceinte : les solutions

Remboursement des Substituts Nicotiniques

Depuis le 1er janvier 2019, les substituts nicotiniques sont remboursés à 65 % par l'Assurance Maladie. Lors de l’édition 2011, le gouvernement français avait annoncé l’augmentation du remboursement des traitements d’aide au sevrage de 50 à 150 euros par an pour les femmes enceintes.

tags: #fumer #enceinte #risques #placenta

Articles populaires: