L'héritage de Francisco Franco, le dictateur qui a régné sur l'Espagne de 1939 à 1975, continue de susciter des débats passionnés et des controverses juridiques. Si la figure du caudillo divise encore l'opinion publique, ses descendants, eux, se retrouvent au cœur de batailles judiciaires concernant la restitution de biens acquis de manière illégale durant la dictature, tout en gérant un empire économique diversifié.

Une condamnation à rendre un domaine acquis illégalement

La justice espagnole a récemment rendu un jugement retentissant, condamnant six petits-enfants de Francisco Franco à restituer à l'État le Pazo de Meirás, un manoir situé en Galice. Cette propriété, construite entre 1893 et 1907, avait été acquise de manière illégale par le dictateur et était restée entre les mains de sa famille pendant des décennies.

Le Pazo de Meirás, classé monument d'intérêt culturel par le Parlement régional de Galice, devrait être ouvert au public. Cependant, les descendants de Franco s'opposaient à cette décision, arguant qu'il s'agissait d'une propriété privée. Le gouvernement socialiste espagnol avait déposé une plainte pour récupérer la résidence d'été de Franco, affirmant qu'elle avait fait l'objet d'une vente « frauduleuse » en 1941.

Selon le jugement consulté par l'AFP, le tribunal a déclaré la « nullité » de la donation de 1938, dans la mesure où la propriété a été offerte « au chef de l'État, et non pas à Francisco Franco à titre personnel ». La justice a donc condamné la famille de Franco à rendre le bâtiment, sans pouvoir prétendre à une indemnisation des dépenses engagées pour maintenir en état la propriété. Les héritiers de Franco ne peuvent pas être considérés comme les propriétaires du domaine depuis la mort du dictateur en 1975, ajoute le communiqué de la justice.

Un empire économique diversifié

Au-delà de cette affaire emblématique, les sept petits-enfants du dictateur se partagent une fortune immobilière considérable et sont à la tête d'un vaste réseau commercial. Selon le quotidien El País, leur conglomérat d'entreprises est présent dans divers secteurs, tels que les relations publiques, l'hôtellerie de luxe et le commerce maritime.

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Les petits-enfants de l'ancien chef de l'État sont aujourd'hui à la tête de 21 entreprises, dont la valeur s'élève à 102,5 millions d'euros, avec un patrimoine immobilier comprenant 258 propriétés, dont un palais, 22 immeubles, 195 places de parking, des locaux commerciaux, etc. Bien que centrés sur le foncier, les descendants du dictateur s'intéressent également à d'autres types d'activités puisque les relations publiques (Ocnarf), les jardins d'enfants (Servicios Infantiles Dulcinea) ou les hôtels (CM 16) font également partie de ce conglomérat.

L'aîné des petits-fils, Francisco Franco Martínez-Bordiú, dit "Francis", a même présidé aux destinées d'une compagnie maritime slovaque, Slovenská Plavda, jusqu'en 2016, par le biais de l'une de ses sociétés, Tabacmesa. Cette dernière a ensuite vendu ses parts pour 7,5 millions d'euros.

Controverses et affaires immobilières

L'implication de la famille Franco dans le secteur immobilier, notamment dans la promotion de maisons de luxe, suscite également des controverses. Les arrière-petits-fils de Franco, Francisco de Borja et Jaime Ardid Martínez-Bordiú, se sont fait une place de choix dans ce domaine, opérant avec discrétion à travers la société ARD V53. Ils ont notamment rénové des biens de prestige dans le quartier de Salamanca à Madrid, avec des prix de vente dépassant 15 000 euros le mètre carré.

La mémoire de Franco et l'exhumation du Caudillo

Parallèlement aux affaires économiques, la famille Franco s'est également battue pour défendre la mémoire du dictateur et s'opposer à l'exhumation de sa dépouille du mausolée du Valle de los Caidos. Le gouvernement espagnol souhaite transformer ce site en un mémorial aux victimes de la guerre civile, ce qui a suscité la vive opposition des descendants de Franco.

La famille a utilisé « tous les recours légaux » contre la décision du gouvernement d’exhumer le corps du dictateur et a déclaré qu'elle prendrait en charge sa dépouille si tel était le cas afin de lui donner « une sépulture chrétienne ».

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Portraits de quelques membres de la famille Franco

La famille Franco compte de nombreux membres, dont certains ont une forte présence médiatique :

  • Carmen Franco Polo (1926-2017) : Fille unique du dictateur, elle était duchesse de Franco et grande d'Espagne. Elle a géré l'empire familial jusqu'à sa mort. Dans une biographie autorisée, elle décrit son père comme « un peu autoritaire et machiste » mais pas « dictateur ».
  • Carmen Martínez-Bordiú (née en 1951) : Fille aînée de Carmen Franco Polo, elle est connue pour ses mariages, ses divorces et ses apparitions dans la presse people. Elle est la mère de Louis Alphonse de Bourbon, prétendant légitimiste au trône de France.
  • Francisco Franco Martínez-Bordiú (né en 1954) : Petit-fils aîné du dictateur, il a écrit un livre à la gloire de son grand-père et gère la fortune de la famille.
  • Jaime Martínez-Bordiú : Benjamin de la famille, il est connu pour ses démêlés avec la justice espagnole.

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