Introduction

La fécondation in vitro (FIV) est une technique de procréation médicalement assistée (PMA) qui a révolutionné la manière dont les couples infertiles peuvent concevoir un enfant. Cette technique, qui consiste à féconder un ovule avec du sperme en laboratoire avant de l'implanter dans l'utérus, a connu des avancées considérables depuis sa création. Cet article retrace l'histoire de la FIV, en mettant en lumière les pionniers, les défis éthiques et les progrès qui ont conduit à son adoption généralisée.

Les Débuts Controversés de la FIV

L'idée de la fécondation in vitro n'est pas nouvelle. Déjà dans les années 1930, des scientifiques comme Gregory Pincus ont commencé à explorer la possibilité de féconder des ovules en dehors du corps humain. Mais Pincus était en avance sur son temps et son expérience fût extrêmement critiquée. En effet, Aldous Huxley, écrivain américain, venait de publier son roman «Le meilleur des mondes». Il y racontait l’histoire cauchemardesque de bébés éprouvette nés sans humanité ni esprit. Le Times Magazine dépeigna alors Pincus comme « un docteur Frankenstein » qui transformait la science-fiction en réalité.

Les Premières Expériences sur les Animaux

Les premières expériences de fécondation in vitro ont été réalisées sur des animaux. En 1891, le transfert d'embryons a été réalisé chez une lapine en Grande-Bretagne. Dans les années 1950, des chercheurs ont réussi à féconder des ovules de lapines in vitro. En 1959, la fécondation in vitro et le transfert d'embryon (FIVETE) ont été réalisés sur des lapines en France et aux États-Unis. Ces expériences ont permis de mieux comprendre les mécanismes de la fécondation et du développement embryonnaire. Chez la lapine, c’était en 1960, chez la vache ça a été après, très vite.

Les Premières Tentatives Humaines

Dans les années 1960, les scientifiques ont commencé à tenter la fécondation in vitro sur des humains. En 1969, la fécondation in vitro (FIV) a été réalisée sur un être humain en Grande-Bretagne. Cependant, ces premières tentatives ont souvent échoué ou ont abouti à des grossesses extra-utérines.

La Naissance de Louise Brown et l'Essor de la FIV

L’amélioration des connaissances biologiques et des techniques médicales permit en 1978 la première naissance viable d’un enfant conçu par FIV. Il s’agit de Louise Brown, née en Grande‐Bretagne, «fruit» du travail de Robert Edwards et du gynécologue Patrick Steptoe. La naissance de Louise Brown a marqué un tournant dans l'histoire de la FIV. Pour les femmes ayant les trompes de Fallope bouchées, jusqu´à cette date, toutes les femmes ayant les trompes de Fallope bouchées étaient considérées comme stériles. Dans ces cas-là, la chirurgie réparatrice tentait de rétablir la circulation des gamètes dans les conduits. Cependant, le succès de ces opérations chirurgicales restait infime.

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Les Réactions Initiales

Louise fut le premier « bébé éprouvette » issu de la fusion extracorporelle de cellules reproductrices mâles et femelles, grâce aux pionniers en la matière : les docteurs Robert G. Edwards et Patrick Steptoe ! Le 25 juillet 1978, le monde découvre les photos de Louise Brown née grâce à l’une des procédures de procréation médicalement assistée (PMA) : la fécondation in vitro. Cependant, cette naissance a également suscité des controverses éthiques et religieuses. Peut-on manipuler le vivant ? Est-ce que ce procédé peut être considéré comme éthique ? La science va-t-elle trop loin ?

L'Adoption Progressive de la FIV

Malgré les controverses, la FIV a rapidement gagné en popularité. Très rapidement, la procédure d’aide médicale à la procréation est appliquée dans divers pays du monde, à commencer par l’Inde, l’Australie et la France. Les premières FIV se font sans stimulation hormonale: un seul ovocyte est prélevé, et les chances de succès restent infimes.

La Naissance d'Amandine et le Développement de la FIV en France

En France, la première naissance issue de la FIV a eu lieu en 1982. Amandine est née à 3 h 20 le 24 février 1982. L’accouchement eut lieu dans le plus grand secret : « Un véritable scénario policier avait donc été monté afin de tromper les paparazzi et autres présences gênantes ou indiscrètes.

La Compétition Amicale et le Partenariat Scientifique

Y-avait-t-il une compétition en France pour être la première équipe à réaliser une F.I.V. Oui, il y avait une compétition amicale, mais une compétition quand même. Il y avait une autre équipe à Sèvres dirigée par Jean Cohen. À un moment où on faisait des fécondations en cycle naturel, de manière très sporadique, pas comme aujourd’hui, cette équipe avait un problème. Ils n’arrivaient pas à avoir de fécondation. Nous on avait des fécondations, mais pas de grossesses. Donc on a décidé de faire un partenariat, on recevait les ovocytes et dons de sperme de l’équipe de Sèvres, on faisait la fécondation en laboratoire ici et j’allais faire le transfert avec Jean Cohen. La patiente est enceinte, mais elle avorte, du coup cela a créé un lien entre les deux équipes.

Les Réactions Éthiques et Sociales

L’état d’esprit était plutôt mitigé, parce qu’il y avait beaucoup de gens qui étaient opposés. Pas beaucoup de gens savaient que l’on travaillait dessus, mais il y avait déjà eu la naissance de Louise Brown en Angleterre, donc il y avait déjà des réactions et beaucoup de gens trouvaient que c’était une vraie transgression que d’avoir un embryon in vitro sous les yeux, de pouvoir le voir, le toucher, le manipuler, choses qui étaient impossibles jusqu’à présent. Même des gens très connus dans le milieu scientifique y étaient opposés disant qu’il fallait plus travailler sur l’animal etc.

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L'Évolution de l'Éthique et du Droit

Pour nous, cela va marquer la naissance de l’éthique, non seulement le président Mitterrand va créer le Comité National d’Éthique mais c’est la première fois que de façon aussi organisée, il va y avoir la nécessité d’avoir une réflexion éthique, peut-être dans le domaine des greffes aussi, mais c’est à peu près à la même période, et ensuite on va passer de l’éthique au droit.

Les Avancées Technologiques et Médicales

Depuis les années 1980, la PMA (Procréation Médicalement Assistée ) a connu de nombreuses évolutions, à la fois sur le plan technologique et médical, mais aussi en termes quantitatifs.

L'Amélioration des Chances de Succès

Parallèlement, les progrès techniques et médicaux ont permis au fil des années d’améliorer les chances de succès des techniques de PMA. L’essor de la FIV en France fut. C’est le Groupe d’étude de la fécondation in vitro en France), qui centralise les informations provenant des divers centres, et.

Le Diagnostic Pré-Implantatoire (DPI)

Le DPI, ce qui signifie Diagnostic Pré-Implantatoire, permet de sélectionner des embryons sur un critère génétique. Cette technique est uniquement et strictement réservée aux familles présentant des maladies génétiques incurables. Karen Sermon a commencé un parcours passionnant dans le monde du diagnostic génétique préimplantatoire embryonnaire (DPI) dans lequel elle reste immergée à l’heure actuelle après avoir été à l’origine de nombreuses avancées. Le DPI (également appelé PGTA) consiste à étudier le matériel génétique de l’embryon en laboratoire. Certaines maladies apparaissent lorsqu’une altération ou une mutation dans un gène spécifique se produit. Ces maladies sont connues comme les maladies monogéniques. C’est précisément sur ce type de maladies que Karen Sermon s’est centrée. Elle a développé un DPI pour détecter les embryons qui pouvaient développer la maladie de Tay-Sachs, une grave maladie héréditaire entraînant des lésions neurologiques et une mort prématurée. Elle continua dès lors à travailler sans relâche pour améliorer la technique et développer un DPI pour de nombreuses autres maladies monogéniques.

La FIV avec Injection Intracytoplasmique de Spermatozoïdes (ICSI)

En 1992, une autre avancée majeure a été la FIV avec injection d'un spermatozoïde dans l'ovule (ICSI) en Belgique. Cette technique a permis de surmonter les problèmes de fertilité masculine en injectant directement un spermatozoïde dans l'ovule.

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La Cryoconservation des Ovocytes et des Embryons

La cryoconservation des ovocytes et des embryons a également permis d'améliorer les chances de succès de la FIV. Elle offre aux femmes la possibilité de préserver leur fertilité et de reporter leur projet de grossesse. En 1985, la FIVETE avec transfert d'embryon congelé a été réalisée en Grande-Bretagne. En 1986, la FIVETE avec ovule congelé a été réalisée en Australie.

Les Femmes Scientifiques et la FIV

Plusieurs femmes scientifiques ont joué un rôle clé dans le développement de la FIV.

Les Pionnières

Au XIe siècle, en plein Moyen Âge, Trótula de Ruggiero était médecin et enseignante à l’école de Salerne, ce qui l’a finalement amenée à être connue plus tard sous le nom de Trótula de Salerne. L’École de Salerne a été l’un des premiers centres d’enseignement de la médecine en Europe. Trotula di Ruggiero a intensément étudié le domaine de la gynécologie et de l’obstétrique et fut considérée la première personne à se spécialiser dans ces domaines. Nombreux sont ceux qui ont attribué la création de ses travaux à son mari, car ils ne concevaient pas qu’une femme pouvait être à l’origine de ces brillantes avancées scientifiques. Elle a écrit plusieurs traités, dont le « Passionibus mulierum curandorum » (Guérison des maladies des femmes), utilisé comme texte obligatoire dans les universités pendant plusieurs siècles.

Rose Epstein Frisch

Rose Epstein Frisch fut diplômée de zoologie par l’Université de Columbia en 1940. Elle décida d’interrompre son activité de chercheuse pendant l’enfance de ses trois enfants afin de s’occuper d’eux. 17 ans après avoir obtenu son doctorat, elle reprit sa vie scientifique à Harvard. Un salaire inférieur et une quasi impossibilité de promotion par le simple fait d’être femme n’ont pas freiné son initiative. Rose Frisch a réalisé des études exhaustives sur les femmes, en particulier sur des athlètes et des gymnastes, en concluant qu’un pourcentage minimum de graisse corporelle était nécessaire pour atteindre la ménarche (première menstruation) et pour le maintien de cycles menstruels réguliers. Dans l’Amérique de cette époque, qui était encore majoritairement masculine dans le monde de la science, ses discours sur la menstruation n’étaient pas bien vus et étaient source de scandale et de rejet. Malgré tout, son idée termina par être mise en œuvre et se maintient de nos jours.

Jean Purdy

Jean Purdy (1945-1985) est considérée comme la première femme embryologiste. Malgré l’importance de son travail dans la réalisation de l’étape la plus importante de la procréation assistée, son nom a été omis pendant des décennies de toute reconnaissance.

Anna Veiga

Anna Veiga a quelques fois reconnu qu’elle avait dû faire face à des difficultés, non pas parce qu’elle était une femme, mais parce qu’elle était biologiste. La médecine de la reproduction était jusqu’à présent particulièrement centrée sur des aspects médicaux. Ses travaux l’ont ensuite conduit au domaine des cellules souches pour pouvoir, entre autres, les utiliser pour traiter des maladies dégénératives. Anna Veiga, qui possède une vaste et intense activité de recherche, a publié plus d’une centaine de travaux et est considérée une référence dans ses domaines de travail. Elle a participé activement aux sociétés scientifiques les plus importantes.

La FIV Aujourd'hui

Aujourd'hui, la FIV est une technique de PMA courante et largement acceptée. En effet, aujourd’hui, environ 350 000 bébés sont conçus chaque année par FIV en France et un enfant sur 30 naît chaque année grâce à la PMA. En France, en 2019, 3,7% des enfants ont été conçus par PMA (procréation médicalement assistée), incluant 2,9% par FIV et 0,8% par insémination artificielle. Autrement dit, en moyenne, parmi un groupe de 27 enfants nés en 2020, l’un de ces enfants a été conçu par PMA.

L'Évolution des Indications

De plus, la PMA ne concerne plus seulement les couples hétérosexuels. Dans ce contexte devrait s’ouvrir en 2018 et 2019 un débat sur l’opportunité d’ouvrir l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes et aux femmes seules. Désormais accessible aux couples hétérosexuels en âge de procréer et dont au moins un membre est stérile ou atteint d’une maladie grave transmissible, ces techniques pourraient s’ouvrir aux couples lesbiens et aux femmes seules avec la révision de la loi bioéthique française.

Les Défis Restants

Malgré ses progrès, la FIV reste une technique complexe et coûteuse. L’éthique est d’ailleurs le cœur des interrogations sur le développement des procédures de procréation médicalement assistée, encore aujourd’hui, tout comme la filiation. De plus, elle peut entraîner des complications, telles que les grossesses multiples. Le phénomène de naissances multiples (jumeaux, triplés…) associé aux FIV n’est plus autant d’actualité. En effet, sur 100 accouchements résultant d’une FIV, il naissait 130 enfants dans les années 1990 en France, quand aujourd’hui il en naît 107.

L'Insémination Artificielle : Une Technique Complémentaire

La plus ancienne méthode utilisée était l’insémination artificielle, qui consiste à déposer le sperme au niveau de l’utérus pour favoriser la rencontre entre le spermatozoïde et l’ovule. Appelée « fécondation artificielle » jusqu’aux années 1940, l’insémination artificielle remonte au dernier tiers du XVIIIe siècle. À cette époque, des naturalistes européens expérimentent sur des animaux diverses techniques de fécondation artificielle, dans le but de comprendre les mécanismes de la reproduction. Le biologiste italien Lazzaro Spallanzani (1729-1799) mène dans les années 1770 des expériences sur des grenouilles. C’est donc le contact physique entre le sperme et les œufs qui permet la reproduction, plutôt qu’une « force vitale », ainsi que le voulait la théorie de la génération spontanée. Spallanzani prolonge dans les années 1780 ses expériences sur des mammifères, notamment des chiens (fécondation artificielle intracorporelle), avec le même succès. Et dans les années 1790, le chirurgien britannique John Hunter (1728-1793) recueille le sperme d’un homme, qu’il injecte dans le vagin de son épouse, afin de contourner l’incapacité du couple à concevoir.

L'Évolution de l'Insémination Artificielle

À partir des années 1830, puis 1860, quelques médecins européens utilisent ces résultats expérimentaux dans une perspective thérapeutique. À l’aide d’une seringue, ils cherchent à contourner la stérilité de certains couples dont l’homme ou la femme souffre d’une malformation empêchant la mise en contact du sperme et de l’ovule. Dans les années 1880, la fécondation artificielle intègre les manuels de médecine : réservée aux couples qui ne présentent pas de maladie héréditaire, elle constitue l’une des façons de soigner certaines formes de stérilité, même si ce n’est encore qu’à toute petite échelle. Au début du XXe siècle et jusque dans l’entre-deux-guerres, les techniques d’insémination artificielle animale et humaine se perfectionnent, notamment sous l’influence de biologistes britanniques et russes qui les appliquent avec succès à l’élevage équin et bovin, et ce à grande échelle.

Les Enjeux Éthiques et Religieux

Les médecins discutent de l’encadrement déontologique, moral et juridique de la fécondation artificielle, cherchant à préciser les droits et devoirs des époux, du médecin et de l’enfant à naître. Quel jugement l’Église catholique porte-t-elle sur cette technique ? En 1897, la Sacrée Congrégation du Saint-Office émet un décret de condamnation de la fécondation artificielle humaine, alors qu’elle n’est encore qu’une pratique thérapeutique exceptionnelle. Tout d’abord, l’insémination artificielle, assimilable à un adultère de l’épouse, serait contraire à l’honneur de l’époux et à la « pudeur professionnelle » des médecins. A fortiori, l’Église considère l’insémination artificielle avec donneur comme de la fornication. Enfin, et plus fondamentalement, la pratique de l’insémination artificielle viole la loi morale naturelle et la loi divine : elle est contre nature, comme l’indiquent ses origines vétérinaires et le fait que le sperme n’est pas destiné à être manipulé.

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