L'infertilité, définie par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme l'incapacité d'obtenir une grossesse après 12 mois ou plus de rapports sexuels réguliers non protégés, affecte environ une personne sur six et un couple sur quatre dans le monde. Face à ce défi, la fécondation in vitro (FIV) et, plus spécifiquement, la FIV avec injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI), offrent des solutions précieuses pour les couples infertiles. Cet article explore en détail ces techniques de procréation médicalement assistée (PMA), leurs indications, leurs procédures et leurs perspectives.
La Fécondation In Vitro (FIV) : Une Vue d'Ensemble
La fécondation in vitro (FIV) est une technique d'aide à la procréation qui permet la fécondation de l'ovocyte à l'extérieur du corps de la femme. Elle a révolutionné la vie des couples qui rencontrent des problèmes de fertilité. La FIV est pratiquée dans les centres d’assistance médicale à la procréation (AMP). Il en existe une centaine en France. La FIV se passe en quatre étapes qui forment un cycle d’environ deux semaines.
Étapes Clés de la FIV
- Stimulation ovarienne : À l’aide de médicaments inducteurs de l’ovulation, injectables ou par voie orale, le médecin stimule la production de follicules par les ovaires. Il surveille l’effet des médicaments inducteurs à l’aide de prises de sang et d’échographies. Quand la taille des follicules est suffisamment élevée, il déclenche artificiellement l’ovulation par l’injection d’hormone hCG.
- Ponction ovocytaire : Entre 32 et 36 heures après l’ovulation, les ovocytes produits par les ovaires sont prélevés. Les ovocytes récoltés sont placés dans un liquide de culture.
- Fécondation in vitro : Les ovocytes récoltés sont placés dans un liquide de culture et mis en présence d’une suspension de spermatozoïdes préparée avec les spermatozoïdes les plus vigoureux.
- Transfert d'embryons : Deux à cinq jours après la fertilisation, un ou deux embryons, voire trois selon les cas, sont placés dans l’utérus par les voies naturelles (en passant par le vagin et le col de l’utérus). Les autres embryons sont congelés pour une éventuelle utilisation ultérieure.
La FIV ICSI : Une Technique Avancée
En anglais, ICSI signifie « intracytoplasmic sperm injection » (soit, injection intracytoplasmique de spermatozoïde). La FIV ICSI est une technique utilisée lors d’un parcours PMA (Procréation Médicalement Assistée) qui correspond donc à une fécondation in vitro avec une micro-injection intracytoplasmique d’un spermatozoïde. La première fécondation in vitro ICSI fut expérimentée au centre de médecine de la reproduction de l’université libre néerlandophone de Bruxelles. Hormis le processus de fécondation in vitro qui diffère, le parcours de FIV ICSI est en tout point similaire à celui d’une FIV classique. Il débute par la stimulation ovarienne réalisée chez la femme pour stimuler la croissance d’un maximum d’ovocytes. Ceux-ci sont récupérés par ponction ovocytaire. Parallèlement à cette ponction ovocytaire, le recueil du sperme est réalisé.
Le Processus d'ICSI en Détail
- Sélection des spermatozoïdes : Une micropipette permet de maintenir l’ovocyte par aspiration. Parallèlement, le spermatozoïde est sélectionné est aspiré dans la pipette d’injection. Cette sélection a lieu selon des critères morphologiques et de mobilité.
- Micro-injection : Il est ensuite réinjecté au sein de l’ovocyte.
Indications de la FIV ICSI
La FIV ICSI est particulièrement indiquée dans les situations suivantes :
- Oligospermie sévère : Dans les cas d’oligospermie sévère, le nombre de spermatozoïdes recueillis est très faible (moins de 1 million de spermatozoïdes par millilitre de sperme), la FIV ICSI avec micro-injection intracytoplasmique est particulièrement indiquée.
- Teratospermie sévère : Cause d’infertilité masculine, la teratospermie sévère correspond à un nombre important d’anomalies morphologiques du spermatozoïde. Elle est généralement associée à un fort taux de fragmentation de l’ADN et d’anomalies chromosomiques, qui sont délétères lors de la fécondation et du développement embryonnaire. Communément appelé « syndrome du spermatozoïde paresseux », cette infertilité masculine entraîne une anomalie du sperme impactant la mobilité des spermatozoïdes pouvant compromettre la fécondation naturelle.
- Risque de transmission d'infections : Si le partenaire masculin est atteint d’une maladie infectieuse (VIH, hépatite B ou hépatite C), la FIV ICSI permet de limiter le risque de transmission de l’infection à la femme.
- Échecs de fécondation antérieurs : Lorsque la FIV classique n'a pas abouti à une fécondation, l'ICSI peut être envisagée pour les cycles suivants.
Facteurs Influant sur le Succès de la FIV et de l'ICSI
Plusieurs facteurs peuvent influencer le succès de la FIV et de l'ICSI, notamment :
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Qualité des Gamètes
La qualité des ovocytes et des spermatozoïdes est primordiale pour la réussite de la fécondation et le développement embryonnaire.
- Qualité séminale : La qualité séminale est évaluée en fonction de la morphologie, motilité et concentration des spermatozoïdes dans l’échantillon séminal. En outre, d’autres paramètres tels que le degré de fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes ou sa charge chromosomique peuvent fournir des indications sur la qualité du sperme, puisque sa relation avec l’infertilité ou la probabilité de fausse couche a été étudiée. La qualité séminale peut varier dans le temps, puisque les spermatozoïdes sont constamment produits, comme nous l’avons vu précédemment, et de plus le processus peut être affecté par des facteurs externes tels que la fièvre, l’administration de médicaments, le stress, le régime alimentaire, les habitudes de vie, le tabac, l’alcool, etc.
- Qualité des ovocytes : La qualité des ovocytes est la clé de la fertilité féminine, et déterminera le potentiel de l’embryon qui se développe à partir de chaque ovule. Comme dans le cas précédent, les habitudes de vie malsaines ou certains traitements médicamenteux peuvent diminuer la qualité des ovules, mais il existe des facteurs intrinsèques associés à une diminution de la qualité des ovules, tels que la réserve ovarienne, l’obésité, l’âge de la mère ou l’endométriose.
Des erreurs dans le processus de gamétogenèse, qui, comme nous venons de le voir, est un processus très complexe, peuvent entraîner une formation incorrecte des gamètes, qui se traduira par un faible taux de fécondation, ou un échec de la fécondation.
L'Âge de la Mère
L'âge de la femme est un facteur déterminant dans la réussite de la FIV. La fertilité des femmes diminue à partir de 30 ans et ce déclin s'accélère après 35 ans.
Mode de Vie
Les premières recommandations pour traiter l'infertilité concernent le mode de vie. Ainsi, il est recommandé de cesser la consommation de tabac et de drogue, d'avoir un poids satisfaisant car l'obésité et la maigreur extrême diminuent les chances de grossesse, d'avoir une alimentation saine, de pratiquer une activité physique régulière et d'avoir des rapports sexuels environ 1 jour sur 2 pendant la période de fertilité.
Anomalies Anatomiques
Si la patiente présente une anomalie anatomique, notamment une obstruction, un traitement chirurgical peut être proposé afin de restaurer la perméabilité et de rendre la rencontre entre le spermatozoïde et l'ovocyte possible.
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Complications Possibles et Prévention
Bien que la FIV et l'ICSI soient généralement sûres, certaines complications peuvent survenir.
Syndrome d'Hyperstimulation Ovarienne (SHO)
Le syndrome d'hyperstimulation ovarienne est un effet indésirable rare du traitement destiné à stimuler les ovaires lors d'une FIV. Chez 1 à 3 % des femmes traitées, le prélèvement des ovocytes est suivi de symptômes liés à une activité intense des ovaires sous l'action des hormones : maux de ventre, ballonnements, fièvre, nausées, vomissements, diarrhée, etc.
Autres Risques
Outre le syndrome d’hyperstimulation ovarienne, la FIV semble être associée à un risque plus élevé de naissance prématurée ou par césarienne, et, dans de rares cas, à un risque plus élevé de cancer des ovaires.
Diagnostic Préimplantatoire (DPI)
Lorsque les chromosomes d’un des parents (ou des deux) sont porteurs d’une mutation responsable d’une maladie génétique (par exemple, la mucoviscidose), il est possible de n’implanter dans l’utérus que les embryons qui ne présentent pas cette mutation. Au tout début de la multiplication des cellules embryonnaires, il est possible de prélever une cellule sans interférer avec la croissance de l’embryon et du futur fœtus. Sur cette cellule, il est alors possible de faire une analyse génétique à la recherche de la mutation. Si cette recherche est négative, l’embryon peut être implanté.
Taux de Succès et Statistiques
En 2017, selon le rapport médical et scientifique de l’Agence de Biomédecine, 7 863 accouchements ont été réalisés suite à 43 254 tentatives de la fécondation in vitro ICSI. On estime entre 20 et 30 % le taux de réussite d’un cycle de FIV. Ce taux varie selon les patients mais également selon l’expérience des centres d’aide médicale à la procréation. Les taux de réussite de la FIV dépendent de l'âge de la femme et des causes de l'infertilité mais globalement à chaque cycle, une femme a environ 25% de chances de tomber enceinte.
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Soutien Psychologique et Accompagnement
L'infertilité rend la conception d'un enfant plus compliquée. Heureusement, des solutions existent pour accompagner les couples dans ce désir et pour rendre leur projet de parentalité possible. Les options de traitements proposés reposent avant tout sur les résultats du bilan de fertilité mais également sur les volontés du couple. Ainsi, il est primordial d'être accompagné par une équipe médicale spécialisée et à l'écoute. Il peut également être nécessaire d'être accompagné au niveau émotionnel afin de gérer cette situation de façon plus sereine. Pour cela, il ne faut pas hésiter à consulter un psychologue et à intégrer des associations de patients.
Conservation des Embryons Congelés
Les couples dont certains embryons ont été congelés après une FIV doivent, chaque année, confirmer le renouvellement de la conservation de ces embryons. La conservation des embryons congelés peut aussi être interrompue en cas de séparation ou de désaccord des conjoints ou à l’issue de cinq ans de conservation.
L'Avenir de la FIV et de l'ICSI
L’augmentation croissante de l’infertilité constitue désormais une préoccupation forte des pouvoirs publics pour mieux prévenir mais également agir. La recherche continue d'améliorer les techniques de FIV et d'ICSI, offrant de nouvelles perspectives pour les couples confrontés à l'infertilité.
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