L'infertilité est un problème de santé publique croissant, et de nombreux couples recourent à la fécondation in vitro (FIV) et à l'injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) pour concevoir un enfant. Cependant, divers facteurs liés au mode de vie, tels que la consommation de cannabis, peuvent influencer le succès de ces traitements. Cet article examine en profondeur les effets du cannabis sur la fertilité masculine et féminine, ainsi que les autres facteurs de risque et les mesures d'optimisation pour améliorer les chances de conception.
Impact du Cannabis sur la Fertilité
La consommation de cannabis, une drogue récréative couramment utilisée, suscite des préoccupations quant à son impact sur la fertilité. Le cannabis contient du THC (tétrahydrocannabinol) et du CBD (cannabidiol), deux composants chimiques qui peuvent avoir des effets à court et à long terme sur le corps.
Effets sur la Fertilité Féminine
Des études ont montré qu'une consommation soutenue de cannabis peut diminuer les capacités de mémorisation et d’apprentissage, et peut donner lieu à des symptômes psychiatriques (troubles anxieux, hallucinations…). Des chercheurs de l'Université de Guelph (Canada) ont étudié les effets du THC sur les ovocytes (cellules reproductrices féminines stockées dans les ovaires). Les résultats ont montré qu'une concentration élevée de THC était liée à une diminution et à un retard significatif de la capacité des ovocytes traités à atteindre des stades de développement à des moments précis. L'exposition au THC a également entraîné une diminution significative de l'expression de gènes appelés « connexines », qui sont présents à des niveaux importants dans des ovocytes de bonne qualité.
En France, la plateforme Drogues Info Service met en garde contre l'impact du cannabis sur la fertilité pour les femmes en ayant consommé dans l’année précédant la tentative de conception. « La grossesse est plus difficile, avec un risque augmenté de fausses couches et de grossesses extra-utérines. Une étude a montré l’effet néfaste du cannabis sur la FIV, d’autant plus marqué que la prise est récente. »
Effets sur la Fertilité Masculine
Selon une étude menée en 2014 par le Dr Allan Pacey, Professeur d’andrologie à l’université de Sheffield (USA), le Cannabis double les risques d’infertilité masculine ! Le lien drogue et infertilité s’est alors vu confirmé, et les résultats de l’étude ont été publiés dans la revue « Human Reproduction ». L’auteur y explique à quel point le Cannabis altère la production et la qualité des spermatozoïdes, qui ne parviennent alors plus à féconder l’ovule, ni même à l’atteindre.
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De plus, les cannabinoïdes ont un effet important sur le mouvement du spermatozoïde, diminuant sa motilité progressive et augmentant la proportion de spermatozoïdes immobiles et par conséquent incapables de fertiliser l’ovocyte féminin. En plus, ils provoquent une augmentation prématurée de leur réaction acrosomique, réaction nécessaire pour s’introduire dans l’ovocyte, en diminuant ainsi la capacité fertilisante du spermatozoïde humain. La consommation de cannabis est en nette progression, ainsi une diminution du nombre de spermatozoïdes avec une augmentation des anomalies de la morphologie ont été décrites avec une augmentation de l’hyperactivité entraînant une diminution de la capacité de fécondance.
THC comme perturbateur endocrinien
Le cannabis contient une substance : le THC. Il se comporte comme un puissant perturbateur endocrinien « œstrogénique » entraînant une baisse de la libido chez l’homme, ainsi qu’une baisse de la production de spermatozoïdes mobiles. En fécondation in vitro on observe une diminution du nombre d’ovocytes ponctionnés et une augmentation du risque de grossesse avec accouchement prématuré. Il est donc nécessaire d’arrêter sa consommation de cannabis au minimum deux à trois avant un retour à la normale.
Autres Facteurs Influant sur la Fertilité et la FIV/ICSI
Outre la consommation de cannabis, plusieurs autres facteurs peuvent influencer la fertilité et le succès des traitements de FIV/ICSI.
Âge
L’âge de la femme est un facteur très important. Les chances de grossesse et de naissance vivante diminuent avec l’âge de la femme, que ce soit naturellement ou avec les techniques d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP). C’est pourquoi il est recommandé de consulter rapidement si la grossesse tarde à arriver : dès 6 mois d’essai si vous avez 35 ans ou plus, et dès 12 mois d’essai si vous avez moins de 35 ans.
L’âge féminin impacte les résultats de la FIV+/- ICSI via la réserve ovarienne. Il est bien connu qu’au fur et à mesure de l’avancée de l’âge féminin, la réserve ovarienne, c’est-a-dire le nombre de follicules mobilisables lors d’une stimulation ovarienne, diminue pour devenir nulle au moment de la ménopause. Il est donc souhaitable de prendre en charge les patientes le plus tôt possible pour l’Assistance Médicale à la Procréation. En effet, la FIV +/- ICSI permet de maintenir des taux de grossesse d’environ 20-25% par transfert jusqu’à un âge féminin de 37 ans, mais ceux-ci s’effondre pour atteindre 6-10% à 42 ans. L’âge masculin peut impacter également sur les chances de grossesse en AMP via l’évolutivité de la grossesse (fausses-couches spontanées), en particulier si l’homme est âge de plus de 40 voire 45 ans.
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Poids
Notre poids influence de manière importante notre capacité à concevoir. L’excès ou inversement le sous-poids chez la femme peuvent conduire à un déséquilibre hormonal, pouvant aller jusqu’aux troubles de l’ovulation. L’excès de poids entraine une réduction des chances de succès en FIV. Il est recommandé de perdre un peu de poids avant la FIV pour mettre toutes les chances de votre côté.
L’excès de poids féminin (IMC > 25-30) impacte les résultats de l’AMP. En effet, la dose de gonadotrophines nécessaire pour obtenir une réponse folliculaire, le nombre d’ovocytes récupérés et les chances d’implantation sont impactes par l’excès de poids ou l’obésité. De plus, la survenue d’une grossesse chez une patiente en surpoids ou obèse expose aux accidents gravidiques.
Tabagisme
Le tabac est l’ennemi numéro 1 de votre projet de bébé : fumer réduit vos chances de succès par 2, que ce soit en essayant naturellement ou en AMP. Les femmes qui fument mettent 2 à 3 fois plus de temps à tomber enceintes. Les composés de la cigarette diminuent de manière irréversible la réserve ovarienne, ou quantité d’ovocytes. Si vous êtes un homme, fumer diminue la qualité du sperme, altère donc votre fertilité et augmente le risque de fausses-couches. Le tabagisme passif est également responsable des mêmes problèmes chez votre conjointe.
L’existence d’un tabagisme féminin impacte non seulement sur la réserve ovarienne mais également sur les chances d’implantation. Il est donc conseille, lors d’une prise en charge en AMP, de diminuer au maximum l’intoxication tabagique chez la femme et chez l’homme, car le tabac peut impacter sur la qualité et le nombre d’ovocytes récupérés mais également sur les chances d’implantation (via la qualité embryonnaire et la vascularisation utérine). Chez l’homme, le tabac a un effet néfaste sur la mobilité des spermatozoïdes et les chances de fécondation.
Alcool
Il est fortement recommandé de ne consommer aucune boisson alcoolisée dès le diagnostic de grossesse, du fait des risques pour le fœtus. Concernant l’impact de l’alcool sur la fertilité, plusieurs études ont montré un impact négatif sur la qualité du sperme au-delà de 5 verres d’alcool par semaine. Pour l’alcool par exemple, une consommation excessive au cours du mois précédent une tentative de traitement d’assistance médicale à la procréation diminue par 8 les chances de succès. Il est recommandé de ne pas dépasser 2 verres standard par jour et 10 verres par semaine.
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Alimentation et Vitamines
Certains produits paraissent augmenter les chances de grossesse. - L’acide folique, ou vitamine B9, est une vitamine nécessaire au développement de l’embryon, et en particulier de son système nerveux. Les besoins quotidiens sont de 0,4 mg. - La vitamine D apparaît également utile, une carence importante diminuant fortement les chances de grossesse. Au même titre que pour les femmes , les vitamines ont une importance dans la fertilité de l’homme . La vitamine A joue un rôle clé dans la spermatogénèse. La vitamine C : l’insuffisance dans la vitamine C a été également montrée pour contribuer au bas compte de sperme et à la mobilité réduite de sperme.
Optimisation des Chances de Succès en FIV/ICSI
Pour optimiser les chances de succès en FIV/ICSI, il est essentiel de prendre en compte tous les facteurs influençant la fertilité et d'adopter un mode de vie sain.
Arrêt du Tabac et du Cannabis
Dans la plupart des centres d’AMP, les couples ne sont pas pris en charge temps que leur tabagisme ou leur consommation de drogue n’est pas contrôlée. Il est donc impératif d'arrêter de fumer et de consommer du cannabis avant de commencer un traitement de FIV/ICSI.
Normalisation du Poids
Un rééquilibrage alimentaire ainsi qu’une activité physique régulière vous aideront à mieux contrôler et stabiliser votre poids. C’est souvent difficile de perdre ou prendre du poids seul, n’hésitez pas à en parler à votre médecin de la reproduction.
Activité Physique
L’activité physique est bénéfique à la santé physique et mentale, que ce soit avant ou pendant la grossesse. Elle améliore le cœur, la respiration et les vaisseaux sanguins, le fonctionnement des muscles et la force, la sensation de bien-être, la qualité du sommeil et l’estime de soi. Elle diminue l’anxiété (le stress), les symptômes de dépression et le risque de certaines maladies chroniques (cancer colorectal, diabète, ostéoporose, …). Le sport est donc conseillé, y compris pendant la grossesse, de manière adaptée, et en l’absence de complications spécifiques.
Exploration de la Cavité Utérine
Il est absolument indispensable d’évaluer la cavité utérine et l’endomètre avant le transfert embryonnaire. Cette évaluation peut être faite soit lors d’une hystérosalpingographie, soit par hystéroscopie diagnostique après une échographie pelvienne, de façon à diagnostiquer toute anomalie intra-cavitaire (synéchies, fibrome, polype ou malformation) qui pourraient avoir un impact sur l’implantation des embryons.
Transfert Embryonnaire
Le transfert embryonnaire constitue l’une des phases les plus importantes de la réussite d’une FIV +/- ICSI. Ce transfert embryonnaire nécessite donc de la patience, une ambiance apaisée et une femme la plus détendue possible. L’endroit du dépôt des embryons doit se faire dans la partie supérieure de la cavité utérine, à quelques millimètres du fond utérin. Ce transfert doit être le plus atraumatique possible et il ne doit pas exister si possible sur le cathéter de fragments endométriaux ou de sang, ce qui témoignerait d’un transfert traumatique.
Soutien Psychologique
Le diagnostic d’infertilité et le traitement hormonal peuvent induire la survenue de diverses émotions : colère, anxiété, tristesse. Les traitements de PMA peuvent induire des troubles de la libido, sécheresse vaginale, sensibilité pelvienne. N’hésitez pas à en parler à vote médecin ou à prendre contact avec un sexologue.
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