Dans le cadre de l'éducation des jeunes enfants, la gestion des émotions occupe une place prépondérante. Les crèches et les écoles maternelles sont des lieux d'apprentissage intenses, où les enfants vivent des moments stimulants et riches en émotions. Entre les périodes d'apprentissage qui exigent de la concentration et les moments de récréation où ils se défoulent, les enfants peuvent ressentir le besoin d'un espace pour gérer leurs émotions, notamment la colère. La mise en place d'une "boîte à colère" ou "boîte de retour au calme" se révèle être une solution intéressante pour les aider à s'apaiser et à retrouver leur concentration.

Qu'est-ce qu'une Boîte à Colère ?

Concrètement, une boîte à colère est un contenant (boîte, panier, etc.) dans lequel les enfants trouvent des objets et des outils pour les aider à se calmer et à gérer leurs émotions lorsqu'elles les submergent. L'idée est de leur offrir un temps et un espace individuel pour qu'ils puissent gérer leurs émotions de manière autonome. À la crèche ou à l'école, les enfants ne sont pas seuls et doivent apprendre à vivre avec les autres, ce qui peut être un défi. Les moments de joie sont intenses, mais il en va de même pour la colère ou la tristesse. Ce qui peut sembler anodin pour un adulte, comme une crise de larmes après une partie de foot perdue, peut être très mal vécu par un enfant. Un sas de décompression peut alors être nécessaire pour s'apaiser, prendre du recul et retrouver sa concentration.

Pourquoi Mettre en Place une Boîte à Colère ?

La boîte à colère est un outil précieux pour aider les enfants à gérer leurs émotions et à retrouver leur calme en cas de colère, de frustration ou d'anxiété. Elle peut être particulièrement utile pour les enfants porteurs de Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA) ou de Trouble Déficitaire de l'Attention avec Hyperactivité (TDAH), mais elle peut bénéficier à tous les enfants qui ressentent le besoin de l'utiliser à un moment donné. L'enfant peut vivre des évènements qui semblent anodins à l’adulte, comme perdre une partie de foot ou se disputer avec un petit camarade. Et pourtant, il ne s’agit pas de minimiser les faits, car pour l’enfant, en cet instant, ils ont une grande importance. Il est alors primordial de l’autoriser à vivre ces émotions, tout en l’aidant à les canaliser pour parvenir rapidement à se sentir mieux.

Un outil de soutien émotionnel et d'apprentissage

La boîte de retour au calme, adaptée aux besoins et aux préférences de chaque enfant, permet de développer leur autonomie émotionnelle et d’apprendre à gérer leurs émotions de manière appropriée. En tant que parent ou professionnel de la petite enfance, il est important de soutenir l’enfant dans ce processus et de lui offrir un accompagnement bienveillant.

Comment Fonctionne une Boîte à Colère ?

L'enfant utilise cette boîte seul, en toute autonomie, après une phase d'apprentissage et de guidage par l'adulte. L’enfant doit pouvoir acquérir petit à petit le réflexe de se dire “je ne me sens pas bien (que l’adulte traduira par “mes émotions débordent”), “je vais donc prendre la boîte de retour au calme”. En trouvant des objets et outils réconfortants dans cette boîte (qu’il conviendra naturellement de toujours laisser à la portée de l’enfant et au même endroit), l’enfant pourra se calmer, prendre un peu de recul et “se poser” pour faire le point sereinement.

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Que Mettre dans une Boîte à Colère ?

Le contenu de la boîte à colère doit être adapté aux préférences et aux besoins de l'enfant. Il est important de demander l'avis de l'enfant et d'inclure des objets qui lui tiennent à cœur. La boîte doit être un espace sécurisant et réconfortant pour lui. D’ailleurs, il faut également s’agir d’une trousse ou d’un panier. Voici quelques suggestions d'objets et d'outils à inclure :

  • Des objets sensoriels : des balles anti-stress, des coussins texturés, une bouteille sensorielle, des objets à manipuler peuvent aider l’enfant à se détendre et à se recentrer. Pour les enfants à besoins spécifiques, un fidget peut être utilisé.
  • Des outils pour s'isoler : un bandeau pour les yeux ou un casque antibruit peuvent aider l'enfant à se couper du monde extérieur et à se concentrer sur ses sensations. Certains enfants peuvent préférer un casque audio avec de la musique douce.
  • Un outil pour mesurer le temps : un sablier permet à l'enfant de prendre conscience du temps dont il dispose pour se calmer. Le simple fait d'observer le sable s'écouler peut aider à s'apaiser. Un Timer Pomodoro peut aussi se révéler très utile.
  • Des jouets sensoriels : pour faire redescendre la pression, rien de tel que d’offrir des propositions sensitives douces. Il ne s’agit pas de sur-stimuler l’enfant, mais de lui permettre de se concentrer sur ses sensations.
  • Autres idées d'objets :
    • Un ou plusieurs livres que l’enfant connaît et qu’il apprécie tout particulièrement.
    • Une peluche lestée, qui apportera réconfort et douceur à l’enfant, qui pourra la poser sur lui pour se sentir rassuré et se reconnecter à son corps.
    • Des plumes, pour la stimulation tactile agréable sur les bras ou le visage.
    • Des balles sensorielles offrant différentes textures, formes, tailles, couleurs qui pourront être malaxées par l’enfant.
    • Des coloriages d’images apaisantes.
    • Une figurine d’un animal symbole du calme pour votre enfant, que vous aurez défini ensemble : ce peut être un panda, un chat, une grenouille…
    • Une photo de famille qui représente un moment heureux pour l’enfant.
    • Une peluche choisie par l’enfant au moment de concevoir la boîte.
    • Un coquillage dans lequel on entend “le bruit de la mer”, à condition d’arrêter de crier ou de pleurer…

Exemples de boîtes de retour au calme

Il existe des box prêtes à l’emploi. Mais vous pouvez tout aussi la créer vous-même, à petit prix. Voici 3 exemples de boite de retour au calme : pour les maternelles, les élèves de 6 à 8 ans et une pour les 9 - 11 ans.

Pour les maternelles :

  • Casque antibruit : Il permet de s’isoler des bruits environnants.
  • Sabliers escaliers : ces sabliers colorés offrent une stimulation visuelle relaxante.
  • Livre La couleur des émotions : Si vous avez déjà utilisé ce livre comme support des apprentissages, vous pouvez alors l’ajouter à votre boite.
  • Chien lesté : Cette peluche plaira à coup sûr à vos élèves. Elle permettra d’apporter réconfort et douceur, mais aussi une stimulation proprioceptive.
  • Plumes de couleurs : on peut utiliser ces plumes pour faire des exercices de respiration ou alors pour leur stimulation tactile.

Pour les 6-8 ans :

  • Drôle de patate et demi-lune manimo : ces deux fidgets apportent une stimulation tactile et un effet anti-stress aux enfants. Le premier a la consistance douce similaire à de la pâte à modeler et il est recouvert d’une « peau » élastique qui invite à la manipulation.
  • Sabliers escaliers : ces sabliers colorés offrent une stimulation visuelle relaxante.
  • Les balles sensorielles : elles offrent différentes textures, formes, tailles, couleurs… L’enfant peut les malaxer ou se masser avec grâce aux différents picots.
  • Petits fidgets lestés : Ce Fidget est un petit animal lesté qui offre une sensation de poids au creux de la main.
  • Petit avale-soucis : certains enfants peuvent avoir envie d’exprimer ce qu’ils ressentent sans pour autant le dévoiler à quelqu’un. Cette petite peluche devient alors leur confident. L’enfant dessine ou écrit ce qui le préoccupe et le glisse dans la bouche à fermeture éclair. Il fait sortir son problème de lui-même et le confie.
  • Coloriage en pleine conscience : colorier des mandalas est un moyen efficace pour s’apaiser. En coloriant, les enfants éprouvent un sentiment de calme et de bien-être.

Pour les 9-11 ans :

  • Casque antibruit : Il permet de s’isoler des bruits environnants.
  • Grands sabliers par 3 : l’enfant peut choisir le temps dont il a besoin pour se calmer et retourner le sablier.
  • Tangle : Le Tangle est un excellent fidget : son mouvement perpétuel apaise.
  • Kaléidoscope : les kaléidoscopes sont des objets très intrigants !
  • La roue des émotions : Cette roue permet d’identifier son émotion et de mettre des mots sur ce qui pourrait le calmer. L’enfant peut s’en servir pour le partager avec vous et que vous l’aidiez, mais aussi pour lui-même.
  • Faire du Yoga : si vous avez déjà pratiqué des postures de Yoga avec vos élèves, alors vous pourrez leur proposer ces petites cartes.

Comment Introduire la Boîte à Colère ?

L'utilisation de la boîte à colère doit être accompagnée par un parent ou un professionnel de la petite enfance. La communication est un élément clé pour favoriser un retour au calme efficace et pour renforcer la relation de confiance entre l'enfant et l'adulte qui l'accompagne. Grâce à une communication bienveillante et en valorisant l'expression des émotions, la boîte de retour au calme devient un outil de soutien émotionnel et d'apprentissage pour l'enfant. Ainsi, il pourra mieux comprendre et gérer ses émotions, tout en renforçant la relation de confiance avec l'adulte qui l'accompagne.

Alternatives à la Boîte à Colère

Bien que la boîte à colère soit un outil utile, il est important de considérer d'autres approches pour aider les enfants à gérer leurs émotions. Voici quelques alternatives :

  • Nommer l'émotion : Aidez l'enfant à identifier et à nommer son émotion. Si vous êtes prêt à attendre qu’il se calme, vous allez pouvoir lui poser des questions pour chercher le souci qui le ronge. Un jouet piqué par un frère ou une sœur, une tétine perdue, est-il tombé… Pour communiquer, on cherche ce qui le frustre. Des fois, tout peut le frustrer. La fatigue peut tellement perturber un enfant qu’il ne sait même plus pourquoi il pleure.
  • La liste des émotions : En colère, votre enfant va apprendre avec vous quels mots caractérisent ses émotions. Avec une liste de mots classés en fonction de leur intensité, on va aider l’enfant à repérer ce qu'il vit : Pas content, Contrarié, Dérangé, Ennuyé, Choqué, Irrité, Enervé, Vexé, Frustré. On lui apprend à utiliser cette liste pour nommer son émotion et on va ensuite chercher avec lui d'où elle vient. Que s’est-il passé dans la journée ? Quel événement a perturbé l’enfant ?
  • Activités pour canaliser la colère :
    • Lire un livre sur la colère : Certaines histoires contées aux enfants permettent de les aider à gérer leurs sentiments. Pour parler de la colère, on va utiliser le caractère des personnages, le physique : des joues rouges, des points fermés, des sourcils froncés, une bouche boudeuse. Ces histoires vont soutenir les parents pour faire comprendre à l'enfant les conséquences de la colère, ce qu’elle peut entrainer et la manière d’y faire face.
    • Fabriquer un ogre de colère : C'est une activité manuelle qui va aider à canaliser la colère de votre loulou quand il est hors de lui. Vous prenez une boite en carton rectangulaire. Vous la fermez avec du stock ou du mastic tape et vous la transformez en visage de monstre rigolo. Il faut penser à découper une bouche grâce à des ciseaux ou un cutter pour y jeter les dessins ou les mots de colère rédigés par l’enfant. Feuille blanches, crayons de couleur, peinture, laissez le créer le personnage. Une fois terminé, dès que votre enfant est mécontent, faites lui dessiner sa colère, ou écrire le mot si il sait le faire, et laissez le jeter ce morceau dans la gueule du monstre. Dès qu’il est en colère, sortez la boite.
    • La boite à cris : Pas assez de vocabulaire pour s’exprimer, votre enfant a besoin pourtant de faire sortir sa colère. Il faut qu’il s’exprime et cela peut être fait grâce à une boite à cris. Bouteille, conserve, boite ronde en carton, on la customise en famille et on s’en sert pour se défouler en criant dedans. Une fois qu’on a mis tous ces cris dedans on sort dehors et on jette tout pour se débarrasser des maux qui nous encombrent et nous énervent.
    • La cabane du calme : Si vous avez assez de place dans la maison ou dans sa chambre, vous pouvez créer avec lui sa cabane de retour au calme. Elle est composée de coussins, de dessins, de peluches, de livres, de crayons, de feuilles. Dès qu’il est en colère, vous pouvez lui proposer d’aller s’installer dans sa cabane pour souffler un peu. Seulement avec son consentement, car il a le droit ne pas avoir envie d’y aller.
  • L'importance de la relation humaine : L’émotion s’inscrit avant tout au sein d’une relation humaine. C’est le temps de repas. Un petit garçon chipe le morceau de fromage dans l’assiette de sa voisine. Soudain, la petite fille hurle, recule brutalement sa chaise de la table et se jette par terre. Au lieu de la diriger immédiatement vers un "coin de la colère", l'adulte peut offrir un câlin empathique et chaleureux.

Les Limites des Coins Colère

Certaines crèches créent des coins colère dans leur structure. Est- ce vraiment une bonne idée ? Pas si sûr répond la spécialiste du développement de l’enfant, Josette Serres … car en quelque sorte c’est soigner le symptôme) la colère- n’est pas la cause -qu’est qui a déclenché cette colère.

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Un coin colère : une fausse bonne idée

Créer un coin « colères » semble être une nouvelle pratique de plus en plus répandue. Au nom des émotions et de leur nécessaire expression : une des idées phares apportées par les neurosciences. Ces espaces seraient une forme d’exutoire pour les émotions qui doivent absolument sortir … Mais qu’est-ce qu’une émotion se demande Josette Serres ? Un signe d’alerte que le cerveau envoie quand ‘enfant est soumis à un stress. Donc, en l’occurrence une colère est l’expression d’une émotion provoquée par un stress. Et le coin colère sert à exprimer ce stress en pleurant, en mordant un coussin, tirant les cheveux d’une poupée. Mieux que de s’attaquer à un petit copain ? …A voir.

Un coin colère : on soigne le symptôme pas la cause !

Quand on propose à un enfant d’aller exprimer sa colère dans un espace dédié « on n’a rien résolu constate Josette serres, on a utilisé le symptôme de l’enfant pour le dévier. Or ce n’est pas le symptôme de l’enfant qu’il faut soignerais la cause ». Il faut chercher l’origine du stress, essayer de comprendre ce qui provoque cette insatisfaction et colère chez l’enfant. Et travailler sur cette situation.

La gadgétisation de l'émotion

Notre engouement récent pour les émotions représente une véritable avancée dans les pratiques pédagogiques tant il nous a permis de mieux percevoir et accompagner les états émotionnels des jeunes enfants. Paradoxalement, ce mouvement nous a fait tomber dans un travers glissant, celui de la gadgétisation de l’émotion. Balle à émotions, cartes à émotions, coussin de la colère, coin à émotions… Quand c’est trop, c’est trop !

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