La procréation médicalement assistée (PMA), également appelée assistance médicale à la procréation (AMP) dans la loi, est un sujet complexe qui suscite de nombreux débats éthiques et sociétaux. L'Église catholique, forte de sa doctrine en matière de sexualité et de procréation, a une position bien définie sur cette question. Cet article se propose d'explorer en profondeur la position de l'Église catholique sur la PMA, en tenant compte des évolutions législatives et des enjeux contemporains.
Contexte législatif et social de la PMA en France
En France, la loi encadre strictement l'accès à l'AMP. Initialement, elle était réservée aux couples hétérosexuels souffrant d'infertilité pathologique ou risquant de transmettre une maladie grave. La loi exigeait un diagnostic médical attestant du caractère pathologique de l'infertilité. Le texte initial affirmait que l'assistance médicale était destinée à répondre à la demande parentale d'un couple.
L'AMP était accessible aux couples formés d'un homme et d'une femme, vivants et en âge de procréer. Le couple devait être stable, marié ou en mesure de prouver une vie commune d'au moins deux ans. La Sécurité sociale prenait généralement en charge l'AMP pour les femmes de moins de 42 ans.
Cependant, des voix se sont élevées pour demander l'extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, arguant que l'infertilité pathologique ne devrait plus être le seul critère d'accès. La notion d'« infertilité sociale » devrait être prise en compte. Cette évolution impliquerait également une reconnaissance de la filiation pour la femme ne portant pas l'enfant, par le biais d'une « présomption de maternité » ou d'une reconnaissance volontaire.
La doctrine de l'Église catholique sur la sexualité et la procréation
L'Église catholique a développé une doctrine précise en matière de sexualité, reflétée dans de nombreuses encycliques et dans les enseignements de Jean-Paul II sur la théologie du corps. Cette doctrine est résumée dans le Catéchisme de l'Église catholique (CEC).
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La sexualité et le plaisir sexuel sont considérés comme des aspects de l'amour conjugal, un moyen de parfaire l'union corporelle et spirituelle entre homme et femme. Pour respecter le plan divin et la dignité humaine, la sexualité doit être un don total dans le cadre indissoluble du sacrement du mariage et doit rester ouverte à la procréation. La contraception artificielle n'est pas autorisée. L'IVG et l'ITG sont également proscrites, car l'être humain est considéré comme animé dès la fécondation.
Dans la religion catholique, il existe un lien étroit entre spiritualité et sexualité. Le sens prioritaire de la vie est de se rapprocher constamment de Dieu et d'éviter le péché. Une pratique non maîtrisée ou non disciplinée de la sexualité peut conduire à des impasses morales et à des blessures psychologiques. Pour l'Église catholique, une forme de vie sexuelle « libre », même si elle est compatible avec la nature biologique de l'homme, est jugée dangereuse car elle n'intègre pas la dimension sociale de l'Homme ni sa dimension spirituelle.
La solution retenue par la spiritualité catholique est de « se donner » dans le mariage. Dans le mariage, l'activité sexuelle est mise au service d'un but spirituel (créer un centre d'amour mutuel, contribuer au bien mutuel des époux, fonder une famille, …) qui en devient la valeur première. La théologie du mariage s'appuie sur des références bibliques, mais le nœud du problème est que le mariage catholique est un don mutuel permanent.
La chasteté, souvent confondue avec l'abstinence, consiste à vivre sa sexualité d'une manière conforme à son état. Les relations sexuelles dans un couple sont chastes quand elles traduisent une relation authentique de ce couple.
L'Église appelle les couples à exercer « une paternité et une maternité responsables », c'est-à-dire à accueillir les enfants de manière à la fois « généreuse » et « raisonnable ». Cette responsabilité s'exerce dans chaque acte sexuel. L'Église catholique veut refuser l'instrumentalisation de la sexualité, tant en vue du plaisir seul qu'en vue de la procréation seule. Elle reconnaît aux couples la responsabilité de décider s'ils veulent des enfants. Pour les périodes où ils ne souhaitent pas concevoir d'enfant, les seules méthodes de régulation des naissances acceptées sont les méthodes « naturelles » qui s'appuient la continence périodique.
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La position de l'Église catholique sur la PMA
L'Église catholique promeut les techniques d'aide à la fertilité (traitement hormonal, restauration des trompes, traitement de l'endométriose) mais s'oppose à l'assistance médicale à la procréation, soit parce qu'elle « réalise une totale dissociation entre la procréation et l'acte conjugal » (insémination artificielle), soit parce qu'elle suppose une destruction d'embryons surnuméraires (fécondation in vitro).
La première question à se poser, selon l'Église, est de savoir si la dignité de l'enfant est respectée dans le processus de la PMA. La procréation ne doit pas être l'objet d'une volonté à tout prix mais le fruit du désir d'accueillir. Si elle doit être une action réfléchie et responsable du couple, la PMA n'est pas mal vue par la conférence des Évêques. En revanche, il est privilégié de faire une insémination artificielle avant une Fécondation In Vitro (FIV) : ce qui est le plus proche de la nature est le plus à même de respecter la dignité de l'enfant.
La question d'un donneur de gamètes anonyme pose également un problème qui rejoint celui du respect de l'enfant. L'Église estime qu'il est essentiel de traduire dans le droit et dans l'utilisation des techniques l'exigence éthique et anthropologique suivante : seules deux personnes de sexe différent peuvent engendrer une personne dans un acte personnel qui est de soi corporel. Cette exigence éthique intègre le respect dû à chaque enfant en lui accordant le droit de connaître ses « origines » personnelles.
Lors d'une FIV, les embryons surnuméraires sont ceux fécondés en éprouvette, mais pas directement implantés, qui peuvent être congelés pour servir ultérieurement ou alors être détruits. Si la religion catholique n'est pas ouvertement pour congeler des embryons, c'est une étape existante et essentielle de la FIV, qui est donc tolérée.
Quant au diagnostic préimplantatoire (DPI), il permet de chercher chez les embryons d'éventuelles anomalies susceptibles de causer des fausses couches. Pour la conférence des évêques, ces techniques sont une forme d'injustice pour ces embryons et ne sont pas recommandées.
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Les arguments de l'Église catholique contre l'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes
Les représentants de l'Église catholique s'appuient sur une famille dite « traditionnelle » pour s'opposer à l'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes. Ils considèrent avoir une forme d'expertise en matière familiale, s'appuyant sur des normes morales. Ils contestent le désir d'enfant émanant de personnes qui, selon eux, dérogent au cadre naturel de la famille, s'en référant ainsi à une norme figée.
L'Église catholique a longtemps conservé en France une prérogative en matière de famille. Ce que le magistère défend en matière de prescriptions familiales relève d'une juste compréhension des mécanismes de la nature. Les normes procréatives catholiques sont désormais retraduites, en contexte de sécularisation, dans un argumentaire séculier.
La mobilisation catholique contre l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules doit se comprendre dans le prolongement de la lutte contre l'ouverture du mariage aux couples homosexuels, indice de la politisation du religieux et véritable révolution sociale.
Les discours des opposants à l'ouverture de la PMA relèvent d'une « rhétorique de l'anxiété », qui préside à l'ébranlement d'une famille traditionnelle, en ce qu'elle porte atteinte à la nature. La Conférence des évêques de France (CEF) alerte sur la possibilité d'une légalisation de la gestation pour autrui (GPA), interdite en France.
Le magistère catholique s'alarme de ce qu'il considère être une « anthropologie menacée ». La « vraie » famille, dans cette acception, est celle d'un couple hétérosexuel marié avec enfants et ne peut faire place à la diversité des formes familiales contemporaine. Il y a donc une sorte de hiérarchisation des familles. Ce modèle serait civilisationnel. Le respecter, c'est préserver notre société du chaos.
Signe du souci d'élaborer un discours séculier qui puisse parler au plus grand nombre et qui puisse légitimer la défense de leurs valeurs familiales, les opposants à l'ouverture de la PMA alertent sur les effets de l'absence de père, en se référant à des psychologues et psychanalystes.
Les alternatives à la PMA selon l'Église catholique
Face aux problèmes d'infertilité, l'Église catholique encourage les couples à explorer les techniques d'aide à la fertilité qui respectent la dignité de l'acte conjugal et de l'embryon. Ces techniques comprennent les traitements hormonaux, la restauration ou la désobstruction des trompes et le traitement de l'endométriose.
L'Église catholique reconnaît également la bonté morale de l'adoption, qui permet à un couple d'accueillir un enfant et de lui offrir un foyer aimant.
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