La question de l'utilisation de l'embryon humain, notamment dans le cadre de la procréation médicalement assistée (PMA) et de la recherche scientifique, soulève des questions éthiques complexes, particulièrement au sein de l'Église catholique. Cet article explore en profondeur la position de l'Église catholique sur ces questions, en la comparant aux perspectives d'autres religions et en tenant compte des avancées scientifiques et des débats contemporains.

Les Religions Monothéistes et la Procréation

Les textes sacrés des trois religions monothéistes - judaïsme, christianisme et islam - mettent en avant la procréation comme un objectif majeur de l'union physique entre un homme et une femme. La Torah, les cinq premiers livres de la Bible, rappelle à plusieurs reprises le commandement de procréer, considéré comme le premier des 613 que Dieu a donnés à Adam et Ève. La Bible et le Coran expriment la douleur liée à la difficulté d'enfanter, en racontant l'histoire de Sarah, épouse d'Abraham, et de nombreuses autres femmes incapables de donner une descendance à leurs époux.

Aujourd'hui, la médecine propose aux couples stériles la Procréation Médicalement Assistée (PMA) pour leur permettre de vivre le bonheur d'être parents. Cependant, les différentes religions ont des points de vue divergents sur l'utilisation de ces techniques.

La Position de l'Église Catholique sur la PMA

La position du Vatican est la plus nette en ce qui concerne la PMA. Selon le catholicisme, même quand la procréation n'est pas possible, la vie conjugale ne perd pas pour autant sa valeur, selon le pape Jean-Paul II. L'Église catholique s'oppose fermement à la gestation pour autrui (GPA). Pour Monseigneur Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail bioéthique de la Conférence des Évêques de France, la question primordiale est de savoir si la dignité de l'enfant est respectée dans le processus de la PMA.

L'Église catholique interdit l'insémination artificielle, même intraconjugale, et toutes les formes de fécondations in vitro (FIV), même homologues, c'est-à-dire sans tiers donneur. Cette interdiction est motivée par les atteintes à l'embryon lors du diagnostic préimplantatoire et de la destruction des embryons non implantés, ainsi que par la dissociation entre l'acte conjugal et la fécondation. La fécondation doit être le « fruit de la donation sexuelle des époux », ajoute le Père Saintôt.

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La Conférence des évêques de France recommande de privilégier l'insémination artificielle à la FIV, technique la plus proche de la nature et la plus à même de respecter la dignité de l'enfant, tout en excluant le recours au don de gamètes comme à la fertilisation in vitro car elle implique le diagnostic préimplantatoire, soit l'élimination volontaire d'un nombre conséquent d'embryons porteurs d'éventuelles anomalies sans oublier la difficile question du devenir des ovules fécondés surnuméraires. Leur destruction comme leur utilisation pour la recherche scientifique ne sont pas envisageables pour le catholicisme. L'insémination artificielle avec le sperme du conjoint (IAC), technique qui se rapproche le plus du rapport sexuel puisqu'elle consiste à placer les spermatozoïdes préalablement sélectionnés dans l'utérus, est préférée à la fécondation in vitro (FIV) qui requiert plusieurs étapes, depuis la stimulation ovarienne jusqu'au transfert embryonnaire.

La Dignité de l'Embryon

La dignité de la personne doit être reconnue à tout être humain depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle. Ce principe fondamental, qui exprime un grand « oui » à la vie humaine, doit être mis au centre de la réflexion éthique sur la recherche biomédicale. Le Magistère de l'Église est intervenu à maintes reprises pour clarifier et résoudre les problèmes moraux qui y sont sous-jacents. L'enseignement de ce document conserve toute sa valeur tant pour les principes que pour les jugements moraux qui y sont exprimés.

L'Eglise catholique, en proposant des principes et des jugements moraux sur la recherche biomédicale dans le domaine de la vie humaine, s'appuie tant sur la lumière de la raison que sur la foi, en contribuant à élaborer une vision intégrale de l'homme et de sa vocation. Le Magistère tient à encourager et à exprimer sa confiance envers ceux qui considèrent la science comme un précieux service pour le bien intégral de la vie et pour la dignité de chaque être humain.

Le corps d'un être humain, dès les premiers stades de son existence, n'est jamais réductible à l'ensemble de ses cellules. Ce corps embryonnaire se développe progressivement selon un « programme » bien défini et avec une finalité propre qui se manifeste à la naissance de chaque enfant. Le fruit de la génération humaine dès le premier instant de son existence, c'est-à-dire à partir de la constitution du zygote, exige le respect inconditionnel moralement dû à l'être humain dans sa totalité corporelle et spirituelle. L'être humain doit être respecté et traité comme une personne dès sa conception, et donc dès ce moment, on doit lui reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels en premier lieu le droit inviolable de tout être humain innocent à la vie.

Comparaison avec d'Autres Perspectives Religieuses

En contraste avec la position catholique, le protestantisme est visiblement la religion la plus ouverte en ce qui concerne la procréation médicalement assistée et considère que la responsabilité personnelle du croyant doit guider ses choix. La plupart des techniques sont autorisées, y compris les dons de sperme, d'ovocytes et d'embryons. L'église orthodoxe autorise la FIV car elle estime qu'il ne lui revient pas de légiférer sur la vie privée de ses fidèles.

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Quant au judaïsme, la principale objection halakhique à la PMA réside dans la transgression majeure et incontournable qu'elle implique : celle dite de “l'émission de semence en vain”, c'est-à-dire le fait pour un homme d'éjaculer en dehors d'un rapport sexuel. Néanmoins, les décisionnaires contemporains, majoritairement, autorisent la PMA lorsqu'il n'y a pas d'autre alternative en prenant en considération la peine et le désespoir que fait régner cette attente au sein du couple, voire le risque de sa séparation. Aujourd'hui, la plupart des décisionnaires autorisent la FIV si l'insémination artificielle s'avère infructueuse. Le judaïsme ne s'oppose pas au diagnostic préimplantatoire en vue de déceler d'éventuelles anomalies chromosomiques ou pathologies graves, l'embryon extra-utéro n'étant pas considéré comme un être vivant. La loi israélienne autorise l'autoconservation ovocytaire jusqu'à l'âge de 45 ans.

La loi musulmane s'apparente à la loi juive, exception faite de l'autorisation préalable d'un imam, non requise pour entreprendre une demande de PMA. Les trois religions monothéistes s'opposent au don de gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes).

Les Débats Contemporains et les Enjeux Éthiques

La question de l'utilisation des embryons surnuméraires issus de la FIV soulève des débats éthiques importants. En France, la loi autorise, sous certaines conditions, la recherche sur des cellules souches issues d'embryons humains, donnés à la recherche par le couple. Cependant, l'Église catholique encourage la recherche à condition qu'elle respecte la vie de l'embryon et ne stoppe son développement.

Certains soulignent que la recherche sur les cellules souches embryonnaires pourrait permettre de grandes avancées médicales, bien que cela ne soit pas prouvé. D'autres mettent en avant les promesses des cellules souches adultes, à partir des cellules du sang du cordon ombilical.

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) dans le cadre des FIV est également source de préoccupations. Il existe un risque d'eugénisme si l'on s'aperçoit que l'embryon n'est pas « bon » ou « comme le désirent les parents », et qu'on procède à un tri ou à une sélection.

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PMA et Société : Inégalités et Droits de l'Enfant

L'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes soulève des questions d'inégalité et de droits de l'enfant. Certains estiment que cela reviendrait à décréter a priori l'existence d'enfants sans pères, ce qui blesserait le respect dû à l'enfant et à la construction de sa personnalité.

La Convention internationale des droits de l'enfant pose le droit pour chaque enfant, dans la mesure du possible, « de connaître ses parents et d'être élevé par eux ». Organiser délibérément l'effacement du père n'est pas compatible avec ce droit. L'enfant n'est pas un droit, mais un « don ».

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