La procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet complexe qui soulève de nombreuses questions éthiques et morales, en particulier pour les personnes religieuses. Cet article examine la position de l'Église catholique sur la PMA, en tenant compte des évolutions récentes de la bioéthique et des débats actuels sur l'élargissement de l'accès à la PMA.
La position de l'Église catholique sur la PMA
La position de l'Église catholique sur la PMA est basée sur deux références éthiques fondamentales : la dignité de l'embryon, qui doit être respecté comme une personne, et la dignité de la procréation, qui doit avoir lieu dans le mariage et dans l'acte conjugal compris comme donation mutuelle des conjoints. Ces références sont extrêmement restrictives en ce qui concerne l'assistance médicale à la procréation.
Interdictions spécifiques
Concrètement, l'Église catholique interdit l'insémination artificielle, même intraconjugale, et toutes les formes de fécondations in vitro (FIV), même homologues, c'est-à-dire sans tiers donneur. Cette interdiction est motivée par plusieurs facteurs, notamment les atteintes à l'embryon lors du diagnostic préimplantatoire et la destruction des embryons non implantés. De plus, l'Église considère que la FIV dissocie l'acte conjugal et la fécondation, celle-ci devant être le fruit de la donation sexuelle des époux. En substituant un acte technique à l'étreinte des corps, on pervertit la relation à l'enfant : celui-ci n'est plus un don, mais un dû.
Dissociation de la parenté
L'Église catholique met également en cause la dissociation de la parenté en cas d'insémination artificielle avec donneur (IAD) ou de FIV avec tiers donneur. Dans ces cas, les parents ne sont plus ceux qui ont engendré l'enfant, ce qui peut entraîner une division de la parenté en différentes parentalités : biologique, gestationnelle, affective, éducative, civile, etc. Selon l'instruction Donum vitae (1987) de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l'IAD lèse les droits de l'enfant, le prive de la relation filiale à ses origines parentales et peut faire obstacle à la maturation de son identité personnelle.
PMA pour les couples de femmes
Ces fortes restrictions à l'assistance médicale à la procréation, qui concernent déjà les couples hétérosexuels mariés, rendent d'autant plus incompatibles avec la doctrine de l'Église l'AMP pour les couples de femmes.
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La position de l'Église catholique sur la gestation pour autrui (GPA)
Les postulats de base qui dictent la position de l'Église sur l'AMP la conduisent logiquement à refuser le recours aux mères porteuses, appelé aussi gestation pour autrui. La maternité de substitution est contraire à l'unité du mariage et à la dignité de la procréation de la personne humaine. Elle représente un manquement objectif aux obligations de l'amour maternel, de la fidélité conjugale et de la maternité responsable ; elle offense la dignité de l'enfant et son droit à être conçu, porté, mis au monde et éduqué par ses propres parents ; elle instaure, au détriment des familles, une division entre les éléments physiques, psychiques et moraux qui les constituent.
Le groupe de travail pour la bioéthique de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece) a publié un avis sur la gestation pour autrui, comparée par les évêques à une forme de traite d'êtres humains. Toutes les formes de gestation pour autrui constituent une atteinte grave à la dignité humaine de ceux qui sont impliqués dans cet échange, mettant en cause l'emprise sur le corps de la mère porteuse, voire son aliénation, dans la mesure où il est très difficile de reconnaître un consentement valide dans des situations de vulnérabilité ou d'extrême pauvreté.
Réflexions éthiques et alternatives
Face aux problèmes d'infertilité, il est naturel de souhaiter avoir un enfant. Cependant, il est important de se poser la question de savoir si la dignité de l'enfant est respectée dans le processus de la PMA. Pour l'Église, il faut en effet se poser la question de savoir si on se sent responsable d'avoir un enfant ou s'il s'agit juste du désir d'en avoir un : La procréation ne doit pas être l'objet d'une volonté à tout prix mais le fruit du désir d'accueillir. Si elle doit être une action réfléchie et responsable du couple, la PMA n'est pas "mal vue" par la conférence des Évêques.
En revanche, il est privilégié de faire une insémination artificielle avant une Fécondation In Vitro (FIV) : "ce qui est le plus proche de la nature est le plus à même de respecter la dignité de l'enfant". Par ailleurs, la question d'un donneur de gamètes anonyme pose un problème qui rejoint celui du respect de l'enfant : Il est essentiel de traduire dans le droit et dans l’utilisation des techniques l’exigence éthique et anthropologique suivante : seules deux personnes de sexe différent peuvent engendrer une personne dans un acte personnel qui est de soi corporel. Cette exigence éthique intègre le respect dû à chaque enfant en lui accordant le droit de connaître ses « origines » personnelles de telle sorte qu’il puisse répondre à la question : « Qui a permis que je vienne au monde ?
Lors d'une FIV, les embryons surnuméraires sont ceux fécondés en éprouvette, mais pas directement implantés, qui peuvent être congelés pour servir ultérieurement ou alors être détruits. Si la religion catholique n'est pas ouvertement pour congeler des embryons, c'est une étape existante et essentielle de la FIV, qui est donc tolérée. Quant au diagnostic préimplantatoire, il permet de chercher chez les embryons d'éventuelles anomalies susceptibles de causer des fausses couches. Pour la conférence des évêques, ces techniques sont une forme d'injustice pour ces embryons et ne sont pas recommandées : Comment est-il possible de légitimer éthiquement une telle exclusion quand la nature de l’embryon humain in vitro est identique à celle de l’embryon humain in utero, le même pouvant d’ailleurs passer immédiatement d’une situation à l’autre lors du transfert in utero ? Quelle logique juridique permet la suppression puis le recouvrement de la dignité du même embryon humain ?
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Il est important de noter que même quand la procréation n’est pas possible, la vie conjugale ne perd pas pour autant sa valeur, selon le pape Jean-Paul II.
PMA et autres religions monothéistes
Les textes sacrés des trois religions monothéistes - judaïsme, christianisme, islam - prônent la procréation comme le but majeur de l’union physique intraconjugale d’un homme et d’une femme. Croissez et multipliez et remplissez la terre (Genèse 1, 28). La Torah, soit les cinq premiers livres de la Bible, rappelle plusieurs fois ce commandement de procréer, le premier des 613 que Dieu donna à Adam et Eve (1).
Si les différents courants de l’islam sont plus ou moins conservateurs envers les perspectives offertes par la PMA, la plupart des Églises protestantes laissent la liberté de choix entre les différentes techniques d’aide médicale à la procréation, certaines acceptant l’insémination artificielle avec donneur lorsque cela est nécessaire. L’Église orthodoxe rejette la plupart des techniques de PMA et n’autorise aucune manipulation sur l’embryon.
Quant au judaïsme, La principale objection halakhique (4) à la PMA réside dans la transgression majeure et incontournable qu’elle implique : celle dite de “l’émission de semence en vain”, c’est-à-dire le fait pour un homme d’éjaculer en dehors d’un rapport sexuel. Les gamètes mâles sont considérés par la Halakha comme sacrés parce que potentiellement créateurs de vie. Néanmoins, Les décisionnaires contemporains […], majoritairement, autorisent la PMA lorsqu’il n’y a pas d’autre alternative en prenant en considération la peine et le désespoir que fait régner cette attente au sein du couple, voire le risque de sa séparation. Certaines autorités rabbiniques s’appuient même sur des textes qui comparent celui qui n’a pas d’enfants à un mort ; la PMA devient alors un moyen de sauver une vie, ce qui dans la Loi juive est un impératif supérieur qui justifie la transgression de tous les commandements, à l’exception des trois péchés capitaux que sont l’idolâtrie, certaines transgressions sexuelles (inceste, adultère) et le meurtre.
La Conférence des évêques de France recommande de privilégier l’insémination artificielle à la FIV (6), technique la plus proche de la nature est le plus à même de respecter la dignité de l’enfant tout en excluant le recours au don de gamètes comme à la fertilisation in vitro car elle implique le diagnostic préimplantatoire, soit l’élimination volontaire d’un nombre conséquent d’embryons porteurs d’éventuelles anomalies sans oublier la difficile question du devenir des ovules fécondés surnuméraires. Leur destruction comme leur utilisation pour la recherche scientifique (7) ne sont pas envisageables pour le catholicisme.
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Implications de l'élargissement de la PMA
Actuellement en cours de vote au Parlement, la loi de bioéthique a pour vocation d'élargir la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Cet élargissement soulève de nombreuses questions éthiques et sociales, notamment en ce qui concerne les droits de l'enfant, la filiation et le rôle du père.
Permettre l’insémination de femmes non stériles signifierait l’abandon du critère thérapeutique actuel. La PMA serait alors accessible à tous, y compris les couples homme/ femme fertiles, numériquement les plus nombreux, qui constitueraient la cible ultime du grand marché de la procréation : une fois le verrou thérapeutique levé, on se hâtera de proposer des prestations sur mesure pour choisir telle caractéristique chez l’enfant ou éviter telle autre. Ce pourrait être la porte ouverte à la sélection des individus ou à un eugénisme légal.
L'élargissement de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes achève de disjoindre la fécondation biologique et la parenté sociale. Or, si l’être humain est un animal social, c’est aussi un corps vivant. Le scinder en deux, en séparant la relation de filiation de son ancrage biologique, est un acte de violence contre l’unité de la personne humaine.
La Convention internationale des droits de l’enfant, signée et ratifiée par la France, pose le droit pour chaque enfant, dans la mesure du possible, « de connaître ses parents et d’être élevé par eux » (art. 7). Organiser délibérément l’effacement du père n’est pas compatible avec ce droit. Ces droits de l’enfant sont des engagements contraignants pour l’État.
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