La fermeture potentielle de la maternité de Plérin, dans les Côtes-d'Armor, soulève de nombreuses questions et inquiétudes. Cette situation s'inscrit dans un contexte plus large de réorganisation des soins de santé en Bretagne, marqué par des tensions entre les établissements publics et privés, des difficultés de recrutement et des impératifs budgétaires. Cet article se penche sur les raisons de cette crise, les enjeux qu'elle recouvre et les perspectives d'avenir pour l'offre de soins dans la région.
Un Contexte National de Réorganisation Hospitalière
La fermeture de la maternité de Plérin ne peut être appréhendée isolément. Elle s'inscrit dans une politique nationale de regroupement des établissements de santé au sein de groupements hospitaliers de territoire (GHT). Créés par la loi santé de 2016, les GHT visent à rationaliser l'offre de soins, à éviter les doublons et à garantir un accès équitable à des soins de qualité et sécurisés.
Dans les Côtes-d'Armor, le GHT d'Armor regroupe une dizaine d'établissements, totalisant 4 600 lits et 7 000 professionnels de santé, pour un bassin de population de 420 000 habitants. L'hôpital de Saint-Brieuc, considéré comme l'établissement pivot, joue un rôle central dans cette organisation.
La Maternité de Guingamp : Un Cas Symptomatique
La situation de la maternité de Guingamp, également dans les Côtes-d'Armor, illustre les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de cette politique de regroupement. Menacée de fermeture en raison d'un manque de médecins et de problèmes de sécurité, elle a bénéficié d'un sursis de deux ans suite à une intervention du président Emmanuel Macron, motivée par l'influence de Noël Le Graët, alors président de la Fédération française de football.
Cette décision a suscité l'incompréhension et la colère des professionnels de santé, qui dénoncent une remise en cause des décisions médicales et administratives, ainsi qu'un gaspillage de ressources financières. Le maintien de la maternité de Guingamp, jugé non viable par l'Agence régionale de santé (ARS) et la conférence des présidents des commissions médicales d'établissement (CME) de Bretagne, est perçu comme un frein à la mutualisation des moyens et à la cohérence de l'offre de soins sur le territoire.
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Les Difficultés de Recrutement : Un Facteur Déterminant
L'une des principales raisons avancées pour justifier la fermeture de la maternité de Guingamp, et potentiellement celle de Plérin, est la difficulté de recruter et de fidéliser des professionnels de santé, en particulier des anesthésistes, des pédiatres et des gynécologues-obstétriciens. Ces difficultés, qui touchent de nombreux territoires en France, sont exacerbées dans les zones rurales et les petites villes, où les conditions de travail et les perspectives de carrière peuvent être moins attractives que dans les grands centres urbains.
À Guingamp, le manque de pédiatre est un problème récurrent, qui oblige la maternité à faire appel à celui de Saint-Brieuc en cas de besoin. L'absence d'infirmière anesthésiste, souvent mobilisée par le Smur, pose également des questions de sécurité.
Certains professionnels de santé dénoncent également une politique de non-remplacement des départs et un manque de volonté de l'ARS de trouver des solutions alternatives, comme le recours à des praticiens étrangers.
Tensions Entre Public et Privé
La question de la fermeture de la maternité de Plérin est également marquée par des tensions entre les établissements publics et privés. La clinique privée de Plérin, qui dispose d'une maternité, a reçu une subvention de 300 000 euros de l'ARS pour recruter des pédiatres remplaçants, ce qui a suscité l'indignation à Guingamp, où les accouchements sont suspendus depuis avril 2023.
Certains élus et professionnels de santé dénoncent un financement public accordé à un établissement privé à but lucratif, qui pratique des dépassements d'honoraires, au détriment des établissements publics, qui garantissent une prise en charge équitable sur le territoire. Ils s'interrogent sur les conditions d'attribution et d'utilisation de cette subvention, ainsi que sur l'implication de l'ARS dans le financement de cet établissement.
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Les Conséquences pour la Population
La fermeture de la maternité de Plérin aurait des conséquences importantes pour la population du territoire, en particulier pour les femmes enceintes et les jeunes parents. Elle entraînerait un allongement des distances à parcourir pour accoucher et bénéficier d'un suivi médical, ce qui pourrait poser des problèmes en cas d'urgence.
Elle pourrait également renforcer le sentiment d'abandon que ressentent les habitants des zones rurales, qui se sentent souvent lésés par la réorganisation des services publics.
Des Pistes de Solutions
Face à cette crise, plusieurs pistes de solutions peuvent être envisagées :
- Renforcer l'attractivité des territoires ruraux pour les professionnels de santé, en améliorant les conditions de travail, en offrant des perspectives de carrière intéressantes et en développant des outils de télémédecine.
- Favoriser la coopération entre les établissements publics et privés, en définissant des objectifs communs et en partageant les ressources.
- Impliquer les élus et les populations locales dans la définition des politiques de santé, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités.
- Revoir les critères de fermeture des maternités, en prenant en compte la spécificité des territoires et les besoins des populations.
- Soutenir financièrement les établissements publics, en leur permettant de recruter du personnel et de moderniser leurs équipements.
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