La fermeture de crèches, un phénomène préoccupant qui touche de nombreuses régions, dont le Rhône, est une source d'inquiétude croissante pour les parents et les professionnels de la petite enfance. Ce problème multifactoriel découle principalement d'une pénurie de personnel qualifié, exacerbée par des conditions de travail difficiles et un manque de valorisation des métiers de la petite enfance.
Causes des fermetures de crèches
Pénurie de personnel qualifié
La pénurie de personnel est le problème numéro un du secteur de la petite enfance, sur lequel les professionnels et les maires alertent depuis des mois. Ce manque d'effectifs peut contraindre les établissements à réduire leur amplitude horaire, voire à fermer des places.
En juillet dernier, la Caisse nationale d’allocations familiales (CAF) a publié une enquête portant sur 15.986 crèches collectives offrant 411.959 places d’accueil. Les chiffres révèlent que près de la moitié (48,6 %) des crèches collectives déclare un manque de personnel auprès d’enfants. Plus de 9.500 places sont « fermées ou inoccupées à cause d’une difficulté de recrutement ». Entre 6,5 et 8,6 % de professionnels manquent. Ces pénuries entrainent des fermetures de places, estimées à un peu plus de 2 % du total.
Conditions de travail difficiles et manque de valorisation
De nombreux professionnels du secteur (puéricultrices, auxiliaires de puériculture, éducateurs) alertent sur le mal-être du secteur. Loin de se cantonner à « jouer et accueillir l’enfant », ils sont chargés de la sécurité, l’hygiène, l’accompagnement et la communication avec les enfants, mais aussi avec les parents et les équipes, sans oublier l’organisation de la structure. Le tout avec plusieurs bambins sous leur supervision.
Les conditions de travail difficiles, l’absentéisme non remplacé, le manque de moyens ou encore le taux de remplissage sont autant de facteurs qui expliquent le désintérêt pour ces professions. La revalorisation des salaires est pointée du doigt par la majorité des acteurs du secteur. « Personne ne ferait un métier où personne ne reconnaît votre valeur. Je me suis donné corps et âme pour être une bonne professionnelle de la petite enfance et tout ça pour rien », raconte Chloé, une ancienne auxiliaire de crèche.
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Facteurs économiques et réglementaires
Le modèle économique des crèches, notamment privées, est également pointé du doigt. William Martinet affirme que « les travaux ont fait la démonstration des effets néfastes des crèches privées lucratives » et que 93% des 26 fermetures administratives de crèches ont eu lieu chez des gestionnaires privés lucratifs. Il dénonce également un « montage financier problématique » où certains groupes paient des loyers pour une partie de leurs bâtiments à des sociétés civiles immobilières qui appartiennent à leurs actionnaires.
De plus, les pouvoirs publics ont mis l'accent sur la quantité de places plutôt que la qualité d'accueil, ce qui a conduit à un allègement des taux d'encadrement. Le financement incite à « accueillir le plus d'enfants possible » dans une crèche, ce qui dégrade les conditions de travail des professionnelles et les pousse à quitter le métier, créant ainsi un cercle vicieux.
Conséquences des fermetures de crèches
Impact sur les familles
La fermeture d'une crèche peut avoir des conséquences désastreuses pour les familles, qui se retrouvent du jour au lendemain sans solution de garde pour leurs enfants. Cindy Hermitte a été informée par téléphone de la fermeture temporaire de la Crèche Bulle de Neige à Chavanod en Haute-Savoie, dans laquelle est accueillie sa fille Jade, âgée d'un an. "La nouvelle est arrivée vers 17 h 30 et dès le lendemain, on était sans solution. À la suite de l’annonce, j’ai ressenti énormément de stress. Très affectée par la situation, la maman s'est vue prescrire un arrêt maladie. J’ai contacté le relais petite enfance du Grand Annecy. J’ai fait les demandes de placement d’urgence qui malheureusement n’ont pas abouti."
Angélique Magnon dénonce des propositions alternatives "insatisfaisantes" : "On propose des solutions à certains parents, pour des crèches éloignées. Celle qu’on m’a proposée est à une heure de mon domicile donc absolument pas gérable au niveau du quotidien".
Ces fermetures peuvent entraîner un stress important pour les parents, les obliger à prendre des congés ou à réduire leur temps de travail, voire à renoncer à leur emploi. Elles peuvent également perturber l'équilibre familial et le développement de l'enfant.
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Impact sur les professionnels
La fermeture d'une crèche peut également avoir des conséquences négatives pour les professionnels de la petite enfance, qui peuvent se retrouver au chômage ou contraints de changer de métier. Julie Marty-Pichon, présidente de la fédération des éducateurs de jeunes enfants (FNEJE), réagit : « Tout est mis en branle pour trouver des solutions rapides et à court terme. Et éviter la fermeture de crèches. Mais on va trop loin dans la politique de la rustine. On ne peut plus continuer ainsi. En demandant à des professionnelles qui ont choisi ce métier de venir au travail avec la boule au ventre parce qu'elles devront travailler dans des conditions telles que certaines ont choisi d'arrêter, de peur de commettre des erreurs ».
Les professionnels peuvent également ressentir un sentiment de dévalorisation et de frustration face aux difficultés rencontrées dans leur travail.
Impact sur la société
La fermeture de crèches peut avoir des conséquences plus larges sur la société, en limitant l'accès à la garde d'enfants et en freinant l'activité économique. Elle peut également aggraver les inégalités sociales, en pénalisant les familles les plus modestes qui ne peuvent pas se permettre de recourir à d'autres modes de garde.
Solutions envisagées
Face à cette situation préoccupante, plusieurs solutions sont envisagées pour lutter contre les fermetures de crèches et améliorer la qualité de l'accueil des jeunes enfants.
Revalorisation des métiers de la petite enfance
La revalorisation des salaires est une mesure essentielle pour attirer et fidéliser les professionnels de la petite enfance. Il est également important d'améliorer les conditions de travail, de renforcer la formation et de reconnaître la valeur de ces métiers.
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Élisabeth Laithier, présidente du comité de filière petite enfance, met en avant la revalorisation « nécessaire et évidente » de ces métiers. Une revalorisation qui doit être « juste pour les salariés et soutenable pour les gestionnaires ».
Amélioration de la qualité de l'accueil
Il est essentiel de garantir un accueil de qualité pour les jeunes enfants, en respectant les taux d'encadrement et en assurant la sécurité et le bien-être des enfants. La création d'un observatoire de la qualité de vie des conditions de travail, « avec une mission d'alerte sur des situations dégradées », pourrait permettre d'engager des mesures correctives.
Soutien aux familles
Il est important de soutenir les familles en leur offrant des solutions de garde alternatives et en les aidant financièrement. Élisabeth Laithier défend l'idée que « le coût pour les familles ayant recours à une assistance maternelle ne doit pas être supérieur à celui d'un accueil en crèche ».
Réglementation et contrôle
Il est nécessaire de renforcer la réglementation et le contrôle des crèches, notamment privées, pour garantir le respect des normes de qualité et de sécurité.
Formation et recrutement
Les maires mettent particulièrement l'accent sur la formation de personnel. Xavier Madelaine appelle ses collègues à se saisir du courrier co-signé de l'AMF et des Régions de France, adressé mi-juin aux présidents de régions, afin de travailler à l'échelle des territoires pour développer et adapter l'offre de formation.
Face à la pénurie, le gouvernement a publié un arrêté autorisant les crèches à recruter des personnes sans les qualifications habituellement exigées, « en cas d’absolue nécessité » et sous certaines conditions. Cependant, cette mesure est critiquée par les professionnels du secteur, qui craignent une dégradation de la qualité de l'accueil.
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