L'affaire de Feng Jianmei, une femme de 27 ans ayant subi un avortement forcé en Chine, a mis en lumière les complexités de la politique de l'enfant unique et ses conséquences parfois tragiques. Cet événement a suscité une vague d'indignation tant au niveau national qu'international, ravivant le débat sur les droits reproductifs et les politiques de contrôle de la population en Chine.
Contexte Historique : De l'Ultra-Natalisme à la Politique de l'Enfant Unique
Avant l'arrivée au pouvoir de Mao Tsé-toung en 1949, la Chine encourageait une forte natalité, considérant chaque nouvelle naissance comme un atout pour le développement du pays. Mao Tsé-toung liait le développement de la nation à une natalité vigoureuse, voyant dans chaque enfant à naître « une nouvelle tête, c’est aussi deux bras pour travailler à l’avenir de la Chine ». Le malthusianisme était alors honni comme une « idéologie bourgeoise anti-prolétarienne ».
Cependant, le recensement de 1953 a révélé une population de 574 millions d'habitants, suscitant des inquiétudes quant à la surpopulation. La famine du Grand Bond en avant (1958-1960) a accentué cette prise de conscience, confrontant le pouvoir chinois à la nécessité de contrôler sa démographie. Malgré des mesures initiales, la population a continué de croître, dépassant les 950 millions en 1975.
Face à ces défis démographiques et aux projections alarmantes des démographes, le Parti communiste chinois (PCC) a mis en place la politique dite « de l’enfant unique » à la fin des années 1970 pour limiter la croissance démographique de ce pays de plus de 1,3 milliard d’habitants.
La Politique de l'Enfant Unique : Mise en Œuvre et Conséquences
La politique de l'enfant unique, mise en œuvre de manière disparate, a été appliquée avec une rigueur particulière dans les villes, parfois « au forceps ». En revanche, dans les zones rurales, une certaine souplesse était accordée aux couples Hans (l'ethnie majoritaire), autorisés à avoir un deuxième enfant si le premier était une fille.
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Cette politique a eu des conséquences démographiques importantes, avec un ralentissement de la croissance de la population. Les autorités soutiennent que la politique de l'enfant unique a évité environ 400 millions de naissances et contribué à l'essor économique du pays.
Cependant, elle a également entraîné des problèmes tels que le vieillissement de la population, un déséquilibre entre les sexes (avec une préférence pour les garçons) et des violations des droits de l'homme, comme l'illustre le cas de Feng Jianmei.
L'Affaire Feng Jianmei : Un Cas Révélateur
L'affaire de Feng Jianmei a éclaté en 2012, lorsqu'une photo d'elle, allongée sur un lit d'hôpital à côté du corps de son fœtus de sept mois, a été diffusée sur Internet. Feng Jianmei, déjà mère d’un enfant, a subi un avortement forcé dans la province du Shaanxi (centre du pays) parce qu’elle n’avait pas les moyens de payer l’amende de 40 000 yuans (près de 5 000 €) imposée dans le cadre de la politique « de l’enfant unique » pour celles qui veulent un deuxième enfant.
Selon l’Agence France Press (AFP), Mme Feng Jianmei, une jeune femme enceinte de sept mois, a été enlevée et a subi un avortement forcé le 2 juin 2012 dans le district de Zhenping (province de Shaanxi) en Chine. Selon l’enquête, des fonctionnaires chinois locaux avaient demandé à la famille de Mme Feng une « caution » de 40 000 RMB correspondant, selon son mari, à l’amende à acquitter en cas de deuxième enfant. Or les autorités locales ne pouvaient évoquer aucun motif légal pour réclamer une telle caution. Mme Feng a été contrainte de signer un formulaire attestant qu’elle interrompait sa grossesse de son plein gré parce qu’elle se refusait à payer l’amende et qu’elle a été hospitalisée sous bonne garde. Par inadvertance des autorités chinoises, son mari prend une photo démontrant la mère sur son lit d’hôpital avec le fœtus sanguinolent auprès d’elle.
Cette image a provoqué une vague d'indignation en Chine et à l'étranger, mettant en lumière les pratiques coercitives liées à la politique de l'enfant unique. Le gouvernement provincial du Shaanxi s’est excusé le 14 juin pour cette « violation sérieuse de la politique de la Commission de la population et du planning familial ». Cependant, l'affaire a continué de susciter des critiques et des appels à une réforme de la politique de contrôle des naissances.
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Réactions Internationales et Implications Politiques
Après le scandale récent d’un avortement forcé d’un fœtus de sept mois en Chine, le Parlement européen réuni en séance plénière à Strasbourg s’est insurgé contre la politique de l’enfant unique et a condamné l’avortement forcé comme outil de planification familiale dans une résolution adoptée le 5 juillet. Au vote final, la gauche s’exprime contre la condamnation par un vote contre la résolution.
Des membres du Parlement européen, notamment Anna Záborská (Slovaquie, ancienne présidente de la commission des droits de la femme (2004-2009) et actuellement présidente de l’intergroupe du parlement européen pour la famille, les droits de l’enfant et la solidarité entre les générations), Alojz Peterle (premier Premier Ministre de la Slovénie après la chute du mur), Bernd Posselt (CSU, Président de l’Union paneuropéenne et coordinateur de la délégation allemande à la commission des affaires étrangères), ainsi que Konrad Szymanski (Pologne) se mobilisent pour inscrire à l’ordre du jour de la séance plénière un débat avec résolution sur des cas de violation des droits de l’homme, de la démocratie et de l’État de droit.
En séance plénière à Strasbourg, les négociations s’avèrent dures en raison du caractère d’urgence de la procédure. Les groupes politiques de gauche et centre (socialiste, communiste, verts et libéral) insistent pour inclure la demande à la santé sexuelle et reproductive et les droits y afférents. En d’autres mots, pour la gauche, la reconnaissance d’un droit à l’avortement évitera à l’avenir la perception politiquement fâcheuse que provoque un avortement forcé.
Le terme technique « santé sexuelle et reproductive » a trouvé sa place dans des documents politiques à travers les Conférences internationales sur la population et le développement (CIPD), organisée par les Nations Unies successivement à Bucarest (1974), au Mexique (1984) et au Caire en 1994. Au § 7.2 du programme d’action de la CIPD, est défini le terme de santé sexuelle et reproductive: « Par santé en matière de reproduction, on entend le bien-être général, tant physique que mental et social, de la personne humaine, pour tout ce qui concerne l’appareil génital, ses fonctions et son fonctionnement et non pas seulement l’absence de maladies ou d’infirmités. Cela suppose donc qu’une personne peut mener une vie sexuelle satisfaisante en toute sécurité, qu’elle est capable de procréer et libre de le faire aussi souvent ou aussi peu souvent qu’elle le désire. Cette dernière condition implique qu’hommes et femmes ont le droit d’être informés et d’utiliser la méthode de planification familiale de leur choix, ainsi que d’autres méthodes de leur choix de régulation des naissances qui ne soient pas contraires à la loi, méthodes qui doivent être sures, efficaces, abordables et acceptables, ainsi que le droit d’accéder à des services de santé qui permettent aux femmes de mener à bien grossesse et accouchement et donnent aux couples toutes les chances d’avoir un enfant en bonne santé.
Les députés européens, qui agissent comme autorité budgétaire de la Communauté européenne par le vote du budget communautaire, se disent également préoccupés du financement des organisations qui ne respectent pas les règles. En effet, les observateurs indépendants rapportent régulièrement que des acteurs tel le Fond pour la population des Nations Unies (UNFPA) et non-étatiques comme la Fédération internationale du Planning Familial, Marie-Stopes-International, et Deutsche Stiftung Weltbevölkerung promeuvent, ou acceptent dans la pratique quotidienne, l’avortement comme un outil de planification familiale et de la santé sexuelle et reproductive.
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Vers une Nouvelle Politique Démographique ?
Face au vieillissement de la population et à la diminution de la main-d'œuvre, la Chine a progressivement assoupli sa politique de l'enfant unique. Les minorités ethniques étaient cependant largement épargnées et dans les régions rurales, les couples étaient autorisés à avoir un deuxième enfant si le premier était une fille.
Dans un revirement historique, trente-six ans après avoir limité les couples à une seule naissance, le Parti communiste chinois (PCC) a annoncé, l’adoption d’une politique permettant d’avoir deux enfants. Ce changement a pour but de « répondre au défi du vieillissement de la population » et « d’améliorer la stratégie de développement démographique ». Les précédents assouplissements de la politique démographique chinoise n'ont suscité aucune augmentation massive du nombre des naissances.
La population chinoise en âge de travailler a chuté de près de 3,7 millions de personnes l'an dernier, tombant à 915,8 millions.
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