Une femme sur trois aura recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG) au cours de sa vie. L'IVG en France est un droit fondamental, constitutif avec la contraception de l’émancipation des femmes, donc de leur liberté et de la lutte pour l’égalité femmes-hommes. Interdire le droit à l’IVG n’empêche pas les femmes d’avorter, mais les place dans l’illégalité et les conduit à la clandestinité. Si mentionner la réalisation d'une IVG est recommandé dans son parcours médical, cela reste un choix personnel dans la sphère privée.

L'IVG : Un droit fondamental en France

En France, l’IVG est un droit pour toutes. Ce droit est exercé individuellement sans l’accord du partenaire. Depuis l’adoption de la loi Veil le 17 janvier 1975, il y a cinquante ans cette semaine, le nombre annuel d’IVG en France a fluctué, atteignant 242 000 en 2023, soit un ratio d’un avortement pour trois naissances.

Pourquoi parler de votre IVG aux professionnels de santé ?

Il est recommandé de parler de votre IVG à votre médecin traitant, car cela fait partie de vos antécédents médicaux. Ces professionnels sont soumis au secret médical. Le vécu d’une IVG est personnel et différent d’une femme à l’autre. Si vous en ressentez le besoin, vous avez la possibilité de bénéficier d’une consultation psychosociale avant ou après votre IVG.

Faut-il parler de votre IVG à votre partenaire, vos parents ou vos proches ?

Pour autant, si vous le souhaitez, vous pouvez vous faire accompagner dans votre démarche par votre partenaire ou toute personne de votre choix. Il doit être possible de parler librement de votre IVG si vous en ressentez le besoin.

Si vous êtes mineure, vous pouvez demander le consentement de vos parents ou de vos tuteurs légaux pour recourir à une IVG. Mais ce n’est pas une obligation. C’est à vous seule de décider si vous souhaitez en parler à vos parents. Vous devez toutefois obligatoirement être accompagnée d'une personne majeure de votre choix lors des différentes étapes de l'IVG.

Lire aussi: Calcul retraite femmes

Vous pouvez être accompagnée à chaque étape de votre IVG par une personne de confiance de votre choix. Partager votre expérience auprès de vos proches peut vous permettre de vous sentir soutenue si ceux-ci font preuve de bienveillance à votre égard. Chaque IVG est unique. Les émotions sont aussi très diverses d'une femme à l'autre. Il s’agit souvent d’un soulagement, mais cela peut être aussi de la tristesse. Il est important de se sentir entourée et soutenue dans ce moment de votre vie.

Vers qui se tourner quand il n’est pas possible de parler de son IVG avec des proches ?

Après une IVG, parler, se sentir écoutée et soutenue peut être nécessaire. Des associations peuvent vous aider à libérer la parole autour de ce sujet, grâce à des cafés-rencontres, des groupes de parole ou des accompagnements personnalisés. Vous pouvez également vous rendre dans un Planning familial, un EVARS ou contacter le numéro vert national. Le Planning familial est un réseau de plus de 80 associations qui informent et orientent sur des questions liées aux sexualités, la contraception, l’avortement, la prévention des violences sexistes et sexuelles et la promotion de l’égalité de genre, sur tout le territoire français.

Les freins à l'accès à l'IVG

Il y a toujours et encore des freins à l'accès à l'interruption volontaire de grossesse. C'est ce qu'estiment neuf Français sur dix (89%), selon le baromètre du Planning familial, publié jeudi 26 septembre, que révèle France Inter. Le nombre d'IVG réalisées en France est en hausse de 3,7% en 2023 par rapport à 2022, selon les chiffres publiés par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) mercredi. Premier frein concret : le manque de structures et des délais d’attente encore trop longs. Plus d’un quart des femmes ayant eu recours à l'IVG (28%) déclarent également ne pas s'être senties soutenues et accompagnées par leur entourage, famille ou amis.

Si près de huit femmes sur dix estiment avoir été bien informées (79%) et bien accompagnées (79%) lors des échanges avec les professionnels de santé avant l’avortement, certaines d’entre elles témoignent d’un sentiment de gêne. Selon ce baromètre, un tiers des femmes ayant avorté avant le début de leur 8e semaine affirme ne pas avoir eu le choix de la méthode (31%) et seulement 63% se sont senties à l’aise pour poser toutes leurs questions avant de décider d’avorter ou non. Près de quatre femmes sur dix (38%) interrogées ont ressenti de la pression, que ce soit pour avorter (29%) ou ne pas avorter (31%).

Dans ce premier baromètre du Planning familial, il apparaît également que les femmes ne sont pas égales face à l’avortement. Celles qui vivent en zones rurales et les immigrées éprouvent davantage de difficulté pour accéder à l’IVG : 57% des femmes ayant recours à un avortement et 58% du grand public constatent que les femmes vivant en zone rurale rencontrent plus de difficultés pour accéder à l’avortement.

Lire aussi: Accouchement : un suivi personnalisé

Les raisons du recours à l'IVG : une réalité complexe

Mercredi sur franceinfo, la présidente du Planning familial Sarah Durocher s'est interrogée sur les raisons de ces recours à l'IVG, qui sont liées notamment au fait qu'il y ait "très peu d'informations autour de la contraception", rappelant que "cela fait 10 ans qu'il n'y a pas eu de campagne nationale". Une enquête d’envergure permettrait de mieux comprendre pourquoi des femmes ont recours à l’IVG et de mieux les accompagner.

« Considérant l’IVG comme un ultime recours, les législateurs espéraient que le développement parallèle de la pratique contraceptive conduirait à une diminution progressive du recours à l’avortement. Malgré ces statistiques significatives, peu d’études se sont penchées sur les raisons profondes conduisant les femmes à recourir à une IVG. Dans un contexte de baisse alarmante du taux de natalité, mais surtout, dans un souci d’accompagner au mieux ces femmes, il serait pourtant utile de mieux comprendre leurs motivations. Car avorter n’est pas un acte banal. Comme le souligne Nathalie Bajos, « l’interruption volontaire de grossesse reste un acte médical particulier en ce qu’il engage des questions éthiques et philosophiques spécifiques : le droit à la vie, le droit de disposer de son corps, la relation à la maternité et au désir d’enfant, les rapports du couple ».

Un sondage Ifop commandé en 2020 par l’association pro-vie Alliance Vita révèle d’ailleurs que 51 % des Français trouvent « préoccupant » le recours à l’avortement, le considérant comme un acte à éviter, tandis que 49 % le perçoivent comme une éventualité normale dans la vie d’une femme. 73 % des sondés estiment en outre que la société devrait plus activement aider les femmes à éviter le recours à l’IVG.

Si l’on sait que la majorité des interruptions volontaires de grossesse résultent de grossesses non désirées, cette explication ne rend pas pleinement compte des multiples facteurs personnels, familiaux, sociaux et économiques qui influencent une telle décision. Quelques enquêtes offrent cependant certaines perspectives. L’étude de cohorte Cocon, menée entre 2000 et 2004, révèle que les raisons d’avorter varient selon l’âge : les jeunes femmes interrompent souvent leur grossesse en raison de leurs études ou de leur célibat ; entre 25 et 34 ans, les femmes invoquent une taille de famille déjà suffisante, et les plus âgées des conflits entre maternité et carrière professionnelle, ou l’instabilité de leur relation de couple.

Une étude réalisée en 2020 par la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) indique que « les femmes aux revenus les plus faibles ont plus souvent recours à l’IVG » et que les femmes en couple ont 37 % moins de chances de subir une IVG que celles qui ne le sont pas. À cela s’ajoutent des raisons que les enquêtes ne mettent pas en lumière. Pour Nicolas Tardy-Joubert, président de la Marche pour la vie, le recours à l’avortement est également influencé par l’insuffisance des politiques familiales. Il pointe par exemple le fait que « tous les actes liés à l’IVG sont couverts à 100 %, tandis que certains soins pendant la grossesse ne sont remboursés qu’à 70 % ».

Lire aussi: Risques et plaisirs de la sexualité pendant la grossesse

Caroline Roux, directrice générale adjointe d’Alliance Vita, observe qu’« avec la généralisation des avortements médicamenteux, qui constituent 79 % des IVG en 2023, et leur possibilité jusqu’à la septième semaine, les décisions sont souvent prises dans la précipitation. De plus, depuis la loi de 2001, les femmes ne sont plus informées des aides aux femmes enceintes lors des consultations d’IVG ». Forte des témoignages recueillis auprès des services d’écoute de Vita, elle ajoute : « Une gynécologue déclarait que l’avortement fait désormais partie de la vie des femmes. Je ne partage pas cet avis. Des femmes souhaiteraient l’éviter, et pour cela il faut un meilleur accompagnement. » Caroline Roux rappelle l’importance cruciale de soutenir les femmes, notamment celles qui sont âgées de 25 à 29 ans : « Les statistiques révèlent que le taux d’avortement est le plus élevé chez les femmes de cette tranche d’âge qui correspond au moment le plus propice pour avoir des enfants, mais qui coïncide avec des études prolongées et l’entrée dans la vie professionnelle. Ces circonstances demandent un équilibre délicat entre carrière et vie familiale.

Les ambivalences et les facteurs socio-économiques

C’est un apparent paradoxe. Alors qu’en France, la contraception est remboursée depuis 1974 et que la politique familiale, censée soutenir l’arrivée d’un enfant, représente chaque année près de 90 milliards d’euros dans le budget de l’État, le recours à l’IVG se maintient à un haut niveau et, même, augmente. Selon les derniers chiffres de la Drees, 232 200 IVG ont été pratiquées en France en 2019, soit 15 500 de plus que deux ans plus tôt. La réponse, complexe, se situe à la croisée de considérations économiques, sanitaires, intimes et psychologiques, expliquent sociologues et médecins. Signe des ambivalences à l’œuvre, un tiers des grossesses non désirées surviennent chez des femmes qui prennent une contraception.

Ces dernières années, le profil des femmes qui demandent une interruption volontaire de grossesse a évolué. « On constate une nette baisse des taux de recours chez les femmes de 15 à 19 ans », note la Drees dans un récent rapport, alors que la demande augmente chez les plus de 25 ans. Une des explications est la hausse des IVG itératives : certaines femmes, ayant un mauvais accès à la contraception ou prenant une contraception inadaptée, peuvent avoir recours plusieurs fois dans leur vie à l’IVG.

De plus, la prescription de la pilule ne fait plus aujourd’hui consensus. De nombreuses femmes « refusent désormais de prendre des hormones », conséquence notamment des alertes lancées ces dernières années sur les pilules de 3e et 4e générations. D’autres moyens de contraception s’en trouvent aussi disqualifiés, comme le stérilet hormonal.

La hausse des IVG s’inscrit ainsi dans un contexte plus global de baisse de la natalité depuis 2014, liée souvent à des considérations économiques. Selon une étude de la Drees, l'IVG est 40 fois supérieur pour les femmes les plus pauvres que pour les plus aisées.

Angoisses et responsabilités

« L’enfant est aujourd’hui programmé. Il doit arriver quand on le souhaite, à un moment compatible avec la carrière de l’un et de l’autre, quand les conditions matérielles sont réunies », explique encore Armelle Nollet. Problème : ce besoin d’un cadre rassurant et contrôlé est mis à mal par la précarisation des liens affectifs et l’angoisse de l’avenir.

Certaines femmes expliquent qu’elles ne peuvent pas garder leur enfant car elles se demandent si dans dix ans, elles seront encore avec le père. D’autres se disent carrément : “Je préfère avorter plutôt qu’élever un enfant qui va souffrir dans un monde trop dur” ou qu’elles n’arriveront pas à protéger. Elles sont écrasées par le sentiment de responsabilité vis-à-vis de l’enfant. Or cette angoisse des femmes face à leurs limites est largement sous-estimée, selon certains médecins.

Menaces sur le droit à l'IVG

Depuis quelques années, ce droit fait l’objet de menaces régulières. Le 24 juin 2022, la Cour Suprême des États-Unis provoquait la stupeur partout dans le monde en annulant l’arrêt Roe vs Wade, qui avait ouvert le droit à l’avortement en 1973. Depuis le jeudi 15 septembre 2022, en Hongrie, les femmes souhaitant avoir recours à une IVG (interruption volontaire de grossesse) doivent désormais être confrontées «aux fonctions vitales du fœtus», en écoutant les battements de son cœur. L’Italie pourrait être le prochain pays sur la liste de ceux limitant ou interdisant ce droit fondamental. Les évolutions juridiques constatées en Europe, et outre-Atlantique, doivent nous alerter sur les ambitions des mouvements conservateurs envers le droit à l’avortement. Entre 2009 et 2018, le financement européen du mouvement anti-genre a augmenté de près de 200% (1). Ces mouvements disséminent, également, de nombreuses fausses informations via des outils de communication modernes, mettant en danger de façon indéniable le droit à une information juste et vraie auprès de publics divers, et de plus en plus jeunes. Sur les réseaux sociaux, à travers des sites dédiés et des “lignes d’écoute” qui font concurrence à une information claire et objective.

En France, 8 personnes sur 10 sont favorables à la constitutionnalisation du droit à l’avortement. Depuis de nombreuses années, la Fondation des Femmes et les associations de défense de droits des femmes travaillent activement auprès du gouvernement pour faire de l’inscription de ce droit dans la Constitution, une réalité. Le 24 novembre 2022, une proposition de loi pour inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution était adoptée par l’Assemblée nationale, avec 337 voix pour et 32 contre. Le 29 octobre 2023, le chef de l’État annonçait ainsi la présentation en conseil des ministres d’ici fin 2023 d’un projet de loi qui reprendrait le contenu de la proposition de loi pour inscrire dans la Constitution de 1958 la liberté des femmes de recourir à l’IVG. Ce projet de loi sera ensuite voté à l’Assemblée nationale le 24 janvier et la navette parlementaire se poursuivra devant le Sénat le 26 février.

tags: #femmes #recours #raisons #interruption #volontaire #de

Articles populaires: