La question de savoir s'il faut décalotter ou non un enfant, en particulier un bébé garçon, est une source d'interrogation pour de nombreux parents. Cet article vise à informer les parents sur les risques et les recommandations concernant le décalottage, en s'appuyant sur les avis de professionnels de la santé et les données médicales actuelles.
Qu'est-ce que le décalottage ?
Décalotter un bébé consiste à faire glisser la peau recouvrant le gland, autrement dit le prépuce, vers la base du pénis. Le décalottage, parfois musclé, visait à mieux nettoyer cette zone.
Pourquoi se pose-t-on cette question ?
Longtemps, les médecins et pédiatres ont recommandé d’effectuer ce geste chez le bébé, pour des raisons hygiénistes que l’on sait aujourd’hui infondées. On pensait également que le décalottage allait permettre de limiter le risque de phimosis, affection qui se traduit par une étroitesse excessive du prépuce et une impossibilité totale de décalotter, et qui est parfois à l’origine d’infections et de perturbations de la vie sexuelle à l’âge adulte.
Le décalottage est-il nécessaire ?
Selon l’avis de plusieurs pédiatres, il n’est pas recommandé de décalotter un petit garçon. Les parents ne doivent pas tenter de tirer sur son prépuce afin de découvrir son gland. Cette peau fine au bout du gland du pénis de l’enfant n’est pas très élastique et ne se laisse donc pas distendre. Cela vient au fur et à mesure des mois et surtout des imprégnations hormonales.
L'avis des professionnels de santé
Les professionnels de santé sont aujourd’hui unanimes : au quotidien, de l’eau suffit pour nettoyer tout simplement les parties intimes de bébé et une toilette intime excessive est à éviter. Le prépuce est le repli de peau qui recouvre le gland. À la naissance, il est souvent collé à celui-ci. Ces adhérences sont banales et disparaissent grâce à un décollage progressif lors du bain. Il s’agit d’un processus naturel : quel que soit son âge, n’essayez jamais de décalotter vous-même l’enfant.
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Le rôle des adhérences préputiales
A la naissance et chez les nouveau-nés de moins d’un an, la face interne du prépuce adhère au gland (on parle d'adhérences préputiales) et l’ouverture au bout du prépuce est étroite rendant le décalottage impossible. Cette impossibilité de décalotter concerne 96 % des nouveau-nés de moins de 1 an. Grâce aux manipulations de l’enfant et aux érections spontanées, ces adhérences vont progressivement se libérer et le bout du prépuce s’élargira permettant le décalottage. Même si cela est variable selon les enfants, généralement le prépuce peut être complètement décalotté vers 3, 4 ans chez la majorité des enfants.
Les risques du décalottage forcé
Des saignements, un œdème, l’apparition de fibrose au moment de la cicatrisation… décalotter son bébé peut être à l’origine de plusieurs complications, plus ou moins graves. De même, il arrive que le prépuce soit trop étroit et qu’il ne se « recalotte » pas comme il faut. On parle alors de strangulation. Stressant pour le parent qui a peur de mal s’y prendre, douloureux pour le bébé, le décalottage peut être à l’origine de complications plus graves : saignements, œdèmes et même, lors de la cicatrisation, apparition de zones de fibrose. Un rétrécissement cicatriciel obligerait le ou la médecin à pratiquer une intervention chirurgicale pour libérer le prépuce. Et le nourrisson risque de ressentir des douleurs assez vives à chaque pipi dans les 24 à 48 heures qui suivront. Parfois, le prépuce est si étroit qu’on ne parvient pas à recalotter (paraphimosis) : la « strangulation » oblige à consulter en urgence un.e pédiatre qui remettra le prépuce, par une manœuvre très douloureuse.
Le paraphimosis
Un autre risque majeur est de provoquer un paraphimosis, qui survient lorsque le prépuce, encore trop serré, reste coincé en position décalottée. L’anneau du prépuce (son extrémité) comprime alors le gland, provoquant un œdème, c’est-à-dire le gonflement du gland, et cela est très douloureux. Si le paraphimosis n’est pas réduit rapidement, cela peut conduire à une nécrose du gland.
Quand et comment nettoyer le pénis de son enfant ?
Pour un adolescent ou un adulte, il est plus hygiénique de se décalotter lors de la toilette intime. Mais ce qui vaut pour les grands n’est pas vrai chez les bébés : une toilette classique de son sexe et de ses fesses à chaque change suffit amplement. Pendant le bain ou la toilette de votre enfant, lavez son sexe avec de l’eau et un savon doux, mais sans tenter de le décalotter.
Vers l’âge de 3 ou 4 ans, lorsque l’enfant apprend à se laver seul, on peut lui enseigner les bons gestes pour sa toilette intime, et lui apprendre à se décalotter seul pour nettoyer cette zone, à l’eau claire. Lorsqu’il n’y a pas eu de circoncision (intervention chirurgicale qui consiste à enlever le prépuce qui recouvre le gland du pénis), il faudra tirer doucement le prépuce vers l’arrière pour découvrir le gland.
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L'importance de la patience
Le maître mot aujourd’hui est la patience : « les choses se font naturellement, avec le temps ». Il suffit de tirer tout doucement sur cette peau au bout du pénis du nourrisson, pour apercevoir l’orifice par lequel sort l’urine. Nul besoin de s’y prendre de façon précoce. Il est en revanche possible quand l’enfant est plus grand, au moment de la douche ou du bain, vers 5, 6 ou 7 ans, de lui demander alors de « tirer » doucement sur son prépuce « pour voir le bout » de son pénis, quand il se lave ou qu’il veut uriner.
Le smegma : un lubrifiant naturel
Il est quelque fois possible de voir une substance blanchâtre ou jaunâtre, appelé smegma, entre le gland et le prépuce. Il s’agit d’un lubrifiant naturel qui facilitera plus tard le décalottage de votre enfant. On appelle smegma, une sécrétion jaunâtre, qui ressemble à de la cire, produite par les organes sexuels, que ce soit le sillon du gland chez le garçon comme la zone vulvaire chez la petite fille. Le smegma a l’avantage, en créant de petits résidus, de décoller naturellement le prépuce au fil du temps. Il ne faut pas chercher à tout prix à le nettoyer.
Pathologies du prépuce : quand consulter ?
Paraphimosis, phimosis, balanite, balanoposthite sont les principales pathologies du prépuce chez l’enfant.
Le phimosis
Le phimosis, qui est une peau trop resserrée autour du gland créant ce qu’on appelle un anneau préputial inquiète souvent les parents. Tous les petits garçons naissent avec un phimosis, il n’y a rien de dramatique à cela, c’est physiologique. Inutile donc de vouloir insister et décalotter à tout prix un bébé atteint de phimosis. Si le prépuce est trop serré pour être rétracté complètement, on parle de phimosis. Cette petite malformation est généralement présente dès la naissance.
Le pénis de l’enfant grandit en même temps que lui, et parfois le phimosis peut apparaître après. On dit alors qu’il est « acquis ».
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Traitement du phimosis
Auparavant, l’intervention chirurgicale était souvent proposée mais désormais les recommandations des associations professionnelles d’urologie préconisent de mettre en place un traitement local en première intention. Il s’agit de crèmes à base de corticoïdes que l’on applique 1 à 2 fois par jour sur le prépuce pendant plusieurs semaines. Les études montrent une très grande efficacité de ce traitement. Une étude a montré que sur 96 enfants traités par l’application d’une crème 2 fois par jour, le taux de guérison était de 92 % après le suivi d’une ou deux cures.
Dans les formes simples, l’application d’une crème grasse, à base de cortisone, permet de solutionner le problème.
La balanite et la balanoposthite
Il s’agit d’inflammations du gland et/ou du prépuce, le plus souvent d’origines infectieuses. La balanite concerne l’inflammation du gland et la posthite l’inflammation du prépuce. Lors de ces infections, on peut observer des taches rouges ou blanches, des démangeaisons, éventuellement un écoulement de pus et l’enfant ressent de fortes douleurs. Il ne faut surtout pas tenter de décalotter l’enfant lors de ces épisodes infectieux au risque d’aggraver l’infection. Ces infections nécessitent de consulter un médecin qui prescrira, le plus souvent, un traitement antiseptique local.
Les interventions chirurgicales du prépuce
Il existe deux types d’intervention du prépuce : la plastie et la posthectomie. Dans d’autres cas (soit parce que le phimosis est trop serré, soit devant des infections récidivantes) mais aussi en cas d’urgence, une intervention chirurgicale sera nécessaire. Dans ce cas, à la fois votre médecin traitant et/ou votre pédiatre vous orienterons vers les chirurgiens pour qu’ils vous proposent, après vous avoir expliqué clairement quels sont les avantages et les inconvénients, la technique chirurgicale qui semble la plus adaptée au cas de votre enfant.
La circoncision (posthectomie)
C’est une technique très connue en raison de sa pratique dans certaines religions. Elle consiste à retirer l'ensemble du prépuce, ce qui laisse le gland en permanence à nu. Elle présente deux avantages : il n'y a aucun risque de récidive, un pénis circoncis est souvent plus hygiénique car aucune impureté ne peut se glisser (et macérer) entre le prépuce et le gland. La toilette quotidienne est plus aisée. Elle a aussi des inconvénients qu’il faut signaler, car elle peut diminuer certaines fonctions du prépuce : le prépuce protège le gland des frottements externes et du dessèchement, le prépuce possède un réseau de terminaisons nerveuses spécialisées dans la sensation du toucher et donc du plaisir, lorsque se produit une érection, le prépuce déplié fournit une réserve de peau qui compense l’allongement du sexe masculin tout en lui permettant de conserver un manchon mobile qui facilite les mouvements de va-et-vient liés à l’activité sexuelle, ce qui limite les frottements et parfois les irritations.
La plastie préputiale
C'est une petite découpe en forme de V sur le dessus du pénis (car en dessous, il y a le frein, qu'il ne faut pas couper puisqu'il retient le prépuce).
Quelle que soit la technique, c’est au chirurgien de proposer ce qui sera le meilleur pour votre enfant et de vous apporter un conseil éclairé sur les avantages et les inconvénients des différentes techniques. Il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin traitant pour lui faire part de ses doutes et interrogations : il vous répondra avec son expérience et ses connaissances.
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