Cet article explore la vie et l'œuvre d'Amadou Doudou Diop, un général sénégalais, en s'appuyant sur diverses sources, notamment des interventions lors de colloques, des témoignages de tirailleurs et de leurs familles, ainsi que des analyses historiques et culturelles.

Formation Militaire et Début de Carrière

Le Général Doudou Diop a été formé à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (France), promotion 1960-1962. Il fait partie des premiers officiers sénégalais saint-cyriens. Après le bataillon, il a été nommé comme Commandant et Directeur du Génie, nommé par le Général Jean-Alfred Diallo, en remplacement d’un colonel français, un conseiller technique.

Missions Diplomatiques

En tant que chef d’État-major particulier, le Chef de l’État, le Président Abdou Diouf lui confie certaines missions diplomatiques telles que la dissolution et la liquidation de la confédération de la Sénégambie, la gestion du conflit Sénégal - Mauritanie où sous le couvert de la DGSE et du Quai d’Orsay, les négociations ont permis la reprise des relations diplomatiques, la restitution des biens et la gestion des réfugiés et des déplacés.

L'Héritage d'Alioune Diop : Un Contexte Culturel et Intellectuel

Pour comprendre pleinement l'impact d'Amadou Doudou Diop, il est essentiel de considérer l'influence d'Alioune Diop, un intellectuel humaniste sénégalais. «Il était l’Afrique mais aussi toutes les Afriques dans leurs plus secrets prolongements, il était son pays, le Sénégal, et aussi tous les pays qui s’obstinent pour ne pas périr, il était son lieu, mais son lieu restait ouvert à tous les lieux du monde» écrit Edouard GLISSANT dans son hommage rendu à Alioune DIOP, un intellectuel humaniste, effacé, humble modeste et refusant toute distinction ou gratification, fidèle en amitié et fondateur de la revue et des éditions Présence africaine.

Alioune Diop : Un Homme de l'Ombre et un Visionnaire

Alioune DIOP, porteur de projets de renaissance de la civilisation noire, était un homme de l’ombre, «modèle de discrétion» ; «il préférait faire, au lieu de faire du bruit sur ce qu’il pouvait écrire et sur ce qu’il pouvait faire» écrit Doudou SINE ; il fuyait la lumière, mais a contribué, de façon décisive à l’éveil des consciences pour l’indépendance. Pourtant René DEPESTRE fera remarquer qu’Alioune DIOP était visionnaire ; il fallait mener des actions d’ensemble «pour aider les intelligentsias noires, intégrées à diverses cultures nationales de l’Occident impérial après deux siècles d’expériences collectives, à rejoindre la condition humaine universelle que la violence esclavagiste et coloniale leur avait dérobée».

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L'Importance de la Culture dans l'Intégration Africaine

Alioune DIOP a tenu à rappeler aux pères fondateurs de l’O.U.A, que l’intégration africaine ne pouvait se faire sans la culture. Pendant des siècles, la pensée nègre a été étouffée, marginalisée, méprisée et occultée par l’esclavage, le colonialisme et le racisme. Tel un Messie, en homme de foi, sans défaillance, doté d’un caractère inflexible, Alioune DIOP s’est fixé dans sa vie un objectif majeur : faire reconnaître la spécificité de la culture noire. Alioune DIOP a créé des institutions et projets culturels dont le but est de promouvoir la dignité et l’identité du monde noir afin d’en inspirer la puissance créatrice.

Alioune Diop : Un Acteur Majeur du Mouvement Émancipateur

Acteur majeur dans l'histoire du mouvement émancipateur des colonisés, Alioune DIOP a bien saisi que les Noirs, éparpillés dans le monde présentaient des traits communs, une culture commune. Alioune DIOP a eu l’audace et la témérité, l’idée subversive d’assumer, en France, le combat de la défense de l’identité culturelle noire, en donnant ainsi voix aux sans-voix. Il a voulu révéler les Noirs à eux-mêmes. «La Négritude est née en nous du sentiment d’avoir été frustrés de la joie de créer et d’être considérés à notre juste valeur. La Négritude n’est autre que l’humble et tenace ambition de réhabiliter des victimes et de montrer au monde ce que l’on avait précisément nié : la dignité de la race noire», dit Alioune DIOP.

La Culture comme Fondement de l'Identité

Pour Alioune DIOP, «il n’y a pas de peuple sans culture». La culture est le point de concentration de l’ensemble des pensées et actions, le support, le plus sûr, de toutes les potentialités. C’est par la culture que tout peut basculer, que tout a basculé, pour une nouvelle prise de conscience. L’Homme en avait la carrure, non celle des forces brutales qui, telle une bourrasque déchaînée, sème désordre et désolation, mais plutôt la carrure intellectuelle faite d’intelligence, de finesse et d’une tendre lucidité. «Ses yeux pétillant d’une ardente foi en l’Homme noir», souligne le président Abdoulaye WADE.

Les Origines et la Formation d'Alioune Diop

Qui était donc Alioune DIOP ?Alioune DIOP est né, le 10 janvier 1910, dans une société multiculturelle, à Saint-Louis du Sénégal. En effet, la ville de N’Dar, occupée, pendant un certain temps par les Anglais, a été baptisée Saint-Louis en l’honneur d’un roi de France en 1638. Saint-Louis, capitale de l’Afrique Occidentale française de 1895 à 1902, a très tôt participé à la vie politique française. Les Saint-Louisains ont envoyé le 15 avril 1789 des doléances et remontrances des habitants du Sénégal aux citoyens français durant la Révolution. Depuis 1872 Saint-Louis est une commune de plein exercice et ses habitants, sont des citoyens français depuis 1916. Plusieurs communautés y cohabitent, des Européens, des Métis, des Marocains, des commerçants libanais et syriens. Tout en étant éduqué à l’école française, Alioune DIOP a baigné dans les cultures animistes et musulmanes.

Un Homme Synthèse : Wolof et Peul

Le père d’Alioune DIOP est Wolof. Mais sa mère est d’origine peule, de Aéré-Lao. Jusqu’à l’âge de 10 ans, Alioune DIOP, qui avait un marabout toucouleur, Cheikh Hamidou KANE, le grand-père de l’auteur de l’aventure ambiguë, parlait bien le peul. Par conséquent, Alioune DIOP, à travers ces deux principales ethnies de son pays, est une remarquable synthèse de l’homme sénégalais. Alioune DIOP, formé à l’école française, est animé d’un puissant désir de l’échange pour allumer le feu de brousse de la fraternité. En effet, Alioune DIOP est un féru des humanités gréco-latines (Aristote, Platon, Sénèque, Virgile, Tacite) et apprécie les grands classiques de la littérature et de la philosophie, (Descartes, Montaigne, Bossuet, Kant, Pascal, Racine, Rimbaud, Valéry, Claudel, Maria Reiner Rilke, Sören Kierkegaard, etc.). Il aime la musique classique (Bach, Mozart, Debussy). Après des études primaires à Dagana et secondaires à Saint-Louis, il entama en Algérie (1936-1937) des études de Lettres classiques qu’il termina à la Sorbonne à Paris. Arrivé en France en septembre 1937, et partir de 1943, il fut professeur de Lettres à Paris et dans plusieurs villes françaises.

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Alioune Diop : Un Humaniste Universel

Alioune DIOP a un sens consommé des relations humaines, sans distinction d’origine ethnique ou religieuse (André GIDE, Jean-Paul SARTRE, Albert CAMUS, Aimé CESAIRE, Jean Mars PRICE, le père MAYDIEU, Jacques HOWLETT, etc.). Le père dominicain, Jean-Augustin MAYDIEU (1900-1955) l’a conduit au catholicisme en 1944. Décédé à Paris le 2 mai 1980, Alioune DIOP est enterré au cimetière catholique de Bel Air, à Dakar. Auparavant, une messe a été célébrée le 17 mai 1980, en l’Eglise Saint-Médard, dans le 5ème arrondissement de Paris. «S’il est un des rares intellectuels musulmans à s’être converti au christianisme, je veux croire que c’est avant tout, par soif de spiritualité neuve, et par besoin d’élargir, non sans déchirement, sa quête passionnée de l’Homme», souligne un poète antillais, Guy TIROLIEN.

Par conséquent, tout en affirmant la défense de la spécificité de la culture noire, Alioune DIOP est loin d’être un homme sectaire. Pour son courage, son intelligence et sa sympathie envers tous les hommes «Il a jeté un pont entre l’Afrique inconnue et le reste du monde», souligne Marcella GLISENTI, une italienne fondatrice de la société des amis italiens de Présence Africaine. Il est fondamentalement attaché au dialogue des cultures, à la rencontre de l’autre. Alioune DIOP est un rêveur, un idéaliste ; il croit aux valeurs de fraternité, de justice et de paix. «Des valeurs on ne spécule pas, on les vit, on les affirme, ou les défend, ou en meurt» dit Jacques HOWLETT en hommage à Alioune DIOP. Armé d’une grande qualité d’écoute, Alioune DIOP pense que le dialogue ne saurait être fécond que s’il repose sur un double postulat : l’acceptation de la différence et la reconnaissance de l’égalité des partenaires. Le respect de l’autre doit être la règle d’or des rapports humains. Pour sa persévérance à face à toute méfiance ou conflit, pour sa force d’âme, par sa foi dans la vérité profonde, Alioune DIOP a contribué à la réconciliation entre toutes les cultures. Esprit clair et lucide, le respect d’Alioune DIOP est le respect profond de l’homme pour l’homme.

La Négritude comme Hymne à la Dignité Noire

Finalement, la défense des valeurs du monde noir n’est pas dirigée contre l’Occident. Il a la foi en l’homme noir en tant qu’élément de l’humanité. Dans la démarche d’Alioune DIOP, la Négritude n’est rien d’autre qu’un hymne revendicatif à la dignité noire, un sursaut de fierté en faveur des méprisés de l’histoire. La Négritude, est un «élan de protestation contre un état de mœurs, contre un état d’esprit qui tenait à faire du Nègre une ébauche d’homme, un être inachevé à qui l’on déniait la possession à part entière des qualités constitutives de l’homme», précise Jacques RABEMANANJARA. Par conséquent, loin de s’enfermer dans un ghetto, Alioune DIOP a pour ambition d’accéder à l’universel à travers la Négritude. C’est parce qu’être pleinement homme est dénié aux Noirs, que la Négritude est une manière d’être homme, de retrouver sa dignité si déniée. Ce qui compte le plus c’est l’épanouissement humain. «Parce que nous sommes, et parce que, par-delà le mensonge colonial, nous voulons être des hommes de vérité, nous sommes en même des soldats de l’unité et de la fraternité», proclame Aimé CESAIRE au Congrès des écrivains et artistes noirs de Rome en 1959.

Présence Africaine : Une Entreprise Familiale

Présence Africaine est avant tout une entreprise familiale. Alioune DIOP, qui a renoncé à tout carriérisme, a dédié toute sa vie à cette entreprise et à la cause de la culture noire. C’est un moine de la culture, «un cénobite de la culture noire», suivant une expression de Jacques RABEMANANJARA. Derrière le succès de chaque grand homme, se cache souvent une femme, en l’occurrence Christiane DIOP. Le dévouement, l’effacement, la discrétion, la fidélité, l’abnégation, la compréhension et le courage de sa femme, ont permis à Alioune DIOP d’accomplir, avec succès, sa mission. En effet, Alioune DIOP a épousé Christiane DIOP la fille de Maria Mandessi BELL (1896-1990), une huguenote camerounaise, veuve de Mamadou Yandé DIOP, un militaire français d’origine sénégalaise, oncle de Léopold Sédar SENGHOR. Maria Mandessi est également la mère du poète David DIOP (1927-1960), auteur des fameux poèmes les «Coups de Pilon», et d’Ernest Iwiyè KALA-LOBE (1917-1991), un journaliste issu d’une première union qui a collaboré à Présence Africaine et accompagné Alioune DIOP dans ses différents projets. Le frère du président Sékou Touré de la Guinée, Ismael Touré, avait épousé une des sœurs de Christiane DIOP. Actuellement, Présence Africaine est dirigée par Christiane DIOP. Mme Suzanne Bineta DIOP, et M. Adrien DIOP, ses enfants, sont co-gérants de Présence Africaine. Le comité de rédaction de cette institution est présidé par un universitaire à la Sorbonne, d’origine camerounaise, M. Romuald FONKUA. Les 70 ans de présence africaine seront célébrés, avec faste en 2019, probablement à Colonie, près de la Gare du Nord, à Paris.

L'Engagement Politique et le Choix de la Culture

Alioune DIOP, qui est socialiste, fera de la politique, pendant un certain temps, à gauche, à la S.F.I.O. Son mentor est maître Lamine GUEYE (1891-1968), maire de Saint-Louis et futur président de l’Assemblée Nationale du Sénégal. Alioune DIOP a été chef de cabinet de René BARTHES (1894-1965), gouverneur de l’Afrique Occidentale française. Alioune DIOP a été également sénateur de 1946 à 1948. Il finira par très vite se lasser de la politique et va se consacrer, entièrement, à la culture en fondant en 1947 la revue Présence africaine, et la maison d’édition Présence Africaine en 1949. Grand témoin du XXème siècle, homme de refus et de la création, militant infatigable contre l’injustice, homme de dialogue des cultures, Alioune DIOP a peu écrit parce qu’il a passé sa vie à faire parler les autres. Du moins, suivant Iwyè KALA-LOBE, son beau-frère et collaborateur à Présence Africaine, «Il met un soin extrême à la conception et à la rédaction de ses liminaires qu’il refuse toujours de signer, estimant qu’il s’agit des fruits des réflexions issues d’un travail collectif». Selon le Père Joseph-Roger de BENOIST, «Alioune Diop a plus cherché à faire penser et parler les autres qu’à leur imposer son discours avec son personnage. Il a su communiquer sa foi à un grand nombre d’hommes de valeur qui ont ainsi démultiplié sa propre action». Alioune DIOP est un homme à projets. Il organise les Congrès des écrivains et artistes noirs, à Paris en 1956 et à Rome en 1959, le Festival mondial des Arts Nègres à Dakar en 1966, ainsi que diverses rencontres culturelles sous l’égide la Société Africaine de Culture.

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Alioune Diop : Fondateur de Présence Africaine

Alioune DIOP, jeune intellectuel Sénégalais, prépare ce qui sera l’œuvre de sa vie : Présence Africaine dont l’objectif est de faire revivre une culture noire contrainte pendant longtemps au silence. Certes, diverses revues étudiantes africaines ont existé en France (Légitime défense 1er juin 1932, l’Etudiant noir de n°1 de mars 1935), mais elles ont été éphémères ou marginales. Alioune DIOP qui fréquentait le père MAYDIEU, voyait les revues fleurir autour de lui (Esprit, Temps modernes). Mais il n’y avait pas de revue de stable donnant la parole aux Africains. L’idée de la création de Présence Africaine remonte à 1942-43. «Nous étions, à Paris, un certain nombre d’étudiants d’Outre-mer qui, au sein des souffrances d’une Europe, s’interrogent sur son essence et l’authenticité de ces valeurs. Nous nous sommes groupés pour étudier la situation et les caractères qui nous définissaient nous-mêmes», dit Alioune DIOP dans son fameux article «Niam N’goura» paru dans le premier numéro de 1947 de Présence Africaine. «Niam n’goura, Wona Niam Paya», est un diction peul signifiant, littéralement, «mange pour que tu vives, ce n’est pas manges pour que tu t’engraisses». La Revue Présence Africaine permet aux Noirs de France de se définir et d’exister. C’est un espace d’expression et de dialogue, un lieu d’intervention capital pour la pensée, la littérature et la politique africaine. Les intellectuels d’Outre-mer, vivant en France, se retrouvaient abandonnés entre deux sociétés, sans signification reconnue dans l’une ou dans l’autre, étrangers à l’une comme à l’autre. Alioune DIOP, homme de décision et de caractère, tente d’interpeler les étudiants africains en France : «Incapables, dit-il, de revenir entièrement à nos traditions d'origine ou de nous assimiler à l'Europe, nous avions le sentiment de constituer une race nouvelle, mentalement métissée. Des déracinés ? Nous en étions, dans la mesure précisément où nous n'avions pas encore pensé notre position dans le monde et nous abandonnions entre deux sociétés, sans signification reconnue dans l'une ou dans l'autre, étrangers à l'une comme à l'autre». Dans le titre de la revue Présence africaine inspiré par Jean-Paul SARTRE, il y a le mot «Présence», qui signifie, selon Jacques HOWLETT, «adhésion au monde et à soi». Les valeurs de Présence Africaine, c’est la recherche de l’homme authentique. Dans son «Niam N’goura», Alioune DIOP a insisté dès les premières lignes sur la liberté d’expression : «cette revue ne se place sous l’obédience d’aucune idéologie philosophique ou politique». Les objectifs de la création de la revue Présence Africaine ont clairement posés : «Publier des études africanistes sur la culture et la civilisation africaine ; publier des textes africains ; passer en revue des œuvres d’art ou de pensée concernant le monde noir». Les résonances anticolonialiste et antiraciste d’Alioune DIOP dans la création de Présence Africaine sont donc certaines. Alioune DIOP définit, en 1955, une ligne éditoriale claire : «Tous les articles seront publiés sous réserve que leur tenue s’y prête, qu…

Les Tirailleurs Sénégalais : Un Aperçu Historique

Pour bien cerner le contexte dans lequel Amadou Doudou Diop a évolué, il est important d'évoquer l'histoire des tirailleurs sénégalais, ces soldats africains qui ont servi dans l'armée française.

Recrutement et Participation aux Guerres

L’auteur aborde le recrutement : recherche d’hommes valides, aptes à combattre (quotas imposés aux chefs de village, engagements volontaires, enrôlement de force devant l’hostilité des familles, endoctrinement depuis l’école. L’auteur traite ensuite de la participation aux guerres (39-45, Indochine, Algérie). Il évoque les craintes à l’embarquement et l’importance des pertes en vies humaines dans ces régiments envoyés en première ligne. Après la démobilisation se pose la question des pensions sauf pour ceux qui ont rejoint l’armée sénégalaise lors de l’indépendance. Une remarque intéressante sur la « cristallisation » des pensions fait la relation avec les niveaux de vie et de revenus post-indépendance : le président Senghor l’aurait souhaité pour éviter que les anciens combattants soient mieux payés que les fonctionnaires sénégalais.

Témoignages de Tirailleurs

Ousmane Ndiaye, originaire de la région de Kaolack, évoque sa préparation mystique et ses gris-fris, son recrutement, sa guerre : Dakar, le Maroc puis le débarquement en Provence et sa fierté d’avoir libérer Toulon. Après sa démobilisation il rejoint la garde républicaine à Thiès. Il devient chef de canton en 1952 et donc collecteur de l’impôt. Ndick Diagne est Sérère, né vers M’Bour en 1923 et recruté de force . Après six mois de formation au camp Faidherbe de Thiès il retient de la guerre surtout les morts (1/3 de l’effectif parti de Dakar) et l’attaque de Belfort.

L'Épisode de Thiaroye

Le chapitre dix est consacré à l’épisode de Thiaroye. Abdoul Sow évoque la longue omerta sur ces événements tant du côté sénégalais que français. Il analyse la problématique des archives longtemps inaccessibles et lacunaires à propso des « graves incidents », « mutinerie », « incident tragique », « un vrai massacre », « drame », « révolte » selon les différents vocables utilisé pour désigner les événements du 1er décembre 1944 survenus au camp de Thiaroye. Il fait un point des éléments publiés à ce sujet entre 1968 et1978 : de quelques lignes à quelques pages, puis dans la période 1983-1995 : deux témoignages (celui du tirailleur Doudou Diallo et celui du docteur Deffon, chargé d’identifier les victimes à l’infirmerie du camp) et deux études ( le mémoire de l’UCAD9 de Samba Diop en 1993 et un article de M. B. Gueye en 199510). Enfin après l’ouverture des archives françaises en 2000 les études se sont multipliées (Ch. Roche - 2001, H. D’Almeida-Topor - 2003, Cl. Liauzu et all . - 2004, J. Fargettas - 2006, J. Riesz - 2009, A. Mabon11 - 2010, la thèse de M. Mourre12 -2014, A. L’auteur replace Thiaroye dans le contexte plus large des rébellions de tirailleurs dès 1940 : les incidents de Dimboko en Côte-d’Ivoire et de Kindia en Guinée, des incidents lors de séjour de troupes coloniales en Angleterre en 1944. Il évoque les contacts d’abord méfiants puis cordiaux avec les populations civiles (Morlaix) et les difficultés et retard d’embarquement vers l’Afrique pour ces hommes qui ont passé plusieurs années dans le froid européen pour certains, ex-prisonniers de guerre et qui aspirent à un retour au pays. La description de l’état d’esprit des rapatriés et les conditions de vie au camp de Thiaroye expliquent les revendications et notamment celles des arriérés de solde. L’auteur analyse la version officielle, les calomnies, le qualificatif d’anti-français y compris pour des hommes qui ont participé à la résistance en France, fait est largement sous-estimé voire méconnu en France. Il élargie son propos en montrant, tant chez les tirailleurs que chez les hommes politiques issus des colonies, la revendication d’égalité et analyse les propagande américaines et allemande (pendant la guerre) dans ce contexte de revendication d’émancipation et d’indépendance. L’auteur soutient l’interprétation des événements qui en fait une intervention préparée destinée à casser toute idée de révolte anti-coloniale. Il tente un point précis sur le déroulement et le bilan de ce « tabou »13, les procès et le sort des rescapés.

Participation aux Guerres d'Indochine et d'Algérie

Si la participation des tirailleurs aux deux conflits mondiaux commence à être connue, leur participation aux guerres d’Indochine, d’Algérie demeure dans l’ombre. C’est à travers cinq biographies qt quelques témoignages que cette participation est évoquée. Aliou Ba, Demba Hameth Sall, Mamadou Baldé, Amad Sall, Abdoulaye Mbaye ont en commun leur participation aux guerres coloniales. Certains se sont interrogés sur la pertinence de ces guerres, aucun n’exprime l’instrumentalisation annoncé dans le titre de cette troisième partie. Soldats ils étaient, ils ont obéi aux ordres. Ils relatent ensuite le retour au Sénégal, à la vie civile pour certains, dans l’armée sénégalaise pour d’autres. Un chapitre est consacré aux événements de 1947 à Madagascar. L’auteur rappelle l’insurrection qui débute le 29 mars 1947 et s’appuie sur le témoignage de quelques tirailleurs : Sana Dieme, Birame Faye, Traore Souleymane qui arrivés en août sont employés à des patrouilles de « pacification ».

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