La fausse couche est une épreuve douloureuse et souvent tue, qui se caractérise par un arrêt spontané de la grossesse avant la 22e semaine d’aménorrhée, soit environ cinq mois, qui est la date de viabilité du fœtus. Bien moins fréquente que la fausse couche précoce, la fausse couche tardive désigne l’interruption involontaire d’une grossesse survenant entre 14-15 semaines d’aménorrhée (SA) et 22-24 SA, selon les termes de viabilité du fœtus que l’on prend en compte. Les fausses couches tardives concernent 1% des grossesses. Cet article explore les causes possibles de la fausse couche tardive, tout en donnant la parole à des femmes qui ont vécu cette épreuve.

Témoignages de femmes ayant vécu une fausse couche tardive

Les témoignages suivants illustrent la diversité des expériences et des émotions liées à la fausse couche tardive.

Béatrice : une béance du col détectée après la perte

En 1999, Béatrice a été victime d’une fausse couche tardive à 5 mois de grossesse. « J’avais à l’époque 23 ans, j’étais mariée depuis 2 mois et c’était ma première grossesse. Cela s’est passé en décembre 1999, j’avais rendez-vous pour la deuxième échographie. Tout se passait bien et le gynécologue nous a demandé si nous voulions connaître le sexe. Surprise, c’était un garçon alors que tout le monde nous annonçait une fille ! Nous étions si heureux que nous avons appelé chacun nos parents respectifs. Le lendemain, je retourne travailler sans souci. Tout le week-end, je suis restée à la maison me reposer et, le lundi venant, je me prépare pour aller au travail. »

Elle raconte ensuite les contractions soudaines et l'horreur de la perte de son bébé à l'hôpital. « Tout à coup, mon bébé est sorti tout seul, sans que je pousse. J’ai crié qu’il fallait qu’il reste à l’intérieur, qu’il était trop petit. Mais, pour la sage-femme, c’était trop tard et elle a pris mon bébé qui pleurait. Je lui ai demandé s’il allait en néonat', mais elle ne m’a pas répondu. Plus tard, elle nous a demandé si on voulait voir notre bébé. La réponse était évidente, mais là encore, elle ne nous a rien dit. Mon bébé était enveloppé dans un drap blanc, sans vie, elle me l’a mis sur le ventre et j’ai compris qu’il était mort tout seul dans la pièce d’à côté. »

Après cet événement traumatisant, un examen révèle une béance du col. Quatre mois plus tard, elle retombe enceinte, avec l’angoisse du 5e mois. Un cerclage est réalisé et sa fille naît à terme. « Maintenant ma fille a 5 ans et demi et se porte comme un charme. Elle est pleine de vie et sait qu’avant elle il y a eu un premier bébé. Impossible à oublier, car je l’ai perdu le 20 décembre, et ma première fille est née le 25 décembre (un an après). Tout ça pour vous dire qu’il ne faut pas perdre espoir et y croire jusqu’au bout. »

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Aurélie Saada : deux fausses couches et une résilience trouvée dans l'art

Aurélie Saada, connue pour avoir formé le duo Brigitte, a également partagé son expérience de fausses couches tardives. A 25 ans, elle a très envie de devenir maman, mais elle n'arrive pas à être enceinte. Finalement en effet, oui, elle tombe enceinte, après trois ans… mais fait l'épreuve de deux fausses couches tardives. "Au lieu d'aller en salle d'accouchement, là où les femmes vont pour donner la vie, on va à peu près au même endroit, pour me faire un curetage de ce petit foetus qui n'a pas réussi à survivre", raconte-t-elle. Sur le moment, elle n'a que des explications floues, qui le sont restées : "On te dit que c'est comme ça, que le fœtus ne pouvait pas survivre, mais que c'est encourageant, ton corps fonctionne !". Sauf que lorsque l'on vit une épreuve aussi difficile, on a du mal à se réjouir.

Elle exprime la difficulté de voir ses amies tomber enceintes et la douleur des questions sur son propre désir d'enfant. "Il y a toujours cette petite voix au fond de nous qui se dit qu'elle en a marre de se réjouir pour les autres et qu'on aimerait se réjouir pour nous. Mais on s'en veut de penser ça et c'est extrêmement tabou", avoue-t-elle avec beaucoup de sincérité. Et puis, on l'interpelle souvent : "C'est pour quand le bébé alors ?" (remarque qu'on ne veut pas entendre après une fausse couche), sans se douter de la difficulté qu'elle traversait. "Je souffrais tellement tous les 28 jours à regarder dans ma culotte et à redécouvrir le sang", confie-t-elle.

Elle trouve un exutoire dans l'écriture et la musique. "Je cris et puis j'écris" : c'est sa manière à elle de supporter le fait qu'elle n'arrive pas à avoir un enfant. Elle écrit à ce moment-là son titre : "Je veux un enfant". "Je veux dans mon ventre, sentir le sang, la vie dedans, je veux un enfant", écrit-t-elle dans cette chanson. Finalement, elle retombe enceinte et souligne l'importance d'avoir été une femme avant d'être une mère. "C'est merveilleux que ça me soit arrivé plus tard finalement. Ça m'a permis d'être une femme, avant d'être une mère. Je suis très heureuse d'être mère. Mes filles sont mes alliées, mes acolytes…"

Marion : l'importance du soutien et de la reconstruction

Marion, habitante de Briec (Finistère), a fait une fausse couche alors qu’elle était enceinte de trois mois. « Ça m’est tombé dessus comme ça. Pendant une dizaine de minutes, j’étais comme sonnée, incapable de comprendre ce qu’il se passait. Perdue. » Elle décrit ses inquiétudes face aux pertes de sang et la confirmation de la terrible nouvelle à l'échographie. « J’ai passé une échographie. Je m’en souviendrai toute ma vie. » Quelques minutes plus tard, on lui apprend la terrible nouvelle : « Le cœur de l’embryon ne répond plus. Dans l’incapacité de parler, Marion se rappelle « avoir pleuré. Beaucoup pleuré. Mon compagnon était là pour me soutenir, mais c’est comme si plus rien n’existait autour de moi. »

Elle évoque les difficultés de son retour au travail et la nécessité d'un congé adapté. Après la perte du bébé, retour au travail. « Les saignements étaient encore là. J’avais une réelle crainte d’aller aux toilettes. » Elle regrette d’avoir repris son poste si tôt. « J’avais de vraies absences au travail, sans parler des erreurs que je commettais. Cette perte était « très violente psychologiquement. La mise en place d’un congé est-elle une bonne idée ? « Je pense que oui. Certaines ont besoin de retravailler. Pour d’autres, c’est trop difficile. Par contre, il faut toujours garder le côté anonyme et confidentiel. » Aujourd’hui, Marion se considère « encore en reconstruction.

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L.R : le deuil d'un enfant désiré

A 4 mois de grossesse, alors qu’ils s’apprêtaient à l’annoncer à toute la famille, L.R a fait une fausse couche. Une terrible épreuve dont elle se relève petit à petit. Elle décrit son parcours difficile pour concevoir, marqué par le syndrome des ovaires polykystiques (OPK) et les traitements de fertilité. Elle ressens des douleurs dans le bas ventre et comme un poids sur l’utérus. J’essaie de ne pas m’inquiéter, je pense à des douleurs ligamentaires…. Mais cette douleur reste pendant plusieurs jours et même s’intensifie. J’angoisse tellement que dans la nuit du dimanche à lundi, je ne dors pas à cause des grosse douleurs. Je suis très vite prise en charge par une équipe vraiment géniale et dès l’échographie ils m’annoncent que c’est une fausse couche tardive, que l’embryon n’est déjà plus dans le sac gestationnel mais sûrement déjà dans le col. Une heure plus tard, l’expulsion. Et voilà, nous sommes le jour d’après. Je me lève, je suis vide, je n’ai plus de petit bidon, plus de petit garçon dans mon ventre. Cela fait maintenant un mois que tout est fini et je continue à faire mon deuil. Je l’ai aimé dès les premiers instants. Mon cœur s’est brisé ce jour-là, mais tous les jours un petit morceau se recolle !

Charlotte : l'importance de la reconnaissance et de la création

Charlotte est l’une des ces femmes marquées à jamais par l’absence. Une épreuve assurément gravée en elle et un vide qui aurait pu l’emporter. Elle raconte le bonheur de sa grossesse, les sensations, l'annonce à la famille. 26 août 2015. Je suis enceinte de 21 semaines, soit un peu plus de 4 mois. Mais ce matin-là, je ressens des douleurs. De petites crampes dans le bas-ventre qui reviennent régulièrement comme…des contractions ?! Les contractions, je ne sais pas concrètement ce que c'est, mais ça y ressemble. On décide d'aller à la maternité, on ne sait jamais, c'est ma première grossesse, c'est normal de s'inquiéter, on préfère être rassurés.

Elle décrit la violence de l'annonce et de l'accouchement. Sans prendre de pincettes, il m'explique que je vais accoucher dans les heures qui arrivent et que c’est inévitable, et d’ajouter “à 21 SA, c’est même pas la peine”, traduire “d’espérer un bébé en vie”. C’est d’une violence ! Je ne sais pas si on peut réellement poser le terme de “violences gynécologiques”, mais c'est comme ça que je l’ai ressenti. Avec plus de douceur, les sages-femmes nous expliquent ce qui va arriver : la poche va se rompre, ce qui va déclencher la naissance. Mais notre bébé n'est pas encore paré pour survivre hors de mon ventre, ses poumons sont trop immatures. Dès qu'il sera sorti, il ne pourra pas respirer, il ne pourra pas vivre. “ Je vais donc accoucher naturellement, pour donner la mort à mon bébé.

Elle souligne l'importance de voir son bébé pour accepter la perte et l'importance du soutien de son entourage. On doit voir notre bébé pour accepter qu'il s'en aille. Une sage-femme nous propose de voir notre bébé, c’est un petit garçon. Elle nous donne des informations importantes pour nous préparer à sa rencontre. Je me souviens très bien des mots choisis : "Votre bébé est tout à fait normal, il n'a ni malformation, ni défaut ou autre, c'est juste qu'il est plus petit (à peine 30 cm). Sa peau est rouge, bleutée par endroits, mais c'est normal. Ses yeux sont fermés. Et aussi, il est froid. Si vous souhaitez lui faire un petit bisou, il faut que vous le sachiez, pour que cela ne vous surprenne pas." Puis elle nous l’apporte, il est enveloppé dans une toute petite couverture, dans une boîte ouverte. Elle nous propose de rester un peu avec vous et on apprécie sa présence, c’est un soutien.

Elle et son conjoint décident de l'appeler Josué et de l'inscrire dans leur livret de famille. Elle crée ensuite un livre pour enfants pour raconter cette histoire et aider d'autres familles. De la naissance de Josué, nous avons la sensation d'avoir réussi à créer quelque chose de beau, de coloré, de doux. Josué n'est plus là, on ne le voit plus, on ne l'entend pas, on ne peut pas le serrer dans nos bras, mais ce livre permet de le faire vivre plus que jamais, de lui donner la parole, de lui donner des couleurs.

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Causes possibles de la fausse couche tardive

Il y a bien des facteurs de risques de fausse couche tardive, mais il n’est pas toujours possible de les éviter : l’infection vaginale ou les infections vaginales à répétition, le tabac, une béance cervicale (lorsque le col n’est pas tout à fait fonctionnel), un âge maternel avancé ou « extrême » (moins de 16 ans ou plus de 35 ans), la privation de sommeil, un antécédent de fausse couche tardive ou d’accouchement prématuré, une malformation utérine, un antécédent de trachélectomie (ablation chirurgicale du col de l’utérus), un col court ou encore un col ouvert (avec ou sans la poche des eaux dans le vagin).

Bien que certaines grossesses s'arrêtent de manière tardive pour des raisons inexpliquées, plusieurs facteurs peuvent être à l'origine d'une fausse couche tardive :

  • Anomalies chromosomiques de l'embryon: C'est l'hypothèse la plus probable, similaire aux fausses couches précoces.
  • Infections: Une grippe s’accompagnant d’une forte fièvre non prise en charge peut ainsi conduire à l’ouverture du col et in fine à une fausse couche tardive. Des infections vaginales à répétition (vaginose bactérienne, mycose, etc.) peuvent aussi aboutir à l’ouverture du col et à une fausse couche.
  • Dysfonctionnement du placenta: Des problèmes de vascularisation ou de développement du placenta peuvent compromettre la survie du fœtus.
  • Malformations de l'utérus: Une malformation utérine congénitale (utérus à fond arqué, utérus cloisonné ou utérus bicorne, par exemple) peut augmenter le risque de fausse couche tardive.
  • Anomalies de la cavité utérine: La présence de fibromes ou de polypes dans la cavité utérine peut interférer avec la grossesse.
  • Bouleversements hormonaux: Un déséquilibre hormonal, notamment un manque de progestérone, peut être en cause.
  • Anomalies de la coagulation sanguine: Des troubles de la coagulation peuvent entraîner des problèmes de circulation sanguine dans le placenta.
  • Béance cervico-isthmique: C'est la cause la plus fréquente de fausse couche tardive avec expulsion ou menace d'expulsion du fœtus. Le col de l'utérus n'est pas suffisamment compétent d'un point de vue mécanique et s'ouvre trop facilement sous l'influence de l'augmentation de la pression dans l'utérus.

Diagnostic et prise en charge

La fausse couche tardive se manifeste par des saignements vaginaux abondants et/ou des contractions utérines douloureuses. S’il y a rarement de signes avant-coureurs, une consultation en urgence est nécessaire dès la moindre alerte. Contrairement à une fausse couche précoce qui saigne quasiment tout le temps, la fausse couche tardive peut être silencieuse et ne s'accompagner d'aucun saignement. L'ouverture du col peut éventuellement provoquer des saignements, mais ils ne seront jamais aussi abondants qu'au premier trimestre.

Le diagnostic est confirmé par une échographie. Dans un premier cas, la fausse couche a déjà eu lieu. On parle d’expulsion spontanée. Une échographie viendra alors confirmer que la cavité utérine est vide, que le fœtus a été expulsé. Dans le second cas de figure, la fausse couche tardive est en cours. À l’échographie, le fœtus n’a plus d’activité cardiaque, la grossesse est arrêtée.

La prise en charge peut inclure :

  • Traitement médicamenteux: Pour aider le corps à expulser l'embryon ou le fœtus.
  • Curetage par aspiration: Sous anesthésie générale. Après 16 semaines d’aménorrhée, le curetage par aspiration n'est plus possible. Il est alors nécessaire de procéder à un véritable accouchement.
  • Cerclage du col de l'utérus: En cas de suspicion de béance cervico-isthmique ou en cas d'antécédent de FCT, un cerclage du col de l'utérus peut être réalisé pour préserver la grossesse suivante.
  • Surveillance régulière: Notamment via des échographies endovaginales pour mesurer la longueur du col.
  • Administration de progestérone: En intravaginal pour éviter tout raccourcissement du col. En effet, la progestérone vise à renforcer le tonus du col utérin et à limiter les contractions, réduisant ainsi le risque d'accouchement prématuré.

Conséquences et accompagnement

La fausse couche tardive est une épreuve difficile, tant sur le plan physique que psychologique. Il est important de prendre le temps de se remettre, physiquement et moralement. Personne n'a à dire qu'il serait "temps de passer à autre chose". Ne laisser personne remettre en doute un ressenti, une douleur. S’entourer de personnes qui savent écouter sans donner de conseils, être là, vraiment. Faire confiance au temps et à la vie. Ne pas chercher à oublier ou à enfouir, mais trouver comment vivre avec, à le vivre comme une force et non une faille.

Après une fausse couche, en cas de désir d'une nouvelle grossesse, une consultation médicale est indispensable pour se rassurer et faire part de ses éventuelles inquiétudes. L’interrogatoire du médecin sera alors important pour choisir la meilleure prise en charge à adopter. Il s’agira de rechercher un antécédent de fausse couche tardive ou d’accouchement prématuré, et de procéder à un bilan sanguin à la recherche d’une éventuelle infection. Le corps médical part généralement du principe qu’une patiente ayant déjà fait une fausse couche tardive est à risque d’en faire une autre. D’où la nécessité d’une prise en charge adaptée et d’un bilan, de préférence avant une nouvelle grossesse. On tentera de déterminer la ou les cause(s) de cette fausse couche tardive. Une échographie ou une IRM pelvienne pourra ainsi être prescrite avant une nouvelle grossesse, en vue d’éliminer la présence d’une éventuelle malformation utérine. Si une nouvelle grossesse survient après une fausse couche tardive, le cerclage n’est pas systématique, et plutôt réservé aux femmes ayant plusieurs antécédents de fausses couches.

Sur le plan administratif, lorsque l’accouchement a lieu avant 22 semaines d’aménorrhée, le congé maternité n’est pas possible. En revanche, le médecin peut établir un arrêt de travail, lequel ouvre droit à une indemnisation par l’Assurance Maladie. Le père peut, quant à lui, bénéficier d’une autorisation exceptionnelle d’absence pour événement familial. Si l’accouchement intervient après 22 semaines d’aménorrhée, le congé maternité est accordé dans sa totalité, et selon les termes habituels (rang de l’enfant dans la fratrie). Quant à la reconnaissance de l’enfant sans vie et à son inscription dans le livret de famille, elle est possible à condition qu’un certificat d’accouchement ait été délivré. Lorsque l’accouchement a eu lieu avant 22 SA, la famille peut en faire la demande à l’équipe médicale, tandis qu’il est systématiquement délivré après le terme de 22 SA.

Fausse couche et fertilité

Une fausse couche peut-elle entrainer une infertilité ? La réponse à cette question est complexe et dépend de divers facteurs. Pour la majorité des femmes ayant subi une fausse couche précoce, aucun impact sur la fertilité n'est associé. Toutefois, il est conseillé aux femmes ayant eu des avortements spontanés à répétition de consulter un médecin afin de réaliser un bilan afin de rechercher les causes des fausses couches récurrentes. En ce sens, les fausses couches répétées peuvent être à l'origine d'une infertilité au sein du couple.

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