La fausse couche, ou arrêt naturel de grossesse, est une réalité difficile à laquelle de nombreuses femmes sont confrontées. Bien que la plupart des grossesses se déroulent sans problème, environ 15 à 20 % d'entre elles s'arrêtent spontanément au cours des 22 premières semaines d'aménorrhée, soit environ les cinq premiers mois. Cet article vise à informer sur les causes, les symptômes et la prise en charge de la fausse couche après 12 semaines de grossesse, également appelée fausse couche tardive.
Qu'est-ce qu'une fausse couche tardive ?
La fausse couche tardive désigne l’interruption involontaire d’une grossesse survenant entre 14-15 semaines d’aménorrhée (SA) et 22-24 SA, selon les termes de viabilité du fœtus que l’on prend en compte. Elle est bien moins fréquente que la fausse couche précoce, qui concerne une grossesse sur 4 en moyenne. Pour convertir sa date de grossesse (SG) en semaines d’aménorrhée (SA), il suffit d’ajouter deux semaines. On estime qu’une grossesse compte 41 semaines d’aménorrhée (SA), soit 39 semaines de grossesse (SG). Ainsi, la fausse couche tardive intervient entre 16-17 SG et 24-26 SG.
Causes possibles d'une fausse couche tardive
Contrairement aux fausses couches précoces, souvent dues à des anomalies chromosomiques de l'embryon, les fausses couches tardives peuvent avoir diverses causes :
- Anomalies utérines : Des malformations congénitales de l'utérus (utérus à fond arqué, utérus cloisonné ou utérus bicorne) ou des traumatismes du col peuvent entraîner une fausse couche tardive. De même, la présence de fibromes, de polypes ou de synéchies (cicatrices de la paroi utérine) peut perturber la nidation et le développement de l’embryon. L'endométriose (prolifération de la muqueuse utérine en dehors de l’utérus) peut également être un facteur.
- Incompétence cervicale ou béance du col : Le col de l’utérus, qui assure la fermeture de l'utérus pendant la grossesse, peut être ouvert ou raccourci, ne remplissant plus son rôle de verrou. Cela peut être dû à une malformation utérine congénitale ou un traumatisme du col, mais ce peut aussi découler d’une infection ou d’une inflammation.
- Infections : Certaines infections vaginales à répétition (vaginose bactérienne, mycose) ou une grippe s’accompagnant d’une forte fièvre non prise en charge peuvent conduire à l’ouverture du col et à une fausse couche tardive. D'autres infections, comme la toxoplasmose, la rubéole, la listériose ou le cytomégalovirus, peuvent également être en cause.
- Facteurs hormonaux : Un déficit en progestérone, en œstrogènes ou une maladie de la thyroïde peuvent entraîner une fausse couche.
- Maladies maternelles : Le diabète mal équilibré, l’insuffisance rénale, l’hypertension sévère ou certaines maladies auto-immunes augmentent le risque de fausse couche. Le syndrome des antiphospholipides, une maladie auto-immune, est connu pour favoriser les fausses couches à répétition.
- Facteurs liés au mode de vie : Le tabac, un âge maternel avancé ou « extrême » (moins de 16 ans ou plus de 35 ans), la privation de sommeil, le surpoids, ou l'exposition aux solvants pendant la grossesse sont des facteurs de risque de fausse couche tardive.
- Traumatismes : Un traumatisme important (accident de la circulation, chute grave, choc abdominal) peut exceptionnellement provoquer une fausse couche.
- Incompatibilité Rhésus : Si la mère est rhésus négatif et le fœtus rhésus positif, il existe un risque d'allo-immunisation. Sans prévention, les globules rouges du fœtus peuvent être détruits, ce qui entraîne l'arrêt de la grossesse.
Symptômes d'une fausse couche tardive
La fausse couche tardive se manifeste par des saignements vaginaux abondants et/ou des contractions utérines douloureuses. S’il y a rarement de signes avant-coureurs, une consultation en urgence est nécessaire dès la moindre alerte.
Il est important de noter qu'une fausse couche peut aussi être silencieuse, également appelée fausse couche retenue. Dans ce cas, la grossesse s’arrête sans signes d’expulsion spontanée et immédiate de l’embryon ou du fœtus. Le diagnostic ne peut être confirmé qu’à l’aide d’une échographie ou d’une analyse de la hCG (hormone gonadotrophine chorionique humaine).
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Les symptômes d’une fausse couche silencieuse peuvent varier et, très souvent, ils ne se manifestent pas de la même manière que ceux des fausses couches spontanées. Il est improbable que ce type de fausse couche spontanée provoque un saignement ou une douleur intense, parfois seuls des symptômes très légers font leur apparition.
Autres signes et symptômes possibles
- Saignements (abondants ou non) du vagin. Le sang est d’abord rouge clair puis devient rouge foncé.
- Caillots de sang ou de tissus brunâtres.
- Fortes douleurs au niveau du dos ou au niveau du bas ventre.
- Absence brusque des symptômes et signes de grossesses (nausées, vomissements, tensions, douleurs des seins…)
Diagnostic
Pour diagnostiquer une fausse couche tardive, un examen par imagerie, généralement une échographie, est nécessaire. L’échographie permet de confirmer l'absence d'activité cardiaque fœtale et de déterminer si l'expulsion du sac gestationnel est complète ou non.
Dans le cas d’une fausse couche silencieuse, le diagnostic est souvent posé lors d’une visite de routine chez le médecin, grâce à une échographie.
Prise en charge et traitements
La prise en charge d'une fausse couche tardive dépend de la situation et des préférences de la patiente. Plusieurs options sont possibles :
- Attente spontanée : Si la fausse couche a déjà eu lieu, on parle d’expulsion spontanée. Une échographie viendra alors confirmer que la cavité utérine est vide, que le fœtus a été expulsé. Si la patiente peut choisir d’attendre quelques jours que la fausse couche se déroule naturellement et spontanément, il est désormais recommandé de recourir à un traitement médicamenteux ou chirurgical.
- Traitement médicamenteux : Il consiste à administrer du misoprostol, une molécule synthétique de la prostaglandine E1, pour aider le corps à expulser l’embryon ou le fœtus. Ce traitement provoque des contractions utérines et des saignements abondants.
- Intervention chirurgicale (curetage par aspiration) : Si l’expulsion du sac gestationnel n’est pas complète ou si la patiente le souhaite, une intervention chirurgicale est nécessaire. Cette intervention, réalisée sous anesthésie générale, consiste à aspirer le contenu de l'utérus.
- Dilatation et curetage : Si le corps n’expulse pas naturellement tout le tissu fœtal, un curetage peut être fait. Il s’agit d’un procédé médical au cours duquel le col de l’utérus est dilaté et les tissus qui se trouvent dans l’utérus sont retirés.
Il est important de noter que les protocoles sont très variables d’une équipe à l’autre.
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Soutien psychologique
La perte d'une grossesse, qu'elle soit précoce ou tardive, est une épreuve difficile sur le plan émotionnel. La fausse couche peut provoquer une certaine angoisse, d’autant plus si la perte survient à un stade avancé de grossesse. Certaines femmes peuvent développer un syndrome dépressif. Il est essentiel de se faire accompagner par un professionnel de santé (psychologue, psychothérapeute) pour mieux traverser cette épreuve et faire son deuil. Le deuil à la suite d’une fausse couche doit se faire à deux. Le père et la mère doivent discuter, parler et se vider.
Conséquences et perspectives
Après une fausse couche, il est important de suivre les recommandations médicales pour éviter les infections et favoriser la cicatrisation de l'utérus. Le retour des règles peut prendre 4 à 6 semaines.
Il est recommandé de se sentir prête physiquement et psychologiquement avant de reprendre une activité sexuelle et de retenter un projet bébé. En règle générale, il est conseillé d’attendre 2 semaines après une fausse couche pour éviter les infections et pour favoriser la cicatrisation de l’utérus et du col. Parfois il est conseillé de reprendre le projet bébé uniquement après le retour des règles post fausse couche (4-6 semaines).
Dans la majorité des cas, une fausse couche isolée n’a aucun risque de se renouveler. La grossesse suivante se déroulera normalement. Toutefois, après deux à trois fausses couches consécutives, un bilan est généralement proposé pour rechercher d'éventuelles causes sous-jacentes.
Si une nouvelle grossesse survient après une fausse couche tardive, le cerclage n’est pas systématique, et plutôt réservé aux femmes ayant plusieurs antécédents de fausses couches.
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Prévention
Bien qu'il ne soit pas toujours possible d'éviter une fausse couche tardive, certaines mesures peuvent être prises pour réduire les risques :
- Adopter une hygiène de vie saine : Éviter le tabac, l'alcool, la consommation de certaines substances nocives et l'excès de café. Adopter une alimentation saine et variée.
- Se faire vacciner contre la rubéole et la grippe.
- Se faire dépister couramment de la toxoplasmose.
- Gérer les maladies chroniques : Assurer un suivi médical adapté avant et pendant la grossesse pour équilibrer le diabète, l’hypertension ou les maladies auto-immunes.
- Traiter les infections vaginales : Consulter rapidement en cas d'infections vaginales à répétition.
- Surveiller le col de l'utérus : En cas d'antécédents de fausse couche tardive ou d'accouchement prématuré, un suivi spécifique du col de l'utérus peut être mis en place.
- Réaliser des examens complémentaires : Après une fausse couche tardive, un bilan peut être prescrit avant une nouvelle grossesse, en vue d’éliminer la présence d’une éventuelle malformation utérine.
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