L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet entouré de nombreuses idées reçues et d'informations parfois alarmistes. Cet article vise à éclaircir les liens entre l'IVG et le risque de fausse couche, en s'appuyant sur des données scientifiques et médicales fiables. Il est essentiel de distinguer l'IVG de la fausse couche, d'analyser les risques potentiels et les conséquences psychologiques, et de fournir des informations claires et précises pour aider les femmes à prendre des décisions éclairées concernant leur santé reproductive.
IVG : une procédure médicale encadrée
En France, le droit à l'avortement existe depuis 1975. L'IVG peut être réalisée selon deux méthodes principales : médicamenteuse et chirurgicale.
IVG médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse est une méthode d'avortement qui peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Elle consiste à provoquer une fausse couche en prenant deux médicaments différents : la mifépristone (MYFEGINE) qui interrompt le développement de la grossesse et le misoprostol (GYMISO) qui provoque l’expulsion de la grossesse. Elle est pratiquée par un médecin ou une sage-femme en cabinet de ville, centre de santé ou centre de planification.
La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires en raison d'un risque de douleurs abdomino-pelviennes plus fréquentes. Les saignements peuvent survenir entre 30 minutes et 3 jours après la prise de médicament, mais dans la majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone. La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer. Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements.
Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre. Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). On vérifie le fonctionnement de l’IVG médicamenteuse par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné. Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l’IVG, selon la méthode contraceptive mise en place.
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Des complications peuvent parfois survenir jusqu’à un mois après l’IVG si la consultation de contrôle n’a pas été réalisée dans de bonnes conditions ou pas faite du tout. Pratiquer une IVG par médicaments peut entraîner des douleurs plus ou moins fortes et qui sont très variables selon les femmes. Ces douleurs sont liées aux contractions que fait l’utérus pour expulser l’œuf. Le rapport à la douleur est variable selon les femmes et pour une même femme selon les situations. Des anti-douleurs (antalgiques de la famille des anti inflammatoires non stéroïdiens couplet avec des anti-douleurs de niveau 2 disponible eux sur ordonnance) sont prescrits systématiquement par le ou la médecin ou sage-femme qui suit l’IVG et la prise de ces cachets est recommandée en prévention de la douleur 30 mn avant la prise de misoprostol.
Il peut arriver dans certains cas, que des complications surviennent parfois jusqu’à 1 mois après l’IVG. Ces complications peuvent se présenter sous formes de symptômes d’infection (fièvre à 38°qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur. Il peut survenir également des effets indésirables (douleurs, fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur) insoutenables et/ou qui persistent plus de 24h. Dans ce cas, la femme doit se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG que la personne professionnelle de santé lui a donné. Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues. Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n’en avaient pas avant et elles ne seront pas forcément traumatisées. Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.
Le risque principal d’une IVG médicamenteuse est le risque d’hémorragie. La Grossesse Extra Utérine (GEU) est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse. Elle peut être repérée aux signes cliniques ainsi qu’avec la surveillance du dosage des BHCG. Cependant, en l’absence de facteurs de risque et de symptômes, une grossesse de localisation indéterminée ne contre-indique pas la prise des médicaments pour l’IVG. A contrario, les symptômes possibles d’une grossesse intra utérine peuvent être des seins tendus, des douleurs qui ressemblent aux douleurs de règles ou aux syndromes pré-menstruels, des nausées. Enfin, il existe d’autres contre-indications à pratiquer une IVG médicamenteuse comme les corticothérapies à long terme, porphyrie, troubles de la coagulation, insuffisance surrénale.
L’IVG médicamenteuse offre des avantages, mais le risque d’échec est légèrement plus élevé que lors d’une IVG chirurgicale. L’IVG médicamenteuse est efficace dans 95% des cas. Si le traitement a été correctement effectué il y a donc peu de risque d’échec. Durant la deuxième étape du traitement médicamenteux, l’action du misoprostol provoque l’expulsion du sac gestationnel. Dans 60% des cas, cela se produit environ 4 heures après la prise du comprimé. Le protocole médical concernant l’IVG médicamenteuse inclut une visite de contrôle à la suite du traitement. Cette consultation permet de s’assurer qu’il n’y a aucune complication et que l’avortement a été correctement réalisé. La visite de contrôle est à réaliser 14 à 21 jours après le traitement. La vérification du taux d’hormone béta HCG à travers un test urinaire ou une prise de sang. Durant cette échange, si vous en ressentez le besoin, vous pouvez confier vos ressentis à votre médecin ou sage-femme. Si l’avortement par voie médicamenteuse n’a pas fonctionné, une intervention chirurgicale est nécessaire. La prise d’un médicament avant l’opération permet de dilater le col de l’utérus. Durant l’intervention, le médecin effectue une aspiration endo-utérine. Il va donc aspirer le contenu de votre utérus à l’aide d’un petit tube. Le test de grossesse permet de mesurer le taux HCG, ou hormone Chorionique Gonadotrope. Celle-ci diminue progressivement après une IVG. Le protocole en cas d’IVG médicamenteuse nécessite une à deux consultations médicales. Si vous êtes mineure, un entretien psychosocial est obligatoire entre les deux consultations médicales. Il permet de s’assurer que vous ayez bien toutes les informations.
IVG chirurgicale
En cas d’IVG, mais aussi de fausses couches, la méthode par aspiration douce est préférée. Contrairement au curetage cette technique est moins agressive et ne cause pas de dommages à l’utérus.
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Fausse couche : une complication fréquente de la grossesse
La fausse couche, aussi appelée avortement spontané, est l’une des complications les plus fréquentes de la grossesse. Aujourd’hui encore, 15 à 20% des grossesses s’interrompent spontanément au cours du premier trimestre. On parle de fausse couche ou d’avortement spontané lorsque l’embryon ou le fœtus est expulsé spontanément avant qu’il ne soit viable, c’est-à-dire avant 22 semaines d’aménorrhée. Si l’avortement spontané survient avant 12 semaines d’aménorrhée, il s’agit d’une fausse couche précoce. Passé le premier trimestre de grossesse et jusqu’au seuil de viabilité (22-24 semaines d’aménorrhée), on parle de fausse couche tardive.
Une fausse-couche traduit donc très souvent une anomalie génétique de l’embryon qui arrête de se développer. Ces anomalies génétiques sont de type accidentel la plupart du temps, c’est-à-dire sans risque de récidive. En cas de fausses-couches récidivantes, la réalisation des caryotypes des parents (examen des chromosomes par prise de sang) est proposée ; à partir de 2 ou 3 fausses-couches et en fonction de la présence d’enfants déjà nés dans le couple ou pas. Cela permet de vérifier l’absence de remaniement chromosomique parental qui pourrait entrainer un déséquilibre chromosomique chez l’embryon et une récidive de fausse-couche. Si l’un des parents porte un remaniement chromosomique, cela augmente le risque de fausse-couche mais cela ne l’empêche pas d’avoir des enfants en bonne santé. Si une grossesse évolue bien, un suivi attentif est proposé, avec un prélèvement (par amniocentèse par exemple) pour vérifier la normalité des chromosomes du futur bébé.
Si la fausse couche survient de façon très précoce (avant 8 semaines d’aménorrhée) l’expulsion complète de l’œuf se fait généralement de façon naturelle. *Le curetage est une intervention chirurgicale pratiquée par un gynécologue-obstétricien qui consiste à retirer par aspiration le contenu de l’utérus après une fausse couche ou un œuf clair. Généralement réalisée en ambulatoire et sous anesthésie générale, l’opération dure en moyenne 30 minutes. Du point de vue technique, une grossesse est tout à fait possible après un avortement spontané. Toutefois, un curetage peut provoquer des lésions de l’endomètre.
Les fausses couches peuvent provoquer également une incompétence cervicale, mais aussi être associées à des anomalies génétiques, immunologiques, infectieuses ou utérines.
IVG et risque de fausse couche : quelle relation ?
Contrairement à certaines affirmations, l'IVG réalisée dans des conditions médicales sécurisées n'augmente pas le risque de fausse couche ultérieure. Le risque de survenue de complications lors de la réalisation d’une IVG n’est pas supérieur à celui d’un avortement spontané ou d’une grossesse menée à terme. D’après les études qui ont évalué le risque d'infertilité après une IVG, il n'y a pas d'augmentation du risque dans les pays où la pratique de l’IVG est légale. Ce risque n’est pas plus important chez les patientes ayant eu deux IVG ou plus.
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Cependant, il est important de noter que certaines complications liées à l'IVG, bien que rares, peuvent potentiellement affecter la fertilité et augmenter indirectement le risque de fausse couche. Il s'agit notamment des infections et des lésions de l'utérus lors de l'aspiration. C'est pourquoi il est essentiel de choisir un établissement de santé équipé et un personnel formé pour réaliser l'IVG dans des conditions optimales.
Conséquences psychologiques : un vécu personnel
Il n’est en effet pas envisagé de nier la tristesse que peuvent ressentir certaines femmes dont la situation peut être difficile. Vivre une fausse-couche, même très précoce, n’est jamais anodin. Les femmes et les couples ont besoin d’en parler. Une interruption volontaire de grossesse peut laisser une blessure émotionnelle pendant très longtemps. La culpabilité peut rester importante même quand la décision paraissait simple. Avoir vécu une IVG peut contribuer à une difficulté de mettre en route une grossesse plus tard. Certains couples vivent des situations extrêmement difficiles de récidives d’arrêt de grossesse, précoces ou tardives, pour des raisons non expliquées ou avec des causes médicales différentes d’une grossesse à la suivante.
Parmi les idées reçues qui circulent autour de l’IVG, on retrouve fréquemment l’existence d’un syndrome post avortement. Pourtant, de nombreuses études scientifiques fiables ont montré que l’IVG n’est pas à l’origine de troubles psychologiques spécifiques. Le vécu d’une IVG est personnel et varie d’une femme à l’autre. C’est souvent le contexte de sa réalisation et l’accompagnement autour de l’IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Par ailleurs, les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d’une IVG.
Il est important de souligner que les conséquences psychologiques, ou les traumatismes après un avortement varient d’une femme à l’autre et peuvent être liés à l’accompagnement de la femme. L’accompagnement par un professionnel est alors important. Si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel. Vous pouvez également vous tourner vers un psychologue ou encore vers des associations, comme le Planning familial, qui peuvent vous apporter un soutien important. A plus long terme, un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place si vous en ressentez le besoin.
Après une IVG : suivi médical et contraception
Après l’IVG les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie sans aucune avance de frais que vous soyez majeure ou mineure.
Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines. Les symptômes de grossesse (nausées ou sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l’IVG médicamenteuse ou instrumentale. Un test de grossesse peut rester positif jusqu’à trois semaines après une IVG. C’est la visite de contrôle qui permettra de confirmer que l’IVG a fonctionné. Après une IVG les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception que vous avez choisi d’utiliser et du moment où vous l’avez débutée.
Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si vous ne souhaitez pas de grossesse il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).
Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG. La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG.
Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse. Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée : le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ; le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse. Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.
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