Les fausses couches sont une épreuve douloureuse et malheureusement fréquente pour de nombreuses femmes. Environ 25 % des femmes connaîtront une fausse couche au cours de leur vie. Bien que la plupart des fausses couches soient des événements isolés et n'aient aucune conséquence sur les grossesses futures, une petite proportion de femmes, environ 1 à 2 %, subissent des fausses couches à répétition. On parle de fausses couches à répétition, ou d'avortements spontanés précoces et répétés (AVSR), à partir de 3 fausses couches consécutives qui surviennent avant 12 semaines d'aménorrhée et sans naissance d'un enfant entre.

Bien que les fausses couches isolées soient fréquentes, les fausses couches à répétition sont plus rares et ne représentent qu'environ 1 à 3 % de toutes les grossesses. La définition des fausses couches varie, mais cette spécificité se définit à partir de 2 ou 3 fausses couches. Ces pertes précoces peuvent engendrer un sentiment de deuil périnatal, défini comme la perte d'un bébé entre la 22e semaine d'aménorrhée et le 7e jour après la naissance.

Causes des fausses couches inexpliquées

Les causes des fausses couches sont multiples et souvent intriquées. Concernant les fausses couches précoces, la principale cause est un déséquilibre chromosomique comme une trisomie, qui entraîne une non viabilité de la grossesse. Dans environ la moitié des cas de fausses couches à répétition, la cause reste inexpliquée, même après des investigations approfondies. Parmi les causes connues ou suspectées, on retrouve :

  • Causes génétiques : Des anomalies chromosomiques chez l'embryon ou des anomalies chromosomiques chez les parents (caryotypes parentaux) peuvent être responsables de fausses couches à répétition. Environ la moitié de ces fausses couches précoces inexpliquées pourraient être en relation avec une cause génétique.
  • Causes hormonales : Des troubles hormonaux, tels qu'une insuffisance ovarienne, des ovaires polykystiques ou des problèmes de thyroïde, peuvent perturber le maintien de la grossesse. Dès les premières semaines, le maintien de la grossesse repose sur une production adéquate de progestérone.
  • Anomalies utérines : Une malformation de l'utérus peut rendre difficile l'implantation de l'embryon et entraîner une fausse couche. Une échographie pelvienne et une hystéroscopie peuvent aider à déceler ces anomalies.
  • Maladies métaboliques : Des maladies métaboliques chez la mère, telles que le diabète ou une maladie auto-immune, peuvent augmenter le risque de fausse couche.
  • Infections : Certaines infections peuvent être responsables de fausses couches. Un bilan infectieux, notamment avec des prélèvements vaginaux, peut être réalisé pour rechercher des germes et infections.
  • Facteurs liés au mode de vie : Le tabagisme, l'alcool et l'exposition à des polluants environnementaux peuvent augmenter le risque de fausse couche.
  • Âge maternel : En avançant en âge, les risques de fausse couche augmentent, notamment après 40 ans. À cet âge, ils sont de près de 40 % en raison notamment de l’accroissement des anomalies chromosomiques chez l’embryon.
  • Troubles de la coagulation : Des troubles de la coagulation peuvent être impliqués dans les fausses couches à répétition.
  • Facteurs immunitaires : Une réponse allo-immune du fait d’un défaut d’induction de tolérance vis-à-vis des antigènes paternels pourrait être à l’origine de la perte fœtale, bien que l’on manque actuellement de marqueur disponible en routine pour affirmer l’origine immunitaire de la perte fœtale.

Diagnostic des fausses couches inexpliquées

Un bilan médical complet est recommandé à partir de 3 fausses couches afin d'en rechercher la cause. Voici les examens que votre gynécologue pourra vous prescrire :

  • Bilan sanguin hormonal : Pour évaluer la réserve ovarienne et la fonction thyroïdienne.
  • Caryotypes parentaux : Pour rechercher des anomalies chromosomiques chez les parents.
  • Échographie pelvienne et hystéroscopie : Pour déceler les anomalies utérines.
  • Bilan infectieux : Notamment avec des prélèvements vaginaux, pour rechercher des germes et infections.
  • Spermogramme : Pour évaluer la qualité du sperme du partenaire. Un spermogramme plus poussé, particulièrement un test d’intégrité de l’ADN spermatique qui est un élément clé du bilan de fertilité masculine, peut être réalisé.
  • Biopsie de l'endomètre : Dans certains cas, une biopsie de l'endomètre peut être réalisée pour analyser la muqueuse utérine.
  • Recherche de troubles de la coagulation : Des tests sanguins peuvent être effectués pour rechercher des troubles de la coagulation.

Stratégies et traitements possibles

Le traitement d'une fausse couche dépend de son type ainsi que du stade d'arrêt. En fonction des résultats du bilan médical, un traitement adapté pourra être envisagé.

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  • Traitements hormonaux : Dans certains cas, un traitement hormonal à base de progestérone peut être prescrit pour soutenir la grossesse. La progestérone est une hormone de grande importance pendant la grossesse car elle aide à maintenir l’épaisseur de la muqueuse utérine, assurant ainsi un environnement favorable à l’implantation ou nidation et au développement de l’embryon.
  • Traitements immunomodulateurs : Plusieurs traitements immunomodulateurs ont fait l’objet d’études ouvertes ou randomisées chez les patientes présentant des fausses couches précoces inexpliquées, parmi lesquels les corticoïdes, le G-CSF, les immunoglobulines, les intralipides et les antagonistes du TNF-α. Les données disponibles ne permettent pas actuellement de proposer des recommandations, mais des études sont nécessaires pour déterminer des stratégies pour ces patientes.
  • Chirurgie : Si une anomalie utérine est détectée, une intervention chirurgicale peut être envisagée pour la corriger. Une fausse couche incomplète est une grossesse bien arrêtée, mais l’expulsion de l’embryon n’a pas entièrement eu lieu.
  • Suppléments vitaminiques : Un supplément vitaminique est régulièrement prescrit. Certaines carences, même légères, peuvent altérer les mécanismes clés de la fertilité : qualité ovocytaire, implantation embryonnaire, équilibre hormonal. L’enzyme MTHFR est essentielle aux processus de division cellulaire, de développement embryonnaire et de maintien de la grossesse. Des polymorphismes du gène MTHFR ont pour conséquence une diminution de l’activité de l’enzyme MTHFR. Une association entre des mutations sur certains gènes et le risque de fausse couche a été démontré et pourrait s’expliquer par un dysfonctionnement dans les processus réplicatif nécessitant en environnement riche en folates.
  • Prise en charge psychologique : Une fausse couche est une épreuve difficile sur le plan émotionnel. Il est important de se faire accompagner par un professionnel de la santé mentale pour surmonter cette épreuve et préparer sereinement une future grossesse. Une fausse couche, c’est déjà le deuil d’une grossesse à faire. Quand les fausses couches se répètent, vous pouvez être traversée par un sentiment d’échec, voire même de culpabilité : que se passe-t-il dans votre corps, que faites-vous pour que l’histoire se répète encore ? Pour passer ce cap, n’hésitez pas à parler de votre ressenti à votre gynécologue ou votre sage-femme et, le cas échéant, si vous voyez qu’une prochaine grossesse vous angoisse, consulter un psychologue.

Prévention des fausses couches

Bien qu'il ne soit pas toujours possible de prévenir une fausse couche, certaines mesures peuvent être prises pour optimiser les chances de mener une grossesse à terme :

  • Adopter une alimentation équilibrée : Une alimentation saine et équilibrée, riche en fruits, légumes et céréales complètes, est essentielle pour la santé de la mère et le bon développement du fœtus.
  • Avoir une activité physique adaptée : Une activité physique régulière, adaptée à la grossesse, peut contribuer à maintenir une bonne santé et à réduire le stress.
  • Arrêter de fumer et de consommer de l'alcool : Le tabagisme et la consommation d'alcool sont fortement déconseillés pendant la grossesse, car ils peuvent augmenter le risque de fausse couche.
  • Gérer le stress : Le stress peut avoir un impact négatif sur la grossesse. Il est important de trouver des moyens de gérer le stress, tels que la relaxation, la méditation ou le yoga.
  • Faire le point sur son statut vaccinal : Il est important de vérifier son statut vaccinal 3 mois avant d’envisager une grossesse. Ce bilan doit idéalement être anticipé, car certaines recommandations vaccinales nécessitent un délai avant de concevoir.
  • Surveiller les signes : Saignements ou douleurs ? Si vous ressentez des crampes ou des douleurs au niveau des lombaires et du ventre, essayez, dans la mesure du possible de vous coucher, de vous relaxer, en attendant que la douleur s’estompe.

Perspectives et espoir

Il est important de garder espoir, même après plusieurs fausses couches. De nombreuses femmes parviennent à mener à terme une grossesse après avoir subi des fausses couches à répétition. Même si la réponse n’est pas certaine, gardez espoir : ces fausses couches, surtout si elles sont inexpliquées, sont sans doute un hasard, certes malheureux. C’est le cas d’une fausse couche sur deux. Aussi, mettez toutes les chances de votre côté pour tomber enceinte rapidement en ne remettant pas à plus tard votre prochaine grossesse.

N'hésitez pas à rechercher un soutien psychologique et à vous entourer de personnes compréhensives pour vous aider à traverser cette épreuve. Vous trouverez également du soutien sur les réseaux sociaux : il existe plusieurs groupes sur les fausses couches où vous pourrez échanger votre vécu avec d’autres femmes. Cela vous aidera à vous sentir comprise et moins seule dans cette lutte pour avoir un bébé.

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